Il s’en suit qu'un paysage est toujours à moitié
962. — 1! s’en faut que les paysages que nous voyons soient toujours à
clair et à moitié obscur. Donc, peintre, si tu figures tes paysages et campagnes avec la lumière à droite ou à gauche, rappelle-toi, par cette conclusion ci-dessus, comme l’ombre des corps tient plus ou moins de place, selon que ces corps sont plus ou moins voisins de la cause qui les éclaire.
963. — Pour la convenance des ombres accompagnées de leurs lumières, tu dois avoir grande attention aux choses qui entourent les corps que tu veux figurer. Par la première de la 4”°, qui prouve, que la superficie de tout corps ombreux participe à la couleur de son objet; mais si tu dois accommoder avec art la rencontre des ombres des corps verts, comme les prés et semblables, il faut que l’ombre, participant à la couleur de cet objet, ne dégénère pas jusqu’à paraître l’ombre d’un autre corps que le vert : parce que si tu mettais le rouge éclairé à la rencontre de l'ombre, qui, en elle-même est verte, cette ombre rougirait et ferait couleur d'ombre, qui serait très dure et très différente de l’ombre du corps : et ce que je dis de cette couleur, s'étend à toutes les autres.
moitié clairs et à moitié obscurs. La plupart sont tout clairs: et on n’y voit rien que la couleur telle qu’elle sort des tubes et appliquée sans pinceau.
Quelles bonnes heures machinales, reposantes, hygiéniques, ces peintres ont dû passer à couvrir leur toile sans pensée, sans effort! Je comprends qu'on occupe ainsi son temps, mais je m'étonne qu’un délassement produise honneur et profit. Le plaisir qu’ils ont eu, ils ne savent pas nous le donner. J'entends la joie de peindre, de chercher, de trouver des tons : mais le résultat pour le spectateur semble une moquerie,
Pas de composition, pas de dessin, aucun effort : joie de peintre. Mais quel naïf ira considérer ce rien avec componction ? La peinture est un métier, un passe-temps, l’art est un héroisme, un grand effort. Et, pour qu’un paysage entre dans l’art, il faut un prodige comme la Bataille des Cimbres de Decamp où l’Éléphant à l’abreuvoir de Marilhat, deux maîtres fulgurants auprès de leurs successeurs.
964. — La beauté de toute couleur qui n’a pas de lustre en elle, se crée par la grande clarté des parties les plus éclairées des corps ombreux.
965. — Les extrémités des corps ombreux se montrent tantôt plus claires, tantôt plus obscures qu’elles ne sont, quand le champ qui confine avec eux, est plus obscur ou plus clair que la couleur du corps qui le termine.
966. — La partie des corps ombreux qui s’éclaire, paraït d'autant moins lumineuse qu'elle s'approche de son lustre : et cela vient de la grande variété qui se trouve entre leurs confins. Cette variété fait que la partie moins claire paraît obscure à ces confins et la partie claire du lustre très claire. Mais les surfaces qui reçoivent ces impressions sont de la nature des miroirs confus, lesquels prennent confusément le simulacre du soleil et du ciel, qui leur sert de champ et sem-" blablement, d’une lumière d’une fenêtre et de l'obscurité de la paroi, dans laquelle est percée cette fenêtre.