‹ Traité du paludisme (volume 2)Chapitre 89 sur 251 · Duguet, Soc. de biologie · texte numérisé non relu

Duguet, Soc. de biologie

H. Anéinie. Altérations du sang. — L'examen du sang fait pendant les accès révèle toujours la présence de quelques-unes des formes parasitaires qui ont été décrites dans le chapitre m.

C'est au début des accès ou dans les heures qui précèdent l'apparition du frisson que l'examen du sang doit être fait de préférence.

On aura soin de procéder à cet examen avant de commencer le traitement par la quinine qui fait disparaître, et parfois très rapidement, les hématozoaires.

Dans l'intervalle des accès les parasites disparaissent plus ou moins complètement de la grande circulation, certains éléments (corps en croissant) sont plus persistants que les autres et se retrouvent même dans les intervalles d'apyrexie.

En même temps que la présence des parasites caractéristiques l'examen du sang révèle une diminution marquée du chiffre des hématies; la numération des globules du sang permet de constater les progrès rapides de l'anémie à la suite de chaque nouvel accès de fièvre. La destruction des hématies est d'autant plus considérable que les accès sont plus forts et plus prolongés.

La peau pâlit et prend, surtout au niveau des parties découvertes, une teinte terreuse; j'ai signalé plus haut les caractères de l'anémie palustre, je n'ai pas à y revenir ici.

L'altération du sang explique la tendance aux hémorragies.

L Epistaxis. — Les épistaxis sont fréquentes et quelquefois elles, constituent par leur abondance une grave complication .

Un de mes malades eut, à la suite d'un accès pendant lequel la température s'était élevée à 40", 7, une épistaxis qui dura une partie de la nuit. Le matin, je trouvai le malade dans un état de collapsus très alarmant; le pouls était fiiliforme, les extrémités étaient froides, le thermomètre placé dans l'aisselle ne marquait que 35°. Heureusement l'hémorragie s'était arrêtée ; grâce à la quinine et aux stimulants qui furent administrés rapidement le malade se rétablit.

Le tamponnement des fosses nasales aurait été indiqué dans ce cas, mais le médecin de service n'avait pas été appelé.

J. Troubles nerveux. — Le malaise général qui précède l'apparition des accès de fièvre et le frisson qui en marque d'ordinaire le début méritent de figurer en tête des troubles du système nerveux qui accompagnent la fièvre intermittente.

Lacéphalalgie et la rachialgie ont souvent, pendant les paroxysmes fébriles, un caractère d'acuité qui appelle l'attention.

Il n'est pas très rare d'observer du subdélire pendant la période

de chaleur, au moment où la courbe thermométrique de l'accès

atteint son fastigium; lorsque les phénomènes nerveux sont plus

marqués, les accès méritent de prendre place parmi les accidents

pernicieux.

K. Hypersplé7iie. Point splénique. — L'hypersplénie, qui est constante, est moins marquée dans les fièvres récentes que dans les fièvres de rechute.

Les malades accusent souvent, au moment des paroxysmes fébriles, une douleur vive dans la région splénique; cette douleur dé]3end de la turgescence de l'organe, de la distension de la capsule et du péritoine, et de la périsplénite qui est commune; le point splénique n'est pas spécial du reste à la fièvre palustre, je l'ai observé plusieurs fois, avec un degré d'intensité au moins égal, ■chez des malades atteints de fièvre typhoïde.

Lorsqu'il existe une douleur spontanée, la pression est toujours douloureuse au-dessous des fausses côtes du côté gauche ; mais il peut se faire qu'on rencontre des douleurs à la pression chez des sujets qui n'accusent pas de douleurs spontanées.

Le volume de la rate augmente au moment des accès et diminue lorsque la fièvre a cédé sous l'influence du traitement spécifique.

La rate reprend son volume normal d'autant plus facilement que le paludisme est moins ancien.

Dans les fièvres intermittentes de rechute et surtout dans la fièvre intermittente des cachectiques, la rate reste volumineuse dans l'intervalle des rechutes, bien que la diminution de volume soit encore sensible pendant les périodes apyrétiques.

L. Troubles gastro-intestinaux . Etat du foie. — Les accès de fièvre intermittente s'accompagnent souvent de vomissements alimentaires ou bilieux, quelquefois de diarrhée.

Chez les malades qui ont eu antérieurement de la dysenterie, les paroxysmes fébriles sont quelquefois marqués par des rechutes de dysenterie (V. Complications).

Les troubles gastro-intestinaux qui accompagnent la fièvre intermittente sont moins persistants, en général, que ceux qui s'observent dans les autres fièvres ; l'accès une fois terminé l'appétit revient assez vite.

Le foie est souvent augmenté de volume, mais l'hypertrophie du foie est moins constante et en tous cas beaucoup moins marquée que celle de la rate.

M. Uinnes. Modifications quantitatives ou qualitatives. Degré de toxicité. — Les modifications quantitatives et qualitatives de la sécrétion urinaire, chez les malades atteints de fièvre intermittente, ont été étudiées par Mossé, Jaccoud, Brousse, Roque, Lemoine et Rem-Picci'.

Après les accès de fièvre intermittente on observe souvent une légère polyurie. La quantité d'urine émise dans les 24 h. varie de 2 1. 1/2 à 3 1. 1/2; elle atteint parfois 5 1.

Cette polyurie ne s'accompagne pas d'une azoturie proportionnelle; la quantité des sels reste élevée, aussi la densité de l'urine est-elle à peu près normale (MossÉ).

Rem-Picci a observé cette polyurie épicritique de la fièvre intermittente 60 fois sur 150 cas; quelques faits tendent à prouver que la polyurie, très passagère en général, peut se prolonger.

La polyurie qui survient pendant l'accès de fièvre peut s'expliquer par l'augmentation de pression sanguine qui accompagne le frisson'^; il n'en est plus de même pour la polyurie épicritique.

Il est évident qu'il faut tenir compte de la soif ardente qui tourmente les malades pendant l'accès et qui nécessite l'absorption d'une grande quantité de boisson.

L'activité des oxydations et de la dénutrition des tissus pendant les paroxysmes fébriles explique l'augmentation du chiffre de l'urée et des sels.

L'augmentation de l'urée, constante comme dans toutes les fièvres, n'est pas en rapport direct avec l'élévation de la température. Déjà avant que la température ne s'élève, chez un malade qui est en imminence d'accès, il existe une augmentation de l'azote des urines et, lorsque la fièvre intermittente est coupée à l'aide de la quinine, on constate une augmentation d'urée le jour oi^i devait se produire un accès, bien que la température du malade ne s'élève pas au-dessus de la normale ^

Il résulte des recherches de Traube et Jochmann, de Sydney

1. Mossé, Excrétion urinaire. dans le paludisme, Semaine méd., 1888, p. 378, et 1893, p. 389. — Jaccoud, Rapport entre l'excrétion de l'urée et l'apparition des accès de fièvre intermit., Gaz. méd. de Paris, 1888, p. 133. — Brousse, Rech. sur la toxicité urinaire dans le paludisme, Soc. de méd. et de chir. pratiques de Montpellier, 14 mai 1890. — Roque et G- Lemoine, même sujet, Revue de médecine, 1890, p. 926. — G. RiîM-Picci, La sécrétion urinaire dans l'infection malarique, Rome, 1896. Extrait du Bulletin de VAcad. de méd. de Rome, 1893-1896.

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