DES CAUSES DE LA PRÉSENTATION DE LA FACE
Avec Baudelocque, Chailly, Matthews Duncan, Mattéi, je n’admets la présentation de la face 'pendant la grossesse , qu’à titre accidentel, et cela pour des raisons d’ordre anatomique, physiologique et clinique.
La conformation anatomique du fœtus, le mode articulaire du tronc avec la tête, s’opposent à l’extension comme attitude constante.
Le fœtus vivant, en admettant qu’une cause fortuite ait produit la déflexion, ne tardera pas à réagir contre cette attitude anti-physiologique.
Enfin, je n’ai jamais rencontré pendant mes examens, qui ont porté sur des milliers de femmes enceintes, la face se présentant d’aplomb au niveau de l’aire du détroit supérieur, avant tout début de travail prématuré ou tem pestif.
Baudelocque supposait qu’une substitution de présentation devait toujours s’être produite pour qu’un enfant vienne au monde par la face.
Ce n’est que depuis Mme Lachapelle qu’on admet la variété dite primitive des présentations de la face, c’est-à-dire celle dans laquelle la face se présente d’aplomb au niveau du détroit supérieur, avant tout début de travail.
Cette manière de voir repose sur deux observations, publiées par Mme Lachapelle dans ses Mémoires, en 1821, dans lesquelles il est dit qu’à l’autopsie de deux femmes mortes avant l’accouchement, le fœtus aurait été trouvé ayant la tête défléchie.
Plus tard Dubois et Désormeaux, dans l’article Accouche-
Causes de la présentation de la face
ment du Dictionnaire en 30 volumes , rapportent que dans 85 cas où l’enfant se présentait par la face, ils ont pu établir le diagnostic 49 fois avant la rupture des membranes. Cette raison leur paraît suffisante pour ranger ces 49 cas parmi les présentations primitives, parce que, disent-ils, l’enfant n’avait pas encore pu éprouver faction de la contraction utérine.
Le Pr Tarnier admet les présentations de la face pendant la grossesse, « les présentations primitives, dit-il, existent d’une façon non douteuse. » Il s’appuie : 1° sur les deux observations de Mme Lachapelle; 2° sur les constatations faites par H. F. Nægele (1), Spiegelberg (2), et Yalenta. Et rappelant la statistique de Dubois et Désormeaux, il ajoute « il est difficile de penser qu’à ce moment du travail, dans tous les cas, la présentation de la face s’était produite secondairement. »
Voilà tous les faits sur lesquels s’appuient les auteurs qui admettent la variété primitive.
Aussi, malgré l’autorité de ces noms, je me permettrai de discuter la valeur de ces observations, ainsi que l’a déjà fait dans sa remarquable thèse le docteur Adolphe Carpentier (3).
Les deux observations de madame Lachapelle, restées isolées dans la science, ne peuvent entraîner la conviction, et suffire à elles seules pour asseoir définitivement un jugement. Au moment où les fœtus meurent dans la cavité utérine, ils sont agités de mouvements convulsifs, pendant lesquels la déflexion des membres et du tronc peut se produire ; or les en-
(1) H. F. Nægele. Traité des accouchements. Nægele et Grenser, traduction par Aubenas, 1880, p. 183.
(2) Spiegelberg. Lehrbuch der Geburtshûlfe , t. I, p. 160.
(3) Adolphe Carpentier. Contribution à l’étude des présentations de la face. Thèse de Paris. 1876.
Accommodation pendant la grossesse
fants ont pu succomber dans cette situation. Ensuite je ne puis admettre, avec Dubois et Désormeaux, qu’avant la rupture des membranes, le fœtus ne subisse pas l’effet de la contraction utérine, surtout lorsque cette dernière est fréquente et énergique, et tels étaient les cas observés pas ces deux auteurs, puisque la dilatation leur avait permis défaire le diagnostic. La pression, je le veux bien, n’était qu’indirecte, mais elle n’en existait pas moins.
Nægele dit avoir rencontré la face à travers le segment inférieur chez les primipares quelque temps avant l’accouchement; Spiegelberg, l’a observée une fois cinq jours , une autre fois huit jours avant le début du travail. Je n’ai pas le droit de nier la véracité de ces constatations, bien que dans ces circonstances, l’erreur soit facile; mais est-il bien certain qu’il n’y avait pas eu début de travail prématuré avant ces constatations?
Valenta, en examinant 684 femmes, aurait rencontré 10 fois la face! n’est-ce pas là un chiffre qui peut paraître exagéré à ceux qui ont examiné un grand nombre de femmes à la fin de la gestation ?
Il est vrai que quand ces dix femmes ont accouché, trois enfants seulement se sont présentés par la face. Je suis bien en droit de me demander si Yalenta avait constaté de véritables présentations de la face.
Bien que je n’aie pas la prétention d’avoir tout vu, je le répète, j’ai examiné des milliers de femmes enceintes, et je n’ai pas encore rencontré, une seule fois , la face se présentant franchement et constamment au niveau du détroit supérieur, chez une femme n’ayant pas eu de contractions douloureuses.
J’ai vu, quand je faisais la suppléance de la Clinique d’ac-
Causes de la présentation de la face
couchements en 1887, une femme chez laquelle l’enfant se présentait par la face. Mais cette femme avait été soumise aux explorations des élèves; chez elle, le col était largement ouvert, elle avait eu des douleurs, et l’enfant était assez mobile pour que tantôt on put reconnaître la face, et tantôt le
Lorsque la tête n’est pas engagée, il n’y a ni présentation du sommet, ni présentation de la face, il y a présentation de latête,leplus souvent légèrement fléchie, quelquefois dans une situation intermédiaire à la flexion et à l’extension. On comprend, dans ces cas, que la moindre pression exercée sur la tête puisse défléchir légèrement cette dernière, de façon que le doigt puisse reconnaître la face à travers le segment inférieur de l’utérus ou en pratiquant le toucher intra-utérin.
Pour ces raisons, je ne puis me ranger à l’opinion des auteurs qui pensent que le fœtus, avant le début du travail, se présente d’emblée et d’une façon définitive au niveau du détroit supérieur, la tête défléchie.
Avec Baudelocque, Chailly, Matthews Duncan et beaucoup d’autres accoucheurs, je crois que la présentation de la face est une 'présentation secondaire , et qui ne se produit que pendant le travail. Si la présentation de la face s’observe pendant la grossesse, elle est tellement rare qu’on ne doit pas en faire une variété.
Dans un mémoire dont le but est de montrer le mécanisme suivant lequel se produit la transformation de la présentation du sommet en présentation de la face, Matthews Duncan (1) dit:
« Il m’a toujours semblé hors de doute que l’immense
(1) Matthews Duncan. Sur le mécanisme de V accouchement , traduit par le docteur Budin. Paris 1876.
Accommodation pendant la grossesse