‹ Traité du paludismeChapitre 266 sur 291 · Vivi». Ann. d'hygiène ri dt mid. colon · texte numérisé non relu

Vivi». Ann. d'hygiène ri dt mid. colon

Vincent et Burot pensent que le séjour de la Grande Canarie conviendrait très bien aux sujets anémiés et impaludés venant de la côte occidentale d*Afrique.

La proximité de la France rend discutable, pour l'Algérie, la création de stations d*altitude; il semble bien que, là aussi, cette création préconisée, dans ces dernières années, par bon nombre de médecins algériens, pourrait rendre des services.

A la Jamaïque, des stations d'été ont été établies pour les troupes européennes dans les montagnes Bleues; les forêts de Hope Gardens et la station de Newcastle, à une altitude de 1 158 m., ont, ajuste titre, une grande réputation de salubrité.

A la Guadeloupe, nous avons depuis 1841 le camp Jacob qui, malgré sa faible altitude (545 m.), est salubre; cette station a contribué beaucoup à diminuer le chiiTre de la mortalité des troupes européennes à la Guadeloupe.

La Martinique a été dotée du camp de Balata.

A Chypre, le camp établi au mont Troados a rendu de grands services à l'armée anglaise.

3*" Choix de lâ saison pouu les voyages et les expéditions en pays PALUSTRE. — Nous avous vu que, dans la plupart des foyers palustres, les fièvres ne régnent que pendant une partie de Tannée dite, à cause de cela, période endémo-épidémique; en Algérie et en Italie, par exemple, on ne contracte presque jamais la fièvre palustre pendant les mois de décembre à juin; pendant ces six mois d'hiver, on peut vivre sans se préoccuper du paludisme. Les Anophèles ont disparu. Le voyageur qui dispose de son temps doit choisir cette époque salubre pour visiter les pays palustres.

Lorsqu'on fait une expédition dans des contrées palustres, il faut choisir une saison favorable pour le débarquement des troupes, et traverser aussi vite que possible les zones les plus insalubres qui sont celles où abondent les moustiques.

A ce point de vue on peut citer, comme un modèle, l'expédition des Anglais sur la Côte de TOr en 1895 *.

L*expédition fut organisée pour le mois de mars qui est, dans cette région, le plus salubre, et les mesures furent si bien combinées, que les troupes anglaises n'eurent pas à séjourner une heure sur le littoral; elles purent s'engager immédiatement sur une route de plus de 180 km. de longueur, exécutée par la main-d'œuvre

I. Expédition contre les Aschantis» Revue militaire de V étranger ^ sept. 1896, p. 193.

indigène, garnie de huttes de bambous renfermant des supports de lits et approvisionnée d'eau aux principaux gites d'étapes.

Les graves épidémies de fièvres palustres observées dans Tile de Walcheren sur Tarmée anglaise (1809) et à Madagascar, sur le corps expéditionnaire de Tarmée française (1895), montrent d'une façon saisissante les dangers auxquels on s'expose quand on néglige ces règles.

En 1809, l'armée anglaise débarqua à Walcheren en pleine période de fièvres, et séjourna dans cette Ile insalubre.

A Madagascar, nos troupes restèrent longtemps sur le littoral.

Lorsqu'on habite une région palustre, on apprend vite à connaître les localités les plus malsaines ; on évitera de fréquenter ces localités pendant la saison endémo-épidémique, et surtout de les parcourir ou d'y séjourner pendant la nuit.

Comme le dit Lind, il y a d'ordinaire < des cantons sains dans les pays les plus malsains » (op. cit., t. I, p. 269).

4"* Danger des sorties nocturnes. — C'est un fait bien connu, dans les contrées palustres, qu'il ne faut pas sortir avant le lever du soleil, ni rentrer chez soi après son coucher.

On s'explique facilement aujourd'hui le danger des sorties nocturnes, puisque les Anophèles ne piquent que le soir et pendant la nuit.

Les ouvriers qui sont obligés de veiller et de parcourir la nuit des régions insalubres, sont particulièrement éprouvés par le paludisme, de même les chasseurs qui vont à l'affût de nuit.

Les laboureurs, les moissonneurs, les ouvriers employés à des travaux de terrassement ou de dessèchement des marais quitteront la plaine avant le coucher du soleil et gagneront les hauteurs voisines ; s'il s'agit de travaux importants, nécessitant la présence d'un grand nombre d'ouvriers, on élèvera des baraquements à une distance suffisante des chantiers.

On ne commencera pas les travaux avant le lever du soleil.

On ne laissera pas, la nuit, les fenêtres ouvertes si elles ne sont pas garnies de toiles métalliques.

Lorsqu'on est obligé de coucher en plein air, il est recommandé d'allumer de grands feux ; grâce à l'établissement de feux qu'on déplaçait au fur et à mesure que les travaux avançaient, on a pu arriver, sans grand péril, à assainir en Tunisie une vaste surface marécageuse (Ramel).

5® Protection mécanique contre les moustiques. — A. Mousii-

quaires. — Depuis longtemps, les moustiquaires sont en usage dans les pays chauds, là où abondent les moustiques. Il est incontestable qu*une moustiquaire bien installée protège, pendant la nuit, contre les piqûres des moustiques et qu'elle constitue, par suite, un bon moyen de défense contre la fièvre palustre ; on a noté souvent que, dans une même localité, dans une même habitation, les personnes qui faisaient usage de moustiquaires étaient indemnes de paludisme, tandis que celles qui négligeaient de prendre cette précaution en étaient atteintes ^

Malheureusement, les moustiquaires sont souvent installées d*une manière défectueuse ou dans un mauvais état d'entretien et elles remplissent alors très incomplètement leur office.

La moustiquaire ne sera pas suspendue au plafond au moyen d'un anneau; le lit sera surmonté d'un cadre de même grandeur que lui qui supportera la moustiquaire en tulle solide, à mailles ni trop laides, ni trop étroites; des mailles trop étroites gênent la circulation de Tair, des mailles trop larges laissent passer des moustiques. La partie de la moustiquaire qui recouvre le cadre doit être en tulle, comme le reste, et non en toile; il importe, en effet, de ne pas gêner la circulation de Tair. Le cadre ne sera pas suspendu trop haut; la personne qui occupe le lit doit pouvoir, en se tenant debout, tuer les moustiques qui auraient réussi à s'introduire sous la moustiquaire.

La moustiquaire ne doit pas traîner sur le sol où elle se salirait, mais il faut qu'elle soit assez longue pour qu'on puisse rentrer le bord libre sous le matelas; quand on ne prend pas cette précaution, les moustiques réussissent à s'introduire par la partie inférieure.

On visitera souvent la moustiquaire pour s'assurer qu'elle n'est ni trouée, ni décousue. Le matin et le soir, on détruira les culicides qui auront réussi à pénétrer à l'intérieur.

La moustiquaire sera fabriquée en tulle blanc et entretenue dans un état de grande propreté; les moustiques dont la couleur est brunâtre se voient bien sur un tissu blanc et sont facilement détruits.

La moustiquaire doit être suffisamment éloignée de la surface du corps pour que les moustiques ne puissent pas piquer au travers du tulle.

I. R. Ro«8, Brit, med. Journal, 22 juillet 1899. — Emily, Arch, de méd, naoaU, octobre 1900, p. 255.

5«0 PROPHYLAXiK

La moustiquaire sera moiUliée pour l'usage des voya^un el (les soldats en caïujjagae qui doivent souvent se couclier sur le sol; la moustiquaire peu voluniiaeuse, facilement transportable, sera construite de manière à pouvoir être suspendue dans la tente; le bord inTérieur sera garni de toile.

B. Proleclian méthodique de l'habitation aumoif^n de toiles mêlailiijues. — Si bien installée que soit la moustiquaire, elle ne protège que lorsqu'on est au lit; or, les Anoplielea piquent souvent le soir, avant l'heure du coucher; la moustiquaire est d'un emploi assez incommode dans les pays chauds; elle gdiie la circulation de l'air autour du dormeur el rend, par suite, la chaleur plus fatigante; enfin, si la moustiquaire est mal entretenue, trouée ou décousue, comme il arrive trop souvent, elle n'est plus d'aucune utilité.

La protection méthodique de l'habitation, au moyen de toiles métalliques, pare à ces inconvénients el remplace avantageusement les moustiquaires.

Dans le midi de la France, en Camargue notamment, il est d'usage depuis longtemps de protéger l'habitation contre les mouches et contre les moustiques en garnissant les fenêtres de châssis sur lesquels sont tendues des toiles métalliques, mais c'est seulement depuis que le rôle des Anophèles dans la propagation di paludisme a été mis hors de doute, que ce mode de protectioi été appliqué d'une façon méthodique.

De nombreuses expériences ont été faites dans le but de rei cher quelle était la valeur de cette mesure prophylactique

Dès 1899, quelques-unes des gares des lignes ferrées qui traversent les régions les plus insalubres de l'Italie ont été protégées. Ces essais ayant donné des résultats favorables ont été étendus progressivement; aujourd'hui toutes les habitations des emplovés des chemins de fer italiens, dans les régions palustres, sont protégées contre les moustiques, au moyen de toiles métalliques qui garnissent les portes et les fenêtres.

Des essais ont été faits aussi pour protéger des chaumières de bergers ou de paysans.

Grassi, Celli, Baldi, di Mattei, Procaccini, Poslemskî, de Li Serafini et Peserico, Kiccbi, Fontana, Mariolti-Bîanchi ont pul des résultats favorables â l'emploi des toiles tnélalliques

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Je crois inutile de donner en détail les expériences faites en Italie sur la protection des habitations, il me suffira de dire que ces expériences ont été assez décisives pour que la loi italienne du 2 novembre 1901 ait rendu cette protection obligatoire, en pays palustre, pour tous les employés et ouvriers du gouvernement.

Les chiffres suivants donnent une bonne idée des résultats obtenus'.

Sur un total de 5 165 personnes protégées plus ou moins complètement, il y a -eu 20 p. 100 de récidives et 3,3 p. 100 seulement de fièvres primitives.

Sur 4 363 personnes protégées complètement, la proportion des récidives a été de 21,1 p. 100, celle des fièvres primitives de 1,9 p. 100 seulement.

Sur 802 personnes protégées incomplètement*, la proportion des fièvres primitives a été de 10,9.

Chez les personnes non protégées, habitant les mêmes localités que les personnes protégées et servant de contrôle, la proportion des individus atteints de fièvre s'est élevée souvent à 40 et 60 p. 1 00 ; dans un cas, elle est montée à 96 p. 100.

Il faut dire que, dans ces expériences, la quinine a été souvent donnée préventivement, en môme temps qu'on protégeait l'habitation et qu'il n'est pas toujours facile de faire la part qui revient à chacune des deux méthodes prophylactiques. Théoriquement, la protection mécanique contre les moustiques devrait suffire, mais il est très difficile d'obtenir une protection complète, les personnes qui habitent la maison protégée sont souvent insouciantes et peu soigneuses; les portes restent ouvertes, on sort le soir ou la nuit sans prendre les précautions nécessaires, etc. On conçoit donc que les résultats soient meilleurs avec l'emploi simultané de la quinine à titre préventif et des toiles métalliques, qu'avec la protection seule de l'habitation.

nuova profllassi délia malaria nel Lazio, Supplemento al PoUcUnico, 1901, Atti d. Soc. p. gli St. délia malana, Roma, 1901 et Annali d'igiene sperim., 1901, fnsc. I. — Raldi, Supplemento al PoUcUnico^ 24 février 1900. — Di Mattei, Centralbl. f. Bakter., août 1900, t. XXVIIi, p. 189. — PROCACCINI, Annali di med. nav., janvier 1901. — Postkmski, La campagne antimalarique de la Croix-Rouge italienne dans la campagne romaine eu 1900, Rome, 1001. — De Luca, Infez. malorica in Foggia, Foggia, 1902. — A. Serafini et L. Peserico, Atti délia Soc. p. gli St.della malaria, 1902, t. III, p. 279. — RiGCBi, FoNTANA même Bec, t. V. — Mariotti-Biangbi, Giorn. nwd. del Ff EsercitOt 31 juillet 1904 et 31 mai 1905.

1. Atti delta Soc. p. gli St. delta malaria, 1902, t. ill, p. 652.

2. La protection est dite incomplète, quand elle est limitée aux chambres à coucher.

I^VERAN, Traité da Paludisme, 3* édition. 36

Ferrero di Cavallerleone qui a expérimenté les différentes méthodes de prophylaxie du paludisme sur les troupes occupant, pendant Télé, les forts insalubres des environs de Rome, donne les résultats suivants : les soldats qui étaient protégés contre les moustiques à Taide de toiles métalliques et qui prenaient de la quinine préventivement, n'ont été atteints de paludisme que dans la proportion de 1,74 p. 100; ceux qui, protégés de même, ne prenaient pas de quinine, ont été atteints dans la proportion de 2,67 p. 100. Les fièvres étaient très communes et très graves dans la population civile au voisinage des forts sur la garnison desquels Texpérience a porté et les Anophèles étaient nombreux dans ces forts ^

Mariotti-Bianchi rendant compte d*une expérience faite au camp de Talamone, très insalubre, constate que les moyens de protection niécanique n*ont pas donné de bons résultats; les portes des chambres restaient ouvertes, les toiles métalliques étaient souvent en mauvais état et, le matin, on pouvait récolter de nombreux Anophèles dans le casernement. Dans ces conditions, il n*est pas étonnant que l'emploi préventif de la quinine ait donné des résultats meilleurs que les toiles métalliques*.

Je connais une autre expérience de protection mécanique de postes militaires qui a échoué également, par suite de Tinsouciance des hommes qui occupaient ces postes; les toiles métalliques étaient criblées de coups de baïonnette. Les soldats sont de grands enfants qui aiment à détruire, mais le commandement a de si puissants moyens d'action sur eux, que la protection mécanique des casernements, dans les localités insalubres, sera réalisée quand on le voudra. Il faudra commencer par faire des conférences aux officiers et aux soldats, pour leur apprendre la gravité des fièvres palustres, la cause de ces fièvres et le rôle des moustiques dans leur propagation ; du jour où officiers et soldats seront convaincus que les piqûres des moustiques donnent la fièvre, on ne fera plus de trous aux toiles métalliques ou bien ces détériorations seront vite punies et réparées.

L'expérience suivante a été faite dans l'île Formose par l'autorité militaire japonaise.

Dans la même localité, et pendant la saison des fièvres, une compagnie, composée de 115 hommes, a été protégée complète-

i. Ghrn. mril. del ir KsorcHo, 31 iiinrs 1901.

2. MARiOTTi-IiiANGHi, Gionu med. del [f Esercilo, 31 mai 1902, p. 486.

PflGTKGTIOS CUNTRE LES MOLSTiQUES

ses

Wnt contre les moustiques, tandis que le reste du bataillon Pelait pas protégé.

f Parmi les 115 hommes protégés, il n'y eut aucun cas de paluîstne; le reste du balaillort, comptant 6i6 hommes, eut 28S cas de biludisme, soit 4(,Û1) p. 100, et la moilalité fut de 1,12 p. tOO'. L Sambon et Low ont fait, en 1900, une expérience qui démontre I l'eflicacité de la protection mécanique contre les moustiques. lus la prophylaxie du paludisme \ LUae baraque en bois capable d'abriter cinq personnes a été pDstruite à Londres; toutes les ouvertures étaient garnies de nies métalliques. Au commencement de juillet 1900, cette laraque fut transportée près d'Ostie, dans une des localités les plus insalubres de la campagne romaine, et Sambon et Low s'y installvrent avec deux domestiques italiens. Pendant la journée, i expérimentateurs ne prenaient aucune précaution contre le iludisme, ils buvaient la même eau que les indigènes et ils |)rati> laient des fouilles, occupation réputée très dangereuse en pays lluslre: bien entendu, ils n'usaient, ni de la quinine, ni d'aucun Dtre fébrifuge; le soir, ils s'enfermaient dans leur maison avant I coucher du soleil et ils y passaient les nuits, à l'abri des mousques, grâce aux toiles métalliques, mais avec les fenêtres Bvertes. Dans ces conditions, Sambon et Low ont pu demeurer odant toute la saison insalubre, au milieu d'une population très Viement éprouvée par le paludisme, sans subir la moindre teinte de fièvre. Ajoutons que les Anophèles étaient nombreux us la localité {^. macuhpeiinis, A. pseudo/ikCus). La Ligue corse contre le paludisme s'efforce depuis quatre ans vulgariser l'emploi des toiles métalliques. En 1902, lors d'un ttyago que j'ai fait en Corse, j'ai pu constater que plusieurs ■andes administrations (douanes, ponts et chaussées, chemins de ir} avaient commencé à protéger les habitations de leur personnel Ique d'heureux résultats avaient été déjà obtenus. A la caserne de la douane de Porlo-Veccluo, il y avait eu, en 01, li cas de paludisme sur 23 personnes; en 1902, après applicaondestoilesmétalliques, il n'y eut qu'un cas pourle même effectif.

'S. Tamciu. Rech. sur Ip paludisme ait Japon, //" Cuiujrès da m/drcint mililaira 1 1902. .\nnl. in tihrn. meH. del If Samlto, 31 juillet 1003. — N. MiNl. /. Seftîfli a. Troptn Hygiew, i" janvier lOOi. S4MMK et Low, fini. med. Journ., S <léc. tOOO; A<vu« d'hjgihie, 1901. |i. O.'U. A. Lavihan, Aead. de inAUciiir, T octobrL' tOOÏ. — P. BtriUTi, Ligue corw rc le palnJIsme. aim/des •■nulu-i de ses Iraeanr de tOfH A imn.

En 1903, 1904 et 1905, les expériences de protection des habitations ont été poursuivies avec succès en Corse.

Toutes les gares et maisonnettes insalubres du réseau de la Corse ont été protégées au moins partiellement (chambres à coucher). Avant l'application de cette mesure, le taux moyen de la morbidité palustre s*élevait à 49,9 p. 100; en 1904, il tombait à 11,6 p. 100; en 1905, à 6,8 p. 100 dans les gares; dans les maisonnettes, le taux de morbidité s*élevait encore à 16,6 p. 100, mais il faut tenir compte de ce fait que le personnel qui habite ces maisonnettes (cantonniers, garde-barrières) est peu instruit et très insouciant des règles hygiéniques. La protection méthodique a été appliquée dans les bureaux de poste des localités les plus insalubres. Enfin des installations de toiles métalliques ont été faites, par les soins de la Ligue corse, dans des habitations particulières, choisies parmi celles dont la population était la plus éprouvée par les fièvres palustres. Battesti, résumant les résultats obtenus, constate que le nombre des cas de paludisme diminue en raison directe du degré de protection.

En 1905, M. Battesti en Corse et M. Soulié en Algérie ont fait, à ma demande, des expériences relatives à la protection des habitations au moyen des toiles métalliques, dans le but surtout d'apprécier les procédés les meilleurs et les moins coûteux d'application de ces toiles'.

En Corse, 26 maisons ont été protégées en totalité ou partiellement dans les communes d'AIéria et de Ghisonaccia situées sur la côte orientale, dans la zone la plus insalubre. Le nombre des habitants protégés a été de 153. En 1904, il y avait eu parmi ces habitants 80 cas de paludisme; en 1905, il n'y en a eu que 18, dont 1 cas nouveaux seulement ; la morbidité palustre est donc tombée de 52,2 à 11,7 p. 100.

Une moustiquaire démontable, en toile métallique, construite par la maison Gillet (de Paris) a été mise en expérience dans le domaine de Sainte-Julietta d'Arena (commune d'Aléria). Cette moustiquaire peut être utilisée dans un local couvert ou en plein air.

La moustiquaire a été installée en plein air, dans un endroit très insalubre où abondent les Anophèles. Pendant un mois, du

\. Ces expériences ont été faites sous ma direction, avec des fonds qui m^aTaient été accordés sur la Caisse des recherches scientifiques.

12 août au 12 septembre, quatre ouvriers occupés à la moisson, c*est-à-dire à un travail très fatigant, ont passé les nuits sous cette moustiquaire. Ces quatre ouvriers ne prenaient pas de quinine et aucun d'eux n*a eu d*accës de fièvre ^ Cette expérience est des plus probantes, en raison de Tinsalubrité de la localité où elle a été faite et du danger bien connu auquel on s*expose en passant les nuits en plein air dans les pays palustres.

En Algérie, 11 habitations ont été protégées à Taide des toiles métalliques dans les localités suivantes : Boufarik, Birtouta, Zéralda, Coléa; 9 fois la protection de Thabitation était totale, 2 fois elle était partielle, c'est-à-dire limitée aux chambres à coucher.

Le nombre des personnes protégées a été de 47; 2 seulement ont eu des accès de fièvre et il s'agissait de rechutes d'une fièvre contractée l'année précédente. La morbidité palustre des personnes protégées a donc été seulement de 4,2 p. 100, et il n'y a eu aucun cas de première invasion. En 1904, dans ces mêmes maisons, avant l'installation des toiles métalliques, et pour le même nombre d'habitants, il y avait eu 37 cas de fièvre palustre, ce qui donne une morbidité de 78,7 p. 100.

Une expérience faite à la gare de l'Aima (province d'Alger) a donné de bons résultats ^.

J'ai cité déjà (p. 82) le fait très intéressant, rapporté par Kermorgant, d'ouvriers employés en Cochinchine à des travaux de dragage dans une région très insalubre qui, logés dans de vastes cages garnies de toiles métalliques où ils étaient pendant la nuit à l'abri des moustiques, n'eurent pas à soufi'rir du paludisme.

Schoo a rapporté l'expérience suivante*. En 1901, une bourgade de la Hollande, comptant 300 habitants, avait eu de nombreux malades atteints de paludisme. Dans cette bourgade, Schoo choisit, en 1902, 10 maisons avec 47 habitants parmi lesquels il avait observé 18 cas de fièvre palustre l'année précédente; ces maisons, situées au bord d'un marécage riche en Anophèles, furent protégées méthodiquement à l'aide des toiles métalliques. Au commencement du printemps de 1902, on observa 4 cas de rechute parmi les 47 habitants protégés, mais aucun nouveau cas ne se produisit, tandis que, dans 13 maisons non protégées, voisines des maisons

1. Caisse des rech. scientif. Rapports sur les travaux entrepris en 1005.

2. Ed. Sergent, La lutte contre les moustiques* Th., Paris, 1903.

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