‹ Traité du paludisme (volume 3)Chapitre 84 sur 243 · CARACTÈRES GÉNÉRAUX · texte numérisé non relu

CARACTÈRES GÉNÉRAUX

est plus marquée à la face que sur le tronc et plus prononcée chez les sujets qui ont vécu en plein air, exposés aux ardeurs du soleil, que chez ceux qui sont employés dans des magasins ou dans des bureaux; l'anémie survenant rapidement chez des individus fortement hâlés, donne à la peau cette teinte terreuse qui n'est pas S|)éciale au paludisme, mais qui s'observe chez les palustres avec une fréquence particulière.

Dans certains cas la peau prend yne teinte cireuse comme à la suite des hémorragies abondantes, ou bien une teinte grisâtre, qui s'explique par la présence d'éléments pigmentés en grande quantité dans les petits vaisseaux du derme comme dans ceux des viscères (V. Anatomie pathologique, Ch. vm). Cette lainte grisâtre de la peau ne s'obser\'e que dans les formes graves (accès pernicieux), elle diffère de la teinte terreuse ordinaire et ne se limite pas, comme cette dernière, aux parties qui sont habituellement «lécou vertes.

Les analyses du sang faites par Léonard et Foley ont démontré depuis longtemps que le poids des globules sanguins s'abaissait rapidement à la moitié, au tiers, ou même au quart du poids normal chez les malades atteints de fièvre palustre *.

La simple inspection du sang obtenu par la piqûre du doigt montre, dans certains cas d'anémie palustre grave, que le sang est beaucoup plus pâle qu'à l'état normal ; on dirait du sang mélangé de sérosité plutôt que du sang pur.

La numération des globules permet de constater les progrès rapides de cette déglobulisation du sang.

A la suite d'un seul accès de fièvre le chiffre des hématies peut diminuer dans la proportion d'un cinquième ou même d'un quart. Si par exemple le chiffre des hématies était, avant l'accès, de 4 500 000 par mm% il tombe après l'accès à 3 500 000 ou 3 000 000 ; la fièvre persistant, le chiffre des hématies peut s'abaisser à 1 000 000 par mm', voire même au-dessous de ce cliiffre '.

M. le D' Kelsch a vu le nombre des hématies s'abaisser à 800 000 et même à 600 000 par mm^

Dans aucune anémie, sauf dans l'anémie pernicieuse, on ne constate de chiffres aussi bas.

1. Léonard et Foley, Recherches sur l'état du sang dans les maladies de l'Algérie. Bec. mém. de méd. milit., t. LX, p. 13o.

2. Kelsch, Arch. de physiologie, 1875, p. 690, et 1876, p. 490, et Rec, mém. de méd, milit.. 1880, p. 148. — A. DiONisi, Variazoni nuineriche (Ici globuli rossi e dei globuli blanchi in rapporte col parassita délia malaria, Lo Sperimentale, 15 sept. 1891.

Dans r anémie palustre comme dans les autres anémies on trouve des hématies de dimensions variables, les unes plus grandes, les autres plus petites que les hématies normales, quelquefois des hématies nucléées.

Les hématies qui ne sont pas détruites perdent une partie «le leur hémoglobine; l'appauvrissement en hémoglobine est souvent du tiers ou de la moitié.

Dans les fièvres palustres récentes et graves il existe parfois une leucocytose plus ou moins prononcée; MM. Burot et Legraml ont noté souvent une augmentation du nombre des leucocytes <;hez les malades atteints d'accès pernicieux*; dans les fièvres intermittentes ordinaires le nombre des leucocytes est en général normal.

Lorsqu'on observe dans le sang d'un malade atteint de fièvre palustre un grand nombre de leucocytes il faut, d'après Du Bois Saint-Sevrin, songer à l'existence d'une complication inflammatoire, pneumonie, pleurésie, etc. *.

Chez les cachectiques palustres le chiffre des leucocytes, loin d'être augmenté, descend d'habitude au-dessous du chiffre normal.

D'après Evans la proportion des leucocytes aux hématies varie, <ihez ces malades, de 1 pour 500 à 1 pour 800 et même 900 '.

La présence dans le sang des parasites qui ont été décrits dans le chapitre ni de cet ouvrage est pathognomonique; lorsque je m'occuperai du diagnostic du paludisme j'aurai l'occasion d'insister sur ce point.

J'ai dit (p. 94) comment il fallait procéder à l'examen du sang pour constater l'existence de l'hématozoaire du paludisme, je n'y reviendrai pas ici.

B. Hypei'splénie. — La rate est toujours augmentée de volume chez les palustres ; l'hypersplénie est donc un symptôme important du paludisme, bien qu'on puisse l'observer dans un grand nombre d'autres états morbides.

Peu marquée dans les fièvres récentes, l'hypersplénie augmente à mesure que les rechutes se multiplient et elle atteint son maximum chez les cachectiques.

La matité splénique qui, chez l'homme sain, n'a que 3 à 4 cm.

1. Burot el Legrand, Tliérap. du paludisme, Paris, 1897, p. i4.

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