PALUDISME CHRONIQUE 2T
Il existe quelquefois une dégénérescence amyloïde des vaisseaux de la rate; j'ai observé deux fois cette dégénérescence, mais il y avait, dans ces deux cas, suppuration chronique (broncho-pneumonie avec dilatation des bronches).
On a cité quelques faits de dégénérescence amyloïde de la rate, du foie ou des reins, en l'absence de toute suppuration *.
Les lésions de la rate dans le paludisme chronique sont, en somme, celles de la congestion inflammatoire et de la cirrhose hypertrophique. Il est à noter qu'on n'observe jamais la cirrhose atrophique de la rate.
C. Foie. — Le foie est toujours le siège d'altérations plus ou moins importantes.
Ces altérations sont celles de la congestion inflammatoire ou de la cirrhose '.
Dans la congestion inflammatoire, le foie est augmenté de volume et de poids ', sa forme est conservée, sa surface est lisse ou légèrement bosselée, sa coloration est d'un rouge plus foncé qu'à l'état normal ; on trouve souvent à la surface des plaques blanches de périhépatite. La consistance du foie est augmentée ; le parenchyme présente une teinte uniforme d'un rouge sombre, la partie périphérique des lobules a une teinte presque aussi foncée que la partie centrale.
Sur les coupes histologiques on constate ce qui suit : la capsule est en général épaissie; les vaisseaux capillaires, distendus par le sang, compriment les travées des cellules hépatiques, qui s'amincissent; les noyaux des capillaires sanguins sont saillants et en voie de prolifération. Les espaces triangulaires élargis montrent des éléments embryonnaires en plus ou moins grand nombre.
Au milieu des hématies qui remplissent les petits vaisseaux, on trouve souvent des éléments pigmentés.
La cirrhose la plus commune dans le paludisme chronique est la cirrhose atrophique.
Le foie, diminué de volume et de poids, est rétracté, déformé, globuleux ; la surface est inégale, mamelonnée; au microscope on
1. Le D' Grasset a publié en 1887 un fait de ce genre; MM. Lapfitb et Brouardbl en ont fait connaître un autre. Soc. anat., 12 juillet 1893.
2. La:(cbrbaux, Atlas cFanat. pathol., Paris, 1871, et Bulletin méd., 1891, p. 959.— Kelsch et KiBifSR, Des aiïect. palud. du foie, Arch. de physioL, 1878, p. 571, et Traité des maladies des pays chauds.
3. Sur 63 autopsies de cachectiques Ë. Collui a noté 43 fois l'hypertrophie du foie, soit 70 fois sur 100 (op. cit., p. 131).
trouve les caractères ordinaires de la cirrhose atrophique : hyperplasie du tissu conjonctif formant des anneaux qui englobent en général plusieurs lobules, atrophie des cellules hépatiques, néoformation de canalicules biliaires à la périphérie des lobules envahis par le tissu conjonctif, etc.
La cirrhose atrophique du foie d'origine palustre ne se distingue en somme des autres cirrhoses atrophiques, que par la présence dans les petits vaisseaux des éléments pigmentés (hématozoaires ou leucocytes mélanifères), encore ce caractère n'est-il pas constant, comme je Tai dit plus haut.
On observe quelquefois la dégénérescence graisseuse des cellules hépatiques ou la dégénérescence amyloïde des petits vaisseaux.
La cirrhose hyperlrophique est plus rare; je n'en ai recueilli qu'une observation avec autopsie, encore la relation de cause à effet entre le paludisme et l'affection du foie était-elle contestable.
Dans un autre cas j'ai vu survenir tous les symptômes de la cirrhose hyperlrophique, notamment l'augmentation considérable de volume du foie et l'ictère chronique, à la suite d'une atteinte de fièvre intermittente, mais le malade a quitté le service trois mois après le début des accidents, et je l'ai perdu de vue.
MM. Kelsch et Kiener ont décrit une hépatite parenchymateuse miliaire d'origine palustre. Je n'ai pas eu l'occasion d'observer cette altération du foie en Algérie ; il me paraît douteux qu'elle puisse être rattachée au paludisme *.
D. Reins, — Par ordre de fréquence, les altérations des reins, dans le paludisme chronique, méritent de prendre place après celles de la rate et du foie.
D'après Kiener les altérations des reins se rapportent à deux types : 1® rein engorgé, 2° rein atrophié.
Les reins engorgés sont volumineux, augmentés de poids; la surface est lisse, la consistance ferme, la coloration d'un rouge sombre; la congestion est marquée surtout dans les pyramides. Tous les vaisseaux sont distendus et la congestion est parfois si forte qu'il se produit des hémorragies interstitielles ou dans l'intérieur des tubuli. L'épithélium des tubuli est granuleux.
Les reins atrophiés sont petits, bosselés ; la capsule est adhérente; la consistance est augmentée; les reins présentent une
1. Laxckreaux, Allas d*anal. palhol. — Kieser, Tribune méd,, 26 août et 2 sept. 1877. — Marchiafava et Fbrraresi, Bullet. de VAcad, de méd, de Rome^ 1881. — Kblsch et Kiener, op. cit.