Janus, n° de mars-avril 1897. p. 4o
dables... Pendant que nos soldats étaient horriblement décimés par les fièvres pernicieuses, les Arabes à notre solde, exposés également aux fatigues des camps, ne contractaient que des fièvres bénignes. Mais les indigènes sont, tout aussi bien que les étrangers, sujets à des récidives multipliées. » (Maillot, Traité des fièvres intermit., p. 265.)
II. Comment prend-on le paludisme? — On se contentait naguère d'examiner si l'infection se faisait par l'air ou par l'eau ou à la fois par l'air et par l'eau ; nous aurons à examiner une nouvelle hypothèse qui attribue aux moustiques un rôle important*.
i° Infection par Vair. — Cette hypothèse sur le mode de l'infection palustre a pour elle son ancienneté, on peut dire qu'elle avait aussi pour elle, jusque dans ces dernières années, le consensus omnium.
Le mot malaria de maV aria (mauvais air) est, comme on sait, synonyme de paludisme.
Presque tous les auteurs admettent que l'agent pathogène du paludisme peut être transporté par l'air et qu'il est dangereux d'habiter à proximité d'un foyer palustre, surtout lorsque les vents régnants viennent de ce côté et que rien ne protège l'habitation contre l'accès de ces vents.
Des faits nombreux démontrent cependant que le transport par l'air de l'agent pathogène du paludisme est difficile et que ce transport ne peut avoir lieu, en tous cas, que dans des limites très restreintes.
Dans une même ville il existe souvent, à quelques centaines de mètres de distance les uns des autres, des quartiers salubres, dans lesquels on ne prend jamais la fièvre, et des quartiers insalubres.
A proximité des marais les plus dangereux on peut trouver des localités salubres, quand on s'élève un peu, bien que l'air qui a passé sur les marais vienne sans cesse baigner ces localités.
1. A. Laveran, Revue d'hygiène, 20 déc. 1896. L'obscurité qui règne encore sur le mode d'infection dans le paludisme n'a rien de surprenant, quand on réfléchit que le parasite qui est la cause de cette endémie, appartient à la classe des sporozoaires; nous ne sommes pas mieux renseignés sur les procédés d'infection de beaucoup d'autres maladies dues à des parasites de cette espèce. On ne sait pas comment se fait l'infection par les sarcosporidies bien qu'il s'agisse d'une infection extrêmement commune chez certains animaux. C'est seulement dans ces derniers temps qu'on a trouvé la forme sous laquelle le Karyophagus salamandrae se trouve dans le milieu extérieur (P.-L. Simond, Soc. de biologie, 12 déc. 1896).
116 ÉTIOLOGIE
La ville de Rome, qui est entourée de tous côtés par des zones palustres étendues, devrait être très insalubre, si les vents qui ont parcouru ces zones transportaient les germes du paludisme; or, tous les auteurs sont d'accord pour constater que les personnes qui ne sortent pas de Rome sont à l'abri du paludisme; les murs franchis, le danger commence.
La petite ville de Genzano, qui se trouve balayée sans cesse par les vents qui viennent de la campagne romaine ou des marais Pontins, est salubre (Baccelli).
La ville de Gonstantine est construite à 600 m. environ d'altitude sur une énorme masse rocheuse; à 130 m. au-dessous de la partie la plus élevée de la ville se trouve la vallée du Rummel ; les personnes qui habitent Gonstantine ne contractent presque jamais la fièvre palustre, tandis que, parmi celles qui habitent la vallée, très peu en sont indemnes; aux portes de Gonstantine, au Bardo, le paludisme sévit sous ses formes les plus graves '.
De même à Bône (province de Gonstantine), les habitants de la ville haute, construite sur les collines qui bordent la mer, sont à l'abri du paludisme, tandis que ceux de la ville basse lui payent aujourd'hui encore un lourd tribut, malgré les travaux d'assainissement qui ont été exécutés et qui ont produit déjà d'excellents résultats ^
Dans les régions les plus chaudes et les plus insalubres du globe, les marins sont à l'abri du paludisme dans leurs vaisseaux, alors même que ces vaisseaux sont ancrés à une faible distance de la côte. J'ai déjà eu l'occasion de citer des faits empruntés à Pringle, à Lind et à d'autres observateurs qui ne laissent aucun doute à cet égard (V. p. 25).
En 1747, l'escadre anglaise à l'ancre près de l'île de Walcheren est préservée alors que l'armée de terre est ravagée par les fièvres palustres ^
Tant que l'escadre de l'amiral Broderick resta à l'ancre vis-àvis de la Sardaigne, elle fut, dit Lind, exempte des maladies fatales dont furent atteints presque tous ceux qui débarquèrent et couchèrent à terre.
En 1765, à Pensacola, pendant que les troupes débarquées
1. La caserne du Baixlo est très insalubre, tous les ans un grand nombre d'hommes y contractent des lièvres palustres ; cette caserne devrait être complètement évacuée au moins pendant la période endémo-épidémique.