‹ Traité du paludisme (volume 2)Chapitre 142 sur 251 · Ilousskaïa medic, 1894, n°' i2, 13 et · texte numérisé non relu

Ilousskaïa medic, 1894, n°' i2, 13 et

rate, placée sur sa face convexe, sur la table de l'amphithéâtre, ne s'afïaisse pas.

La capsule est le plus souvent enflammée ; il existe des plaques blanches, fibreuses, de périsplénite, qui ont quelquefois 2 ou 3 mm., voire même 1 cm. d'épaisseur; la capsule a, sur d'autres points, son épaisseur normale, ce qui permet de comprendre que la périsplénite ne soit pas un obstacle aux ruptures de la rate.

Le parenchyme splénique est dur, résistant; sur les surfaces de section on distingue des tràctus blanchâtres formés par l'épaississement du tissu conjonctif.

Sur les coupes histologiques, faites au niveau des plaques de périsplénite, on constate que ces plaques se composent de deux parties distinctes : 1° une partie superficielle^ qui répond à l'enveloppe péritonéale et qui est formée par un tissu fibreux dense, à faisceaux parallèles, avec des cellules plates en petit nombre; 2° une partie profonde qui répond à la capsule proprement dite et qui se distingue de la partie superficielle, par la présence de fibres élastiques et par ce fait que les faisceaux fibreux s'entrecroisent dans tous les sens, au lieu de présenter une stratification régulière comme à la superficie. Au milieu des faisceaux fibreux on trouve des éléments embryonnaires en grand nombre.

De la face profonde de la capsule se détachent des tractus fibreux qui s'enfoncent dans l'épaisseur du parenchyme splénique; d'autres tractus fibreux suivent les vaisseaux. Il y a, en un mot, un épaississement considérable de tout le squelette fibreux de la rate, dont la structure devient par suite plus apparente qu'àl'état normal.

Les veines spléniques sont dilatées, gorgées de sang ; au milieu des hématies on distingue des éléments pigmentés en plus ou moins grand nombre. On trouve aussi du pigment en dehors des vaisseaux et quelquefois jusque dans les cellules plates du tissu conjonctif.

La paroi des veinules est épaissie ; les cellules épithéliales fusiformes qui constituent l'épithélium des veines spléniques s'hypertrophient et se multiplient.

La pulpe splénique proprement dite, comprimée entre les tractus fibreux et les vaisseaux dilatés, n'occupe en réalité, sur ces rates énormes, qu'une petite place; les éléments lymphoïdes normaux sont peu nombreux; le tissu adénoïde qui forme des gaines aux artérioles spléniques dans une partie de leur parcours, et les corpuscules de Malpighi, sont en général peu altérés.

Il existe quelquefois une dégénérescence amyloïde des vaisseaux de la rate; j'ai observé deux fois cette dégénérescence, mais il y avait, dans ces deux cas, suppuration chronique (broncho-pneumonie avec dilatation des bronches).

On a cité quelques faits de dégénérescence amyloïde de la rate, du foie ou des reins, en l'absence de toute suppuration K

Les lésions de la rate dans le paludisme chronique sont, en somme, celles de la congestion inflammatoire et de la cirrhose hypertrophique. Il est à noter qu'on n'observe jamais la cirrhose atrophique de la rate.

C. Foie. — Le foie est toujours le siège d'altérations plus ou moins importantes.

Ces altérations sont celles de la congestion inflammatoire ou de la cirrhose ^

Dans la congestion inflammatoire, le foie est augmenté de volume et de poids ", sa forme est conservée, sa surface est lisse ou légèrement bosselée, sa coloration est d'un rouge plus foncé qu'à l'état normal ; on trouve souvent à la surface des plaques blanches de périhépatite. La consistance du foie est augmentée ; le parenchyme présente une teinte uniforme d'un rouge sombre, la partie périphérique des lobules a une teinte presque aussi foncée c|ue la partie centrale.

Sur les coupes histologiques on constate ce qui suit : la capsule est en général épaissie; les vaisseaux capillaires, distendus par le sang, compriment les travées des cellules hépatiques, qui s'amincissent; les noyaux des capillaires sanguins sont saillants et en voie de prolifération. Les espaces triangulaires élargis montrent des éléments embryonnaires en plus ou moins grand nombre.

Au milieu des hématies qui remplissent les petits vaisseaux, on trouve souvent des éléments pigmentés.

La cirrhose la plus commune dans le paludisme chronique est la cirrhose atrophique.

Le foie, diminué de volume et de poids, est rétracté, déformé, globuleux ; la surface est inégale, mamelonnée; au microscope on

1. Le D' Grasset a publié en 1887 un fait de ce genre; MM. Laffite et Bkouardel en ont fait connaître un autre. Soc. anat., 1-2 juillet 1893.

2. Lancereaux, Atlas d'anat. pathol., Paris, 1871, et Bulletin méd., 1891, p. 959. — Kelsch et KiENER, Des alTect. palud. du foie, Arch. de physiol., 1878, p. 571, et Traité des maladies des pays ciiauds.

3. Sur 63 autopsies de cachectiques E. Gollin a noté 43 fois l'iiypertrophie du foie, soit 70 fois sur 100 {op. cit., p. 131).

trouve les caractères ordinaires de la cirrhose atrophique : hyperplasie du tissu conjonctif formant des anneaux qui englobent en général plusieurs lobules, atrophie des cellules hépatiques, néoformation de canalicules biliaires à la périphérie des lobules envahis par le tissu conjonctif, etc.

La cirrhose atrophique du foie d'origine palustre ne se distingue en somme des autres cirrhoses atrophiques, que par la présence dans les petits vaisseaux des éléments pigmentés (hématozoaires ou leucocytes mélanifères) , encore ce caractère n'est-il pas constant, comme je l'ai dit plus haut.

On observe quelquefois la dégénérescence graisseuse des cellules hépatiques ou la dégénérescence amyloïde des petits vaisseaux.

La cirrhose hypertrophique est plus rare; je n'en ai recueilli qu'une observation avec autopsie, encore la relation de cause à effet entre le paludisme et l'affection du foie était-elle contestable.

Dans un autre cas j'ai vu survenir tous les symptômes de la cirrhose hypertrophique, notamment l'augmentation considérable de volume du foie et l'ictère chronique, à la suite d'une atteinte de fièvre intermittente, mais le malade a quitté le service trois mois après le début des accidents, et je l'ai perdu de vue.

MM. Kelsch et Kiener ont décrit une hépatite parenchymateuse miliaire d'origine palustre. Je n'ai pas eu l'occasion d'observer cette altération du foie en Algérie ; il me paraît douteux qu'elle puisse être rattachée au paludisme '.

D. Reins. — Par ordre de fréquence, les altérations des reins, dans le paludisme chronique, méritent de prendre place après celles de la rate et du foie.

D'après Kiener les altérations des reins se rapportent à deux types : 1° rein engorgé, 2° rein atrophié.

Les reins engorgés sont volumineux, augmentés de poids; la surface est lisse, la consistance ferme, la coloration d'un rouge sombre; la congestion est marquée surtout dans les pyramides. Tous les vaisseaux sont distendus et la congestion est parfois si forte qu'il se produit des hémorragies interstitielles ou dans l'intérieur des tubuli. L'épithélium des tubuli est granuleux.

Les reins atrophiés sont petits, bosselés ; la capsule est adhérente; la consistance est augmentée; les reins présentent une

1. Lancereaux, Atlas d'anat. pathol. — Kiener, Tribune rnécL, 26 août et 2 sept. 1877. — Marchiafava et Ferraresi, Bullet.. de l'Acad. de méd. de Rome, 1881. — Kelsch et Kiener, op. cit.

teinte marron ou acajou, ou bien un aspect tacheté. Il existe souvent de petits kystes.

Le microscope révèle des altérations qui portent à la fois sur la trame conjonctive et sur Tépithélium des tubuli.

Il s'agit en somme, le plus souvent, d'une néphrite mixte.

Deux fois j'ai constaté la dégénérescence amyloïde des petits vaisseaux des reins, mais dans ces deux cas la cachexie palustre était compliquée de pneumonie chronique avec dilatation des bronches.

E. Tube digestif. — La dysenterie étant en général commune dans les pays palustres, on comprend qu'il ne soit pas rare de trouver, à l'autopsie des cachectiques, les traces d'une dysenterie antérieure : pigmentation au niveau des follicules clos du gros intestin, cicatrices fibreuses, rétrécissements, ulcérations de la muqueuse ; il s'agit là de lésions accidentelles.

Le tube digestif ne paraît subir aucune altération du fait du paludisme lui-même.

Le péritoine renferme souvent de la sérosité citrine, qui s'y accumule en grande quantité dans les cas de cirrhose atrophique du foie.

La péritonite partielle est fréquente autour de la rate et du foie; la péritonite peut se généraliser et entraîner la mort.

F. Poumons. — Les plèvres renferment de la sérosité en plus ou moins grande quantité, dans les cas où la cachexie s'accompagne d'anasarque; lorsqu'il existe des phlegmasies pulmonaires, ce qui n'est pas rare, les plèvres s'enflamment secondairement et on observe alors les lésions de la pleurésie ou des adhérences pleurales.

Les poumons sont fréquemment le siège d'inflammations aiguës ou chroniques.

La pneumonie aiguë des cachectiques palustres se caractérise en général par des lésions qui rappellent la splénisation pulmonaire, plutôt que l'hépatisation franche.

Le parenchyme pulmonaire, d'un rouge foncé, résistant, privé d'air, présente à la coupe une surface unie, luisante, et non une surface granuleuse, comme dans la pneumonie franche; on trouve au milieu du parenchyme induré des noyaux noirâtres, hémorragiques ^

\. Gatteloup, Rec. mëm. de méd. milit., 2*^ série, t. XI, p., 268.

L'examen histologique, fait sur cles^ coupes pratiquées après durcissement, montre que les alvéoles pulmonaires sont remplis d'éléments jeunes; les exsudais fibrineux sont très peu abondants, ce qui explique l'aspect particulier du poumon. Il existe, en général, du pigment en assez grande quantité le long des vaisseaux sanguins.

La pneumonie chronique, sans mélange de tuberculose, n'est pas très rare dans le paludisme chronique. Elle a été décrite par Heschl et par Lancereaux, j'en ai observé plusieurs exemples*.

Les altérations macroscopiques sont celles de la pneumonie chronique interstitielle, ou induration grise, ardoisée, des auteurs (Andral, Grisolle, Charcoï).

Le parenchyme pulmonaire est induré, résistant, d'une teinte grisâtre, marbrée; le tissu pulmonaire transformé présente une résistance fibreuse, et on distingue, sur les coupes, de nombreux tractus fibreux. Les bronches sont souvent dilatées et ulcérées. Il n'y a pas de lésions tuberculeuses.

L'examen des coupes histologiques montre que les altérations portent principalement sur la trame conjonctive du poumon; le tissu conjonctif s'infiltre d'éléments embryonnaires et ces éléments ne tardent pas à subir la transformation fibreuse.

La cirrhose est à la fois périlobulaire et intralobulaire ; chaque lobule présente à sa circonférence un anneau fibreux, et au centre, un deuxième anneau qui entoure la bronchiole centrale et l'artériole qui l'accompagne. Les cloisons alvéolaires, épaissies également, forment une espèce de stroma embryonnaire d'abord, puis fibreux.

On trouve çà et là des amas de pigment.

L'endothélium alvéolaire se transforme souvent, au niveau des parties malades, en un épithélium à cellules cubiques ou cylindriques.

G. Cœur. — Le volume du cœur est assez souvent augmenté; il s'agit d'ordinaire d'une dilatation passive des cavités ^

Les altérations du péricarde et de l'endocarde sont très rares.

Il n'existe en général aucune altération des centres cérébrospinaux, ni de Vappareil locomoteur.

1. Heschl, Ueber Lungen Induration. PjYig. Vierteljahr., 1856. — Charcot, De la pneumonie chronique. Th. d'agrég., Paris, 1860. — A. Laveran, Cirrhose pulmonaire palustre, Soc. méd. des hôp., 26 déc. 1879. — Lancereaux, Bulletin mécL, 1891, p. 959.

2. E. CoLLix, Rec. mém. de méd. milit., 1848, 2« série, t. IV, p. 140.

PATHO GENIE

Les causes des accidents si variés et des altérations anatomiques auxquels le paludisme donne naissance me paraissent pouvoir être ramenées à quatre principales :

1° Destruction des hématies.

2° Irritation des centres cérébro-spinaux.

3° Obstruction temporaire ou définitive des capillaires sanguins dans certains départements vasculaires.

4° A la longue, inflammation des viscères, notamment de ceux qui, comme la rate et le foie, sont les principaux réceptacles des microbes.

1" Destruction des hématies. — Tous les auteurs ont insisté sur la rapidité avec laquelle se produit l'anémie palustre; il suffît de quelques accès graves pour faire pâlir un malade à ce point qu'il devient méconnaissable.

Certains malades tombent dans la cachexie sans avoir eu de fièvre, l'anémie constitue, chez eux, le symptôme principal et pour ainsi dire unique de l'infection.

On a vu que les parasites du paludisme vivent aux dépens des hématies ; les hématies envahies pâlissent de plus en plus, à mesure que les parasites se développent, et leurs contours eux-mêmes finissent par disparaître. On peut donc dire qu'aucune anémie, celle qui est la suite d'hémorragies exceptée, ne s'explique mieux que l'anémie palustre.

Le pigment si abondant dans les petits vaisseaux de tous les organes, chez les sujets morts d'accès pernicieux, montre aussi que les parasites du paludisme sont de redoutables destructeurs des hématies.

L'altération du sang rend compte de la facilité avec laquelle se produisent les œdèmes, les hémorragies, les épistaxis notamment et l'hémoglobinurie. Pour les hémorragies viscérales qui ne sont pas rares, une autre cause intervient, la thrombose des petits vaisseaux; j'y reviendrai plus loin.

2" Irritation des centres cérébro-sjjinaux. — Depuis longtemps les médecins ont été conduits à expliquer par une irritation cérébro-spinale les principaux accidents du paludisme et notamment la fièvre intermittente.

D'après Rayer la fièvre intermittente est une névrose cérébro-spinale, qui peut être simple ou compliquée'.

Guérin de Mamers ^ et Fodéré ^ attribuent l'accès de fièvre intermittente à une irritation passagère du système nerveux cérébrospinal.

Le titre seul de Traité des fièvres ou irritations cérébro-spinales intermittentes, adopté par Maillot, montre bien l'importance que cet illustre maître attribuait au système nerveux dans la pathogénie des accidents du paludisme.

Parlant du stade de froid de l'accès fébrile, Maillot écrit : (( Frissons, froid, tremblements, douleurs lombaires : voilà les faits saillants. Sur la valeur de ces deux derniers signes, pas de

contestation, ils révèlent l'afTection de la moelle épinière Il

en est de même des frissons que l'on retrouve toutes les fois que

les centres nerveux sont fortement ébranlés Quant au froid,

on connaît l'influence du système nerveux sur la calorification : d'ailleurs dans le cas dont il s'agit l'aberration de la sensibilité qui fait éprouver un froid très vif, tandis que le plus souvent il n'y a pas d'abaissement réel de température, cette aberration, dis-je, ne démontre-t-elle pas de la manière la plus manifeste le trouble des centres nerveux? » [Op. cit., p. 321.)

Maillot n'a pas de peine à montrer que les accès délirants et comateux s'expliquent bien par l'irritation du cerveau et des méninges, il constate que c'est sur des sujets morts d'accès algides qu'il a trouvé les lésions les plus importantes delà moelle et il conclut en ces termes : « L'irritation active et hyperémique de l'axe cérébro-spinal, voilà ce qui constitue la nature, l'essence des fièvres intermittentes, soit qu'on étudie les fièvres simples ou bien celles qui deviennent pernicieuses... » [Op. cit., p. 336.)

Les connaissances que nous avons acquises depuis 1836 sur les fonctions du système nerveux et sur les microbes du paludisme viennent à l'appui de cette théorie.

Les hématozoaires qui existent en grand nombre dans le sang, au moment des accès, et qui ont un de leurs sièges d'élection dans les capillaires des centres cérébro-spinaux, doivent évidemment irriter vivement ces centres.

Nous savons, d'autre part, que les traumatismes qui portent sur

1. Rayer, Art. Intermittentes du Diction, de méd. et de chir. pratiques, Paris, 1829. ■2. Jouimal des progrès, 1830. Cité par Maillot, op. cit., p. 318. o. Leçons sur les Épidémies, t. II, p. 193, cité par Maillot.

la partie supérieure de la moelle donnent lieu fréquemment à des accès de fièvre.

Le frisson, souvent si violent, qui marque presque toujours le début des accès de fièvre palustre est essentiellement un phénomène nerveux.

La céphalalg-ie, la rachialgie, les névralgies, le délire, les convulsions, assez communes dans la fièvre palustre infantile, relèvent aussi manifestement de l'irritation des centres cérébro-spinaux.

L'irritation des centres cérébro-spinaux n'est donc pas douteuse, on doit se demander seulement si le microbe du paludisme agit sur ces centres directement, ou en donnant naissance à une substance pyrétogène.

L'hématozoaire du paludisme diffère complètement des bactéries pathogènes qui agissent sur l'org-anisme en produisant des toxines.

D'un autre côté la plupart des maladies dues à des hématozoaires s'accompagnent de phénomènes d'irritation cérébro-spinale et de fièvre, bien que la sécrétion d'une toxine par ces parasites soit improbable.

Dans la filariose, la fièvre peut se produire sous forme de grands accès, avec frisson initial, comme dans la fièvre intermittente ou bien elle persiste pendant plusieurs jours, comme dans la continue palustre.

Les trypanosomes qui sont la cause des maladies connues sous les noms de Surra (Indes) et de Nagana (Zoulouland) provoquent chez les chevaux, les mulets et les chameaux une fièvre rémittente.

Dans la fièvre du Texas l'élévation thermique est, comme le nom l'indique, le principal signe de la maladie.

Dans tous ces cas la fièvre est vraisemblablement, comme dans le paludisme, la conséquence de l'irritation produite directement par les parasites \

3° Obstruction temporaire ou définitive des cajnllaires sanguins. — Nous avons vu, en faisant l'historique de la mélanémie palustre, que déjà Frerichs attribuait à l'accumulation du pigment dans les vaisseaux cérébraux un rôle important dans la pathogénie de certains accidents pernicieux.

On objectait à Frerichs la rapidité avec laquelle les symptômes

1. D'après Ughetti la fièvre palustre est la conséquence de la présence des hématozoaires d'une part, et d'autre part des altérations des hématies (Ughetti, Sulla patogenesi délia febbre, Napoli, 1894).

cérébraux et le coma lui-même disparaissent chez certains malades atteints d'accès pernicieux, pour reparaître parfois au bout d'un ou deux jours et se dissiper encore ; on ne s'expliquait pas non plus comment la quinine pouvait agir sur des thromboses pigmentaires, chez les malades atteints d'accès pernicieux comateux par exemple.

Le fait que l'obstruction des vaisseaux est produite, non par des poussières inertes, mais par des parasites, permet de comprendre que les thrombus puissent se dissocier et que la quinine agisse sur eux.

Quoi qu'il en soit, il n'est pas douteux que l'accumulation des hématozoaires dans les petits vaisseaux donne lieu souvent à des obstructions.

Chez les sujets morts d'accès comateux, il est facile de voir sur des coupes histologiques du cerveau, que les capillaires sont obstrués en beaucoup de points par des parasites.

L'examen du fond de l'œil à l'aide de l'ophtalmoscope permet quelquefois de constater, chez des sujets atteints de fièvre pernicieuse, l'obstruction des capillaires par des éléments pigmentés (Y. p. 232), obstruction qui se traduit par une amblyopie temporaire ou persistante.

Les thromboses passagères expliquent bien les paralysies et les aphasies transitoires qui ont été observées quelquefois dans le cours des accès de fièvre.

Quand les thromboses cérébrales ne se dissipent pas avec les accès de fièvre, elles donnent naissance à des foyers de ramollissement, et, si elles intéressent la zone motrice, à des paralysies persistantes.

L'accumulation des éléments parasitaires dans les petits vaisseaux explique encore la fréquence des hémorragies dans les formes graves du paludisme.

J'ai noté, chez plusieurs individus morts de fièvre pernicieuse, des hémorragies capillaires très nombreuses dans la peau et dans les séreuses. Sur un sujet mort de fièvre pernicieuse pendant l'été 1882, à l'hôpital militaire de Constantine, le mésentère et le grand épiploon étaient criblés d'hémorragies capillaires consécutives à l'accumulation des éléments pigmentés dans les petits vaisseaux.

Les hémoptysies, les gastrorragies et les hématuries qui s'observent assez souvent dans le cours des fièvres palustres, s'expliquent par les obstructions vasculaires, en même temps que par l'appauvrissement du sang.

Dans les reins, les éléments parasitaires sont retenus par les glomérules de Malpiphi et, lorsque ces éléments sont nombreux, il en résulte une gène marquée de la circulation rénale.

Ainsi s'explique l'albuminurie transitoire qui s'observe assez souvent pendant les accès de fièvre intermittente ; l'oblitération d'un certain nombre de glomérules par les éléments parasitaires a naturellement pour effet d'augmenter la tension du sang dans ceux qui sont restés perméables.

Dans certains cas de fièvre pernicieuse à forme cholérique, on a constaté une grande abondance des hématozoaires dans les capillaires de l'intestin. Les différentes formes des accès pernicieux s'expliquent donc en partie par la localisation des parasites ; je dis en partie, parce que les prédispositions individuelles jouent aussi un grand rôle (V. p. 184) ; l'alcoolique a facilement un accès délirant, l'épileptique un accès convulsif, etc.

4° Congestions, inflammations viscérales. — On a dit que le microbe du paludisme n'était pas phlogogène ' ; cela est vrai des inflammations suivies de suppuration.

Quand il se produit des suppurations dans le cours du paludisme, on peut être certain qu'il y a une infection mixte ; on retrouve dans le pus les microbes ordinaires de la suppuration.

La pneumonie aiguë des palustres est due aussi, le plus souvent, à une infection mixte.

Mais il n'est pas douteux que le parasite du paludisme provoque souvent, par sa présence, des congestions inflammatoires et des inflammations chroniques.

Le paludisme aigu s'accompagne de congestions passagères du foie et de la rate ; les organes congestionnés reprennent vite leur volume normal quand la fièvre a disparu.

A la longue, l'irritation produite par la présence des microbes et par les congestions répétées, donne naissance à des phlegmasies chroniques qui, naturellement, se localisent de préférence sur les viscères qui sont le siège d'élection des parasites.

La rate présente constamment, chez les individus qui ont eu plusieurs atteintes de fièvre, des altérations inflammatoires : splénite interstitielle, périsplénite; dans la cachexie palustre, on observe une véritable cirrhose hypertrophique de la rate.

1. Verneuil, Du paludisme considéré au point de vue chirurgical, Paris, 1883, p. 71 et 75.

La ciri'hose du foie vient, |»ar ordre de fréquence, après celle de la rate, on peut citer ensuite la néphrite et la pneumonie chroniques; dans tous ces cas, le point de départ ordinaire des lésions inflammatoires est dans les petits vaisseaux ; il s'agit de cirrhoses vasculaires.

Les lésions de l'inflammation chronique, une fois constituées dans un viscère, peuvent persister et s'aggraver autres guérison du paludisme; on observe des cirrhoses du foie et des néphrites d'origine palustre chez des malades qui n'ont plus, depuis longtemps, d'accès de fièvre intermittente et dans le sang desquels on ne trouve plus trace des parasites du paludisme.

La cirrhose hyperlrophique de la rate persiste longtemps après la guérison du paludisme.

De Vintermittence des accès et des causes qui agissent pour déterminer le tijpe fébrile. — L'intermittence n'est pas un caractère constant de la fièvre palustre. Dans les pays chauds, aux Indes notamment, la fièvre prend la forme continue presque aussi souvent que l'intermittente.

La fièvre intermittente n'a pas toujours un type défini et, chez un même malade, le type est variable, enfin les fièvres à type bien défini présentent souA^ent elles-mêmes des irrégularités : accès anticipants ou retardants, etc.

D'autre part l'intermittence n'est pas spéciale aux accidents d'origine palustre.

Elle a été notée fréquemment dans des névralgies, qui ne pouvaient pas être soupçonnées de s'être développées sous l'influence du paludisme, voire même dans la névrite traumatique '.

La fièvre hectique des tuberculeux est une intermittente quotidienne, seulement les paroxysmes se produisent le soir, et résistent à la quinine, contrairement à ce quia lieu dans la quotidienne d'origine palustre.

Certaines afîections du foie provoquent des accidents intermittents -.

Chez des sujets indemnes de paludisme, les traumatismes de la

1. W. MiTCiiELL, Des lésions des nerfs et de leurs conséquences, trad. française, Paris, 1874.

2. J. Cyk, De la périodicité de certains symptômes hépatiques. Arch. gén. de méd., mai 1883. — Bobowicz, De la fièvre intermit. symptom. de la lithiase biliaire. Th. Paris, 1878. — Pick, Contrib. à l'élude de la fièvre intermit. hépatique, lo" Congrès allem. de méd. int., juin 1897.

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