‹ Traité du paludisme (volume 2)Chapitre 140 sur 251 · Maillot, op. cit., p · texte numérisé non relu

Maillot, op. cit., p

Le gros intestin et l'intestin grêle sont à l'état normal ; on n'observe aucune altération des plaques de Peyer.

C'est seulement dans les cas où le paludisme se complique d'autres afîections, telles que la dysenterie ou la fièvre typhoïde, qu'on rencontre des altérations du tube digestif.

Dans deux cas j'ai constaté les lésions de la fièvre typhoïde à côté de celles du paludisme (V. p. 242).

Chez des sujets morts d'accès pernicieux gastralgiques ou cholériques plusieurs observateurs ont constaté l'accumulation des éléments parasitaires dans les petits vaisseaux de la muqueuse stomacale ou intestinale.

Dans un cas de pernicieuse cholérique observé par Bignami {oj3. cit.) la muqueuse stomacale et celle de l'intestin grêle étaient vivement injectées, semées de points hémorrag-iques et il existait une accumulation énorme de parasites dans les petits vaisseaux de ces muqueuses.

Chez un sujet mort d'accès pernicieux avec vomissements, Barker signale l'accumulation des parasites dans les vaisseaux de l'estomac \

Thin a rapporté un cas d'accès pernicieux dans lequel les hématozoaires étaient cantonnés principalement dans les vaisseaux de l'intestin.

Le péritoine est généralement à l'état sain. M. le D"" Obédénare a observé fréquemment à Bucharest, chez les malades atteints de continue palustre, une inflammation du péritoine au niveau de la rate. « La capsule, dans ces cas, est hyperémiée, épaissie, couverte de néo-membranes. Ces dernières s'étendent de la rate au côlon et à l'estomac; plus souvent elles s'étendent de la face externe de la rate au diaphragme... Les néomembranes sont assez molles au début; elles sont facilement déchirées avec le doigt, et ressemblent aux néo-membranes de la pleurésie... » (Obédénare, art. Danubienne [région) du Diction, encyclop. des se. méd.)

En Algérie il est rare de rencontrer la périsplénite avec ce flegré d'intensité dans le paludisme aigu, nous verrons plus loin que, dans le paludisme chronique, la périsplénite est à peu près constante.

Les vaisseaux sanguins du péritoine renferment des éléments

1. B.vRKER, Étude sur quelques cas mortels de malaria, Baltimore, 1895.

pig-mentés en plus ou moins grand nombre ; dans un cas d'accèa pernicieux j'ai trouvé le péritoine criblé de petites taches hémorragiques.

F. Poumons. — Les plèvres sont saines d'ordinaire ainsi que les poumons, qui ne présentent que les altérations de la congestion hypostatique; la partie antéro-supérieure des deux poumons est pâle, anémiée, tandis que la partie postéro-inférieure est d'un rouge sombre et crépite mal ou ne crépite pas sous la pression des doigts. La congestion hypostatique doit être considérée, dans la plupart des cas, comme une lésion cadavérique.

Sur 12 autopsies de fièvres pernicieuses, j'ai trouvé 3 fois dans les poumons des lésions inflammatoires plus ou moins étendues :: pneumonie lobaire à la période d'hépatisation rouge ou grise, pneumonie lobulaire. Dans aucun cas, il n'y avait trace de tubercules aux sommets des poumons.

L'examen des coupes histologiques du poumon révèle les lésions suivantes : sur les points atteints de congestion hypostatique simple, les cloisons interalvéolaires sont épaissies par suite de la réplétion des capillaires sanguins ; on distingue, au milieu des hématies contenues dans les petits vaisseaux, des éléments pigmentés en plus ou moins grand nombre (parasites et leucocytes mélanifères).

Dans les cas de congestion active, inflammatoire, un certain nombre d'alvéoles renferment des exsudais fibrineux et des cellules jeunes, mélangées à des hématies.

Lorsqu'il existe des noyaux de pneumonie lobulaire ou de la pneumonie lobaire, les alvéoles sont remplis, au niveau des parties hépatisées, par des cellules jeunes, des exsudats fibrineux, peu abondants en général, et des hématies.

Au milieu des hématies épanchées dans l'intérieur des alvéoles, on distingue parfois quelques éléments pigmentés, ce qui implique la possibilité de les retrouver dans l'expectoration, lorsque celle-ci est teintée de sang.

G. Muscles. Cœur. — Les muscles du tronc et des membres sont le plus souvent à l'état sain.

Lorsqu'on dissocie les fibres musculaires à l'état frais ou après, un court séjour dans l'alcool, ce qui facilite la dissociation, on constate presque toujours qu'elles sont régulièrement striées et que la seule anomalie consiste dans la présence d'éléments pigmentés, en plus ou moins grand nombre, dans les vaisseaux capillaires..

Une fois seulement, j'ai constaté que quelques fibres des muscles grands droits de l'abdomen et des psoas avaient subi une transformation g-ranulo-vitreuse, identique à celle qu'on observe si souvent dans les mêmes muscles sur les sujets morts de fièvre typhoïde.

Le myocarde a son aspect normal ou bien il est flasque, pâle et il présente, à un deg'ré plus ou moins marqué, la teinte dite feuille morte.

Antonini et Monard frères. Maillot, L. Laveran, Haspel, Dutroulau, L. Colin, Vallin ont insisté sur la décoloration et la flaccidité du cœur des sujets morts d'accès pernicieux.

M. Vallin a constaté, dans plusieurs cas, une altération histologique des fibres du cœur^

« Dans dix cas, écrit M. Yallin, nous avons fait un examen complet du cœur et des muscles volontaires ; six fois la dégénérescence granulo-graisseuse du cœur était beaucoup trop marquée pour qu'il fût possible de la confondre avec les hauts degrés de l'état trouble considéré comme normal ; dans trois autres cas il pouvait y avoir doute, parce que la limite n'est pas bien tranchée entre les variétés de l'état réputé sain et l'altération patholog-ique ; enfin, une fois la putréfaction avait commencé, et l'examen histolog'ique du cœur n'a pu être fait fructueusement à l'état frais. Quant aux muscles du squelette, dans trois cas, il y avait une dégénérescence granulo-protéique simple, trois fois les fibres avaient l'apparence normale; dans deux autres cas, elles présentaient le premier degré de la transformation vitreuse... Dans deux cas enfin, la transformation cireuse était complète et ne différait en rien de ce qu'on rencontre au quinzième jour d'une variole ou d'une fièvre typhoïde » (Vallin, op. cit., p. 21).

La décoloration du myocarde s'explique plutôt par l'anémie que par la dégénérescence des fibres musculaires. Toutes les fois que j'ai fait l'examen histologique du cœur chez des sujets morts d'accidents pernicieux, j'ai constaté que les fibres musculaires étaient régulièrement striées; le tissu conjonctif et les petits vaisseaux étaient également à l'état sain; la seule anomalie consistait dans la présence d'éléments pigmentés dans les petits vaisseaux.

L'examen histologique du cœur doit être fait sur des coupes pratiquées après durcissement, colorées au picrocarmin et montées dans la glycérine.

1. E. Valliîs', Des altérations histologiques du cœur et des muscles volontaires dans les fièvres pernicieuses et rémittentes, Paris, 1S74.

Sur les préparations faites par dissociation, il est difficile de juger de l'état du myocarde. Gomme les fibres du cœur se dissocient mal, on est toujours tenté de presser sur la lamelle couvre-objet afin de rendre la préparation plus transparente, et les fibres musculaires écrasées perdent leur aspect normal.

H. Cent7'es nerveux. — Les méninges cérébrales et spinales sont le plus souv'ent à l'état sain ; cependant, sur les sujets morts de fièvre pernicieuse délirante ou comateuse, il n'est pas rare d'observer une injection vive des méninges à la convexité du cerveau, voire même les lésions de la méningite aiguë.

Lorsqu'on a dépouillé le cerveau de ses méninges, on constate en général que la substance grise des circonvolutions a une teinte d'un gris beaucoup plus foncé qu'à l'état normal, ou bien encore une teinte violacée, comparable à celle des fleurs de certains hortensias de couleur sombre. 2 fois seulement sur 12, j'ai noté que la teinte des circonvolutions cérébrales était normale; dans un de ces cas, il s'agissait d'une pernicieuse bilieuse, dans l'autre il existait une congestion très forte des deux poumons, qui avait certainement beaucoup contribué à amener la mort.

La substance grise des noyaux centraux du cerveau, du bulbe et de la moelle épinière présente, comme celle des circonvolutions cérébrales, une teinte plus foncée qu'à l'état normal.

Il n'existe d'ordinaire, dans les centres nerveux, aucune altération autre que la pigmentation anormale de la substance grise.

L'examen des coupes histologiques faites au niveau des circonvolutions cérébrales m'a toujours permis de constater que les capillaires renfermaient des éléments pigmentés; deux fois seulement ces éléments sont notés comme rares (il s'agit des deux faits dans lesquels la coloration de la substance grise était normale) ; dans tous les autres cas, ils étaient très nombreux. C'est évidemment à la présence de ces éléments pigmentés dans les petits vaisseaux du cerveau qu'est due la teinte anormale de la substance grise.

Les éléments pigmentés se rencontrent aussi dans les petits vaisseaux de la substance blanche, mais, comme la substance blanche est peu vasculaire, sa coloration est beaucoup moins modifiée par la présence de ces éléments que celle de la substance grise, qui renferme, comme on sait, un grand nombre de capillaires.

Tantôt les éléments pigmentés sont inégalement répartis, certains capillaires n'en renfermant que peu ou pas, tandis que d'autres en sont véritablement obstrués, tantôt on distingue dans

PALUDISME AIGU Ti^

toute la longueur des capillaires un piqueté noir, régulier, formé de grains de pigment arrondis et de même grosseur; on dirait, tant les corps pigmentés sont nombreux, que les vaisseaux du cerveau ont été injectés avec une substance hyaline tenant en suspension une matière noire pulvérulente. Sur les coupes colorées au bleu de méthylène, par exemple, on constate que les grains de pigment sont contenus dans des éléments parasitaires : corps amiboïdes, souvent corps segmentés.

Les éléments pigmentés se trouvent toujours dans les vaisseaux, jamais en dehors.

Ils sont parfois beaucoup plus nombreux dans les petits vaisseaux cérébraux que dans le sang recueilli dans le cœur.

Damils a vu des cas de fièvre pernicieuse dans lesquels les hématozoaires manquaient dans le sang périphérique, alors qu'à l'autopsie on en trouvait un très grand nombre dans les vaisseaux cérébraux ^

C'est dans les cas de fièvre pernicieuse à forme cérébrale (délirantes, comateuses) que les parasites se montrent en plus grande quantité dans les vaisseaux cérébraux.

On ne trouve parfois dans les capillaires cérébraux que de petits hématozoaires non pigmentés (Bignami, oj). cit.) ; d'autres fois la forme dominante est la forme en rosace (éléments en voie de segmentation).

Les cellules endothéliales des capillaires cérébraux sont souvent tuméfiées (Bignami), ce qui facilite la production des thromboses.

Dans le bulbe et dans la moelle épinière, les petits vaisseaux renferment également des éléments pigmentés en plus ou moins grand nombre.

Il n'existe, en général, aucune altération des cellules nerveuses. Maillot a noté souvent une injection vive de la moelle épinière et plusieurs fois un ramollissement rouge; il donne l'observation d'un malade cjui, à la suite d'un accès pernicieux comateux, et alors que la fièvre avait cédé à la quinine, fut atteint de vastes eschares au sacrum et de contracture du bras droit; l'autopsie montra que la substance grise de la moelle était vivement injectée \ Il est bien probable qu'il existait dans ce cas une myélite centrale, qui explique bien le decubitus acutus.

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