The Practitioner, nov. 1880, p
2. On voit qu'en 1880 M. Marchiafava était un des défenseurs du Bacillus malarlœ, plus tard il a admis l'existence d'un microcoque. Au Congrès de Copenhague, en 1884, Marchiafava et Celli soutenaient encore, avec Tommasi Crudeli, que les éléments décrits par moi comme étant les parasites du paludisme, ne représentaient que des phases de régression des hématies.
Dans une lettre datée du 9 avril 1884 (postérieure à la publication de mon Traité
MM. Ciiboni et Marchiafava injectent à des chiens, dans le tissu conjonctif sous-cutané, du sang- pris dans la rate de féhricitants et une fois sur six ils constatent des accès de fièvre chez les chiens inoculés ; à l'autopsie la rate est un peu tuméfiée '.
En 1882 A. Ceci affirme encore qu'il a réussi à provoquer des accidents palustres chez des chiens et chez des lapins en leur injectant dans les veines des liquides de culture préparés avec la vase des marais ^
Depuis 1882 un seul travail favorable à l'opinion de Klebs et de Tommasi Crudeli a été publié, c'est le travail de Schiavuzzi.
Schiavuzzi a annoncé qu'il avait réussi à obtenir des cultures pures du BacUlus malarise et à reproduire chez le lapin, à l'aide de ces cultures, des accidents analogues à ceux du paludisme ^
Tous les expérimentateurs qui ont entrepris de contrôler les faits avancés par Schiavuzzi sont arrivés à des résultats nég^atifs.
L'injection du bacille de Schiavuzzi ne provoque pas chez les lapins la fièvre intermittente ; c'est à peine si, à la suite des inoculations, on observe une légère élévation de température qui ne se reproduit pas les jours suivants et qui est notée également à la suite de l'inoculation de cultures de microbes non pathogènes.
Le sang des lapins inoculés ne présente jamais les altérations caractéristiques du paludisme *.
Les travaux relatifs au BacUlus malarias n'ont plus qu'un intérêt historique; si j'y ai insisté un peu, c'est qu'il m'a paru important de constater quel était l'état de nos connaissances sur l'agent pathogène du paludisme lorsque je publiai mes premières recherches à ce sujet; un grand nombre d'observateurs croyaient
des fièvres palustres) M. Marchiafava m'écrit : <■ Pour nous, les seuls éléments pouvant élre soupçonnés d'être des parasites sont des corpuscules privés de pigment, analogues à des microeoques, qui se trouvent souvent en grand nombre dans les globules rouges et qui sont seulement visibles sur les préparations du sang desséché et coloré par le bleu de méthylène.
« Nous croyons que les formes pigmentées que vous avez décrites ne sont autres que des globules rouges dégénérés et pigmentés. »
Tout cela n'a pas empêché plus lard M. Marchiafava d'essayer de se faire une belle part dans la découverte de l'hématozoaire du paludisme; je n'insiste pas, c'est chose jugée aujourd'hui.
1. CuBoxi et Marchiafava, Archiv. f. experim. Path. und. Pharmak., t. XIII, p. 260.
2. A. Ceci, Arch. f. experim. Pathol. und PhannakoL, t. XV et XVI. Anal, in Revue de Hayem, 1883, t. XXI, p. 73.
3. Acad. de médecine de Rome, 4 avril et 5 déc. 1886, et Beilràge zur Biologie der Pflanzen, 1888.
4. GoLGi, Intorno al preteso BacUlus malarise di Klebs, Tommasi Crudeli e Schiavuzzi, Torino, 1889.
44 EÏIULOGIB
à ce moment au Bacillus malavisé et on s'explique le mauvais accueil qui fut fait tout d'abord à mon hématozoaire.
IL Découverte de l'hématozoaire du paludisme. Recherches
CONFIRMATIVES DES MIENNES. L'hÉMATOZOAIRE RETROUVÉ DANS TOUTES
LES CONTRÉES PALUSTRES. — Ou voit par l'cxposé qui précède que l'agent pathogène du paludisme a été recherché un grand nombre de fois dans l'air, dans l'eau ou dans le sol des localités marécageuses; comme l'air, l'eau et le sol de ces localités sont très riches en microphytes et en microzoaires, on comprend qu'il soit difficile de dire quel est parmi ces microbes celui qui occasionne les accidents du paludisme, et que les observateurs aient été conduits à décrire comme parasite du paludisme tantôt une palmelle, tantôt un bacille, suivant les espèces qui dominaient dans les localités oii ils faisaient leurs recherches.
La présence de spores ou de bacilles dans les urines, dans la sueur ou dans la salive des malades atteints de fièvre palustre, a peu d'importance, étant donné cjue les nombreux micro-organismes en suspension dans l'air s'introduisent facilement dans ces produits de sécrétion et y pullulent souvent.
L'expérimentation sur les animaux employée par Griffini, Lanzi etTerrigi, Klebs, Tommasi Crudeli et Schiavuzzine pouvait donner aussi que des résultats peu satisfaisants; il paraît démontré en effet que le paludisme est une maladie particulière à l'espèce humaine.
C'est évidemment j)arce que j'ai suivi une voie nouvelle que, plus heureux que mes prédécesseurs dans ces recherches, j'ai réussi à découvrir le parasite qui est la cause des accidents du paludisme.
En 1878, ayant eu l'occasion de faire à Bône plusieurs autopsies de sujets qui avaient succombé à des accidents pernicieux, je fus frappé de ce fait que la mélanémie était une altération très spéciale, très caractéristic|ue du paludisme.
En étudiant dans le sang frais des malades atteints de fièvre palustre les éléments pigmentés, je remarquai qu'à côté des leucocytes mélanifères, on trouvait des éléments de forme assez régulière (corps sphériques et corps en croissant) bien différents des leucocytes; le 6 novembre 1880 je constatai, à Constantine, dans le sang d'un malade, l'existence de corps sphériques pigmentés, de corps en croissant et de flagelles très mobiles; dès lors je n'eus plus de doutes sur la nature animée des éléments qui, depuis
quelque temps, avaient attiré mon attention et je décrivis les trois formes principales sous lesquelles se présente l'hématozoaire du paludisme : corps amiboïdes, corps en croissant, flagelles.
Depuis d880 j'ai consacré à l'étude de l'hématozoaire du paludisme des publications dont la liste est déjà longuet
J'avais proposé d'abord le nom d'Oscillaria malarias pour désigner le nouveau parasite ; ce nom prêtant à une confusion fâcheuse avec les oscillariées je l'ai abandonné pour la dénomination d'Hématozoaire du paludisme qui avait l'avantage d'indiquer la nature du parasite sans lui assigner une place déterminée parmi les microzoaires, ce qui paraissait difficile.
Dans l'énumération des nombreux travaux relatifs à l'hématozoaire du paludisme qui ont été publiés depuis quinze ans je ne suivrai pas l'ordre chronologique, ce qui m'obligerait à mélanger les recherches faites sur les différents points du globe ; je grouperai ces travaux en tenant compte de l'origine des malades, ce qui offrira, je crois, plus d'intérêt; il importe, en effet, de constater que le microbe que j'ai décrit a été retrouvé chez les palustres de tous les pays et de rechercher s'il se présente partout sous les mêmes aspects.
Je ne m'arrêterai pas pour le moment aux divergences qui existent entre les auteurs sur certains points particuliers de l'histoire de l'hématozoaire du paludisme, j'aurai l'occasion d'y revenir dans le chapitre suivant.
4" Europe. — En 1882, j'ai fait le voyage d'Italie, dans le but de rechercher à Rome les parasites que j'avais découverts à Constantine, et j'ai retrouvé dans le sang des palustres de la campagne romaine des microbes identiques à ceux du sang des palustres algériens 2.
1. A. Laverax, Acad. de méd., 23 nov. et 28 déc. 1880, 25 oct. 1881. — Acad. des Se, 24 oct. 1881 et 23 oct. 1882. — Soc. méd. des hop., 24 déc. 1880, 28 avril 1882. — Nature parasitaire des accidents de l'impaludisme. Paris, 1881. — Revue scientifique, 29 avril 1882. — • Traité des fièvres palustres. Paris, 1884. — A}in. de l'institut Pasteur, 1887 et 1888. — Soc. de biologie, 21 juin 1890. — Soc. méd. des hôp., 28 nov. 1890. — Rapport sur l'étiologie du paludisme aux Congrès d'hygiène de Londres en 1891 et de Buda-Pest en 1894. — Du Paludisme et de son hématozoaire, Paris, 1891. — Paludisme m Encyclop. de Léauté, 1892. — Soc. de biologie, 12 et 26 nov. 1892. — Art. Paludisme du Traité de méd. et de thérap. Paris, 1896. — A. Laveran et R. Blanchard, Les hématozoaires de l'homme et des animaux, Paris, 1895.
2. J'ai eu l'occasion à ce moment de montrer le nouveau parasite à M. Marchiafava qui croyait encore à l'existence du Bacillus malariœ.
46 ÉTIOLÛGIE
Les médecins italiens, très bien placés pour Fétude du paludisme, ont publié un grand nombre de travaux sur l'hématozoaire du paludisme qui a été retrouvé dans toutes les régions fébrigènes de l'Italie et de la Sicile par MM. Marchiafava et Celli^ Golgi^ Pietro Canalisa Grassi etFelettiS Guarnieri^ Antolisei et Angelini% Terni et Giardina^ Bastianelli et Bignami^ Di Mattei°, F. Sanfelice ", Ascoli ", Cl. Sforza '\ F. Rho '' et par un grand nombre d'autres observateurs.
M. le professeur Golgi qui a fait ses recherches à Pavie a essayé de séparer l'hématozoaire de la tierce de celui de la quarte, et d'accord avec P. Canalis il a admis ensuite une troisième espèce d'hématozoaires qui donnerait lieu aux fièvres irrégulières. - D'après MM. Grassi et Feletti (recherches faites à Catane), il faudrait admettre, non plus trois, mais cinq espèces d'hématozoaires du paludisme.
J'examinerai dans le chapitre suivant la question de savoir s'il existe plusieurs espèces d'hématozoaires du paludisme, il me suffît de constater pour le moment que les formes parasitaires observées en Italie n'ont rien de particulier, C|ue ce sont les formes aujourd'hui classic[ues.
J'ai eu l'occasion d'observer un certain nombre de malades qui avaient contracté la fièvre intermittente en Corse, à Rochefort, dans la Loire-Inférieure ou le Morbihan, et j'ai retrouvé dans le sang de ces malades l'hématozoaire du paludisme.
1. E. Marchiafava. et A. Ciîlli, Annali di agricoltura, Roma, 1883 et 1886. — Arzh. ital. de biologie^ 1888. — Riforma med., 13 sept. 1889. — Arch. perle se. med., 1890.
2. Golgi, Arch. per le se. med., t. X, n° 4, et t. XIII, p. 173. — Communie, au Congrès de Berlin, 1890. — Arch. ital. de biologie, t. XIV, 1890. — Zeitschr. f. Hygiène, 1891. — Gazz. med. di Pavia, 1893.
3. Pietro Canalis, Studi sulla infezione malarica, Torino, 1889. — Spallanzani, 1890, et Fortschr. d. Med., 1890.
4. B. Graspi et Feletti, Sui parassiti délia malaria, Gatania, 1889. — Riforma med., mars 1890. — Centralbl. f. Rakler, 1891, t. X, n°' 14, 15 et 16. — Accad. di se. naturali in Gatania, t. V, 4" série, 1892. — R. Feletti, Arch. ital. di clinica med., 1894, et Congrès méd. internat, de Rome, 1894.
o. A. Celli et G. Goarnieri, Riforma med., 1 sept, et 12 oct. 1888. — Annali di Agricoltura, 1889.
6. E. Antolisei, Riforma med., janv. 1890, — E. Antousei et A. Angelini, Arch. ital. diclin. med., 1890, et Riforma med.. mars 1890.
7. C. Terni et G. Giardina, Rivista cVtgiene e Sanita pubblica, 16 mai 1809. — C. Terni, Rollet. délia Soc. Pisana, t. I, fasc. 2.
8. G. Bastianelli et A. Bignami, Riforma med., juin et octobre 1890.
9. Di Mattei, Arch. per le se. med., lovmo, 1895, t. XIX, n° 4.
10. A Celli et F. Sanfelice, Ann. delV Istit. d'Igiene sperim., Roma, 1891.