‹ Traité du paludismeChapitre 35 sur 291 · F. Jacquot, op. cit.. Gaz. mtkl. de Paris · texte numérisé non relu

F. Jacquot, op. cit.. Gaz. mtkl. de Paris

3. E.-J. Grbllbt, Quelques rtMiianiufs sur In iimlarin, BuUelin méd.de l'Algérie, 1898.

80 ÉTIOLOGIE

le sol <levienl marécageux et très propre, par suite, au développement (le l'endémie palustre.

Les variations de la nappe d*eau souterraine exercent une action marquée sur Tendémie'; nous avons signalé déjà Tinfluence des pluies al)on«]aiites(|ui relèvent le niveau de la nappe d*eau souterraine et favorisent la formation des mares.

Les moyens les plus efficaces d assainissement des localités palustres consistent à assurer l'écoulement des eaux et à abaisser le niveau de la nappe d'eau souterraine quand il est trop élevé (Voyez (Ih. XII, Prophylaxie).

Les travaux de terrassement, de défrichement sont souvent, en pavs |>alustre, l'occasion d'une recrudescence de Tendémie. Les grands remuements du sol ont même donné lieu quelquefois à de petites épidémies de fièvres palustres en dehors des foyers endémiques.

Lorsqu'on 1811 on creusa le canal Saint-Martin à Paris, une véritahie épidémie de fièvres intermittentes sévit sur les quartiers du Temple, île hi Villette et de Pantin. En 1840, une épidémie semhlahh» se développa pendant qu'on élevait les fortifications de Paris -.

Les grands travaux de terrassement exécutés par nos troupes en Algérie ont toujours amené une recrudescence de fendémo-épidémie palustre. Les corps de troupe qui ont été employés aux travaux (1(^ fondation th» Saïihi, d'Orléansville, de Lalla-Marhnia, de Tiaret, de Sehdou, elc, ont tous été cruellement éprouvés parles lièvres; <le même ceux ([ui ont été employés à la construction des rouies ou des pouls*'.

Li's iravîuix de lt»rrassement exécutés à Madagascar pour la ronstrmlioii des roules et du chemin de fer qui doit relier Tamatavf à Jaiiîmarive oui provoqué également une forte recrudescence d<» i'eiidr'niie paluslre.

On s'r\pli(|ue (|ne h^s Iravailleurs employés, en pays palustre, a Iracrr des roules, à conslruire des ponts ou des digues, à cornld( r des marais, elc... s'iufecleiit dans une forte proportion. Ces

i. L. ri(»«>EU>. hi* riiilliii'iii-r (1rs variations de iiivramlr la iin|>|»<* dVau !^>ulelTAino sur la fii'ijiii'iKM' <!rs llfvrrs palu^^lrrs. Srientif. inein. hy med. ofjicers of ihe army oj Ifidi'i. IS'.IT. I)«'.i.i. «Ml IT.'L*. {•iiii^*^l»".i^-iialait l'iullunu c «l»"i iia|>|u'> (l'eau souUTraiiiOii ri crlli' i\{'> |»liiir^ >iir la rn'(|iUMic<' «l«'s llcvrr^ iialu^lirs.

2. Tiioi^srAr. (:iiiii(|ii«> iiitMl.. :{• r«lil.. ISC.S, l. III. |i. VJO.

:{. Jxcoi or. l'm:. rnrd. tl" Paris. ISiS. — C.amuay. Trait»* des iiiaind. (ie> pays chauds v\ >|nM-ial«Miu'nl dr l'AlfriMic.

CAUSEE ADJUVANTES 81

hommes qui se IhTenl à un travail très fatigant vivent en général dans de mauvaises conditions hygiéniques; ils passent la nuit à proximité des chantiers, dans des locaux mal abrités, où ils sont la proie des Anophèles et comme, parmi les nombreux travailleurs réunis pour ces grands travaux, un certain nombre sont déjà atteints de paludisme, les Anophèles s'infectent facilement et propagent la maladie ^

Dans les pays chauds, on forme des camps de travailleurs dans lesquels les indigènes vivent avec leurs femmes et leurs enfants^; on a vu plus haut quelle était la fréquence du paludisme chez les enfants indigènes et combien la permanence des hémamibes dans leur sang les rendait aptes à propager la maladie.

Les travaux de terrassement favorisent la formation des mares d'eau stagnante et par suite la pullulation des culicides; toutes les fois que j'ai visité un chantier de terrassement un peu étendu, j'y ai trouvé des mares d'eau stagnante.

Il est plus difticile de comprendre comment, dans des localités d'ordinaire salubres, de grands travaux de terrassement peuvent provoquer l'apparition du paludisme. Il faut d'abord remarquer que cette apparition n'est pas constante; si les travaux de creusement du canal de l'Ourcq ont été l'occasion à Paris d'une petite épidémie de paludisme, les travaux de construction du métropolitain qui ont bouleversé le sol d'un grand nombre de rues dans tous les quartiers de Paris n'ont pas donné lieu, que je sache, à un seul cas de paludisme. 11 est probable que, lors du creusement du canal de l'Ourcq, les mares d'eau stagnante abondaient et que des Anophèles s'y sont développés; on peut admettre aussi que, parmi les travailleurs, il y avait des individus atteints de paludisme, des Italiens par exemple, qui s'embauchent souvent pour des travaux de ce genre.

Lorsqu'on exécute des travaux de terrassement, même en pays palustre, et qu'on prend des précautions minutieuses pour soustraire les travailleurs aux piqûres des Anophèles, on constate que les fièvres ne se «léveloppent pas.

En Corse, un ingénieur chargé de combler un marais m'a dit que ses terrassiers étaient tous en bonne santé (je visitais les travaux au mois de septembre), mais qu'il faisait exécuter rigoureusiMuent les prescriptions suivantes : les travailleurs quittaient les

1. H. Wright, The malarinl fevers of liritisfi Malnya, Siiifraixiro, IÎK)I.

2. Stepbens <»t Christophers, Reports to ihe malaria CommiUcCj M dtH*. 11)01.

Laver AN, Traité du Paludisme, 2* édition. 6

chantiers avan pass(>r la nuit

t le

:hcr du soleil et il leur élail défendo ( ne revenaient

proximité ite tes chantiers ((u'après le li?ver du soleil.

Samiion et Low qui ont [lassé tout un été dans une des lucalilés tes plus insaluhres de la campagne romaine, sans prendre d'autre précaution que de se retirer le soir dans une maison bien ]iroté-sée contre l'accès des moustiques, se sont livrés à un travail de fouilles jugé très dangereux par les Auteurs et cependant ils n'ont pas contrarié la fièvre'.

Le fait suivant, cité par Kermorgant', est d'aulanl plus inlén-ssant qu'il a été recueilli par des personnes qui étaient sans parti pris et qui paraissent même avoir élé étonnées ijes résultais obtenus. Une Compafrnie de dragage, qui creuse des canaux en Cochinchine dans une région oîi règne la fièvre des bois, s'est très bien trouvée de la construction do vastes cages en toile métallique pour tnetlre ses employés à l'abri des piqûres des moustiques. Les cas dr paludisme ont été rares. La Compagnie cherchait surtout à j)rotéger ses employés contre les moustiques et il s'est trouvé i|ue celte protection a été efficace aussi contre le paludisme,

4" Culture. Vt^i/èlation. — L'inlluence, sur l'endémie, de la culture du sol et de la végétation plus ou moins abondante qui le couvre parait d'abord difficile à interpréter. Le paludisme régne dans des plaines dénudées et non cultivées; L. Colin a été jusqu'à attribuer le paludisme à la puissance végétative du sol non utilisée par la culture'; mais l'endémie palustre est non moins grave dans des |iav9 où la végétation est luxuriante comme à la Guyane et à Java.

Les données que nous possédons aujourd'hui sur le rùlo des culicides dnns la propagation du paludisme permettent d'expliquer ces faits eu apparence contradictoires.

Lorsque le soi est mis en culture, il doit être aménagé & cel effet; on assure l'écoulement des eaux de pluie, au besoin on draine le sol; les plantes, les arbustes et les arbres drainent le sol pur leurs racines el l'iissèchenl. Le boisement régularise l'écoulement des eaux pluviales, il empêche les cours d'eau de se IraOss entrai ' ~

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j rajiii

1, SAMiOK et Low. lli'iMirl un Iwn cxpcrinicntu i «fl.-ChIr. rrudjor/ion». lïOl. l. LSXXIV. [.. «7.

2, Imlrurl. mna-rnanl In mnurei à prendre contre lei malail. eniléin., épiddm. t layûuia. Paris. 10<U.

:l, I.. Cou», Troilé de» Ilèvrea iak-rmit., Ptiris. 1870. M Trailr Piiri». I8T9, |i. 120.

CAUSES ADJUVANTES 83

tions. Les sources sont captées, les marais sont desséchés, les cours d'eau sont endigués et les conditions favorables au développement des culicides disparaissent de plus en plus.

La culture intensive du sol a en outre pour effet d'enrichir la région où elle se pratique; par suite, le bien-ôlre de la population augmente et nous verrons plus loin que la misère et les conditions hygiéniques mauvaises accroissent la gravité de Tendémie.

i^\'ibandon de la culture du sol produit naturellement des effets inverses, on en peut citer de nombreux exemples.

I^a campagne romaine, bien cultivée, riche et peui)lée au siècle d'Auguste, est devenue, à la suite des invasions des barbares, un désert des plus insalubres.

La Sologne, florissante sous Henri IV, était devenue au commencement de ce siècle, à la suite de Tabandon de la culture du sol, une des régions les plus misérables et les plus insalubres de la France.

Si la culture du sol a en général de bons effets, certaines cultures qui nécessitent des irrigations abondantes peuvent avoir une influence contraire. Nous avons vu que les rizières dans lesquelles Teau stagne favorisaient le développement de Tendémie.

Des jardins fortement irrigués, comme ils doivent l'être dans les pays chauds, deviennent une cause d'insalubrité. La végétation luxuriante entretient l'humidité du sol, les culicides trouvent facilement sur le sol, ou môme dans certaines plantes, de l'eau stagnante en quantité suffisante pour se reproduire et les feuillages touflus dans lesquels l'air circule difficilement leur fournissent d'excellents abris. On conçoit donc que les jardins qui entourent les maisons soient d'autant plus dangereux, en pays palustre, qu'ils sont plus abondamment irrigués.

En résumé, la culture du sol produit des effets favorables (|uand elle s'oppose au développement des Anophèles^ des effets défavorables quand elle le favorise.

.V Altitude. — « Le moven de se soustraire aux maladies dans les pays chauds est, ditLind, de se retirer sur les coteaux un peu élevés où l'air soit tempéré; cet asile propre à la conservation de la santé peut se trouver dans presque toutes les parties du monde. » {Op. cit., t. 1, p. 278.)

Sur les collines ou les montagnes, sur les hauts plateaux, la température est plus basse que dans les plaines, les eaux ont un écoulement facile et rapide et forment rarement des mare-

84 rTjuLOtrj:

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