‹ Traité du paludisme [electronic resource]Chapitre 19 sur 283 · Graves, Clinique, trad. franç., i. I, p · texte numérisé non relu

Graves, Clinique, trad. franç., i. I, p

ou à peine incliaée vers la mer, loutc parsemée d'excavations el de fossés que séparent des élévations irrégulières, restes dégradés des fosses' des anciens marais; l'eau stagnant partout, ne pouvant s écouler nulle pari et se corrompant, toutes sortes de débris végétaux y pourrissant dans les chaleurs et répandant les miasmes les plus délétères. » (Rapport sur les marais salants. Académie de médecine, 1847).

Les environs deRochefort, naguère très insalubres, et les régions de Marennes et de Brouage ont été notablement assainis.

Les fièvres palustres sont encore communes en Vendée et dans La Loire-Inférieure, bien qu'en décroissance presque partout2.

Sur les bords du lac de Grand-Lieu, à Saint-Philbert de Grand- Lieu notamment, le paludisme est moins fréquent qu'autrefois; le type prédominant est le type tierce, mais on observe aussi les autres types 3.

A Machecoul, l'endémo-épidémie palustre est très marquée de juillet à novembre, une moitié du canton est constituée en effet par des marécages; la lisière du marais, la rive, comme on dit dans le pays, est la zone la plus dangereuse. Les accès ont souvent au début le type tierce, ils prennent ensuite le type quarte. Les accès pernicieux ne sont pas très rares et la cachexie palustre est fréquente. Les enfants à grosse rate abondent dans la région \

A Nantes et plus haut sur les bords de la Loire, les fièvres sont devenues beaucoup plus rares qu'autrefois.

A propos de Tours et de Saumur, je dois m'arrèter un peu à une assertion de Trousseau qui a été donnée comme un argument en faveur delà pluralité des parasites du paludisme.

« Tours et Saumur, situés l'un et l'autre sur la rive gauche de la Loire, me paraissent présenter, dit Trousseau, les mêmes conditions climatologiques et telluriques. Cependant, a Tours, on n'observe guère que des fièvres tierces et les quelques cas de fièvre quarte que j'y ai rencontrés étaient chez des individus venus soit de Saumur, soit deRochefort, soit d'autres endroits où ils l'avaient contractée.

1. Dans h-s marais salants de l'Ouest on donne le nom de bosses on bossis nus terres en talU9 qui séparent les différents compartiments occupés par Peau.

2. Consulter nûtamraenl : Desmier, De l'impaludisn ans les marais de la Basse- Vendée, Th. Paris, 1807- 181)8. n ^ . „, ... .

3. Renseignements fournis par les ivoailleteau et P. Voybr, de SaintrPhilnert de

'Tuense^nemcnts fournis par le D* VOYBH Machecoul: lors d'une excursion

que j'ûi faite a Machecoul, j'ai pu constater l'exactitude de ces renseignements.

RÉPARTITION DE L'ENDÉMIE

« Un des faits qui m'ont le plus frappé est le suivant : 14 soldats casernes à Saumur viennent à Tours déposer devant un conseil de guerre. Ils étaient depuis dix jours à peine dans cette dernière ville que 9 d'entre eux sont forcés d'entrer à l'hôpital pris de fièvre quarte dont ils avaient évidemment contracté le germe à Saumur, puisque alors toutes les fièvres que nous observions chez les habitants de Tours et des environs revêtaient le type tierce. » (Trousseau, Clinique médicale, 3° édition, 1868, t. III, p. 427.)

Le Dr Duclos, qui a occupé pendant de longues années la chaire de clinique médicale à l'École de médecine de Tours, m'écrivait en 1897 : « La fièvre intermittente sévissait autrefois très fortement à Tours et dans les campagnes environnantes ; le type le plus généralement observé était le type tierce; le type quarte était beaucoup plus rare. » 11 s'agit donc d'une ■prédominance du type tierce, notée dans beaucoup d'endroits, et non de l'existence d'un type de fièvre à l'exclusion des autres types. Aujourd'hui, la fièvre intermittente est devenue si rare à Tours qu'il n'est plus possible de faire des observations sur le type dominant; elle est inconnue dans la garnison1.

En ce qui concerne Saumur, Yvert constate que le paludisme se présente souvent sous la forme de fièvre rémittente ou sous la forme larvée à détermination névralgique ou autre 2. Si le paludisme se montrait seulement à Saumur avec le type quarte, cette particularité n'aurait pas échappé à notre confrère.

En 18 années, on a observé à l'École de cavalerie de Saumur 118 cas de paludisme, en excluant les cas contractés en dehors de la garnison. Simon classe ces cas de la manière suivante3 :

Quotidiennes 55

Tierces 5

Double-tierces 1

Rémittentes, subconlinues ;;•>

Pernicieuse 1

Fièvre larvée \

On voit de quelle valeur est l'argument tiré de la prédominance • les tierces à Tours et des quartes à Saumur.

i. Renseignements fournis par le D' Darricarère, médecin principal de l'armée -■ Statistique médicale de L'armée pour 1802.

Simon, É e médicale sur la ville de Saumur, Saumur, 1898.

De l'embouchure de la Gironde à celle de L'Adour, la côte, autrefois très insalubre (Landes), a été assainie par la fixation des dunes, la plantation de pins maritimes et la mise en culture du sol.

Sur le littoral méditerranéen, la côte située à Test de l'embouchure du Rhône est élevée et salubre; au contraire celle qui est située à l'ouest de celte embouchure est basse, marécageuse et par suite insalubre; les fièvres y sont très communes ainsi que dans l'île de la Camargue et le long du canal de Beaucaire à Aigues- Mortes qui traverse une série de marais.

La côte orientale de la Corse est insalubre; les eaux stagnantes, marais, étangs, occupent une vaste étendue; la plaine d'Aléria, les régions voisines des vastes étangs de Biguglia, de Diana, d'Urbino sont désolées par le paludisme. Les cours d'eau sont des torrents; leurs embouchures sont obstruées par des alluvions qui déterminent, en été, la formation de marécages.

Lorsque de Bastia on se rend à Aléria, par la voie ferrée qui suit le littoral oriental de la Corse, on est frappé de constater qu'il n'existe aucun centre habité, aucun village à proximité du chemin de fer; on ne voit aux stations que les gares; les villages sont situés sur les hauteurs, souvent à une grande distance des stations qui portent leur nom. L'insalubrité de la plaine explique cette anomalie; une expérience séculaire a démontré aux habitants de cette région que, pour éviter les fièvres, il fallait se réfugier, principalement la nuit, sur les hauteurs. Dans ces conditions, la culture du sol est difficile, aussi cette plaine orientale, si fertile cependant, a-t-elle été envahie par le maquis dans une grande partie de son étendue '.

En dehors de la côte orientale, on trouve en Corse d'autres loyers moins importants de paludisme.

Au temps des Romains, les plaines de la Corse étaient salubres cl fertiles, la ville d'Aléria était grande et prospère; on peut donc espérer que l'assainissement de ces plaines si belles et si fertiles pourra être obtenu. Nous verrons au chapitre Prophylaxie que les efforts de la Ligue corse contre le paludisme ont déjà donné des résultats remarquables.

A l'intérieur de la France, la partie de la Drosse qui porte le

I. A. Lavehan, L'assainissement de lo Corse, Aeàd. de médecine, 7 octobre 1902. — Costa, Congrès de VAssoc. fr. pour l'avanc des sciences, Ajaccio, 1901. — F. Battesti, Élude méd. sur les climats et les eaux minérales de la Corse. 13aslia. litOS.

RÉPARTITION DE L'ENDÉMIE •*»

nom de Dombes et la Sologne étaient naguère de redoutables foyers de l'endémie palustre

Les habitants de la Dombes avaient transformé une grande partie de leurs propriétés en étangs à poisson qui étaient exploités pendant deux ans, puis vidés et ensemencés; cette alternative d inondations et de dessèchements était bien faite pour développer l'endémie palustre, qui prit en effet une extension telle que cette région fut ruinée et se dépeupla. De 1802 à 1842, la vie moyenne des habitants de la Dombes ne dépassait pas vingt-quatre ans. Les travaux d'assainissement qui ont été pratiqués depuis cinquante ans ont modifié heureusement cette situation; plus de la moitié des 200 000 hectares de terrains alternativement noyés et asséchés avaient été reconquis à la fin du siècle dernier par la culture L.

Le paludisme règne encore, dit Delore en 1899, à Birieux et à Montellier, et c'est dans ces localités que les étangs ont conservé la plus grande étendue.

En 1901, une loi très imprudente a été votée permettant de remettre en eau les étangs de la Dombes qui avaient été desséchés; depuis lors on a noté dans cette région, comme on pouvait s'y attendre, une recrudescence du paludisme.

La Sologne (départements actuels du Cher, de Loir-et-Cher et du Loiret) et la Brenne (Indre) doivent leur insalubrité, comme la Dombes, à la constitution du sol, dont les couches superficielles, très peu perméables, favorisent la formation des étangs et des marécages; la déplorable industrie des étangs à poisson a accru cette cause d'insalubrité.

La Sologne, qui s'étend entre la Loire et le Cher, est une plaine légèrement onduleuse dont le sous-sol argileux est imperméable; les cours d'eau, dont la pente est très faible, débordent facilement, ce qui donne lieu à la formation de marécages.

Jusqu'en 1450, la Sologne avait été un pays très salubre et très prospère; à la suite de la guerre de Cent Ans, le pays s'appauvrit et se dépeupla; on créa partout des étangs et la culture du sol fut abandonnée. Au commencement du siècle dernier, on comptait en Sologne 12 000 étangs occupant 17 000 hectares.

En 1586, à la suite du dessèchement des étangs de la ville de

1. Rollet, Étangs de la Dombes, Afin, d'kyg. fluW.,*1862, 2e série, i. XVIII, p. 225. — Passerai-, Étangs de lâ Dombes en L898, Bourg, 1897. — Bollach, Th. Lyon, 1898. — X. Delore, Des étangs de la Dombes, Lyon, 1809. — Rondet, Congrès de l'Assoc. fr. pour l'avanc, des se, Lyon, 1908.

Romorantin, une épidémie de fièvres palustres fit un grand nombre de victimes.

En 1832, les Solognots vivaient dans un état misérable qui a été bien décrit par Monfalcon 1 et Burdel, de Vierzon ». La Sologne était inculte et marécageuse dans la moitié au moins de sa superficie; les habitants, misérables, n'ayant qu'une nourriture insuffisante et de l'eau de mauvaise qualité, étaient impaludés dans une très forte proportion.

Depuis 1852 on travaille à assainir la Sologne, on a creusé des canaux, drainé le sol sur un grand nombre de points, desséché les étangs les plus insalubres; la surface cultivée s'est considérablement accrue; chez la plupart des habitants l'aisance a remplacé la misère, et la conséquence de toutes ces améliorations a été la diminution progressive de l'endémie palustre15.

Le paludisme, autrefois commun dans la Puisaye, a également disparu presque complètement de cette région voisine de la Sologne 4.

La Brenne est située dans la partie occidentale du département de l'Indre; c'est un plateau d'argile et de marne imperméable qui a plus de 100 000 hectares de superficie. L'insalubrité n'a commencé qu'avec le déboisement et la création de nombreux étangs; en 1860, les surfaces inondées représentaient encore 6 274 hectares5; comme en Sologne, les travaux d'art exécutés et les progrès de la culture ont eu pour effet une décroissance marquée de l'endémie.

A Strasbourg, les fièvres palustres ont régné pendant longtemps; il y avait, à la Krutenau, un marais entretenu par les débordements de l'Ill, et plus loin d'autres marais longeant le Rhin. En 1832, l'endémie palustre était encore très grave et les médecins de Strasbourg avaient souvent l'occasion de traiter, non seulement des fièvres intermittentes, mais des fièvres compliquées d'accidents pernicieux; depuis lors, les marais ont été desséchés, l'Ill et le Rhin onl été endigués, et les fièvres sont devenues très rares.

Le paludisme s'observe avec une grande fréquence sur les rives

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