‹ Traité du paysage. Traduit pour la première fois en français, in-extenso sur le Codex VaticanusChapitre 16 sur 46 · TRAITÉ · texte numérisé non relu

TRAITÉ

801. — L'ombre, nommée par son propre vocable, doit être appelée diminution de la lumière, appliquée à la superficie des corps : elle commence dans la fin de la lumière et se termine dans la ténèbre. | |

L'ombre est une diminution de lumière; la ténèbre est la privation totale de lumière.

802. — L'ombre dérive de deux causes dissemblables : l’une corporelle, l’autre spirituelle; corporelle par le corps ombreux, spirituelle par la lumière. Donc, corps et lumière sont les raisons de l’ombre. Elle est de la nature des choses universelles,

8o1.— Le 7'raité de l'ombre et de la lumière fait partie de la compilation que Melzi prépara en son Château de Vaprio, après qu’il eut quitté le château de Cloux où Léonard était mort le 2 mai 1510.

Le fils de Melzi, Horatio, qui avait mis au grenier les de et manuscrits du Maître, FH treize cahiers à Lelio Gavardi d’Isola, précepteur de ses enfants.

Le Traité de l’ombre et de la lumière est de 1490-1491, époque où le Maître organise les fêtes pour le mariage de Ludovic Sforza avec Béatrice d’Este, où il recommence la statue équestre et s'occupe des écuries de Galeas San Severino. Le manuscrit C de l’Institut compte 56 pages. On pourrait reproduire en fac-simile les figures originales, mais en l’état du papier et de l’encre il faudrait employer un procédé coûteux. Les figures démonstratives sont prises de l’atlas qui accompagne l'édition de l’abbéManzi, 1817: cesont

les mêmes que Ludwig a intercalé dans son texte de 1882.

PELADAN, Les manuscrits de Léonard de Vinci : les XIV manuscrits de l'Institut de France, 1 vol. de XX-492 pages, avec fac-simile. Sansot, 1910.

puissantes dans leur principe et plus faibles à mesure qu’elles s’en éloignent; je dis dans le principe de toute forme et qualité évidente ou inévidente et non des choses conduites, selon un médiocre principe, pendant un long cours de temps, comme serait un grand chêne qui a un faible commencement et puis une grande croissance. Aussi dirai-je le chêne plus puissant à sa naissance, quand il sort de la terre que dans sa plus forte grosseur.

La ténèbre est le premier degré de l'ombre, et la lumière le dernier. Tu feras l’ombre, obscure, selon sa cause et à sa fin, convertis-la en lumière, qu'elle paraisse sans fin.

803. — L'ombre est une lumière diminuée, la ténèbre est une abolition de lumière.

804. — L'ombre se divise en primitive et dérivative. Elle naît des objets obscurs et va aux corps interposés.

805. — L'ombre a un aspect simple, que donne une seule lui-mière causée par un corps unique; etun aspect composite, quand il y a plusieurs lumières sur un même corps ou plusieurs lumières sur plusieurs corps.

806. — L'ombre simple est primitive, quand elle épouse la superficie du corps ombreux; et dérivée, quand elle part d’un corps, parcourt l’air et, si elle trouve de la résistance, s'arrête à l'endroit où elle frappe avec la figure de sa propre base. Cela s’entend aussi de l’ombre composite. Toujours l'ombre

8035. — Les deux pôles du clair obscur sont la lumière et la ténèbre. La lumière n’a pas de point maximum appréciable, tandis que la ténèbre implique le noir pur. Pour l'artiste, l'extrême lumière n'existe pas comme irréalisable, ni l'extrême obscurité, comme négatrice des formes.

Le bon titre serait celui de traité du clair obscur, car toute représentation exige à la fois ombre et lumière.

Dans la fresque et aussi dans le tableau jusqu’au xv° siècle, l'éclairage est conventionnel : on ignore toujours, à quelle heure solaire l’action, a lieu.

J'ai attiré l’attention des admirateurs de Léonard sur l'importance de son Académie de Milan : je trouve dans le présent traité les caractères d’un enseignement méthodique. C’est d’une vive curiosité de rapprocher les théorèmes de ce génie subtil des traités actuels correspondants.

A-t-on fait des découvertes en perspective depuis Léonard? En tout cas, elles n’ont pas été appliquées par les peintres!

primitive est la base de l’ombre dérivée et celle-ci a ses extrémités en lignes droites.

807. — L'ombre dérivative diminue d’obscurité, selon qu'elle est plus éloignée de l'ombre primitive, et elle paraït plus obscure si elle est entourée de blancheur; au contraire, elle pâlirait, sur un champ obscur comme elle.

808. — La primitive est plus obscure que la dérivée, n’étant pas corrompue par la percussion d’une lumière reflexe qui se fait un champ de la percussion même de l’ombre dérivée. Soit B E D E le corps ombreux; A la lumière, qui cause l'ombre primitive, BE C, forme l’ombre dérivative | BECH I. |

Je dis que, si ce n'est le reflexe tF éclairé F H c’est I G qui reflète et corrompt l’ombre primitive en BE, avec FH, eten C E avec I G : cette ombre primitive restera plus obscure que la percussion de la dérivative, étant l’un Pombre et l’autre formée en superficie d’égale obscurité ou clarté de couleur.

809. — L'ombre s’affirme plus obscure, si onest près de la lumière. Toutes les ombres d’une même couleur, si celles-ci se trouvent sur un champ plus lumineux, apparaissent de grande obscurité.

810. — Entre ombres égales, la plus proche de l’œil sera la moins obscure : car l’ombre est ce qui ne renferme aucune partie lumineuse ou éclairée; la ténèbre est là où on ne voit ni partie lumineuse ou éclairée, que ce soit par incidence ou

par réflexion.

811. — Dans l'ombre simple on n’apercoit aucune partie de iumière. Dans la composite, une part de lumière dérivée se mêle à l’ombre simple.

812.— L'ombre composite participe plus de l’ombre que de la lumière; la lumière composée participe plus de la lumière que de l'ombre. Nous dirons donc l’ombre ou la lumière, à

l’état composite, prend le nom de la chose qui domine. Si un point éclairé recoit plus d'ombre que de lumière, il sera comme vêtu d'ombre composite; et s’il est vêtu de plus de lumière que d'ombre, alors on le nommera lumière composite.

813.— Ces ombres et ces lumières confinent toujours; mais l'extrémité extérieure de l’ombre composite est une ombre simple et l’extrémité de la lumière composite est une lumière simple.

814. — L'extrémité de l’ombre simple sera moins perceptible que celle de l’ombre composite, quand le corps ombreux sera plus près du corps lumineux. Cela vient de ce que l’angle de l’ombre et la lumière composite est plus obscur.

815. — L'ombre dérivative simple, née d’un corps moindre que sa lumière, aura la base vers le corps ombreux, mais l’ombre avec la lumière composite aura l’angle vers la lumière.

816. — L'ombre dérivative composite perd de son obscurité, selon qu’elle est plus éloignée de l’ombre simple dérivée.

Cela se prouve par la 9", qui dit: « L’ombre sera moins obscure, selon qu'on verra une plus grande quantité de lumière. » Soit A B lumineux et L ombreux; et soit À B

Ce n’est pas arbitrairement que j'intitule la seconde partie Traité du Paysage. Dans l’art de la fresque et dans les œuvres qui vont de Giotto à Pérugin, il n’y a pas de jeu d'ombre et de lumière.

Léonard prévoit et prépare ces effets, qui commencent avec la Délivrance de saint Pierre, des Chambres, où il y a trois variétés de clair obscur : à gauche, l'effet de lune comme fond des gardes endormis, au milieu l’ange dans une auréole, et à droite, le même ange guidant l'évasion de saint Pierre.

Les dates sont 1511-1514.Je ne connais pas d'œuvre antérieure où le clair obscur joue un tel rôle. Les plus grands chefs-d’œuvre ne présentent pas l’emploi du clair obscur : mais il constitue tout le paysage.

Le même site passe, par les plus divers caractères, selon l’action du soleil, avec les nuances du majeur et du mineur. Quoique le choix des lieux, le caractère des rochers et des arbres puissent être exprimés de façon linéaire, un paysage est toujours un effet de lumière et d'ombre.

Ces théorèmes importent au peintre d'histoire, lorsqu'il n’a pas recours au perspectiveur à dix francs la séance, qui a pour clients les plus célèbres de nos contemporains.

F la pyramide lumineuse, et O K la pyramide de l’ombre simple dérivée. Je dis, que en G, il y aura moins d’un quart de lumière qu’en F, parce que, en F, on voit toute la lumière A B E; en G, il manque le quart de la lumière AB, comme s’il n’y avait pas C B qui est les trois quarts de la lumière et qui éclaire en G. En H se voit la moitié D B de la lumière À B, donc H est la moitié de la lumière F; et en I on voit le quart de cette lumière A B, c'est-à-dire E B; donc I est de trois quarts moins lumineux que F; en K, il n’y a point de lumière et la privation de lumière est le principe de l’ombre simple dérivative, comme nous l'avons définie.

817. — L'ombre dérivée et l’ombre primitive se joignent : cela se prouve, en ce que l’ombre primitive devient la base de la dérivée; mais cela varie, quand l’ombre primitive cache le corps auquel il est joint; et la dérivation se perd dans l'air qui la pénètre.

Preuve : soit le corps lumineux F, le corps ombreux A D BC et la partie A B C, la dérivative A B C D naît ensemble avec la primitive; cette ombre est dite simple où on ne percoit aucune partie de lumière.

817. — Certaines remarques sembleront banales : mais pour observer le mot de Poussin : « ne rien négliger », il ne faut rien oublier, et les rappels ne sont pas si oiseux qu’ils semblent.

Sur les confins des ombres et des lumières, il y aurait tant à dire! Le confin est l’endroit où s’exerce la plus grande délicatesse du coloris. Tout le monde peut opposer du clair à de l’obscur, l’artiste se révèle au passage de l’un à l’autre. Le creux d’une gorge de femme, par exemple, offre une difficulté extrême : pour que la chair garde son éclat vermeil dans l’ombre et se fonde avec elle, il faut une dégradation insensible et qu’on n’obtiendra que par le fondu de la touche.

Sur cette question, un peu de logique suffirait à trancher de longs débats : on peut sabrer les traits d’un vieux grenadier; on doit caresser une forme voluptueuse ou parfaite. Le peintre qui n’adopte pas la touche de son sujet, nest point artiste.

818. — On prouve que les ombres simples et composites se joignent, par la figure précédente, qui dit, « l'ombre primitive forme la base de l’ombre dérivative; l’une et l’autre naissent du même corps, et s’unissent, car 1l est nécessaire que l'effet participe de la cause ». En soi, l'ombre composite n’est qu’une diminution de lumière et commence au commencement du corps lumineux et se termine avec lui, selon que l'ombre se génère parmi les ombres simples et les lumières simples.

Preuve : soit le lumineux A B C et l’ombreux D E; et la simple ombre dérivative D E F et l’ombre composée dérivative F E K. Mais la simple dérivative ne voit aucune partie du corps lumineux, tandis que l’ombre dérivative composite voit toujours une partie de lumière, grande ou petite, selon la distance où se trouvent les parties, par rapport à l'ombre simple dérivative. Preuve : si l'ombre E F K avec la moitié de sa grosseur F K c’est-à-dire I K voit la moitié du lumineux A B qui est A C (et celle-ci est la partie la plus claire de l'ombre composite; l’autre moitié plus obscure est F I, voit C B seconde moitié du lumineux; et ainsi nous avons déterminé les deux parties de l’ombre composite dérivative, plus claire ou moins obscure l’une que l’autre.

Les ombres simples et composites sont proportionnées entre elles, dans l’ombre primitive unie aux corps ombreux, comme dans l’ombre dérivative séparée des mêmes corps ombreux : et cela vient de ce que les dérivations simples et composées sont sans intervalle dans leur conjonction, comme si elles étaient les primitives de cette même origine dérivative.

820. — L'ombre dérivative composite est d’infinie longueur pour être la pyramide de la pyramide qui donne origine à sa pointe. La preuve en est, qu’en quelque part que soit taillée cette longueur pyramidale, jamais elle ne détruit son angle, comme cela advient dans l'ombre dérivative simple.

Cette dernière est de bref parcours, par rapport à la der-

nière composite, car elle est composée, comme il est dit, à l’origine de son angle, et celle-ci a pour origine sa base.

Cela est manifeste, parce qu’en chaque partie, cette pyramide est coupée par le corps ombreux, et cette division ne détruit jamais sa base.

Si l’ombreux égale le lumineux, l'ombre simple devient parallèle et d’infinie longueur, mais l'ombre et la lumière composites seront pyramides de l’angle tourné vers la lumière.

S1 l’ombreux l'emporte sur le lumineux, alors la simple ombre dérivative aura ses côtés concourants à l'angle potentiel du corps lumineux; et les angles de l'ombre et de la lumière composite regarderont tout le corps lumineux.

821. — Il y atrois sortes d’ombres : l’une naît d’une lumière particulière, le soleil, la lune, la flamme; la seconde vient de la porte, de la fenêtre, d’une baie d'où l’on voit un grand morceau de ciel; la troisième vient de la lumière universelle, comme la lumière de notre hémisphère, sans soleil.

Il y a deux sortes d'ombre, la primitive et la dérivative. La première est celle qui s'unit au corps ombreux et la dérivative est celle qui est produite par la primitive.

Nous avons vu que l’ombre primitive est unie au corps ombreux et que la dérivative us naît de la primitive. La première est unique Li et ne varie jamais et ses termes voient le terme du corps lumineux et les extrémités de la partie éclairée du corps où elle est jointe. La primitive est simple ou composite. Simple, elle regarde l'endroit obscur, elle est donc ténébreuse ; composite, elle voit Le lieu éclairé avec ses couleurs, et cette ombre se mêle avec les couleurs des objets opposés.

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821. — Trois sortes d'ombre : la particulière, la restreinte et la diffuse: cela s'entend de toute la composition : mais il y a l'ombre des cheveux sur le front, voire des cils sur la joue, de la barbe sur le cou, qui‘existent également dans les trois cas et qui sont indépendantes du clair obscur général, quoiqu’elles subissent le degré d'ombre ambiant.

L'ombre dérivative est mêlée à l’air qui est contre l'ombre primitive ou bien elle frappe l’objet qui coupe

[DE © cette dérivative.

822. — L'ombre dérivative prend trois a formes : 1° la pyramide, née de la plus petite ombre du lumineux; 2° la parallèle née de l’ombreux égal au lumineux; 3° elle se dégrade à l'infini, et infinie est la (colure), et infinie elle est la

lation, elle génère, contre la pyramide finie, une pyramide infinie qui trouve un espace infini.

De ces trois sortes d’ombres dérivatives, on traitera avec plénitude.

823. — Ilest possible que l’ombre dérivative soit beaucoup plus vive que son Ke ombre primitive.

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Cela se prouve : soit À lumineux, B le ÿ corps ombreux qui se meut de Ben C, par la ligne B D; dans le même temps l'ombre dérivative du corps F se meut dans tout l’espace F; et cet espace peut recevoir un millier de fois l'espace BC.

824. — Il est possible aussi que ombre dérivative soit beaucoup plus lente que la primitive. Preuve : soit que le corps BC se

822. — Pyramidale, parallèle, colonnale, l'ombre doit toujours être dégradée, sinon elle aurait l’apparence d’un corps, surtout si son contour affectait des lignes et des angles. Rembrandt n’a pas un seul cas d'ombre ayant une forme déterminée : l'ombre n’ayant pas de densité ne saurait avoir un contour exact. Il importe peu que l’orient et le midi donnent des exemplaires contradictoires : l’art, étant une convention, choisit les effets selon son vœu et ne les enregistre pas, comme des expériences.

meuve sur le plan NE et tout l’espace CE, et que son ombre dérivative soit dans la partie opposée DE; je dis, que l’ombre primitive B C se mouvra dans tout l’espace B D et que Pombre dérivative ne partira pas de DE.

Le mouvement de l’ombre dérivative sera égal au mouvement de l'ombre primitive, quand le lumineux qui cause l’ombre sera, de moitié égal, au mouvement du corps ombreux, ou je veux dire, de l'ombre primitive. C’est impossible autrement. Qui marche par le ponant, du matin au soir, aura la première partie de l’ombre plus lente, allant devant le marcheur que le marcheur lui-même; dans la dernière partie du jour, l'ombre sera plus véloce à fuir directement, selon que le corps ombreux ira devant. |

825. — Les termes de l'ombre dérivative seront plus confus s'ils sont plus distants de l'ombre primitive. Preuve : soit AB lumineux;, CD l’ombreux primitifet ED la simple ombre dérivative; ECG E sera le terme confus de l’ombre dérivative.

Il n’y a pas d'ombre sans reflet et ce reflet l’augmente ou ’affaiblit ; 1l augmente, lorsqu'il naît d’un objet plus obscur que l’ombre; il l’affaiblit, s’il naît d’un objet plus clair que cette ombre :

L'ombre augmente, quand elle reflète seulement son om-

bre dérivative. Soit A lumineux, BC

G sera l'ombre primitive ou originale | et D G sera l’ombre produite.

ù 826. — L'ombre primitive, étant

simple, sera d’égale obscurité avec l'ombre dérivative. Preuve : soit l'ombre simple DE et la simple dérivative FG, je dis, par la quatrième de ce discours qui enseigne « ténèbre est privation de lumière » : donc, l’om- bre simple est celle qui ne reçoit aucun reflet éclairé et pour

cela reste ténébreuse, comme D E qui ne voit point la lumière

À, ni encore l’ombre simple dérivative FG ne la voit; et, d’autant, elles viennent à projeter leurs ombres d’égale obscurité, l'une et l’autre étant privées de lumière et de reflet lumineux.

| | 827. — Les mouvements de l'ombre sont de cinq espèces : i° celui qui meut l’ombre dérivative, ensemble avec son corps ombreux, quand la lumière, cause de cette ombre, reste immobile; 2° celui où l’ombre et la lumière se meuvent mais où le corps ombreux reste immobile; 3° celui où le corps ombreux et la lumière se meuvent, mais le lumineux plus lentement que l’ombreux; 4° le mouvement de l’ombre plus vif que les corps lumineux et ombreux; 5° les mouvements de l’ombre et de la lumière sont égaux : et de cela je traiterai séparément, en son lieu.

828. — La percussion de l’ombre dérivative ne sera jamais semblable à l'ombre primitive, sans certaines conditions : 1° que le corps ombreux n'ait pas d’angles, ne soit percé, ni frappé; 2° que la figure du corps lumineux soit semblable à celle du corps ombreux; 3° que la grandeur du corps lumineux soit égale à la grandeur du corps ombreux; 4° que la superficie du rayon ombreux soit, de tous côtés, d'égale longueur; 5° que la percussion de l'ombre dérivative soit faite entre des angles égaux; 6° que cette percussion soit faite en paroi pleine et unie.

L'ombre dérivative la plus forte provient de la lumière la plus forte, et vice versa. Preuve : AB petite lumière fait l’ombre dérivative E G E D F qui est petite.

Dans la figure suivante, N M, lumière du ciel, qui est universelle, fait la grande ombre dérivativeen R T I, et aussi l’espace

O S U, parce que la partie du ciel P N forme cette ombre R T, et aussi l’espace L M; partie du ciel fait l'ombre opposée O. S. U.

L'ombre dérivative disparait dans les corps éclairés par la lumière universelle : pour les lumières artificielles, l'ombre dérivative sera puissante, quand sa lumière sera de plus petit foyer et de plus grande clarté.

829. — L'ombre simple est celle qui ne peut être vue d'aucune lumière réfléchie, et qui ne sera augmentée que par une ombre opposée.

Soit le sphérique G, mis dans la concavité B C E F et la lumière particulière A qui frappe en B et se reflète en D et déborde avec le second reflet sur le sphérique G, qui a d’une part l'ombre simple dans l'angle E, qui ne voit ni la lumière incidente, ni la lumière réfléchie, à aucun degré. Donc l’ombre du sphérique reçoit la réflexion de l'ombre simple, et pour cela est dite ombre simple.

Il y a trois variétés d'ombre dérivative : 1° l’une est large à sa naissance, et se restreint en s’éloignant de son

829. — Charo scuro a le même sens que piano-forte, agro-dolce et exprime la simultanéité : je préférerais définir le clair obscur, l’état médian entre le clair et l'obscur.

Les camaïeux de Polydore de Caravage furent appelés chiari-scuri ou pédantesquement skiagraphie (représentation par les ombres). Tel était l’art d’Apollodore nommé le Sciographe, surnom que porterait assez bien Rembrandt.

Paillot de Montabert propose tonographie pour clair obscur et chromographie pour le coloris.

Le graveur fait du clair obscur rien qu’en distribuant des noirs sur le

blanc du papier; et la Résurrection de Lazare et le Docteur Faustus en témoignent.

: Léonard entend souvent par clair obscur le modelé. Dans la figuration du corps humain, les points convexes sont clairs et les concaves obscurs, par eux-mêmes; au contraire des moulages en plâtre qu’on livre aux élèves dans l’état le plus propre à leur fausser l'œil, puisque les creux restent clairs tandis que les reliefs se salissent c’est-à-dire s’ombrent tout de suite. On devrait ombrer les creux de tous les plâtres.

principe; 2° l’autre montre une infinie longueur avec la même largeur qu’à sa naissance; la troisième

sm () en n'importe quel degré de distance, depuis la largeur de sa naissance, acquiert de nouveaux degrés de largeur.

830. — L'ombre dérivative d’un corps ombreux, moindre que le corps qui l’éclaire, sera pyramidale, et plus courte quand elle sera voisine du corps lumineux; mais la parallèle, en tel cas, ne varie pas, et la dilatable s’élargit d'autant plus qu’elle avoisine son lumineux.

831. — L'ombre dérivative est de trois natures; dilatable, colonnale, concurrente à la place d’intersection de ses côtés qui, après cette intersection, sont d'infinie longueur et en lignes droites. Si tu dis, que cette ombre est terminée à l'angle de la conjonction de ses côtés et ne va pas loin, tu te trompes : parce que dans la I* de mon discours, Je prouve que l'objet entièrement limité est celui dont aucune partie ne dépasse ses termes; et on voit le contraire, dans cette espèce d'ombre, car en même temps que se forme cette ombre dérivative, naissent deux pyramides ombreuses jointes par leurs angles. Donc, si pour le contradicteur, la première pyramide ombreuse termine l’ombre dérivative, avec son

830.— Le traité de l’ombre et de la lumière ne comporte pas de commentaires. Il faudrait des exemples, la reproduction de tableaux ou de parties de tableaux rendant sensible l’application des règles. Seul le procédé héliographique permettrait de saisir les nuances délicates d’un Ruysdaël : ce serait un ouvrage de trop grand luxe, inabordable à l'étudiant. Qu’on se reporte aux planches en couleurs de la peinture de Ch. Vauthier (Hachette)

Pour actualiser la question, il faut rappeler que le fin du fin de la peinture contemporaine tient dans cette loi de Chevreul : « Poser une couleur sur une toile, c’est colorer de sa complémentaire l’espace environnant. » Mais la perception de la complémentaire est un fait idiosyncrasique : les complémentaires, depuis Manet jusqu'aux divisionnistes, échappent sincèrement à ma perception et à celle de la plupart des gens. Le violet des ombres, je n’ai jamais pu le découvrir, même lorsqu'on me l’a montré.

angle, d’où naïîtra la seconde pyramide ombreuse? On dira qu’elle est causée par l'angle et non par le corps ombreux; cela se réfute avec l’aide de la Ile de ce discours qui dit : L’ombre est un accident né des corps ombreux interposés entre le lieu de l'ombre et le corps lumineux : il est donc clair que l'ombre est générée par le corps ombreux et non par l'angle de l'ombre dérivative.

Celle-ci a trois aspects : 1° ou sa coupure sera plus grande dans la partie où elle frappe qu’à sa base; 2° ou, moindre à sa base, elle sera égale, alors plus grande, parce que la lumière qui éclaire le corps ombreux est plus petite que ce corps; 3° ou bien elle sera plus petite et la lumière sera égale au corps.

832. — Parmi les élévations de lumière, il y a la même proportion de l'obscurité à l'ombre générée, que de l’obscurité à celle des couleurs auxquelles cette ombre s’unit.

833. — Le mouvement de l’ombre est toujours plus véloce que celui du corps qui lengendra, la lumière G restant immobile. Preuve : soit le lumineux A,

à \ l’ombreux B et l’ombre D; je dis, lombreux DeTrat se meut de B en C, dans le même temps où D REX, l’ombre se meut en E. La proportion de vélocité à velocité est faite, en un même temps,

de la longueur de mouvement à longueur de mouvement.

833. — Il n’y a pas de règles dont l’observation puisse suppléer à une sensibilité délicate ou vibrante ; mais il n’y a pas de sensibilité, si exquise soitelle, qui puisse se passer des règles et surtout aller impunément contre elles.

. Le Paysage aux trois arbres de Rembrandt, et l’Ange de Tobie de Poussin représenteraient assez bien les extrémités de l'inspiration. Le premier semble TRAITÉ DE L'OMBRE. 6

Donc, cette proportion qu’à la longueur de mouvement, fait par l’ombreux B jusqu’en C, avec la longueur du mouvement fait par l'ombre D en E, ont entre elles la susdite vélocité de mouvement. Mais si le lumineux est égal en vélocité au mouvement de l’ombreux, alors l'ombre et l’ombreux ont les mouvements égaux entre eux.

Si le lumineux est plus véloce que l’ombre, le mouvement de l'ombre sera plus lent que le mouvement de l’ombreux, mais si le lumineux est plus lent que l’ombreux, alors l’ombre sera plus véloce que l’ombreux.

834. — L'ombre pyramidale, générée par un corps parallèle, sera plus étroite que le corps ombreux, si la simple ombre dérivative est coupée à plus de distance de son corps ombreux.

835. — L'ombre dérivative simple est de trois sortes; savoir : une de longueur déterminée, et deux de longueur infinie. La première est pyramidale; et des deux infinies, l’une est colonnale et l’autre dilatable; et toutes trois sont rectilignes. Mais l’ombre concurrente ou pyramidale naît de l’ombreux, moindre que le lumineux; la colonnale naît de l’ombreux, égal au lumineux, et la dilatable de l’ombreux plus grand que le lumineux.

836. — L'ombre dérivative composée est de deux sortes, colonnale ou dilatable.

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