Morand, Le poste de Nam-Dinh, Paris
3. Maillot, op. cit., p. 39. - Sp. Kanellis et J. Cardamatis De la (lèvre dvsenié Z^ŒTÎ^SS^ "»■ L™- " """« ira von"
La quinine, qui est le spécifique du paludisme, n'a pas d'action sur a dysenterie; de même l'ipéca et les purgatifs n'en ont aucune sur la fièvre palustre.
L'anatomie pathologique démontre aussi que le paludisme et la dysenterie sont deux entités morbides bien distinctes, ayant l'une et l'autre des lésions anatomiques caractéristiques et sans rapports entre elles.
L'examen du sang des dysentériques ne révèle jamais l'existence des microbes du paludisme ; à l'autopsie, on constate des lésions profondes du gros intestin qui font absolument défaut dans le paludisme; la rate n'est pas augmentée de volume, on ne trouve d'éléments pigmentés, ni dans la rate, ni dans les autres organes. Seuls les sujets qui ont été atteints de fièvre palustre compliquée de dysenterie présentent à la fois l'altération du sang propre au paludisme, et l'inflammation du gros intestin qui caractérise la dysenterie.
On connaît aujourd'hui les agents de la dysenterie et l'on sait qu'ils n'ont rien à voir avec l'hématozoaire du paludisme.
La dysenterie et le paludisme sont donc des maladies absolument distinctes, mais qui coexistent souvent chez les mêmes sujets dans les pays chauds, et qui exercent l'une sur l'autre une influence incontestable.
Chacune des maladies, en affaiblissant l'organisme, constitue pour l'autre, une cause prédisposante; les individus anémiés et affaiblis par la fièvre intermittente prennent facilement la dysenterie, de même les convalescents de dysenterie sont très sujets au paludisme. Les deux maladies, loin de s'exclure, s'appellent pour ainsi dire et s'aggravent réciproquement.
Lorsqu'un convalescent de dysenterie a une atteinte de fièvre intermittente, la dysenterie repasse souvent à l'état aigu.
Pendant les paroxysmes fébriles, la dysenterie s'aggrave, les selles deviennent plus fréquentes, les coliques sont plus vives, la prostration augmente; quelquefois même, sous l'influence de la dysenterie, les accès de fièvre prennent le caractère pernicieux.
Au mois de septembre d 878, je recevais dans mon service, à l'hôpital militaire de Bône, un détenu qui se disait alteinl de dysenterie depuis 18 jours; le malade accusait aussi quelques accès de fièvre antérieurs; il était très affaibli, très anémié; pas de fièvre du reste. J'instituai le traitement de la dysenterie par les purgatifs salins; mais le malade, qui était très indocile et qui fui-
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sait sans cesse des imprudences, continua à s'affaiblir; 15 jours après l'entrée à l'hôpital, la fièvre reparut, le malade eut deux accès qui ne s'annonçaient pas comme des accès pernicieux et qui furent traités immédiatement par la quinine; néanmoins la mort se produisit dans le collapsus, à la fin du deuxième accès.
L'autopsie révéla les lésions caractéristiques de la dysenterie et celles du paludisme aigu.
Il me paraît évident que, dans ce cas, la perniciosité de la fièvre s'explique par l'état de prostration dans lequel la dysenterie avait jeté le malade.
Dans un autre cas, chez un militaire entré à l'hôpital de Constantine au mois d'octobre 1879 pour dysenterie aiguë, et atteint d'une rechute de fièvre intermittente au cours de la dysenterie, j'ai observé des accidents cholériformes très graves : algidité, pouls filiforme, selles . dysentériques très fréquentes, vomissements bilieux; les traits étaient tirés, les yeux excavés, les lèvres cyanosées. Ces accidents s'amendèrent sous l'influence de la quinine, mais la dysenterie persista et ne céda qu'aux purgatifs salins et au calomel.
Paludisme et fièvre typhoïde1. — Les opinions qui ont été émises sur les relations du paludisme et de la fièvre typhoïde peuvent se résumer ainsi qu'il suit :
1° Il y a antagonisme entre le paludisme et la fièvre typhoïde, les
I. Boudin, Traité des fièvres intermit., Paris, 1842, et Essai de géogr. méd. Paris, 1843. — C. Paul, De l'antagonisme en pathologie et en thérapeutique, Th. d'agrég., Paris, 1 866. — L. Laveran, Art. Antagonisme du Diction, encyclop. des se. méd. — Masse, La fièvre typhoïde en Algérie, Rec. mém. de méd. milit., 1866. — V. Frison, même Rec, 1867. — Arnould et Kelsch, même Rec, 1S08. — E. Alix, Observ. méd. en Algérie, Paris, 1869. — J. Pf.rier, De la fièvre typhoïde en Algérie. Soc. de méd. d'Aller, 1867. — L. Colin, De la fièvre typho'de palustre, Arch. gën. de méd., 1878, et Traité des malad. épid., 1879. — Dupont, De la fièvre typh. et de la Qèvre rémittente dans la zone torride, Arch. de méd. nav., 1878. — Torres Homen, Fièvre rémittente palud. typhoïde, Arch. de méd. nav., 1879. — Sorel, Gaz. hebdom., J880, p. 430. — J. Moursou, Sur la complic. palud. dans quelques intoxications, Arch. de méd. nav., t. XLV1I et XLVI1I. — Cahn, De la marche de la fièvre typhoïde chez les paludéens. Th. Paris, 1888. — Gancel, Étude sur la fièvre typho-palustre, Arch. de méd. milit., 1892, t. XX, p. 282 et 520. — Maget, Arch. de méd. nav., 1895. — Fièvre typhoïde aux Indes, Rrit. med. Journal, 26 février 1896 et 26 juin 1897. — W. Stoakley, Virginia médical, 2 juillet 1897. — C. Cole, Chicago med. Times, octobre 1897. — G. Alvaro, Simbiosi malarico-liflca, Giorn. med. del R" Escrcito, janvier 1898. — J. Cardamatis, et Sp. Kanellis, Iatriki Proodos et Grèce médicale, décembre 1898. — Lyon, The amer. J. of med. se, janvier 1899. — H. Vincent, Étude clinique et bactériol. sur les lièvres typho-palustres, Paris, 1899. — F. Rno, Sur l'infection contemporaine typhique et palustre, Congrès internat, de médecine, Paris, 1900 (sous-section de méd. navale). — R. Fiocca, Policlinico, septembre 1901. — A. Gavalas, Grèce médicale, 1902.
localités palustres se distinguent par la rareté de la fièvre typhoïde et les palustres jouissent d'une véritable immunité pour cette fièvre; c'est la théorie de Boudin.
2° Entre la fièvre typhoïde et la fièvre palustre, on doit admettre l'existence d'un groupe de fièvres hybrides, dépendant à la fois du paludisme et de la fièvre typhoïde et pour lequel les auteurs anglais ont proposé la dénomination de typho-malarial fever.
3° Le paludisme et la fièvre typhoïde sont des entités morbides bien distinctes, aux points de vue de l'étiologie, de l'anatomie pathologique et du traitement qu'elles réclament; il n'existe, du reste, aucun antagonisme entre ces deux maladies, qui régnent souvent dans les mêmes localités et qui ne confèrent aucune immunité l'une pour l'autre.
La théorie de l'antagonisme du paludisme et de la fièvre typhoïde ne compte plus, je pense, aucun partisan; les faits qui la condamnent sont si nombreux, d'une observation si facile, qu'il faudrait un degré d'obstination bien extraordinaire pour admettre encore l'opinion de Boudin, qui du reste a rencontré de tout temps une vive opposition.
Dès 1840, mon père constatait que la fièvre typhoïde se rencontrait en Algérie, à côté des fièvres palustres; dans un relevé des faits observés par lui à Alger, d'avril à octobre 1840, il note 48 cas de fièvre typhoïde. « A mon arrivée en Algérie, j'étais tellement prévenu par certaines lectures, que je ne croyais rencontrer qu'une seule affection à formes variées et que je ne songeais qu'à employer un seul médicament, le sulfate de quinine. J'eus lieu bientôt de m'apercevoir de mon erreur en rencontrant la fièvre typhoïde identique à celle que j'avais vue à Paris. » (L. Laveran, Rec. mém. de méd. milit., lre série, t. LU, p. 91.)
Tous les médecins militaires qui ont observé en Algérie, ont vu la fièvre typhoïde sévir sur nos troupes, de concert avec les fièvres palustres. Endémique dans les grands centres de population, la fièvre typhoïde donne lieu fréquemment à des épidémies de garnisons en Algérie, comme en France.
Pendant les années 1880, 1881 et 1882, j'ai traité dans le service dont j'étais chargé, à l'hôpital militaire de Constantine, 293 cas de fièvre typhoïde, qui ont fourni 30 décès, soit à peu près 10 décès sur 100 cas. C'est en 1881, durant l'expédition de Tunisie, que la tiévre typhoïde a régné avec le plus d'intensité.
D'après mes observations, le maximum de fréquence delà fièvre
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typhoïde en Algérie est de juillet à septembre; l'influence saisonnière est d'ailleurs beaucoup moins marquée sur la fièvre typhoïde que sur les fièvres palustres et en particulier sur les continues qui disparaissent complètement pendant l'hiver.
Le tableau suivant donne, d'après la Statistique médicale de l'armée française, la mortalité typhoïdique de l'armée en France, en Algérie et en Tunisie, de 1889 à 1894.
Mortalité par fièvre typhoïde pour 1000 hommes d'effectif
Armée à l'intérieur., Algérie
Le nombre des décès typhoïdiques est, comme on voit, beaucoup plus grand en Algérie et en Tunisie qu'en France.
La coexistence de la fièvre typhoïde et du paludisme a été signalée dans la plupart des contrées palustres.
L'Italie se prête bien à l'étude de cette question, certaines provinces sont en effet désolées par le paludisme, tandis que d'autres en sont à peu près indemnes; en consultant la Statistique de l'armée italienne on trouve que la fièvre typhoïde règne partout et que les provinces les plus éprouvées par le paludisme ne sont pas épargnées par la fièvre typhoïde1.
La fièvre typhoïde a été observée dans les foyers les plus intenses du paludisme, à Madagascar, aux Indes, à Java et à Sumatra.
Il faut reconnaître cependant, avec les partisans de la doctrine de l'antagonisme, que les conditions de milieu qui favorisent le développement des deux maladies sont différentes.
Le paludisme règne dans les endroits bas, humides, peu habités, en dehors des grands centres de population; il atteint de préférence les individus qui vivent en dehors des villes, qui travaillent la terre ou couchent en plein air; la fièvre typhoïde a, au contraire, son milieu de prédilection dans les grandes agglomérations urbaines et l'encombrement est un de ses facteurs principaux.
J'ai pu constater plusieurs fois cette opposition entre les conditions favorables à l'éclosion des deux maladies, notamment à Constantine, pendant l'été de 1882; tous les malades atteints de
1. A. Laveran, Rapport sur l'état sanitaire de l'armée italienne, Arch. de méd. milil., 1883, t. I, p. 195.
Ijavefian, Traitô du l'aluciismc. '2' édition. 22
paludisme avaientpris la fièvre au Bardo, sur les bords du Rummel, ou bien alors qu'ils étaient détacbés aux forêts ou employés aux moissons; au contraire, la plupart des malades atteints de fièvre typhoïde provenaient du quartier de cavalerie situé sur une hauteur, à l'abri du paludisme, mais dans lequel l'insuffisance des locaux avait produit l'encombrement.
Le paludisme ne confère aucune immunité pour la fièvre typhoïde, pas plus que la fièvre typhoïde pour le paludisme.
Il m'est arrivé bien souvent de voir la fièvre typhoïde se développer chez des malades qui avaient eu une ou plusieurs atteintes de fié vre intermittente et même chez des cachectiques palustres. Voici l'indication sommaire de ces faits.
1° Belkassem ben Mahomed, soldat indigène au 3e tirailleurs, entre à l'hôpital militaire de Conslantine le 1er octobre 1879 pour fièvre intermittente (rechute). Il prend quelques doses de quinine et sort le 7 octobre. Le 17 octobre Belkassem rentre à l'hôpital; il est malade depuis quatre jours et je constate l'existence d'une fièvre typhoïde qui suit son cours régulier et qui se termine par guérison. Le malade avait évidemment contracté la fièvre typhoïde à l'hôpital pendant le premier séjour qu'il y avait fait; il y avait, à ce moment, plusieurs typhoïdiques dans mes salles.
2° C..., soldat du train, 23 ans, entre à l'hôpital militaire de Constantine le 15 octobre 1879 pour fièvre intermittente quotidienne. La fièvre cède facilement à la quinine. Le 7 novembre, une fièvre typhoïde se déclare. Fièvre typhoïde d'intensité moyenne, terminée par guérison.
3° S..., artilleur, entre à l'hôpital militaire de Constantine le 9 septembre 1880 pour fièvre intermittente. La fièvre cède facilement à la quinine. Le 22 septembre, le malade présente les premiers symptômes d'une fièvre typhoïde qui suit son cours régulier et qui se termine par guérison. Il y avait, au moment, de rentrée de S... à l'hôpital, plusieurs typhoïdiques dans mes salles.
4° Lar..., soldat du train, entre à l'hôpital militaire de Constantine le 1er octobre 1881 pour fièvre intermittente; il prend ensuite là dysenterie. Le 4 novembre, la lièvre a reparu. Je crois d'abord à une rechute de fièvre intermittente, mais l'examen du sang ne révèle l'existence d'aucun élément parasitaire. La fièvre ne cède pas cette fois à la quinine, et le malade fait une fièvre typhoïde régulière, très bien caractérisée, qui se termine par guérison.
5° Yi..., soldat du train, entre à l'hôpital militaire de Constan-
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line le 3 décembre 1881 pour cachexie palustre; anémie profonde, hypersplénie très marquée, le malade a eu à l'hôpital de Tébessa plusieurs atteintes de fièvre intermittente; apyrexie le 3 décembre et les jours suivants. Le 8 décembre, je constate qu'il existe de la fièvre, je crois à une rechute de fièvre intermittente, mais l'examen du sang ne révèle l'existence d'aucun élément parasitaire. La fièvre ne cède pas à la quinine, le malade fait une fièvre typhoïde régulière, qui se termine par guérison.
6° Taïeb ben si Lakdar, soldat au 3e tirailleurs, entre à l'hôpital militaire de Constantine le 3 décembre 1882 pour cachexie palustre et fièvre. La cachexie palustre est évidente; la rate, dure, fibreuse, descend jusqu'à l'ombilic. L'examen du sang ne révèle l'existence d'aucun élément parasitaire, je prescris néanmoins la quinine. La fièvre ne cède pas et le malade fait une fièvre typhoïde régulière, qui se termine par guérison.
7° T..., soldat au 3° zouaves, entre à l'hôpital de Constantine le 24 janvier 1883 pour fièvre intermittente (rechute); je constate l'existence des microbes du paludisme dans le sang. La fièvre cède h la quinine. Le 8 février, le malade est repris de fièvre; cette fois l'examen du sang est négatif, la fièvre ne cède pas à la quinine; le malade fait une fièvre typhoïde régulière, bien caractérisée.' Pendant la convalescence de la fièvre typhoïde, il y a une rechute de fièvre intermittente; l'examen du sang révèle de nouveau la présence des microbes du paludisme et la fièvre cède à la quinine 1 8° Cr..., âgé de 23 ans, entre à l'hôpital militaire de Bône le 10 août 1878 pour cachexie palustre; au mois de septembre il contracte a [hôpital la fièvre typhoïde et il meurt le 22 octobre do péritonite par perforation. A l'autopsie, je constate les lésions caractéristiques de la fièvre typhoïde, avec perforation au niveau d une plaque de Peyer, et celles du paludisme dans la rate (hypersplenre avec accumulation d'éléments pigmentés)2.
Depuis 1869, j'ai toujours eu soin de recueillir les cas intérieurs de hevre typhoïde qui se produisaient dans les services dont j'étais chargé; j ai reuna ainsi 27 cas de fièvre typhoïde contractée à j hôpital, par des malades entrés pour d'autres affections ou par des infirmas employés auprès des typhoïdiques*. Sur ces 27 malades