T. Coronado, CentralbL f. Bakter., 1892, p
5. Ma.\?iaberg, 11" congrès de médecine interne, Leipzig, 1892, et Die Malaria Parasilen, Wien, 1893.
Laveran, Paludisme. 5
66 ÉTIOLOGIB
Tant que les croissants persistent dans le sang d'un malade, on peut dire qu'une rechute de fièvre est à craindre.
Je n'ai fait aucune observation qui vienne à l'appui du mode de formation des croissants admis par Mannaberg*.
L'existence d'une membrane d'enveloppe qui paraît indiscutable * ne prouve nullement que deux éléments parasitaires soient réunis dans chaque corps en croissant ; je n'ai réussi à constater, ni la cloison transversale dont parle Mannaberg, ni la disposition spéciale du pigment qu'il décrit, ni la segmentation des corps en croissant qui, d'après lui, se ferait quelquefois par le milieu.
Les petits corps sphériques à contours nets qui paraissent être l'origine des croissants ne sont pas, en général, réunis au nombre de deux dans une môme hématie; le plus souvent chaque hématie n'en renferme qu'un.
Le fait que les croissants se transforment en corps ovalaires et en corps sphériques, fait facile à constater, est aussi en désaccord avec l'opinion de Mannaberg; si chaque croissant se composait de deux éléments associés avec une cloison intermédiaire, comment ces corps pourraient-ils se fondre en un seul élément sphérique?
Je pense d'ailleurs, comme Mannaberg, qu'il s'agit de parasites enkystés.
La question de l'interprétation des corps en croissant se rattache intimement à celle de l'unité ou de la pluralité des microbes du paludisme, j'aurai à y revenir plus loin.
3** Flagelles. — Lorsqu'on examine avec soin une préparation de sang dans laquelle se trouvent à Tétat libre des corps sphériques de moyen volume, il arrive assez souvent qu'on distingue, sur les bords de ces éléments, des filaments mobiles ou flagelles qui s'agitent avec une grande vivacité et qui impriment aux hématies voisines des mouvements très variés; les hématies sont déprimées, pliées, refoulées et toujours elles reprennent leur forme dès que . les flagelles s'en éloignent. On dirait des anguillules qui, fixées par leur extrémité caudale, tentent de se dégager.
D'après Manson les mouvements des flagelles sont de trois espèces : 1" mouvement ondulatoire analogue à celui des spirilles et servant à la locomotion; 2° mouvement oscillatoire rapide qui s'observe plus spécialement quand le flagelle rencontre un obstacle
1. A. Lavehax, Du paludisme, 1891, p. 26. J'ai constaté depuis longtemps Texistence d'un double contour.
HÉMATOZOAIRE DU PALUDISME 67
tel qu'un globule rouge; 3° mouvement d'enroulement qui paraît être un mouvement d'attente \
Les flagelles sont si fins, si transparents, que, malgré leur longueur, très grande pour des microbes (3 ou 4 fois le diamètre des hématies, soit 21 à 28 jjl), il est très difficile de les voir quand ils sont au repos.
Les flagelles sortent des corps sphériques; on assiste quelquefois à cette excapsulation.
Le nombre des flagelles qui adhèrent à un même corps sphérique est variable ; quelquefois on ne distingue qu'un de ces éléments (o, fig. 2), d'autres fois on en distingue deux, trois (n) ou quatre.
Les mouvements de chaque flagelle sont indépendants de ceux des flagelles voisins.
Lorsque les flagelles sont au nombre de trois ou quatre, ils se pelotonnent parfois de telle sorte qu'il devient très difficile de dire quel est leur nombre et quelles sont leurs dimensions.
Les corps sphériques qui dérivent des croissants peuvent, comme les corps amiboïdes, donner naissance à des flagelles.
On réussit parfois à constater les mouvements des flagelles dans le sang immédiatement après sa sortie des vaisseaux, mais il est beaucoup plus facile de faire cette observation au bout de 15 à 20'. Peut-être les mouvements s'arrêtent-ils sous l'influence du refroidissement que subit le sang à sa sortie des vaisseaux.
La mobilité des flagelles est plus marquée quand le sang est en couche un peu épaisse que lorsqu'il est étalé en couche très mince entre les lamelles porte-objet et couvre-objet.
L'extrémité libre des flagelles présente souvent un petit renflement piriforme, visible seulement lorsque cette extrémité, très mobile, se trouve exactement au point. Ces petits renflements terminaux ont été indiqués pour tous les flagelles des corps n et o
(fig- 2).
Outre ces renflements terminaux, on constate quelquefois de petits renflements qui semblent se déplacer le long des flagelles (z, fig. 2); il m'est arrivé plusieurs fois d'apercevoir une particule pigmentée qui paraissait provenir de l'intérieur du corps sphérique et qui se déplaçait le long d'un flagelle en produisant un léger renflement, comme si le flagelle avait été creusé d'un canal.
1. Makson, Anal, de Gatrix m Arch. de méd. expér., 1896, p. 532.
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Tantôt les flagelles sont disposés d'une façon symétrique, tantôt ils sont groupés sur un même point du corps sphérique.
Lorsqu'on observe un corps sphérique muni de flagelles, tel que le corps n de la figure 2, on a de la peine à se défendre de cette idée qu'on est en présence d'un animalcule muni de pseudopodes : d'autant plus que les flagelles impriment souvent au corps sphérique des mouvements plus ou moins étendus; il s'agit d'ordinaire d'un mouvement oscillatoire sur place ^ mais parfois, surtout si la couche de sang est un peu épaisse, le corps sphérique subit un mouvement de translation.
Le nombre variable des flagelles, et leur disposition irrégulière, sont peu en rapport avec cette idée, mais ce qui doit surtout la faire écarter, c'est qu'à un moment donné, les flagelles se détachent des corps sphériques et circulent au milieu des hématies. Les flagelles devenus libres sont difficiles à suivre ; au lieu de se mouvoir sur place, comme lorsqu'ils adhéraient aux corps sphériques, ils se déplacent rapidement dans le champ du microscope; on manque aussi du point de repère que fournit le corps sphérique pigmenté; il est évident que chaque flagelle vit à ce moment d'une vie indépendante.
Après que les flagelles se sont détachés, les corps pigmentés auxquels ils adhéraient se déforment et restent immobiles, les grains de pigment s'accumulent sur un ou plusieurs points.
Les flagelles ne se produisent qu'à une phase de l'évolution des parasites du paludisme, ils sont invisibles à l'état de repos, et de plus ils disparaissent rapidement sous l'influence de la médication quinique, on s'explique donc qu'il soit plus rare de les observer que les autres formes; sur 432 palustres examinés je n'ai noté la présence des flagelles que chez 92.
D'après les recherches de Councilman les flagelles se rencontrent plus souvent dans le sang pris directement dans la rate que dans le sang obtenu par piqûre du doigt *.
J'ai dit (p. 44) que c'est après avoir vu les flagelles s'échapper des corps sphériques pigmentés que j'ai été convaincu de la nature
1. C*csl à cause de ce mouvement que j'avais d'abord proposé de donner au parasite le nom d'Oscitlaria malaria,
2. Dans une première série de recherches faites sur le sang obtenu par la piqûre du doigt, Councilman a constaté l'existence des flagelles 11 fois sur 80.
Dans une deuxième série, l'examen a porté sur du sang extrait directement de la rate, et les flagelles ont été trouvés 16 fois sur 21 malades. C'est là un résultat très remarquable et qui montre bien qu'on ne saurait arguer de la rareté des flagelles dans le sang périphérique, pour contester l'importance de ces éléments.
parasitaire de ces éléments; les mouvements des flagelles dans le sang frais sont en efiet des plus caractéristiques *.
D'après quelques observateurs les flagelles représenteraient une phase de dégénérescence des parasites consécutive à leur sortie de l'organisme et au refroidissemeni que subit le sang au moment où on l'extrait des vaisseaux.
Cette opinion ne me paraît pas soutenable.
Il m'est arrivé souvent en Algérie d'observer des flagelles dans le sang, aussitôt après sa sortie des vaisseaux; j'ai même remarqué que, par les temps chauds, l'observation des flagelles était plus facile que par les temps froids. On peut d'ailleurs s'assurer que les flagelles apparaissent alors même qu'on empêche le sang de se refroidir à l'aide de la platine chauflante.
Sacharofi* dans ses recherches faites sur l'hématozoaire des oiseaux, voisin de l'hématozoaire du paludisme, a trouvé des formes à flagelles dans les préparations obtenues avec du sang desséché immédiatement après sa sortie des vaisseaux V
Les flagelles préexistent dans les corps sphériques, ils s'y meuvent souvent pendant quelque temps avant de s'échapper au dehors*.
On a dit que l'apparition des flagelles était trop rapide pour qu'on pût l'attribuer à un processus de développement; l'objection disparaît si l'on considère qu'il s'agit, non d'un processus de
1. C'est après avoir constaté l'existence des flagelles que M. le professeur Bouchard disait à TAcadémie des sciences : « Une note récente de M. Laveran me conduit à signaler l'importance d'une découverte qui remonte à dix années et qui, contestée pendant longtemps, me paraît aujourd'hui inattaquable... » (Acad. des Se., -21 janvier 1889.)
Mon si regretté ami le professeur Straus a été également convaincu de la nature parasitaire des éléments trouvés dans le sang des palustres à partir du jour où il a pu observer les flagelles. « J'avoue, dit Straus, que j'étais parmi ceux qui conservaient encore quelques doutes sur la validité de la découverte de M. Laveran, tant on est porté, malgré soi, à se défier de notions nouvelles qui ne rentrent pas dans les cadres reçus; mais ces doutes viennent d'être complètement dissipés. M. Laveran a bien voulu me montrer, au Val-de-Grâce, des préparations du sang d'un soldat de retour du Tonkin avec des accès de lièvre intermittente. On y voyait, avec une netteté parfaite, les diverses formes décrites par lui du parasite, surtout des coyps flageUés, qui sint éminemment caractéristiques; ces corps sphériques, munis de flagelles ondulés et animés de mouvements extrêmement vifs, qui déplacent les globules rouges à la façon de véritables fouets, forment une des images les plus saisissantes qui se puissent voir au microscope; cette image est aussi particulière et aussi caractéristique que l'est celle du sang charbonneux ou du sang d'un individu atteint de fllariose. » {Soc, de biologie, 24 nov. 1888.)