‹ Traité du paysage. Traduit pour la première fois en français, in-extenso sur le Codex VaticanusChapitre 13 sur 46 · Décris un vent terrestre et maritime, une pluie · texte numérisé non relu

Décris un vent terrestre et maritime, une pluie

Une ascension au mont Rose.

783. — Je dis que l’azur que montre l’air n’est pas sa couleur propre et qu’il est causé par l'humidité chaude, vaporisée en atomes minuscules et insensibles; et cette humidité chaude ensuite recoit la percussion des rayons solaires qui la rend lumineuse sous l'obscurité des immenses ténèbres de la région du feu qui, de dessus, lui fait couvercle.

On le verra, comme je l’ai vu, si on va sur le mont Rose, sommet des Alpes qui sépare la France de l’Italie. Cette montagne, à sa base, donne naissance à quatre fleuves quiarrosent par quatre directions contraires toute l’Europe; et aucune montagne n’a sa base en semblable hauteur.

Elle s'élève à une telle hauteur qu’elle dépasse tous les nuages, et rarement il y tombe de la neige, mais seulement de la grêle qui demeure, quand les nuages sont à leur plus grande hauteur. Et cette grêle se conserve de telle façon que si ce n'était la rareté de sa chute et de l’ascension des nuages qui n'arrivent pas deux fois en un été, elle serait la plus haute quantité de glace élevée par les couches de grêle qui, au milieu de juillet, se trouvent considérables : et j'ai vu l'air au-dessus de moi ténébreux, et le soleil, qui frappait la montagne, plus lumineux que dans les basses plaines, parce qué moins d’épaisseur d’air s’'interposait entre la cime du mont et le soleil.

Comment figurer une tempête.

784. — Si tu veux bien représenter une tempête, considère et pose d’abord ses effets : quand le vent souffle sur la surface de la mer et de la terre, et remue et emporte avec lui tout ce qui ne résiste pas à l’universelle marée. Et pour bien figurer cette tempête, tu feras d'abord des nuages en désordre et rompus, poussés par le cours du vent, accompagnés d’une poussière terreuse sortie d’un lit marin, et des rameaux et des feuilles arrachés par la tourmente, épars dans l’air avec beaucoup d’autres objets légers. Les arbres et les herbes pliées jusqu’à terre comme pour montrer qu'elles veulent suivre le cours du vent, avec des branches emportées, loin de leur lieu naturel et des feuilles éparpillées.

Les hommes qui se trouvent là, les uns tombés et comme retournés dans leurs habits et dans la poussière, presque méconnaissables, et ceux restés debout embrassant quelque arbre pour n’être pas emportés par le vent; d’autres, les mains sur les yeux à cause de la poussière, courbés vers la terre, les habits et la coiffure droits au sens du vent.

La mertroublée et soulevée sera pleine de lames et écumante en ses ondes élevées, et le vent se lève dans l'air, combattu par l’écume plus légère et à la facon des nuages qui s’embrouillent.

Les navires qui sont là, les uns avec la voile rompue et dont les lambeaux claquent au vent avec leurs cordages brisés : quelques arbres cassés et tombés avec le navire pris au travers et brisé entre les eaux impétueuses : certains hommes criant, accrochés à quelque débris du vaisseau : tu feras les nuages chassés par l’impétuosité du vent et battus à la haute cime des mâts, et leur feras des tourbillons confus comme fait l’onde frappant sur les rochers. L’air rendu effrayant par les ténèbres faites dans l’air, par la poussière, les nuages, l’épaisse brume, le roc dépassant le col des hautes montagnes couvertes de

784. — Rapprocher cette description d’une tempête, de celle du Déluge.

légère et pâle rouille; et ailleurs, on voit leurs vertes couleurs étalées sous les coups de la foudre du ciel qui, dans son cours non sans briser de tels rochers, souvent sont arrêtés.

La végétation sur une colline.

785. — À mesure qu’on descend vers le pied des monts, les plantes seront plus vigoureuses et riches de rameaux et de feuilles; leur verdure si variée, selon les espèces qui composent cette forêt, dont la ramification avec ses divers genres et ses variétés de rameaux et de feuilles, de configuration et de hauteur; et certains arbres avec les rameaux hérissés comme le cyprès, et semblablement pour les autres aux rameaux étendus et développés comme le chêne, le châtaignier et autres semblables, certains avec de très petites feuilles: d’autres à peine feuillus comme le genévrier, le platane et semblables ; une certaine quantité de plantes nées ensemble et séparées par des espaces inégaux ou d’autres unis, sans division de zone et disséminés. |

Ces herbes et ces plantes seront de coloration d'autant plus pâle que le terrain qui les nourrit est plus maigre et privé d'humidité : et le terrain est plus pauvre et maigre sur les rochers qui forment la montagne. Et les arbres seront plus petits et plus minces, à mesure qu’on monte vers le sommet, et aussi le terrain est d’autant plus maigre qu’on approche du. sommet; et au contraire, le terrain est plus riche et plus gras à mesure qu’on descend vers le creux de la vallée.

Donc, peintre, tu montreras au sommet de la montagne, les rochers qui la composent couverts en majeure partie de terre, et les herbes qui y poussent courtes et maigres et pour la plupart pâles et sèches par manque d'humidité; et la terre pauvre et sablonneuse se verra transparaître dans cette végétation blême; et les petites plantes rabougries et vieilles sans croissance avec une courte et épaisse ramification avec peu de

785. — Le naturaliste ici montre quel paysagiste il eût fait, si le paysage eût été en honneur de son temps.

feuilles, laissant à nu leurs racines rousses et arides au bord et aux crevasses des rocs escarpés dont les souches ont été froissées par les hommes.

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