HISTORIQUE
11 est bien probable que dès la période la plus èmbryonûaire de l'art obstétrical, l'idée d'appliquer les mains sur le ventre de la femme enceinte afin d'en tirer des indications relatives, soit au volume, à la forme, à la situation de l'organe gestateur, soit à la présence, à l'attitude du produit de conception, a pris naissance dans l'esprit des accoucheurs, et a été mise à exécution par eux ; cependant il faut arriver jusqu'à Mercurius Scipio en 1601 pour trouver une indication nette de l'exploration externe^
En 1721, Dionis, médecin liégeois, parle du palper abdominal comme d'un moyen de diagnostiquer les grossesses gémellaires.
Rœderer appelle le palper attouchement et ne le considère que comme pouvant être utile au diagnostic de la grossesse; le premier il donne des règles pour pratiquer le manuel opératoire.
« Il faut que la femme, avant d'avoir déjeuné, vide son excrément et son urine, se couche sur le dos, les pieds et la tête plus élevés que les reins, les talons appuyés contre Tes fesses, pour que la région du bas ventre soit moins tendue.
Cela fait, le médecin appliquera sa main en travers sur le basventre, le doigt auriculaire tendu ves l'os pubis, et le pouce vers le nombril. La femme poussera sa respiration avec force, pour qu'elle agisse contre le J)as ventre, et le médecin aura soin de le presser doucement pendant l'expiration. Que si dans ce moment il sent une résistance dure, sphérique, qui se fixe au-dessus de l'os pubis, il peut être assuré que la femme est enceinte. S'il se trouve une autre tumeur dans le bas-ventre, elle est dans tout autre endroit ou bien le basventre se trouve également enflé partout (1). »
Smellie, Baudelocque parlent également du palper, mais employé seulement dans le but de reconnaître la présence du fœtus.
Wigand (2), en 1812, s'exprime ainsi :
« Palper abdominal. — Règles et manœuvres générales.
— Avant tout, on doit chercher par tous les moyens possibles, par l'exploration interne aussi bien que par l'exploration externe, à se faire une idée complète de la présentation et de la position de l'enfant dans la matrice.
« On s'efforcera d'abord de bien reconnaître dans quel côté de la matrice sont logés la tête et les pieds; car, comme nous le verrons tout àl'heure, ce sont là les deux parties fœtales sur lesquelles on doit surtout agir par lesinanipulations externes.
« Ce n'est qu'après avoir acquis une connaissance bien pré- . cise de la présentation du fœtus, que l'on peut faire des manœuvres externes avec la mesure et la force nécessaires à une réussite prompte et complète. Cette exploration nous a souvent été très-facile ; mais, quelquefois, elle peut être extrê-
1. Rœderer. Eléments de Vart des accouchements. 1765. Introduction. Paris.
\. De la version par manœuvres externes et de V extraction du fmlus par les piedSf par le docteur Wigand, traduit de l'allemand par le docteur Herr« golte, prot'eBseur agrégé à la faculté de médecine de Strasbourg (page 16}«
raement difficile, et c'est alors le cas pour l'accoucheur d'employer avec prudence tour à tour les moyens d'exploration et de vérification ; ainsi :
t a II doit explorer la femme dans diverses positions : tant debout que couchée, sur le dos ou sur le côté.
« h Pendant l'exploration interne, il doit, de l'autre main, presser fortement sur la partie du ventre la plus saillante.
€ c Quand il y a une forte inclinaison de l'utérus, d'un côté ou de l'autre, il doit faire coucher, pendant l'exploration, la femme sur le côté opposé.
«d Quand il n'y a pas de saillie bien prononcée, il doit presser fortement sur le ventre au-dessus du pubis, et en même temps faire tousser ou crier la femme.
« e Enfin, quand il ne peut pas bien reconnaître la position avec deux doigts, il doit introduire la main entière dans le vagin. »
loerg, en 1814, insiste sur l'importance de ce moyen dans deux ouvrages différents.
En 1829, Schmitt précise davantage les règles de ce mode (l'investigation, qui donne, dit-il, souvent des résultats plus certains que l'exploration interne (1).
« Par l'exploration externe, dit Hohl(2),onpeut établir la gravidité de la femme, et savoir :
« a Si la femme est enceinte ; « h A quel mois elle est arrivée ; « c Si elle est enceinte pour la première fois ; « d Si elle porte un ou plusieurs fœtus;
1. Schmitt (Wilb. Jos.) Gesammetie obtstetrisoh Sehrifien. Wien. 1820-8.
2. -DU géburishûlfliche Exploration (de Texploration obstétricale), par lé docteur Anton Friedrich Hohl, professeur à runiversité de Halle. 1834. 2yol, T, II, p. 144 ; Pel*e{gploraiionextcrnef p. 195.
« e Si la grossesse est accompagnée d'un état morbide, el quelle. en est la nature;
« /" Si à côté d'un utérus gravide se trouve une grossesse extra-utérine, ou si cette dernière existe seule;
« gr Si le fœtus vit ou s'il est mort ;
« h Quelle est la situation de l'enfant ;
« iSi un obstacle mécanique ne viendra pas troubler l'accouchement.
« Pendant le travail, outre ce que nous venons de dire, le palper nous dira : a si le travail a réellement commencé ;
« b Si les douleurs sont vraies ou fausses ;
« c Si les douleurs sont ou ne sont pas régulières;
« d jusqu'à quel point le travail est avancé ;
« e Quel est l'obstacle qui s'oppose à la terminaison de l'accouchement, soit du côté de la mère, soit de la part de Tenfant (position à rechercher) ;
« /"S'il y a encore un deuxième enfant dans la cavité utérine . »
Hohl en a rendu les avantages si évidents, dit Velpeau, qu'il ne serait pardonnable à aucun praticien de les ignorer (1).
Velpeau, dans son Traité complet de l'art des accouchements, publié en 183S, appelle le palper « toucher abdominal. »
« L'exploration du ventre doit, en outre, être constamment ajoutée au toucher. Elle est d'un trop grand prix à mes yeux pour que je n'essaie pas de la tirer de l'oubli où elle est tombée parmi nous. On y procède de deux manières : 1® en tenant une main sur l'hypogastre, pendant que l'autre cherche à déterminer l'état des organes pelviens par le détroit périnéal ; 2® en agissant sur l'abdomen avec les deux mains, sans toucher aux organes génitaux externes (2). »
1. Velpeau. Traité complet de Vart des nccouchemenls, t. 1, p. 19*.