‹ Traité du paysage. Traduit pour la première fois en français, in-extenso sur le Codex VaticanusChapitre 10 sur 46 · PÉDALE RER EL CS · texte numérisé non relu

PÉDALE RER EL CS

pas vue à l’occident, parce qu’elle n’est pas pénétrée par les rayons solaires. | 753. — Les édifices vus de loin, le soir ou le matin, pendant

un brouillard ou à travers un air épais, ne montrent que les côtés tournés vers l’horizon et éclairés par le soleil ; les autres qui ne recoivent pas la lumière de l’astre, restent presque dela couleur du brouillard.

754. — Des objets situés dans le brouillard, lair épais, la vapeur ou la fumée, le plus élevé sera le plus perceptible.

Entre les objets d’égale hauteur, celui qui est dans le plus épais brouillard parait plus obscur, comme il arrive à l'œil H qui voit ABC trois tours égales; 1l voit le sommet C de la première tour depuis R, c’est-à-dire dans un air épais qui a deux degrés de profondeur. Il voit ensuite le sommet de la seconde tour B, mais avec un seul degré de profondeur dans ce qu'il voit. Donc le sommet C paraîtra plus obscur que le sommet B.

755. — Les objets vus dans le brouillard paraïtront plus grands qu'ils ne sont : la perspective du milieu qui est entre l’œil et son objet, ne garde pas la proportion de sa couleur avec la grandeur de l’objet : car ce brouillard est semblable à un air épais qui se rencontre entre l’œil et l'horizon par un temps serein. Vu au travers du brouillard, le corps qui est près de l’œil semble être éloigné jusqu’à l'horizon, où une grande tour ne paraît pas si haute que le corps d’un homme suffisamment rapproché de l'œil.

La partie d'un édifice voisin qui se montre confuse, est la plus éloignée de la terre. Il y a plus d’air nébuleux entre l’œil et le sommet de l'édifice, qu'entre l’œil et les parties basses. Une tour aux côtés parallèles, vue de loin, dans le brouillard, paraîtra d’autant plus étroite qu’elle sera plus voisine de sa base. Cela vient de ce que l’air nébuleux paraît d'autant plus blanc et épais qu'il est plus près de la terre. Un objet de couleur sombre est plus petit sur un fond clair. L’air nébuleux étant plus blanc vers le sol qu’en haut, la tour, à cause dela couleur sombre et confuse, paraîtra plus étroite au pied qu’au sommet.

756. Vent. — Pour figurer le vent, outre le pliement des branches et le rebroussement des feuilles à l’inverse du vent, il faut figurer le soulèvement de la fine poussière mêlée à l'air trouble.

757. — La pluie tombe à travers l’air qu’elle obscurcit de sa teinte livide, prenant d’un côté la lumière du soleil et de l’autre l'ombre, comme font les nuages, et la terre s’obscurcit, par cette pluie qui abolit la splendeur du soleil. Les objets vus à

travers elle sont confus et de concours inintelligibles, et les choses les plus voisines ne sont plus visibles, pas plus celles qu’on aperçoit à travers la pluie ombreuse que celles vues à travers la pluie éclairée. Cela vient que dans la pluie ombreuse, les objets perdent leurs lumières principales, mais celles qu’on voit dans la pluie lumineuse perdent à la fois et lumière et ombre; parce que les parties lumineuses se mêlent à la luminosité de l’air éclairé, et les parties ombreuses sont éclairées de la même clarté de l’air éclairé.

758. Vent et pluie. — L'air est teint de nébulosité obscure aux approches d’une tempête ou fortune de mer qui sont mêlées

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de pluie et de vent avec serpentements des courses tortueuses des menacantes fulgurances célestes. Les plantes pliées jusqu’à terre avec les feuilles renversées sur les rameaux couchés qui semblent vouloir fuir de leur arbre, avec l’épouvante des percussions horribles et effrayantes du vent dans lesquelles s’engouffre la course de la turbulente poussière et le sable des lits marins.

L'obscur horizon du ciel devient le champ de nuées fumeuses qui, percées des rayons solaires et pénétrées par les ruptures de nuages opposés, frappent la terre qu’ils illuminent de leurs coups ; les vents souleveurs de la poussière, qui avec globulosité à plusieurs nœuds se lèvent par bonds dans l’air, avec une couleur cendrée mêlée aux rougeoyants rayons solaires qui la

pénètrent. Les animaux, sans guide, épouvantés, courent en rond en divers sens. |

Les sons créés dans les nuages globuleux décochent les furieux éclairs dont la lueur illumine tous les côtés de la sombre campagne.

759. — L'eau, l'humeur vitale de la terrestre machine, au moyen de sa chaleur naturelle, se meut.

760. — L'eau est ce qu’on appelle l'humeur vitale de cette terre aride et qui se meut par la ramification de ses veines, contre le cours naturel des choses lourdes; et proprement c'est elle qui meut les humeurs en toutes lesespèces des corpsanimés.

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