‹ Traité du paysage. Traduit pour la première fois en français, in-extenso sur le Codex VaticanusChapitre 32 sur 46 · L'ombre et la lumière sont les meilleurs moyens · texte numérisé non relu

L'ombre et la lumière sont les meilleurs moyens

916. — Si on met le nez sur une toile de théâtre, on ne voit rien qu’une tache; sur le buisson de Ruysdaël, on verrait autre chose. A quelle appendaison sont destinés ces tableautins, sinon aux murs de petits appartements où le plus grand recul sera de quelques mètres. II est donc insane d'élargir la touche.

En outre, et j'emploierai des mots brusques pour être précis, il faut creuser un paysage, dans le ciel pour faire de la voûte, dans les derniers plans pour étendre l’horizon. Sans cette double impression d’élévation, de coupole au-dessus du terrain et sans cette fuite de ligne finale, il n’y a point d'effet. Mais on n’incurve le ciel et on ne donne à l'œil les sept kilomètres qu’il aperçoit en rase campagne, qu’à condition de multiplier les transitions linéaires et coloristes et de créer des accidents de ciel et de sol assez nombreux pour servir d'appréciation à la distance.

Or, la distance constitue l’idéalité du paysage. Plantez un simple peuplier au milieu d’une toile et faites fuir le terrain et le nuage à perte de vue; ce paysage sera vivant et même poétique.

Eclaircir un ton ce n’est pas avancer l’objet, ni l’embrunir, le reculer.

Ce qui fuit en peinture c’est ce qui absorbe la lumière, au lieu de la ré-

pour faire connaître la figure d’un corps, parce que une couleur égale en clair ou en sombre ne peut donner le relief de l’objet, mais fait office de superficie plane, qui reste également distante entre toutes ses parties, également distantes de la lu- mière et de l’ombre.

917. — Si le soleil étant à l’orient, tu regardes à l’occident, tu verras les objets éclairés sans ombre, parce que tu vois ce que voit le soleil; et si tu regardes à midi ou à tramontane, tu verras tous les objets environnés d'ombre et de lumière, parce que tu vois ce que tu vois et non ce que voit le soleil; et si tu regardes vers le chemin du soleil, tous les objets te montreront leurs parties ombrées, parce que cette partie que tu vois ne peut être vue du soleil. | 918. — La surface uniformément éclairée sera celle la plus uniformément éloignée du corps qui l’éclaire, comme si de la lumière À qui éclaire la superficie BC D, on tirait des lignes parallèles à cette superficie.

Alors, selon la définition du ê HUE 7 cercle, cette superficie sera A égalementéclairée entoutes « dé k 711 ses parties, et si cette super-

ficie est plane comme dans D 9

la démonstration EFGH,

alors si les extrémités de la superficie sont également distantes de ces lignes, le milieu H sera le point le plus voisin de la lumière et d'autant plus éclairé, en ses extrémités, qu'elle sera la plus voisine de la dite lumière. Mais si les extrémités de cette superficie plane sont éloignées inégalement de cette lumière, comme le montre la troisième figure, alors la partie la plus voisine et la partie la plus éloignée auront autant de

fléchir; ce qui avance c’est ce qui réfléchit la lumière. La distance s'établit par la modification aérienne des tons. Or, le paysagiste actuel peint le ciel comme fait l’héraldiste pour le champ d’un blason : il pourrait remplacer sa touche par un morceau de papier de couleur.

lumières proportionnées, selon leur distance respective du corps qui les éclaire.

919. — La meilleure clarté de lumière dérivative est celle où l’on voit tout le corps lumineux avec la moitié de sa droite ou de sa gauche sur champ ombreux.

jl ET

Preuve : Soit le lumineux B C et

‘Nr son champ d’ombre à droite et à gau-

— che est DC et AB; et le corps om-

ue breux moindre que le lumineux est M N

A) cb - et la partie PS est celle où se reflètent

?” = ombres et lumières. Je dis donc, sur

- AA = cette partie PS, au point R, sera la plus

À È \ grande clarté qu’en aucun autre. Cela

| se prouve, parce que en R se voit tout

le corps lumineux BC avec la moitié

du champ obscur A D, savoir C D, comme le démontrent les

concordances rectalinéaires de la pyramide ombreuse CDR,

et la pyramide lumineuse BCR. Donc en R on voit autant

du champ obscur C D que du champ lumineux BC, mais au

point S on voit AB ombreux et aussi CD : ces deux espaces obscurs valent le double de l’espace lumineux BC.

Mais, plus tu te mouvras, de S vers R, plus diminuera Pobscurité A B. Donc, de S à R toujours s’éclaircira le plancher, S K.

Encore, plus tu iras de R à O, plus tu verras du lumi-

919. — Humboldt (Cosmos, t. Il) attribue aux Italiens la découverte esthétique du paysage. Les descriptions de Dante viennent après le Cantique du Soleil.

Il faut lire la description du golfe de la Spezzia et de Porto Venere dans l'Afrique de Pétrarque, la lettre du même poète sur son ascension du Ventoux. Le plus fervent des amants de la nature décrit ses impressions dans ses Commentaires. Ce pape découvrit la beauté du paysage plus qu'aucun homme de son temps : et encore ici la littérature précéda l’art de beaucoup d'années.

Les portes de Ghiberti, chose curieuse, mériteraient d’être citées comme les plus anciennes compositions du paysage historique. A leur date, la peinture n'offre rien de comparable.

neux, et pour cela R O sera plus obscuren s’approchant deO.

Par ce discours, nous avons prouvé que R est la partie la

plus claire de OS.

* 920. — L'ombre et la lumière varient de quantité dans un même corps, suivant le voisinage ou l'éloignement où l’homme se trouve de la lumière.

Preuve : soit l’homme BC qui a la lumière de A, il aura sonombre BCF. 9 à De plus, si l’homme se meut de Cen E, la lumière restant à sa place, l'ombre variera d’aspect et de dimension, celle qui est la 2° ombre DEG.

Sous la lumièreimmobile, les ombres générées par les corps se plient, s’abaissent, s'élèvent, sans changement de leurs bases.

Preuve : soit la lumière immobile F et l’homme immobile A B; s’il s'incline en CB, je dis que l'ombre variera indéfiniment de A à C, suivant le mouvement fait dans cet espace : or, l’espace est quantité continue et par conséquent divisible à l'infini : donc les ombres sont variées à l'infini, savoir de la première ombre AOB à la seconde B CR et ainsi notre proposition est démontrée.

921. — Quand le corps lumineux est plus petit que le corps illuminé, l'ombre croitra dans le corps illuminé d'autant qu'il sera plus proche du corps lumineux. Soit le corps lumineux A, moindre quelecorpsombreux RS G L; iléclaire toute la partie RSG, incluse entre sesrayons lumineux À N et A M : donclapartieombreuse, par l'effet detels rayons, restera toute ombreuse R LG.

Si je rapproche, du même corps lumineux, ce même corps ombreux, ce sera D PE O qui sera compris entre les droites des rayons lumineux À B et A C et qui se toucheront au point Det au point E; la ligne DE divise la partie ombreuse de celle lumineuse D PE, de DO EF; laquelle partie ombreuse est nécessairement plus grande que l’ombreuse du corps plus éloigné RLGet qui se forme des rayons lumineux, par leurs traits, se séparent d'autant plus du milieu du corps ombreux, que ce corps sera plus près du lumineux.

922. — Quand le corps lumineux sera plus grand que le corpsqu'iléclaire, l’ombre du corps éclairé diminuera d'autant qu'il sera plus voisin du lumineux.

Soit A B, le corps lumineux, plus grand que le corps ombreux X G N H, qui, en touchant au lumineux en FECD, diminue son ombre, parce qu'il est embrassé jusqu’au milieu par les rayons lumineux, car son milieu se trouve plus proche du corps qui l’éclaire. |

Si le corps ombreux et le corps lumineux sont d’égale grandeur, alors, ni la distance ni le voisinage ne pourra diminuer ou accroître leurs parties ombreu-

ses ou éclairées. a . ñ Soit N M le corps ombreux () (6 (D placé à l'endroit CD, plus voisin b CAEN

du lumineux AB, son ombre ni sa clarté ne changent ; et cela vient de ce que les rayons lumineux qui l’embrassent sont parallèles entre eux. | 923. — Entre les corps d’égale grandeur, celui qui est le plus éclairé aura l’ombre la plus courte.

Les corps, selon qu’ils s’'éloignent ou se rapprochent de leur lumière originelle, projettent des ombres dérivées, plus ou moins courtes.

ou

\ne!

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