INDICATIONS ET TEMPS D’ÉLECTION DE L’OPÉRATION
Pendant la grossesse : 2° Dans tous les cas où, après huit mois de gestation , la tête occupe soit une des fosses iliaques , soit le segment supérieur de V utérus, il est nécessaire de pratiquer la version céphalique par manoeuvres externes.
Il est indispensable de bien définir et de légitimer, si faire se peut, ces indications multiples.
En effet, d’après ce que nous connaissons de l’histoire du fœtus pendant la vie intra-utérine, il résulte que quand à huit mois la tête ne plonge pas en totalité ou en partie dans l’excavation , on peut affirmer que l’accommodation est ou anormale ou incomplète, ou bien fait défaut tout à fait.
Donc, après en avoir recherché la cause, il faut et on doit y remédier en commençant par pratiquer la version par manœuvres externes.
Mais, m’objectera-t-on et non sans une apparence de raison : Est-ce qu’on ne voit pas souvent révolution se faire et la tête se présenter au niveau du détroit supérieur et s’engager, soit dans les dernières semaines de la grossesse, soit même au début du travail? Cela est parfaitement exact, niais ce qui ne l’est pas moins, c’est que le fœtus n’évolue pas toujours, ainsi que le prouve le nombre des mauvaises présentations. Donc si, après avoir constaté l’attitude vicieuse du fœtus à l’époque que j’indique, on n’intervient pas, on livre la femme et l'enfant au hasard. Que ne dirait-on pas aujourd’hui, et avec raison, d’un accoucheur qui, confiant dans les ressources de la nature, comptant sur une version spontanée, se croiserait les bras en face d’une présentation de l’épaule
PALPER ABDOMLNAL
De la version par manœuvres externes
chez une femme en travail? Cependant on a noté un certain nombre de versions spontanées. Et ne serait-ce pas agir dans le même ordre d’idées que de faire de l’expectation pendant le dernier mois de la grossesse ? Oui je sais bien que M. Tarnier a écrit : ce Dans bon nombre de cas les contractions auraient suffi à rectifier la présentation et auraient amené un accouchement heureux », mais c’était à l’époque où il faisait avec raison suivre les lignes précédentes des suivantes : « Inutile pendant la grossesse, impossible quand lepaule est profondément engagée, la version externe n’est, selon nous, applicable qu’à des cas exceptionnels; alors elle a des avantages incontestables sur la version interne (1). »
Mais aujourd’hui l’opinion de mon cher Maître touchant la version par manœuvres externes a complètement changé. Et sachant combien il est facile de rendre l’opération efficace pendant la gestation, il n’hésite plus à conseiller de la pratiquer et à la pratiquer lui-même pendant cette période.
Bien plus, il m’a autorisé à publier le fait suivant, afin de démontrer combien il est imprudent de compter toujours sur les ressources de la nature.
Présentation du plan latéral gauche. — Version par manœuvres externes. — Application de la ceinture du docteur Pinard . — Suppression prématurée de la ceinture . — Reproduction de la présentation de l’épaule. — Version podalique .
(Observation communiquée par M. Ribemont, interne de la Maternité.)
N..., femme D..., 31 ans, huitième grossesse. — Cette femme, bien conformée, réglée à dix ans, et depuis
(I) Tarnier, lococitato.
Indications
chaque mois pendant huit jours abondamment, a eu cinq de ses grossesses terminées à terme par des accouchements naturels. Présentation du sommet.
Deux autres se sont terminées par un avortement dont on ne retrouve pas la cause.
Elle entre le 10 juillet à la Maternité, salle Sainte-Adélaïde, n° 2. Elle se croit près de son terme. Dernières règles du 18 au 24 septembre.
Pendant sa grossesse elle a souffert de douleurs abdominales assez vives. Syncopes. Troubles gastriques.
L’abdomen est développé comme dans une grossesse de neuf mois, sans que cependant le fond de l’utérus remonte beaucoup au-dessus du niveau de l’ombilic.
L’excavation pelvienne explorée par le palper est trouvée inoccupée. Mais dans la fosse iliaque droite on trouve la tête, qui ballotte facilement . Dans le flanc gauche on sent l’autre extrémité du fœtus. On ne distingue pas nettement les membres inférieurs.
Allant de l’un à l’autre des pôles, on trouve un plan résistant large.
Le diagnostic est : présentation de l’épaule gauche en position acromio-iliaque droite.
Auscultation . Bruits du cœur perçus sur la ligne médiane, à égale distance de l’ombilic et du pubis.
Toucher. Bassin normal. Excavation pelvienne vide. Col mou perméable au doigt, mais ayant encore une certaine longueur.
Le 15 juillet, M. Tarnier pratique la version par manœuvres externes, et, la tête étant amenée au détroiLsupérieur, applique, pour immobiliser le fœtus dans sa nouvelle présentation, la ceinture Pinard.
De la version par manœuvres externes
Les jours suivants, la tête n’a pas quitté l’aire du détroit supérieur, mais elle n’est pas engagée.
Le 20 juillet, M. Tarnier voulant savoir si elle conservera sa situation, en l’absence de la ceinture, enlève celle-ci.
Le lendemain et le surlendemain, les choses restent dans le même état.
Le 23, la malade remonte au dortoir par suite de l’évacuation de la salle Sainte-Adélaïde, et est, à partir de ce moment, perdue de vue.
Le 30, à sept heures du soir, la femme Ducrot entre en travail et monte à la salle d’accouchements.
Le col effacé présente une dilatation équivalant aux dimensions d’une pièce de 5 francs.
La présentation transversale s’est reproduite.
Epaule gauche en acromio-iliaque droite.
Poche d’eau volumineuse ne permettant pas d’atteindre de région fœtale.
À 10 h. 30 la dilatation est complète.
Version pelvienne faite par l’aide de service.
Enfant vivant, assez volumineux, du sexe féminin.
Poids : 3280;
Longeur : 48 cent. ;
Diamètre : OM 13 cent.;
— Bi P. 9 cent.
Exeat le 11 août.
Ainsi, dans ce cas, l’on peut voir que non seulement la contraction utérine se montra impuissante à corriger la mauvaise présentation, mais encore que la version par manœuvres externes fut complètement inutile dès que la ceinture fut enlevée.
Au point de vue du résultat, on n’eut rien à déplorer puisque l’enfant vint vivant et que la mère se rétablit très bien,
Indications
mais qui donc oserait affirmer que ni l’un ni l’autre n’ont couru de dangers?
Depuis quinze ans, en dehors du fait que je viens de citer, je n’observai qu’un seul cas de présentation de l’épaule qui fût confié incomplètement aux soins de la nature; dans tous les autres cas, l’intervention eut toujours un plein succès. Voici en quelques mots le fait auquel je fais allusion :
Le 28 février 1876, une femme secondipare, enceinte de huit mois environ, était couchée au no 28 de l’hôpital des Cliniques. A l’examen, le palper fit reconnaître une présentation de l’épaule. Le toucher ne permet d’atteindre aucune partie fœtale. La version fut pratiquée et la ceinture appliquée séance tenante. Le 2 mars au matin, une femme commençant à souffrir un peu fut reçue dans la salle. Examinée immédiatement, on reconnut que l’enfant se présentait par l’extrémité pelvienne. Je fis alors, devant le professeur Depaul et les élèves, la version par manœuvres externes et j’appliquai la ceinture; mais comme à ce moment je n’en possédais qu’une dans le service, je fus obligé de prendre celle qui était appliquée sur l’autre femme couchée au no 28, pensant que, puisqu’elle n’était enceinte que de huit mois et demi environ, j’aurais le temps de m’en procurer une autre et de la lui appliquer. Au moment où je l’enlevai, la tête commençait à proéminer dans l’excavation.
Le soir même, les deux femmes étaient en travail à la salle d’accouchement; mais tandis que celle qui avait la ceinture, c’est-à-dire celle chez laquelle j’avais fait la version céphalique par manœuvres externes alors que le siège se présentait primitivement, était dans la période d’expulsion normale d’un accouchement par le sommet, l’autre avait les cuisses écartées et une main faisait saillie à la vulve : la présentation de l’épaule s’était reproduite.
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Je n’oublierai jamais cette journée remplie par deux faits si démonstratifs et se passant devant un nombre considérable d’élèves. Donc, on le voit, il ne faut pas trop compter sur cette bonne Nature.
On peut, m’objectera-t-on encore, surveiller attentivement la femme pendant les derniers mois et intervenir seulement dans les derniers jours ou même au début du travail, si la présentation reste mauvaise.
Effectivement cela peut se faire, mais les membranes ne peuvent-elles se rompre prématurément? Sera-t-on toujours présent au début du travail? Et puis enfin qui donc peut affirmer, à quelques jours près, l’âge d’une grossesse? Combien de femmes accouchent quinze jours, trois semaines, un mois même avant le moment prévu? Tous les accoucheurs le savent, et je ne parle pas seulement d’accouchements prématurés, mais bien d’accouchements à terme. Enfin la dernière raison qui m’a fait assigner le terme de huit mois, comme temps cC élection , c’est qu’à cette époque le fœtus, incomplètement développé, jouit dans la plupart des cas d’une mobilité suffisante pour évoluer suivant tous ses axes. Plus tard, l’évolution du fœtus suivant son axe longitudinal devient difficile et quelquefois même impossible.
Si la présentation de V épaule constitueune indication formelle et acceptée par tout le monde , il nen est pas de même de la présentation du siège .
Pour quelques auteurs, le professeur Hubert de Louvain entre autres, la présentation du siège doit être considérée comme normale, et par conséquent on ne doit point essayer d’y substituer une présentation du sommet. Je suis étonné qu’un homme de la valeur d’Hubert, d’une si grande expérience, ait porté un jugement pareil! Comment, quand, d’a-
Indications
près la statistique de madame Lachapelle, on voit qu’il meurt un enfant sur dix ; quand, d’après la statistique faite pour le Haut-Rhin Badois, Hegar (1) cite les relevés suivants :
Dans les présentations du sommet 2,4 pour 100 mort-nés.
1 pour 100 morts le 1er jour.
Pour les enfants, dans les pré- 35 pour 100 mort-nés sentations du siège 5 pour 100 morts le
1er jour.
Pour les femmes. Sommet 0,57 pour 100 mortes.
Siège. 1 pour 100 mortes.
Quand Hecker, dans son livre (2), évalue la mortalité dans la présentation du siège à 22 pour 100, comment est-il possible d’admettre que l’accouchement par le siège soit un accouchement normal? Naturel au point de vue du mécanisme? oui; au point de vue du résultat? non.
Je comprends bien mieux Yelpeau (3) et Maygrier (4) qui décrivent cette présentation dans la partie de leurs traités intitulée : Eutocie non naturelle.
Voici les résultats qui ont été observés dans mon service :