A. Laveran, Soc. méd. des hôpitaux, 10 novembre
2. A. Laveran et F. Mesnil, Trypanosonies cl trypanosomiases, Paris. 1004. p. 311.
DIAGNOSTIC
L'hypersplénie est moins constante dans la trypanosomiase que dans le paludisme; enfin on observe, dans la première de ces maladies, quelques symptômes qui sont rares dans le paludisme : adénites, accélération du pouls et de la respiration (en dehors même des poussées fébriles), œdèmes partiels et érythèmes fugaces.
Pour fixer le diagnostic, il est indispensable d'examiner le sang et d'y rechercher l'hématozoaire du paludisme et les trypanosomes.
Les trypanosomes sont d'ordinaire très rares dans le sang et il est exceptionnel que l'examen d'une préparation histologique ordinaire du sang permette de constater leur présence. Bruce et Nabarro conseillent de procéder comme il suit. On recueille, dans un tube contenant un peu de citrate de potasse, 10 centimètres cubes du sang de la veine et on centrifuge pendant 10 minutes; au bout de ce temps, le plasma est retiré et centrifugé de nouveau. On répète cette opération quatre fois et on examine au microscope le sédiment formé à la suite de la quatrième centrifugation.
Il est indiqué aussi d'inoculer le sang (4 à 6 centimètres cubes) à des animaux d'épi'euve; les cobayes conviennent bien pour cette expérience; le sang sera injecté dans le péritoine.
Greig et Gray ont montré que, chez les individus infectés de trypanosomiase, on observait de bonne heure des adénites, notamment des adénites cervicales, et que la ponction des ganglions hypertrophiés permettait souvent de déceler la présence des trypanosomes '.
Dutton et Todd ont fait, dans l'État indépendant du Congo, des observations qui ne laissent aucun doute sur la valeur de ce procédé de diagnostic; ils ont trouvé 97 fois sur 100 des trypanosomes clans la lymphe extraite des ganglions, alors que l'examen direct du sang ne révélait l'existence des parasites que chez 13 p. 100 des malades2.
A la deuxième période, lorsque se produisent les symptômes la maladie du sommeil proprement dite, le diagnostic différentiel du paludisme et de la trypanosomiase devient relativement facile.
Les deux maladies peuvent coexister chez les mêmes individus.
Kala-azar. — Leishman et Donovan ont fait connaître une maladie commune aux Indes, confondue jusqu'ici avec le paludisme.
I E.-D.-W. Gheig, et A.-C.-H. Gray, Brit. med. Journal, 28 mai 1904. 2. J.-E. Dutton et J.-L. Todd, Livcrpool School of trop, med., Meni. XVI11, Londres mors 1900.
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qui s'accompagne de fièvre rémittente avec hypersplénie. Le parasite qui produit cette maladie, désignée dans certaines régions de l'Inde sous le nom de kala-azar, est voisin à la fois des Piroplasma et des Trypanosoma. Cette maladie a été observée également en Chine, en Arabie et en Tunisie.
Dans les cas où l'examen du sang ne révèle pas l'existence des hématozoaires du paludisme, bien que les malades présentent de la fièvre avec une hypersplénie souvent énorme, il est indiqué de ponctionner la rate et de rechercher, dans les quelques gouttes de sang obtenues par la ponction, les corps très caractéristiques décrits par Leishman et Donovan '.
Ankylostomiase. — L'anémie produite par l'ankylostomiase peut être confondue avec l'anémie palustre; dans les pays chauds, il n'est pas rare d'ailleurs que ces maladies s'associent2. D'après L. Rogers, dans l'anémie palustre, il existe une réduction numérique des hématies et une diminution proportionnelle de l'hémoglobine et le nombre des leucocytes est diminué; dans l'ankylostomiase au contraire, la perte d'hémoglobine est supérieure à celle qui devrait être la conséquence de la diminution du nombre des hématies et le nombre des leucocytes est (par rapport au chiffre des hématies) plus élevé qu'à l'état normal.
On recherchera bien entendu la présence des œufs d'ankylostomes dans les matières fécales, quand l'existence de l'ankylostomiase pourra être soupçonnée.
Béribéri. — Le béribéri se présente sous deux formes : la forme humide, caractérisée par des œdèmes, et la forme sèche ou paralytique, caractérisée par des paralysies avec atrophie. Lorsque le paludisme se complique de polynévrites, il peut présenter une analogie assez grande avec la seconde de ces formes. Les antécédents du malade, les conditions de milieu dans lesquelles sont survenus les troubles morbides, l'existence du béribéri à l'état
1. Leishman, Brit. med. Jown., 30 mai et 21 novembre 1903. — Donovan, même Journal, Il juillet et 28 novembre 1903. — A. Laveran et F. Mesnil, Acad. des se., 7 décembre 1903 et 25 janv. 1904. — R. Ross, Bril. med. Journ,, 14, 21 et 28 nov. 1903.
— P. Manson et Low, Brit. med. Journ., 23 janv. 1904, p. 183. — Marchand et Ledingham, Centralbl. f. Bakter., I, Originale, t. XXXV, p. 594. — Christopiiers, Scientif. mem. by offleers of Ihc med. a. sanit. Départ, of the Gov. of India, Calcutta, 1904.
— L. Rogers, Quarterly journ. of microsc. se, novembre 1904, p. 367. — S.-P James Sur le kala-azar, la malaria et la cachexie malarique, Scientif. mem. by offic. of the med. a. sanit. Dep. of the Gov. of India, Calcutta, 1905, new séries, n° 19.
2. Miguel Pereira, Hématologie tropicale, Rio de Janeiro, 1897. — L. Rogers Journ. of pal.h. a. bacter.. décembre 1898.
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DIAGNOSTIC
endémique ou épidémique dans la région où la maladie a été contractée, fourniront des indications précieuses. La rate n'est pas hypertrophiée dans le béribéri comme dans le paludisme, ou bien elle l'est à un degré beaucoup moindre; il n'y a pas de fièvre; enfin l'examen du sang ne révèle pas la présence des hémamibes. Les deux maladies peuvent d'ailleurs coexister.
Diagnostic différentiel des accidents pernicieux avec le coup de chaleur, la méningite, l 'alcoolisme, le choléra, la péritonite par perforation, Curémie, l'ictère grave, etc. — Lorsque, chez un malade atteint d'une fièvre intermittente bien caractérisée, on voit survenir pendant le cours d'un accès de fièvre, du délire, de l'algidité, ou bien que le malade tombe dans le coma, il est facile de diagnostiquer un accès pernicieux délirant, algide ou comateux; malheureusement, les choses ne se passent pas souvent ainsi; la plupart des malades atteints d'accidents pernicieux sont dans un état très grave quand le médecin est appelé à les voir, et on n'a que des renseignements vagues ou inexacts sur les antécédents morbides et sur les débuts de la maladie.
La provenance des malades fournit une indication très utile, mais on ne peut en tirer que des présomptions pour ou contre le
L'hypersplénie, lorsqu'elle est bien marquée, doit faire pencher la balance en faveur du paludisme, mais elle n'exclut évidemment pas les autres diagnostics.
On en était réduit naguère à prescrire la quinine à haute dose et à attendre; si les accidents disparaissaient rapidement, on en concluait qu'il s'agissait d'un accès pernicieux; ce n'était pas là une preuve décisive, il pouvait se faire en effet que la guérison fut due à la marche naturelle de la maladie et non à la quinine.
L'examen histologique du sang permet, dans ces cas, d'arriver à un diagnostic rapide et précis et de distinguer l'accès pernicieux vrai de toutes les maladies qui peuvent le simuler; cet examen nu rite d'autant mieux de passer clans la pratique, que les parasites se rencontrent d'ordinaire en grand nombre dans le sang des malades atteints d'accès pernicieux et que, par suite, leur recherche, souvent laborieuse dans les fièvres simples, ne présente pas ici de difficultés.
On a, dans les pays palustres, une grande tendance à expliquer par des accès pernicieux tous les accidents graves dont la cause
DIAGNOSTIC DIFFÉRENTIEL
n'est pas apparente; beaucoup de ces diagnostics sont erronés; à plus forte raison faut-il n'accueillir qu'avec les plus grandes réserves le diagnostic d'accès pernicieux lorsqu'il s'agit de malades qui vivent en dehors des foyers endémiques, et qui n'ont jamais présenté d'accès de fièvre intermittente.
Le diagnostic différentiel du coup de chaleur (heat apoplexy) et des accès pernicieux délirants ou comateux avait été jusqu'ici un des problèmes les plus ardus de la pathologie des pays chauds'; on peut dire aujourd'hui que ce problème ne présente plus de difficultés sérieuses, à moins bien entendu qu'il n'y ait combinaison des deux maladies.
Au Sénégal il y a, dit Borius, une étroite liaison entre l'insolation et l'accès pernicieux; les personnes qui échappent aux accidents rapides de la congestion cérébrale produite par l'insolation sont souvent atteintes ensuite d'accès graves justiciables de la quinine2.
Chez les malades atteints de coup de chaleur et indemnes de paludisme, l'examen du sang est négatif; chez les malades atteints d'accidents pernicieux, il révèle la présence de l'hématozoaire du paludisme. Chez les sujets qui succombent au coup de chaleur, on ne trouve pas, à l'autopsie, les lésions si caractéristiques de la mélanémie palustre.
La méningite aiguë franche ou tuberculeuse peut simuler un accès délirant ou comateux.
Les accès pernicieux cholériformes peuvent être confondus avec des cholérines simples et avec le choléra, dans les pays où le choléra est endémique ou épidémique.
En 1870, Napias écrivait que le diagnostic différentiel de ces doux maladies était quelquefois impossible3. On peut dire aujourd'hui que ce diagnostic est non seulement possible, mais facile, pour un observateur un peu exercé à la recherche de l'hématozoaire du paludisme.
La péritonite par perforation survenant chez un malade atteint de fièvre typhoïde ambulatoire ou de dysenterie grave et la péritonite consécutive à la rupture de la rate ou à la perforation de IVslornac (ulcère rond) peuvent simuler un accès pernicieux algide.
mi-î" ïnRSCH' Han^buch d„er Mstorisch. geogr. Palhol. - A. Laveran, Truite des mnlad. des armées, Pans, 1875. p. 80.
2. A. Bonius, Art. Sénégamme du Diction, encyclnp. des se. mfd.