Kohldruooe, Arch. f. Schi/fs u. Tropcn Hygiène
6. A. Lavehan, Rapport sur le travail de M. Cardamatis, Acad. de médecine, 4 décembre 1900. — Gaiidamatis, La lièvre bilieuse bémoglobinurique, Paris, 1902.
**° POHMES CLINIQUES
La bilieuse hémoglobinurique est rare chez les nègres ; Dryepondt note cependant que les nègres recrutés pour l'État indépendant du Congo en 1890-1892 et provenant de différentes régions ont payé un large tribut à cette maladie.
Les créoles y sont aussi sujets pour le moins que les Européens.
2° Description. — L'accès est annoncé par du malaise général, de l'accablement, de l'anorexie et par une teinte subictérique des conjonctives.
L'ascension thermique est rapide, comme dans les accès réguliers de fièvre intermittente, mais la fièvre persiste souvent pendant 3, 4 ou 5 jours.
Le malaise est beaucoup plus marqué que dans les accès ordinaires; le malade éprouve des douleurs vives dans les régions lombaire et épigastrique et des nausées qui aboutissent à des vomissements bilieux.
La réaction de Gmelin décèle, dans le liquide des vomissements, l'existence des pigments biliaires normaux.
Les selles sont, en général, peu nombreuses et peu abondantes.
La teinte ictérique qui parfois est déjà apparente avant le début de l'accès se prononce de plus en plus.
Les urines d'abord rouge-clair, sanguinolentes, prennent bientôt une couleur d'un brun plus ou moins foncé, comparable à celle du vin de Malaga ou d'une infusion de café; au déclin de l'accès, la couleur des urines s'éclaircit progressivement. Pour bien constater ces changements d'aspect, il faut avoir soin de recueillir dans des vases différents les urines émises aux périodes successives de l'accès.
La fin de l'accès n'est pas marquée par la sensation de bien-être qui accompagne d'ordinaire la fin des accès de fièvre.
Dans les cas mortels, l'adynamie augmente et les malades succombent dans l'état typhoïde ou dans le coma.
On a beaucoup discuté autrefois la question de savoir si les urines brunâtres rendues par les malades renfermaient ou non du sang.
L'examen histologique du dépôt urinaire ne permet pas en général de constater la présence des hématies1, mais les urines contiennent une grande quantité d'hémoglobine; ces faits sont aujourd'hui hors de doute.
i. Daullé, Th. Paris, 1857.
BILIEUSE HÊMOGLOBINURIQUE 281 Les urines tachent le linge en rouge sale et précipitent par
l'acide azotique. .
L'examen spectroscopique ..qui a été fait, pour la première tois, par Corre et Venturini ne laisse aucun doute sur la présence de l'hémoglobine. « Deux bandes de réduction très nettes ont été constatées, écrit Corre, entre les lignes D et E de Frauenhofer, l'une plus large dans le vert, presque dans la limite du vert et du jaune; l'autre plus étroite dans le jaune, en se rapprochant de l'orangé. Ces deux bandes se rapportent bien à l'hémoglobine. » [Arch. deméd. nav., 1878.)
Tous les observateurs qui ont contrôlé ces faits sont arrivés aux mêmes résultats que Corre et Venturini.
A l'examen microscopique on ne trouve, dit Boisson, aucun globule rouge; le spectroscope montre les raies d'absorption de l'oxyhémoglobine et plus tard celles de la méthémoglobine et de l'urobiline
Le spectre de l'hémoglobine oxygénée (oxyhémoglobine) diffère notablement de celui de l'hémoglobine réduite; le premier est caractérisé par deux bandes noires séparées par un espace vert clair, le deuxième par une seule bande grisâtre, assez large, et moins bien délimitée que les bandes du spectre de l'oxyhémoglobine.
Berthier a trouvé des hématies, en très petit nombre, dans l'urine de quelques malades atteints de bilieuse hémoglobinurique ; la présence de l'oxyhémoglobine en grande quantité est constante, dit-il, et facile à constater à l'aide du spectroscope2.
Le sang recueilli pendant l'accès donne un sérum qui a la coloration normale, il n'y a donc pas hémoglobinémie (Berthier).
L'absence presque complète d'hématies dans les urines doit faire rejeter l'ancienne dénomination de fièvre bilieuse hématurique.
La rapidité avec laquelle se produit la coloration ictérique a pu faire admettre par quelques auteurs qu'il s'agissait d'un ictère hématique; l'abondance des vomissements bilieux et la présence presque constante de la matière colorante biliaire dans les urines attestent l'hypersécrétion et la résorption de la bile. On peut donc conclure à un ictère d'origine biliaire; l'existence de l'ictère hématique est d'ailleurs encore contestée.
1. Boisson, La fièvre palud. bilieuse hémoglobinurique, Revue de médecine, 189G, p. 303.
2. A. Berthier, Pathogénie et traitement de rhémoglobinurie paludéenne, Arch. de méd. expér., 1806, p. 628.
La destruction des hématies atteint des proportions énormes ; chez un malade de Boisson le chiffre des hématies tomba en 24 h. de 1 700 000 à 670 000 par millimètre cube.
Les hématies sont altérées, elles forment en s'accolant les unes aux autres des amas irréguliers; l'hématoscope révèle une grande pauvreté du sang en hémoglobine.
Dans les cas graves, l'hémoglobine tombe de 12 à 14 p. 100 au-dessous de la normale; dans un cas cité par Ziemann, l'hémoglobine du sang a été réduite en 2 jours à 30 p. 100 i.
Quand la mort arrive pendant la crise d'hémoglobinurie, les reins présentent des altérations remarquables (V. Ch. IX, Anat. pathol.); ils sont infiltrés de sang. A plusieurs reprises, j'ai constaté qu'on trouvait des hématies en grand nombre dans les tubuli, d'où l'on peut conclure que la destruction des hématies s'opère dans les reins ou dans la vessie.
3° Nature. — La nature et la pathogénie de la bilieuse hémoglobinuriqueont été l'objet de nombreuses discussions et aujourd'hui encore les Auteurs sontloin d'être d'accord sur ces questions.
Les opinions émises peuvent se ramener à trois.
1° La bilieuse hémoglobinurique n'a rien à voir avec le paludisme, elle est produite par un microbe spécial.
2° La bilieuse hémoglobinurique est produite par une intoxication quinique; le paludisme ne joue que le rôle de cause prédisposante.
3° Le paludisme a un rôle prépondérant dans l'étiologie de la bilieuse hémoglobinurique mais d'autres facteurs interviennent.
Yersin a signalé l'existence, dans les cylindres et dans les épithéliums urinaires de plusieurs malades atteints de bilieuse hémoglobinurique, d'un bacille qui se colore et qui se cultive facilement2.
D'après Bréaudat, il s'agit simplement de coli-bacilles 3.
Dans les urines recueillies aseptiquement, pendant des accès de bilieuse hémoglobinurique, Berthier n'a trouvé aucun organisme cultivable par les procédés ordinaires.
L.-W. Sambon a rapproché la bilieuse hémoglobinurique de la Fièvre du Texas et il a supposé qu'elle était due, comme l'hémo-
I II Ziemann, Deutsche med. Wochenschr., 1900, n° 40.
2. Yersin, Soc. de Biologie, 9 juin 1895, et Arck. de méd. nav., juillet 1895.