Bulletin de la Soc. nat. d'acclimatation, janv
ASSAINISSEMENT DES LOCALITÉS 40o
Une grande propriété située sur la côte orientale de la Corse, près d'Aleria et du pénitencier de Casabianca, était inhabitable à cause des fièvres, le garde même refusait d'y rester pendant l'été.
Le propriétaire fît planter, devant la maison du garde, un petit bois de 200 à 300 eucalyptus et 400 à SOO eucalyptus le long d'un ruisseau.
Ces plantations ont prospéré et le garde peut aujourd'hui habiter cette propriété, avec sa famille, été comme hiver; les ouvriers qui descendent de la montagne pour travailler aux vignes dans cette propriété, jadis si insalubre, ne contractent pas la fièvre.
Il existe, sur la côte orientale de la Corse, une petite localité du nom de Solenzara, dans laquelle on avait installé une aciérie. Au début de l'installation de l'usine, toute la population de Solenzara avait l'habitude d'émigrer pendant quatre mois, de juillet à octobre, ce qui montre combien l'endémie palustre était redoutable.
Un des actionnaires fit planter 60 ares en eucalyptus, depuis lors la fièvre a disparu de Solenzara ; toute la population a une mine de prospérité et personne ne songe plus à émigrer pendant l'été.
Dans certaines localités, très favorables au développement du paludisme, les plantations n'ont pas réussi complètement, il est vrai, à faire disparaître les fièvres.
Rivière, qui a contesté les propriétés fébrifuges des plantations d'eucalyptus, en se fondant principalement sur la persistance des fièvres à Ain Mokra et aux mines du Mokta (sur le lac Fezzara, province de Constantine), a fourni lui-même l'explication de cet insuccès, relatif d'ailleurs, car les plantations d'eucalyptus ont produit, même à Aïn Mokra, une amélioration dans l'état sanitaire.
« Nous avons planté les berges du Fezzara, écrit Rivière, mais la plantation a dû se tenir à une certaine distance de la limite maxima des eaux qui arrivent par crues subites causées par le déversement torrentiel des Oueds Zid et El-Aout dans l'immense cuvette. Les eaux recouvrent alors plus de 14 000 hectares et se déplacent par certains vents, mais les écoulements naturels et la perte produite par de rapides évaporations font que, par ces alternatives de crues successives et de retraits assez brusques de la nappe liquide, d'immenses surfaces miasmogènes sont ainsi mises à découvert, produisant, sous l'effet d'une insolation absolument directe et de l'élévation du degré thermique, des éléments morbi-
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gènes contre lesquels la végétation lointaine des rives reste sans efTet. » {Bull, delà Soc. nat. cC acclimatation, janv. I880.)
Rivière estime que, dans ces conditions, il serait avantageux de planter d'abord des bambous, de manière à circonscrire et à réduire progressivement la cuvette centrale.
L'exemple d'Ain Mokra ne peut pas être invoqué contre l'eucalyptus, il est évident qu'on ne devait pas s'attendre à assainir complètement cette région en plantant des eucalyptus sur les bords de l'immense surface marécageuse dont parle Rivière.
Eucalyptus globulus est le plus connu des eucalyptus, c'est celui qui a été introduit le premier en Europe ; il domine encore dans les vieilles plantations; dans les plantations nouvelles il a été remplacé presque partout, en Algérie, par E. rostrata ; E. globulus craint le froid et la grande chaleur, il lui faut de bonnes terres, ni sèches ni trop humides, il périt rapidement dans les sols constamment marécageux; E. rostrata résiste mieux. (Rivière, op. cit.)
L'eucalyptus agit-il simplement, comme les autres arbres, en drainant et en desséchant le sol? et s'il assainit le sol plus rapidement que ne font les autres arbres, est-ce uniquement parce que sa croissance est plus rapide, ou bien faut-il admettre qu'il jouit de la propriété de détruire ou d'éloigner les microbes du paludisme? Cette dernière hypothèse n'a rien d'invraisemblable, mais ce n'est encore qu'une hypothèse.
Les plantations de pins ont une influence presque aussi favorable, au point de vue du paludisme, que celles d'eucalyptus, mais le pin ne se développe pas aussi vite que l'eucalyptus.
Dans la Caroline du Nord on a noté l'absence des fièvres partout où existaient des forêts de pins '.
A Bourbon on a fait avec succès des plantations de filaos pour assainir le sol.
Le fîlao (Casuarina equisetifolia) est un arbre voisin des conifères, qui vient très bien dans les régions équatoriales, surtout dans les terrains sablonneux. Le bois, très dur, peut être utilisé pour les constructions navales ou comme combustible; l'écorce renferme une matière colorante et a des propriétés astringentes.
MM. Vincent et Burot pensent que le filao pourrait rendre de grands services pour l'assainissement de la côte à Madagascar ^
1. L. Satchwei.l, The snnitarian. nov. 1892, et Gâche, Climatologie de la République Argentine, Buenos Aires, 1895.
2. Acad. de méd., 7 avril 1896, et Revue scientifique, 18 juillet 1896.
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En Hollande et dans l'Amérique du Nord on a fait souvent, et avec succès, des plantations d'hélianthe ou tournesol {Helianthus annuus) '.
L'hélianthe croît rapidement et dessèche bien le sol. Les différentes parties de la plante peuvent être utilisées. Les semences servent à la nourriture des volailles ou bien on en extrait de l'huile ; les feuilles vertes ou sèches peuvent être employées pour la nourriture des bestiaux.
D'après certains observateurs l'hélianthe aurait des propriétés fébrifuges; en Russie les paysans, lorsqu'ils ont la fièvre, se couchent sur un lit formé de feuilles d'hélianthe et ils se recouvrent également de ces feuilles. On a vu dans le chapitre précédent que la teinture d'hélianthe a été préconisée par quelques auteurs comme succédané de la quinine.
D'après Valentin le houblon aurait les mêmes propriétés assainissantes que l'hélianthe.
E. Eau potable. — Il existe dans la science beaucoup de faits qui tendent à démontrer que le paludisme peut être d'origine hydrique (V. p. 118).
Dans certaines localités les fièvres palustres ont disparu dès qu'on a pu fournir une eau de bonne qualité au lieu de l'eau croupie dont les habitants de ces localités faisaient primitivement usage.
La question de l'approvisionnement en eau potable a donc une grande importance, au point de vue de l'assainissement des localités palustres.
F. Influence du bien-êti^e et de V amélioration de Cliygiène générale. — Toutes les causes qui augmentent le bien-être des populations ont une influence favorable, au point de vue de la prophylaxie du paludisme; telles sont : les améliorations agricoles de toute nature, la construction de routes nouvelles ou de chemins de fer qui, en facilitant les échanges, augmentent la richesse d'une contrée.
Des habitations mieux construites et plus saines, une nourriture meilleure, des boissons hygiéniques, contribuent à l'assainissement des régions palustres, comme on l'a vu en Sologne et dans le Haut-Limousin ^
1. L'hélianthe a été recommandée surtout par Ciievreul et par l'américain Maury.
2. TuÉVARD, Th. Paris, 1886. — Albert, Disparition des f. palustres dans le Haut- Limousin, Th. Lyon, 1895.
En même temps que les conditions de milieu deviennent moins favorables à l'éclosion du paludisme, grâce au dessèchement des marais, à l'extension et à l'amélioration des cultures, la force de résistance de chaque organisme pris en particulier augmente. On s'explique donc que le paludisme tende à décroître, en tous pays, à mesure que les travaux d'art se multiplient, que la culture du sol fait des progrès et que la richesse et les conditions de bienêtre augmentent.
IL Prophylaxie individuelle. — A. Epoque des voyages, des expéditions dans les pays palusti^es. — Lorsqu'on doit parcourir un pays palustre, il importe de choisir avec soin l'époque de l'arrivée et celle du départ.
Nous avons vu que, dans la plupart des foyers palustres, les fièvres ne régnent que pendant une partie de l'année dite, à cause de cela, période endémo-épidémique ; en Algérie et en Italie, par exemple, on ne contracte presque jamais la fièvre palustre pendant les mois de décembre à juin ; pendant ces six mois d'hiver on peut vivre sans se préoccuper du paludisme.
Le voyageur qui dispose de son temps doit choisir cette époque salubre pour visiter les pays palustres.
Lorsqu'on fait une expédition dans des contrées palustres, il faut choisir une saison favorable pour le débarquement des troupes, et traverser aussi vite que possible les zones les plus malsaines.
A ce point de vue on peut citer comme un modèle l'expédition des Anglais sur la Côte d'Or en 1895.
L'expédition fut organisée pour le mois de mars qui est, dans cette région, le plus salubre, et les mesures furent si bien combinées que les troupes anglaises n'eurent pas à séjourner une heure sur le littoral ; elles purent s'engager immédiatement sur une route de plus de 100 km. de longueur, exécutée par la main d'œuvre indigène, garnie de huttes en bambous renfermant des supports de lits et approvisionnées d'eau aux principaux gîtes d'étapes *.
Les graves épidémies de fièvres palustres observées dans l'île de Walcheren sur l'armée anglaise (1809) et à Madagascar, sur le corps expéditionnaire de l'armée française (4895), montrent d'une façon saisissante les dangers auxquels on s'expose quand on néglige ces règles.
1. Expédition contre les Aschantis, Revue militaire de Vélranrjer, sept. 1896, p. IQS.
En 1809 l'armée anglaise débarqua à Walcheren en pleine période de fièvres et séjourna dans cette île insalubre.
A Madagascar nos troupes restèrent longtemps sur le littoral et furent employées à des travaux de terrassement.
Lorsqu'on habite une région palustre, on apprend vite à connaître les localités les plus malsaines; on évitera de fréquenter ces localités pendant la saison endémo-épidémique, et surtout de les parcourir ou d'y séjourner pendant la nuit.
Gomme le dit Lind, il y a d'ordinaire « des cantons sains dans les pays les plus malsains » {op. cit., t. I, p. 269).
B. Choix de Vhabitation. Utilisation des lieux élevés. Villes de santé. — Le choix de l'emplacement de l'habitation a, en pays palustre, une importance capitale.
Nous avons vu (Ch. i) que, dans une même ville, on trouve souvent des quartiers salubres à côté de quartiers sur lesquels sévit le paludisme.
Les parties les plus élevées d'une ville, les rues les plus centrales, les plus habitées, donnent le maximum de préservation contre les maladies palustres et doivent être par conséquent recherchées; on évitera au contraire les habitations situées dans les parties basses, sur les bords des cours d'eau, et celles qui sont isolées dans la campagne.
Le voisinage des cultures, des jardins, est dangereux '.
Le rez-de-chaussée des habitations est, en pays palustre, plus malsain que les étages.
Lorsqu'on habite des baraques ou des maisons qui n'ont qu'un rez-de-chaussée, le lit doit être élevé autant que possible au-dessus du sol.
Les habitants de la campagne romaine qui sont obligés de passer la nuit dans la plaine dorment sur des échafaudages de 3 m. de hauteur.
Le voyageur et le soldat choisiront avec soin les emplacements de leurs camps en pays palustre ; ils résisteront à l'attrait des rives fleuries et ombragées des rivières et gagneront, le soir, les hauteurs.
Les marins trouveront dans leurs navires un abri excellent.
L'expérience a appris depuis longtemps aux habitants des pays palustres qu'il est dangereux de passer la nuit dans la plaine, que les villes et villages doivent être construits sur les hauteurs, et
1. Perronnet, Revue gén. de cUn. et de thérap., 1890, p. 472.
qu'une des mesures les plus efficaces qu'on puisse prendre pour se protéger contre le paludisme consiste à se réfugier, pendant la saison endémo-épidémique, sur les plateaux ou dans la montagne.
Lind, qui a écrit un chapitre remarquable sur cette question, préconisait dès 1768 l'installation de stations sanitaires sur les lieux élevés ^
J'ai déjà eu l'occasion de dire que, pour obtenir l'action préservatrice, il suffit souvent d'une faible élévation.
Des stations sanitaires ou Sanatoria ont été créées sur les hauteurs dans un grand nombre de pays palustres.
C'est aux Indes que ces établissements ont pris le plus grand développement; on n'envoie pas seulement dans les stations des Indes des malades ou des convalescents; pendant la saison la plus chaude et la plus dangereuse au point de vue des fièvres palustres, la plupart des Européens vont y chercher un refuge; ce sont, comme disent les Anglais, des villes de santé [health cities), ou encore des résidences d'été (summer stations) ^
L'Inde est une des régions les plus chaudes du globe : dans le Pendjab, la température s'élève souvent, pendant l'été, à 50" à l'ombre; d'autre part l'endémie palustre sévit avec une grande intensité sur les côtes ; il était donc indiqué d'établir des stations sanitaires sur les contreforts de l'Himalaya, dans le nord de l'Inde; sur les Ghattes et les Nilghiris, dans l'Inde méridionale; c'est ce que les Anglais n'ont pas manqué de faire.
Les principales stations sanitaires de l'Inde anglaise sont :
Dans la présidence de Bombay : Povnah à 563 m. d'altitude, Matherau à 749 m., Mahabalechwar ou Malcompet à 1437.
Dans la présidence du Bengale : Dardjiling à 2250 m.
Dans la présidence de Madras : Bangalore à 924 m., Outakamound à 2200.
Dans le Pendjab : Dharmsala à 1950 m., Dalhousie à 2243 m., Simla à 2160.
Dans le Koumaon : Almora à 1815 m., Ranikhet à 1650 m., Landour à 2190.
Outakamound est la ville de santé la plus importante de l'Inde méridionale; d'origine moderne, elle a déjà pris un grand dévelop-
1. Lind, Traité des malad. des Eui-opéen^ dans les pays chauds. Trad. franc., t. I, p. 269. /
2. Vincent et Bukot, Les altitudes dans les pays paludéens de la zone torride, Acad. de médecine, 20 oct. 1896. J'ai fait beaucoup d'emprunts à cet excellent travail.
pement. La culture du quinquina y a été importée en 1860 et y a prospéré; des forêts de Cinchonas couvrent une grande partie du plateau du Nilghiri, sur lequel se trouve cette station.
Dardjiling, Landour, Almora, Ranikhet, Dalhousie, Simla sont devenus aussi des centres importants. « Dès qu'arrive la saison des chaleurs, les routes qui mènent de la plaine vers Simla se couvrent de convois et d'équipages qui portent à la ville de santé les hauts fonctionnaires de Calcutta, suivis de leurs employés ; quelques-unes des principales administrations de l'Etat émigrent même chaque année, à ce moment, de l'une à l'autre cité. » (Vincent et Burot, op. cit.)
Les villes de santé de l'Inde ont été reliées par des voies de communication faciles et rapides avec les ports et les grands centres; elles sont utilisées, dans une large mesure, par l'autorité militaire; officiers et soldats européens y passent une grande partie de la saison la plus dangereuse.
Le climat de Ceylan, très chaud et insalubre sur les côtes, est très sain sur les hauteurs. Pendant la saison chaude, les Européens désertent en masse les ports de Colombo, de Pointe de Galle et de ïrincomaly pour se rendre à Kandy, à 518 m. d'altitude, et à Nowéra-Elia, à 1890 m., principale ville de santé de Ceylan.
Les Hollandais ont créé à Java plusieurs villes de santé : Salatiga, à 574 m. d'altitude, Toscari, à 1780 m., etc., qui ont contribué, pour une grande part, à abaisser le chiffre de mortalité des Européens si élevé autrefois dans cette colonie.
L'Indo-Chine ne possède pas encore de stations sanitaires; il est à désirer que nous suivions, dans cette colonie, les exemples que nous ont donnés les Anglais aux Indes et les Hollandais à Java.
MM. Vincent et Burot estiment que les plateaux qui s'étendent entre le Tonkin méridional et l'Annam, d'une part, et la vallée du Mékong, d'autre part, se prêteraient très bien, après les travaux de déboisement nécessaires, à l'installation de villes d'été pour nos soldats et nos fonctionnaires.
Tel est le plateau des Boloven, à 950 ou 1000 m. d'altitude, entre Bassac et le port de Tourane, c'est-à-dire vers le centre de nos possessions. Pour faire communiquer ce plateau avec la côte, il suffirait d'une voie ferrée de 200 à 250 km., bien moins longue que celle qui relie Calcutta à Dardjiling.
On trouve sur le plateau des Boloven, « avec le sol le plus fertile, les conditions d'existence et le climat du midi de l'Europe,
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les pins, les chênes, les châtaigniers, les charmes; l'étendue de ces plaines mamelonnées est telle qu'on pourrait y établir, en dehors des sanatoria, des résidences et des villes de santé, de vastes exploitations agricoles. » (Vincent et Burot, ojj. cit.)
A la Jamaïque, des stations d'été ont été établies pour les troupes européennes dans les montagnes Bleues ; les forêts de Hope Gardens et la station de Newcastle, à une altitude de 4158 m., ont, ajuste titre, une grande réputation de salubrité.
A la Guadeloupe, nous avons depuis 1841 le camp Jacob qui, malgré sa faible altitude (545 m.), est très salubre ; cette station sanitaire a contribué beaucoup à diminuer le chiffre de la mortalité des troupes européennes à la Guadeloupe.
La Martinique a été dotée du camp de Balata.
Au Soudan on a cherché, à plusieurs reprises, à établir des sanatoria sur les hauteurs ; ces tentatives n'ont pas abouti jusqu'ici.
Les Anglais ont résolu de fonder, en mémoire du prince Henri de Battenberg, un sanatorium sur la côte occidentale d'Afrique, mais l'emplacement n'a pas encore été définitivement choisi. MM. Vincent et Burot pensent que le séjour de la Grande Canarie conviendrait très bien aux sujets anémiés et impaludés venant de la côte occidentale de l'Afrique.
A La Réunion on a créé, dans les montagnes qui s'étendent du nord au sud de l'île, plusieurs stations sanitaires : Salazie, à 900 m. d'altitude; Saint-François, à 400 m.; Cilaos et Mafat.
Salazie, la principale de ces stations, est à 52 km. de Saint-Denis ; la température moyenne de l'année y est de 18°; les variations diurnes sont très marquées, aussi ne doit-on envoyer à Salazie que des convalescents qui ne sont pas trop anémiés.
Il existe à Salazie une source thermale bicarbonatée sodique et ferrugineuse, très efficace dans la cachexie des pays chauds.
Saint-François, qui est à trois heures seulement de Saint-Denis, est une station d'été très commode pour les troupes ; les variations atmosphériques sont moins marquées qu'à Salazie et la température s'y élève moins qu'à Saint-Denis.
A Madagascar, l'île de Sainte-Marie, Vohémar, Diégo-Suarez, où l'on établit des sanatoria lors de l'expédition de 1884, durent être abandonnés à cause de leur insalubrité.
En 1895 le sanatorium établi à Nossi-Comba, dans une bonne situation, à proximité de Nossi-Bé, oi^i passent les courriers réguliers et où l'on trouve des approvisionnements de toute sorte, ne
donna pas les heureux résultats qu'on en espérait; les accès de fièvre y étaient moins fréquents qu'à Majunga, mais les diarrhées y étaient beaucoup plus nombreuses, à cause du froid et de l'humidité ; de fait, tous les malades envoyés à Nossi-Comba durent être évacués sur la France.
Par suite de l'occupation de Madagascar il sera possible de créer dans cette île des stations sanitaires dans de meilleures conditions qu'autrefois; nous avons en effet toute liberté pour le choix des emplacements de ces stations qui, naguère, ne pouvaient être placées que sur la côte.
A Chypre le camp établi au mont Troados a rendu de grands services à l'armée anglaise.
La proximité de la France a rendu inutile la création, en Algérie, de stations sanitaires sur les hauteurs ; les fièvres sont d'ailleurs moins graves qu'aux Indes et on y souffre moins de la chaleur, sauf dans certains postes du Sud.
G. Danger des sorties nocturnes. — C'est un fait bien connu dans les contrées palustres qu'il ne faut pas sortir avant le lever du soleil, ni rentrer chez soi après son coucher.
Les ouvriers qui sont obligés de veiller et de parcourir la nuit des régions insalubres, sont particulièrement éprouvés par le paludisme, de même les chasseurs qui vont à l'affût de nuit.
Les laboureurs, les moissonneurs, les ouvriers employés à des travaux de terrassement ou de dessèchement des marais quitteront la plaine avant le coucher du soleil et gagneront les hauteurs voisines; s'il s'agit de travaux importants, nécessitant la présence d'un grand nombre d'ouvriers, on élèvera des baraquements à une distance suffisante des chantiers.
On ne commencera pas les travaux avant le lever du soleil.
On ne laissera pas, la nuit, les fenêtres ouvertes.
Lorsqu'on est obligé de coucher en plein air il est recommandé d'allumer de grands feux; grâce à l'établissement de feux qu'on déplaçait au fur et à mesure que les travaux avançaient, on a pu arriver, sans grand péril, à assainir en Tunisie une vaste surface marécageuse (Ramel).
D. Travaux de terrassement, de défrichement ', etc. — On a vu
1. L. CoLix, Instruction sur les mesures et précautions à prendre et sur les soins adonner aux ouvriers lorsque les travaux s'exécutent dans les terrains marécageux. Acad. de méd., lo nov. 1881. — Nicolas, Chantiers et terrassements en pays paludéens, Paris, 188S.
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(p. 26) que les travaux de terrassement ou de défrichement sont particulièrement dangereux en pays palustre.
On choisira pour ces travaux la saison la plus salubre; on remplacera autant que possible, comme on le fait en Amérique, la main de l'homme par des moyens mécaniques; dans les pays chauds, on emploiera pour ces travaux les nègres qui jouissent, comme nous l'avons vu, d'une immunité marquée pour le paludisme.
Dans toutes leurs expéditions en Afrique les Anglais ont eu recours, dans une large mesure et avec un grand succès, aux indigènes, non seulement comme porteurs de bagages, mais aussi pour tracer les routes et construire les abris nécessaires aux troupes européennes.
Dans les pays oii l'endémie palustre règne avec force, comme à Madagascar, l'Européen ne doit jamais être employé à remuer le sol; nous avons vu que, pour avoir transgressé cette loi, on avait eu à déplorer, en 4895, une énorme mortalité parmi nos soldats, pendant l'expédition de Madagascar, et en particulier parmi les soldats du génie employés spécialement aux travaux de terrassement.
Les colons qui s'établiront sur les côtes de Madagascar devront se borner au négoce ou à un travail de surveillance sur les nègres employés à la culture du sol.
Les travaux qui ont pour but le dessèchement des marais en pays palustre sont les plus dangereux.
Les ouvriers employés à ces travaux seront l'objet d'une surveillance attentive, au point de vue de l'habitation et de l'alimentation; on leur procurera des boissons toniques (thé, café) et on les soumettra à l'emploi préventif de la quinine.
E. Eviter les causes débilitantes. — On a vu (p. 110) que toutes les causes débilitantes : fatigue, excès de toute sorte, alimentation insuffisante, etc., favorisent l'invasion du paludisme; on devra donc, en pays ptilustre, suivre une bonne hygièn générale et éviter avec soin ces causes prédisposantes.
J'ai montré que l'influence des causes débilitantes était considérable chez les soldats en campagne dans les pays chauds ; ce sont les hommes les plus jeunes, les moins aptes à supporter la fatigue, ceux qui doivent fournir la plus grande somme de travail, qui paient au paludisme le plus lourd tribut.
La fatigue donne lieu rapidement chez les jeunes soldats au
décourag-ement, à la nostalgie qui prédisposent aux maladies et en aggravent les effets.
Il est indispensable de n'envoyer aux colonies que des soldats âgés de 23 ans au moins et, à ce point de vue, la constitution d'une armée coloniale s'impose en France K
Les Ang-lais ont reconnu que, dans les pays chauds et palustres, une des mesures prophylactiques les plus efficaces consistait à diminuer, autant que possible, les fatigues imposées au soldat.
Pendant les dernières expéditions entreprises en Afrique, chaque soldat anglais avait un indig-ène pour porter son sac et pour l'aider à préparer son campement et ses aliments.
Pendant l'expédition de 1895 contre les Aschantis, le nombre des porteurs indigènes était de 12 000 pour un effectif de 3000 combattants environ.
Les soldats anglais n'étaient chargés que de leurs armes et d'une
partie de leur équipement, tout le reste était porté par des indigènes.
Les officiers anglais faisaient les étapes dans des hamacs et
avaient chacun quatre porteurs qui étaient relayés par d'autres à
intervalles réguliers ^
D'après le correspondant de la Lancet, sur un effectif de 3000 hommes environ, il n'y eut que 17 décès; il est humiliant pour notre amour-propre national de comparer ce chiffre à celui de la mortalité dans le corps expéditionnaire de Madagascar en 1895. F. Boissons. Eau. Infusions de café, de thé. Danger des boissons alcooliques. — ■ Lorsqu'on ne peut pas se procurer de l'eau de source de bonne qualité, on ne doit faire usage que d'eau filtrée avec soin ou d'eau bouillie.
On a A'u (p. 120) que des voyageurs ont réussi à se préserver des fièvres et de la dysenterie dans des pays insalubres en prenant la précaution de ne faire usage, pour la boisson, que d'eau bouillie. Le filtre Ghamberland peut rendre de grands services, mais il n'est pas toujours utilisable; les filtres Ghamberland, dits de campagne, qui ont été employés lors des dernières expéditions dans les pays chauds, se détérioraient rapidement.
Le filtre Maignen {amiante et charbon) est un excellent clarificateur, mais il n'arrête pas tous les germes en suspension dan» l'eau ^