‹ Traité du paludisme (volume 2)Chapitre 199 sur 251 · Traité de Ihérap., 8° édit., t. II, p · texte numérisé non relu

Traité de Ihérap., 8° édit., t. II, p

mais, avant de leur faire prendre la poudre en question, il les soumit à la simple expectation; 19 guérirent spontanément, les 3 autres avaient : l'un une quarte, deux une fièvre quotidienne. La poudre de houx fut inutilement administrée à ces 3 malades qui guérirent facilement par la quinine.

Si Chomel avait donné d'emblée la poudre de houx à ses 22 malades, on aura.it pu conclure que cette poudre guérissait la fièvre 49 fois sur 22.

On s'explique ainsi comment le chlorure de sodium, le plantain, le persil, l'artichaut, les toiles d'araignée, etc., ont donné de beaux succès à des médecins qui n'expérimentaient pas avec la rigueur de Chomel et pourquoi le nombre des substances qui ont été décorées du titre de succédanés de la quinine est si considérable.

Alors même qu'il serait prouvé par des faits nombreux que tel médicament est susceptible de guérir la fièvre intermittente de nos climats, il resterait à voir si ce médicament peut agir, comme la quinine, dans les fièvres graves des pays chauds.

Nous connaissons aujourd'hui les parasites qui donnent lieu aux accidents du paludisme; nous pouvons donc nous placer dans des conditions plus rigoureuses qu'autrefois au point de vue de l'expérimentation des fébrifuges dans cette maladie. Il faudra à l'avenir constater la présence des parasites chez les sujets choisis pour l'expérience, noter les formes sous lesquelles ils se présentent, et rechercher s'ils disparaissent aussi vite du sang, chez les malades traités par le fébrifuge en expérience, que chez ceux qui sont soumis à la médication quinique.

Parmi les médicaments qui ont été préconisés comme succédanés de la quinine, il convient de donner la première place aux alcaloïdes qui, comme la quinine, sont extraits du quinquina. Les sulfates de cinchonine et de cinchonidine, qui ont l'avantage de coûter moins cher que le sulfate de quinine, ont été souvent expérimentés.

Il faut citer ensuite : l'acide arsénieux et les composés arsenicaux, l'iode, le nitrate de potasse, l'alun, l'acide phénique, le chlorhydrate de phénocolle, le bleu de méthylène.

Parmi les substances végétales : l'écorce de saule et la salicine qui en a été extraite, les écorces de chêne et de marronnier d'Inde, le buis, l'écorce de cascarille, les bois de Quassia amara et de Quassia simarouha; l'alkékenge [Pliy salis Alkekengi), préconisée

par Gendron, la gentiane {Gentiana lulea), la petite centaurée [Gentiana centauriiitn), le chardon bénit et le chardon étoile, la chicorée sauvage, le persil {Apium 2^etrosilenum) (graines de persil, préconisées par Joret et Homolle ; apiol, principe extrait du persil), le tournesol (Helianihus annnus) sous forme de teinture, le Pambotano, l'eucalyptus et l'essence oxygénée d'eucalyptus ou eucalyptol, l'épine- vinette et la berbérine qui en a été extraite, la bébéerine qu'il ne faut pas confondre avec la berbérine ', le poivre et la pipérine, la noix vomique et la strychnine, la cupréine.

Parmi ces substances plusieurs sont des amers, des toniques et des excitants des voies digestives : telles sont les Quassia amara et simarouba, la petite centaurée, la noix vomique; d'après ce que nous avons dit plus haut de l'importance de la médication tonique dans le traitement du paludisme, il est facile de s'expliquer le mode d'action de ces substances qui peuvent rendre des services, mais qui n'ont aucun droit au titre de succédanés de la quinine.

1. Cinchonine -. — La cinchonine se retire des eaux mères qui ont servi à la préparation de la quinine ; sa formule chimique ne diffère de celle de la quinine que par un atome d'oxygène en moins.

Le plus employé des sels de cinchonine est le sulfate, qui est soluble dans 65,5 parties d'eau.

Briquet croyait que la cinchonine était deux fois moins toxique que la quinine. Bochefontaine et Laborde ont montré c[u'au contraire la cinchonine était plus convulsivante que la quinine.

A la dose de 0 gr. 75 à 1 gr. en injection hypodermique, chez un chien de 42 kgr., la cinchonine donne lieu à des convulsions épileptiformes.

Une dose de 0 gr. 60 à 1 gr. peut produire chez l'homme sain des accidents : céphalalgie frontale, constriction des tempes, douleurs précordiales, ralentissement du pouls.

Le sulfate de cinchonine a donné des succès dans les fièvres intermittentes simples, mais son efficacité dans le traitement du paludisme n'est pas comparable à celle de la quinine, ainsi qu'en témoignent les expériences faites dans les hôpitaux militaires de

1. La bébéerine est extraite d'un bois qui est désigné à la Guyane sous le nom de bébeern {Nectandra Rodiei. Laurinées).

2. Moutard-Martix, Mémoire sur la valeur du sulfate de cinchonine dans le trait, des fièvres intermit., 1860, Mém. de l'Académie de médecine, t. XXIV, p. 447. — Discussion sur le sulfate de cinchonine. Bullet. de L'Acad. de médecine, t. XXV, p. S65. — Delioux de Savignac, art. Cinchonine du Diction, encyclop. des se. méd. — J. Simon, Les Succédanés en thérapeutique, Th., Paris, 1883.

l'Algérie et de Rome par L. Laveran, Goze, Wahu, BarJ)y, Rouis, Folie-Desjardins, Vital, Maignen, Mayer, Michel Lévy \

A Blidah, 88 malades traités par l'expectation ont eu 235 accès, en moyenne 2,58; 56 malades traités par le sulfate de quinine en ont eu 50, soit 0,9 en moyenne; avec le sulfate de cinchonine, la moyenne des accès a été de 2,45, c'est-à-dire à peine inférieure à celle de l'expectation pure et simple. « L'action du sulfate de cinchonine, dit mon père, m'a paru d'autant moins efficace que les fièvres étaient et plus récentes et plus intenses. Pendant la saison épidémique son défaut d'efficacité ressortait de la simple observation et était d'autant plus frappant que je me suis abstenu de le donner dans les accès graves où le caractère pernicieux était imminent. »

En 1872, Briquet a essayé de réhabiliter le sulfate de cinchonine; Briquet reconnaît que le sulfate de cinchonine ne peut pas remplacer le sulfate de quinine dans le traitement des fièvres palustres des pays chauds, mais il pense qu'on peut utiliser ce sel pour le traitement des fièvres de France ; voici les règles qu'il trace pour son emploie

1° Donner le sulfate de cinchonine en solution, ou, si on le donne en poudre, faire prendre aussitôt après l'ingestion un verre d'une boisson acidulée.

2° Toujours fractionner les doses et les faire prendre en cinq ou six fois d'heure en heure.

3" Laisser entre la dernière prise et l'accès futur un intervalle de 8 à 12 h.

Moutard Martin a obtenu, avec le sulfate de cinchonine, de meilleurs résultats que les médecins militaires cités plus haut, ce qui s'explique facilement, les fièvres qu'on observe dans les hôpitaux de Paris où ont été faites les recherches de Moutard Martin étant moins graves que les fièvres d'Algérie.

C'est avec raison que le sulfate de cinchonine a été abandonné.

2. C inchonidine . — La cinchonidine est isomère de la cinchonine, elle est moins convulsivante que cette dernière (Bochefontaine) .

Le sulfate de cinchonidine se dissout dans 130 parties d'eau.

1. Rec. mém. de rnéd. milit., 3° série, t. II, et L. Laviîran, Étude sur l'action comparée du sulfate de quinine, du sulfate de cinchonine et du quinium dans le traitement des fièvres intermittentes d'Afrique. Gaz. méd. de Paris, 1856.

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