‹ Traité du paysage. Traduit pour la première fois en français, in-extenso sur le Codex VaticanusChapitre 14 sur 46 · QUALITÉ ET QUANTITÉ DU MONT TAURUS · texte numérisé non relu

QUALITÉ ET QUANTITÉ DU MONT TAURUS

786. — L'ombre de la cime du Taurus est si haute, qu’au mois de juin le soleil à midi projette son ombre jusqu’au commencement de la Sarmatie, qui se trouve à douze journées; et à la mi-décembre, cette ombre s’étend jusqu'aux hyperboréens, voyage d’un mois vers le nord. Et toujours le versant, opposé au vent qui souffle est plein de nuage et de neige, parce que le vent qui frappe les rochers, qui l’arrêtent ensuite, porte ainsi avec lui les nuages de toutes parts et les laisse sur la cime, et toujours dépouillé par le choc de la foudre à cause de la multitude des nuées qui la recèlent, le roc est tout fracassé et plein de grandes ruines. |

Ce mont, à sa base, est habité par des peuples opulents; il y a de belles sources, des fleuves, et fertilité et abondance de tout bien, surtout dans la partie méridionale; quand on monte à trois milles, on commence à rencontrer les forêts de grands arbres, sapins, pins, chênes et autres semblables. Ensuite, après un espace de trois autres milles, se trouve une zone de prairies et d'immenses pâturages. Tout le reste, jusqu’au sommet du mont Taurus, n’est que neige éternelle qui, par aucun temps, ne disparaît; elle s'étend à la hauteur d’environ quatorze milles en tout. De là, à la hauteur d’un mille, les nuages ne montent jamais, ils sont à quinze milles : environ à cinq milles d’altitude en ligne droite et une fois autant ou à peu près, nous trouvons la cime des cornes du Taurus, sur lesquelles on commence à trouver l'air qui refroidit; on ne sent plus le souffle des vents et aucune chose ne pourrait vivre

786. — Léonard est-il allé en Orient? On peut le croire, d’après divers passages dont celui-ci.

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DUPAYSAGE: 29

là, non plus y naître, si ce n’est quelques oiseaux rapaces qui couvent dans la haute fissure du Taurus et descendent ensuite sous les nuages pour chercher leur proie parmi les monts herbeux. |

. C’est ici detoutes parts le roc nu, avec des nuages au-dessus; et le roc est très blanc, mais on ne peut aller sur la cime, l’escalade étant trop pénible et périlleuse…

Me trouvant, dans cette partie de l’Arménie, à me consacrer, avec amour et sollicitude, à l’œuvre pour laquelle tu m'as appelé; et pour commencer en ces parties qui me paraissaient être plus à notre intention, j'entrai dans la ville de Calindra (Kelindrech)}, voisine de nos frontières.

Cette cité se trouve sur cette partie du Taurus qui est divisée par l’Euphrate et regarde les cornes de ce grand mont, par le ponant.

787. — Ces cornes sont si hautes qu’elles semblent toucher le ciel et qu'il n’y a pas dans l'univers un point terrestre plus haut que sa cime; et toujours quatre heures avant le jour, elle est frappée des rayons du soleil levant; et comme par sa nature la pierre est très blanche, elle resplendit, et pour les Arméniens elle fait l'office d’un beau clair de lune au milieu des ténèbres; son élévation dépasse la plus grande hauteur des nuages d’un espace de quatre milles, en ligne droite. De beaucoup de points de l'Occident on aperçoit cette cime 1lluminée par le soleil, depuis le coucher de l’astre jusqu’à la troisième partie de la nuit, et c'est elle que, chez vous, par un temps serein, nous avions d’abord prise pour une comète et qui nous paraissait dans les ténèbres de la nuit changer de forme.

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