POSITIONS
Soins préliminaires. — Pour pratiquer le palper, la femme doit être couchée.
Bien qu’on puisse le plus souvent explorer tout l’abdomen quand la femme est couverte de ses vêtements, en prenant le soin de relever ces derniers jusque vers la région épigastrique, il est préférable de pratiquer le palper, la femme étant couchée dans son lit, revêtue seulement de sa chemise. En effet, les vêtements étant relevés, outre qu’ils peuvent, être une cause de gêne pour la femme elle-même, empêchent assez souvent l'explorateur d’examiner le fond de l’utérus, surtout dans les cas où l’organe gestateur, très-développé et élevé, vient par sa région supérieure se dissimuler sous les fausses-côtes. Le corset produit les mêmes inconvénients. J’ai remarqué de plus que dans ces cas, malgré toutes les précautions prises, il se produisait, par le fait même des vêtements relevés ou du corset, une constriction au niveau de l’abdomen ou de la partie inférieure de la poitrine empêchant le libre jeu de la respiration; il survient alors une accélération dans les mouvements respiratoires, et comme chaque inspiration tend les muscles de la paroi abdominale, le relâchement complet ne s’observe que pendant l’expiration fort courte, et par cela même l’exploration est rendue plus difficile.
Le décubitus doit être aussi horizontal que possible. Dans
les derniers temps de la grossesse, presque toutes les femmes éprouvent du soulagement, surtout au point de vue de la respiration, en reposant la tête élevée, placée sur plusieurs oreillers. Cette situation est mauvaise pour pratiquer le palper; le contenu de la cavité abdominale a de la tendance à se porter, surtout chez les multipares, vers les régions inférieures du ventre recouvrant la symphyse et quelquefois même la dépassant, et il est dans certains cas extrêmement difficile, sinon impossible, d’explorer le petit bassin. On devra donc enlever les oreillers et laisser la tête reposer sur le traversin ou sur un seul oreiller quand la situation horizontale est trop pénible.
Presque tous les auteurs, pour ne pas dire tous, donnent le conseil de faire fléchir plus ou moins les jambes sur les cuisses et par cela même les cuisses sur l’abdomen.
Cette précaution est mauvaise à tous égards et voici pourquoi : le but qu’on recherche en faisant fléchir les membres inférieurs est le relâchement absolu des muscles abdominaux ; ce but n’est pas atteint par cette situation, loin de là; la femme ayant alors de véritables point d’appui est bien plus disposée à contracter ses muscles, l’effort lui étant rendu plus facile. Mais ceci n’est qu’un point secondaire ; ce qui est bien plus important, c’est qu’en faisant produire la flexion des membres inférieurs chez les femmes enceintes, il devient impossible d’explorer l’excavation.
En effet, dans la dernière période de la gestation le ventre est plus ou moins proéminent et la demi-flexion amène la face antérieure des cuisses contre la paroi abdominale, de là impossibilité absolue de rechercher certains points de repère et d’interroger en un mot l’excavation. Aussi, loin de faire fléchir les membres inférieurs, je pense qu’il estbien préférable
de les faire étendre en les tenant légèrement écartés afin de rendre les branches horizontales du pubis facilement explorables.
Est-il nécessaire d’explorer la paroi abdominale nue, ou peut-on pratiquer le palper, la paroi abdominale étant couverte de la chemise ? Je n’hésite pas à reconnaître que si souvent il est possible, facile même, de faire par le palper, pratiqué sur une paroi abdominale recouverte de la chemise, le diagnostic de la présentation et de la position, il vaut infiniment mieux pratiquer ce mode d^exploration, la paroi abdominale étant nue.
En résumé je crois que la meilleure situation qu’on doive faire prendre à la femme qu’on veut examiner est la suivante: Décubitus dorsal et horizontal , tête légèrement fléchie , bras étendus le long du corps, membres inférieurs étendus et légèrement écartés, la région abdominale découverte depuis le pubis jusqu' au niveau de la région épigastrique.
Il est inutile d’insister sur ce point, à savoir que la femme ne doit pas être au milieu du lit, mais assez rapprochée du bord pour que l’examen ne soit ni pénible pour la femme, ni fatigant pour l’opérateur.
Il faut être prévenu également que bien souvent, dès le début de l’exploration, le muscle utérin se contracte (contraction indolore de la grossesse) et la main ne rencontre plus qu’un globe ayant une dureté ligneuse et ne pouvant être déprimé en aucun point de sa surface. Il faut alors savoir attendre et après une durée qui excède rarement quelques minutes, l’utérus entre dans une période de relâchement pendant laquelle seulement l’examen peut être pratiqué avec fruit. Enfin je ne saurais trop insister sur un détail qui a bien cependant son importance : je veux parler de la température des mains de
l’explorateur. Outre que rien n’est plus désagréable pour les femmes que Inapplication de mains froides sur la paroi abdominale, le sens du tact est moins développé, ainsi qu’on le sait très-bien, quand la température des mains n’est pas assez élevée.