Roque et G. Lemoine, Revue de médecine, 1890, p
4. Baccelli et Pensuti, S" congrès de la Soc. ilal. de méd. int., Rome, 1892. 0. Bouchard, Leçons sur les auto-intoxications, Paris, 1887, p. 256.
mittente est presque constamment suivie d'une série de rechutes.
« Le nombre des récidives ne se compte pas, écrit Dutroulau (op. cit., p. 220); lorsqu'il n'est rien fait pour les prévenir ou même malgré les efforts que fait la médecine dans ce but, elles conduisent les malades à la cachexie, qui est l'expression la plus avancée et la plus grave de la diathèse paludéenne. »
Dans la plupart des cas il s'agit de rechutes et non de 7-écidwes ; en d'autres termes la réapparition de la fièvre n'est pas la conséquence d'une nouvelle infection, mais une suite de la première, les microbes du paludisme pouvant rester à l'état latent dans l'organisme pendant de longs mois. On comprend donc que les malades qui ont eu une première atteinte de fièvre intermittente ne soient pas à l'abri des rechutes lorsqu'ils ont quitté les localités insalubres.
On observe aussi de véritables récidives; contrairement à ce qui arrive pour la plupart des maladies infectieuses, une première atteinte de fièvre, loin de donner l'immunité pour le paludisme; crée une véritable prédisposition.
On a cherché à déterminer exactement les intervalles auxquels se font les rechutes dans les fièvres intermittentes des différents types ; d'après Barudel, la rechute dans là quotidienne se ferait au septième jour, à partir du dernier accès; dans la tierce, au quatorzième jour; dans la quarte, au vingtième ^
On ne peut pas formuler des règles aussi précises ; la longueur i des intervalles d'apyrexie qui séparent les rechutes dépend en ; effet : 1° du traitement, qui, lorsqu'il est énergique et bien dirigé, peut éloigner les rechutes, sinon les supprimer; 2" de l'état général du malade, les rechutes étant plus à craindre chez les individus anémiés, affaiblis par les privations ou par des maladies antérieures, que chez ceux dont l'état général est satisfaisant; 3° de circonstances accidentelles : fatigues, excès de toute sorte, insolation, qui contribuent fréquemment à provoquer le retour de la fièvre.
Il arrive souvent qu'un malade qui n'a pas eu d'accès depuis longtemps et qui paraît guéri, a une rechute le jour même de sa sortie de l'hôpital, sous l'influence de la fatigue qui est la conséquence de la reprise du travail. Les traumatismes peuvent aussi réveiller la fièvre.
1. Barudel, Rech. sur les récidives et le traitement préventif des fièvres intermit.; Rec. mém. de méd. milit., 1864.
On peut (lire, d'une façon générale, que les rechutes ont lieu souvent à la fin des septénaires.
Sur 100 cas de rechutes au Sénégal, Borius ^ a vu que la durée de Tapyrexie avait été 8 fois de 7 jours, 30 fois de 44 jours, 15 fois de 21 jours, 4 fois de 28 jours; dans 43 cas la durée de Fapyrexie avait été irrégulière.
0. Fièvre intermittente des cachectiques. — Dans la description qui précède je n'ai envisagé que la fièvre intermittente simple qui se produit chez des individus non encore cachectiques.
On n'oubliera pas que la lièvre intermittente figure aussi parmi les symptômes de la cachexie palustre et que, dans ce cas, le tableau clinique se complique; aux symptômes de la fièvre intermittente s'ajoutent en effet ceux de la cachexie qui seront étudiés plus loin.
P. Fièvre intermittente des jeunes enfants. — La fièvre intermittente de l'enfant au-dessus de six ans diftère peu de celle de l'adulte ; il n'en est pas de même de la fièvre intermittente des jeunes enfants ^
Bien plus souvent que chez l'adulte, le type de la fièvre est irrégulier et les accès sont incomplets.
« Un léger frisson constitue quelquefois la plus grande partie de l'accès; les enfants deviennent bleus, froids, très pâles, ils bâillent, sont effrayés et peuvent même avoir des convulsions. Dans d'autres cas, au contraire, le stade de froid fait défaut, il survient de l'agitation, la tête est brûlante, la face rouge, la soif intense, parfois on observe un peu de sopor, et plus tard une sueur plus ou moins abondante. Dans les intervalles des accès, l'appétit se trouble, les évacuations sont irrégulières; les enfants sont de mauvaise humeur et l'anémie se produit avec rapidité. La tumeur splénique se développe et elle est relativement considérable; la cachexie palustre s'établit. » (Griesiisger, op. cit., p. 71.)
D'après M. le D'' J. Simon, le type de la fièvre chez les enfants au-dessous de deux ans n'est jamais tierce, il est quotidien et souvent double quotidien.
« Les accès sont caractérisés par trois stades propres aux enfants
1. A. Borius, Art. Sénégambie du Diction, encyclop. des se. méd., p. 6o6.
2. J. Simon, Conférences thérap. et clin, sur les maladies des enfants, t. I. — HochsiNGER, De la malaria chez les enfants. Collège méd. de Vienne, 20 avril 1891. — E. Périer, Note sur la fièvre intermit. chez les enfants, Paris, 1891. — J. Simon, Journal des praticiens, 1895, p. 337 et 3oo. — Ferreira, Estudio clinico sobre a malaria na infancia, Rio de Janeiro, 1893. — Congetti, Art. Malaria du Traité des malad. de l'enfance, publié sous la direction de MM. Grancher, Comby et Marfan, t. I.
de cet âge. Le stade de froid est subit mais ne dure que quelques secondes, les doigts sont glacés, donnent la sensation du froid marmoréen et la physionomie devient pâle et comme rétractée. A ce stade rapide succède la chaleur qui dure deux à trois heures et qui fait place à un stade de sueur peu important, caractérisé par la moiteur des extrémités et une sueur légère localisée à la tête et au cou. » (J. Simon, Journal des 'praticiens, 1895, p. 338.)
Dans la première enfance les accès sont le plus souvent incomplets et défigurés à ce point qu'un médecin qui n'en aurait jamais vu que chez l'adulte aurait de la peine à les reconnaître. « Quand on sait qu'un petit enfant va avoir un accès de fièvre, et qu'on peut y assister, on observe à peu près ceci. Il pâlit subitement, ses pommettes se décolorent, ses lèvres et parfois le bout de son nez prennent une teinte cyanique, les traits se tirent, es yeux se cernent, les extrémités se refroidissent, les doigts sont comme flétris et bleus à la pulpe et sous les ongles et si on les touche ils sont froids, engourdis et insensibles comme si la vie les avait quittés. On dirait un enfant qui revient du dehors par un temps glacial... Mais ceci dure peu, juste le temps de s'en rendre compte quand on s'y attend. Le plus ordinairement le bébé est maussade, inquiet, grognon, comme lorsqu'il est en travail de dentition. Il refuse le sein, ne veut pas rester en place, sa nourrice ne sait qu'en faire, comme elle dit. Si même elle obtient qu'il tète, c'est pour vomir bientôt après. Quelquefois l'accès qui se montre dans la nuit éclate brusquement et réveille pour ainsi dire l'enfant qui pousse un cri et il est déjà réchauffé quand on veut voir ce qu'il a. La période algide est passée inaperçue. Souvent, au contraire, elle dure quelques minutes et dans des cas exceptionnels une heure et plus. Ce qui n'échappe à personne, c'est le stade de chaleur qui constitue souvent tout l'accès et qui dure 2 ou 3 heures. Quelquefois il paraît se prolonger 12 heures et davantage, mais alors il y a une cause d'erreur fréquente, surtout quand, prenant la température soir et matin, on ne s'aperçoit pas qu'il y a en réalité deux accès et qu'on a à faire à la forme biquotidienne.
« Le stade de sueur n'est pas marqué comme chez l'adulte par une véritable transpiration, mais seleument par une moiteur plus ou moins étendue » (E. Pérter, o/j. cit.).
Dans l'intervalle des accès les petits malades restent pâles, sans appétit; ils ont souvent de la diarrhée et des vomissements; la langue est saburrale, dépouillée en demi-lune.
La rate est tuméfiée.
L'examen du sang fait au moment des accès permet de constater la présence de l'hématozoaire du paludisme.
Le début des accès est marqué assez souvent par des convulsions.
Lorsque la nature de la maladie est méconnue et qu'un traitement approprié n'est pas mis en usage, les enfants dépérissent rapidement, la peau a une pâleur cireuse ou bien elle est jaunâtre; le visage est atone, sans expression; il se produit de l'œdème des jambes, ou de l'anasarque avec albuminurie, du purpura, et les enfants finissent par succomber.
Chez les enfants de 2 à 6 ans, les accès sont mieux caractérisés, le stade de froid dure un quart d'heure, une demi-heure, alors que chez le bébé il ne dépassait pas quelques minutes, les stades de chaleur et de sueurs sont bien marqués.
La fièvre revêt en général, d'après M. le D"" J. Simon, les types quotidien ou double quotidien, tierce ou double tierce.
On observe quelquefois un érythème noueux d'une forme spéciale sur lequel Obedénare, Boïcesco * et Moncorvo ^ ont appelé l'attention.
Cet érythème apparaît d'ordinaire à la suite de plusieurs accès de fièvre, ses sièges d'élection sont : la région antérieure des jambes, les mains, les avant-bras ; il se forme des nodosités dures, saillantes, douloureuses spontanément et à la pression, qui peuvent acquérir les dimensions d'une pièce de cinq francs. Ces nodosités sont d'un rouge \\î, surtout pendant l'accès, et on pourrait croire à la formation de petits abcès; la terminaison a toujours lieu par résolution. L'éruption se fait par poussées successives.
Je n'ai jamais observé l'érythème noueux palustre chez l'adulte; c'est chez les enfants âgés de 3 à 8 ans qu'on l'a noté le plus souvent.
IIL Continue palustre. — Lorsque la fièvre palustre n'est pas intermittente, c'est-à-dire lorsqu'il n'y a pas de paroxysmes distincts, séparés par des intervalles d'apyrexie et que la température reste
1. Boïcesco, De l'érvLhème noueux palustre, Arch. roumaines de méd. et de dur.,
2. Moncorvo, Sur l'érythème noueux palustre. Gaz. hehdom. de méd. et de chir., 1892, p. 281.
pendant plusieurs jours au-dessus de la normale, il me paraît rationnel de dire que la fièvre est continue.
Les expressions de fièvres rémittentes et de fièvres subcontinues qui ont été souvent employées pour désigner les fièvres en question ne me paraissent pas devoir être conservées.
Dans la fièvre typhoïde les rémissions sont de règle, souvent très marquées, et personne ne conteste à la fièvre typhoïde le titre de fièvre continue; chez les malades atteints de continue palustre la tendance aux rémissions n'est pas beaucoup plus accentuée que chez les typhoïdiques.
A. Conditions dans lesquelles se j^roduit la continue palustre. — On a vu dans le chapitre premier de cet ouvrage que la continue palustre, presque inconnue dans le centre de l'Europe, devient plus commune à mesure qu'on s'avance vers le sud; en Italie, en Grèce, elle s'observe déjà assez fréquemment pendant la période endémo-épidémique .
En Algérie les continues palustres sont assez communes. A l'hôpital militaire de Gonstantine j'ai observé en trois années 74 continues palustres contre 985 fièvres intermittentes; ces cas se répartissent par mois comme l'indique le tableau suivant.
Janvier
Février
Mars
Avril
Mai
Juin
Juillet
Août
Septembre.
Octobre
Novembre .
Décembre .
INTERM. CONTINUES
INTERM. CONTINUES
INTERM. CONTINUES
On voit que la presque totalité des fièvres continues palustres a été observée pendant les mois de juillet, août, septembre et octobre, c'est-à-dire pendant les mois les plus chauds.
Aux Indes la continue palustre devient la forme dominante \
Les principales causes de la continuité des fièvres palustres paraissent être : la chaleur extérieure , la réaction vive que produit, surtout chez les individus vigoureux et sanguins, une première atteinte du paludisme, enfin l'intensité même de l'infection.
La chaleur extérieure, lorsqu'elle atteint 40° ou 45° à l'ombre, ce qui n'est pas rare en Alg-érie pendant les mois de juin à octobre, exerce une influence manifeste sur tous les fébricitants. L'individu sain se défend avec peine contre ces hautes températures, à plus forte raison la lutte est-elle difficile pour le fébricitant qui produit lui-même une quantité exagérée de calorique. On a constaté depuis longtemps que la fièvre typhoïde était plus g'rave en Algérie qu'en France ; quand le sirocco souffle, tous les tracés thermométriques s'en ressentent, l'état de tous les fébricitants s'ag'g'rave.
Annesley, Griesing-er et M. L. Colin ont insisté avec raison sur ce fait que les continues s'observent presque exclusivement comme fièvres de première invasion chez des individus nouvellement arrivés dans les localités palustres et jusqu'alors indemnes ^.
En Alg'érie la continue n'atteint presque jamais les indig'ènes, ni les anciens fébricitants, elle peut cependant se produire chez des individus qui ont déjà eu une ou plusieurs atteintes de fièvre intermittente.
La rémittente, dit M. le D"" Just Navarre, est presque toujours la première manifestation du paludisme dans les pays chauds ^
Maget au Tonkin ^, Vincent et Burot à Madagascar ^ constatent que l'infection palustre débute le plus souvent par une fièvre rémittente qui dure plusieurs jours; les fièvres franchement intermittentes se produisent lors des rechutes.
Parmi les causes propres à favoriser la transformation d'une fièvre intermittente en fièvre continue, il faut citer encore : les fatigues, les excès alcooliques, l'exposition en plein soleil, l'absence de tout traitement.
B. Description. — Entre la fièvre intermittente quotidienne et la continue palustre on trouve une série de formes intermédiaires qui