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d'expression, mais la moindre route, blanche ou grise sous le ciel, peut s'animer d'une sentimentalité profonde et les poteaux du télégraphe ne gêneront pas. Toutefois, plus le site sera quelconque, plus il faudra le colorer moralement. Ceux qui indiquent le lieu et son département se moquent de nous. Les différences sont minimes entre tous les aspects d’une même forêt; elles sont indéfinies entre les divers accents d’un même arbre.
Tout paysage est susceptible de signifier les grada tions sentimentales, qui descendent de l’allégresse la plus solaire au désespoir le plus sombre : ce n’est qu'une question de lumière, de tonalités et de sensibilité chez l'artiste.
La perception des couleurs et des nuances est un travail analytique de l'œil qui n'engage pas la sentimentalité : on peut chercher et trouver des tons fins, sans être ému et sans émouvoir. |
Tandis que dans la figure, nous avons un but invariable qui est d'atteindre la beauté ou typique ou pathétique par le choix ou le caractère des formes; dans le paysage, on s’arrête à limitation sommaire de la nature, de la nature telle quelle, la première rencontrée.
Il en est du paysage comme de la poésie. Elle ne résulte ni du compte des syllabes ni de la consonne d'appui pour la rime; et des vers bien faits peuvent être vils.
| Lorsque Théophile Gautier donnait comme vers incomparable :
La fille de Minos et de Pasiphaé
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il paradoxait en peintre : ces deux noms pour lui possédaient une force évocatrice qu'ils n'ont pas pour tous.
Nul n’est bon juge de la fidélité d’un paysage; le modèle non seulement nous reste inconnu, mais il n'existe pas à l’état permanent, puisque l'éclairage le modifie incessamment et qu'il suffit d'un nuage pour changer l’âme d'un site.
Les lignes seules sont permanentes; les couleurs vivent et par conséquent changent sans cesse. Il s’agit de les saisir à l’instant de leur plus grande signification.
La parabole qui fait voir dans la lune à une femme deux amoureux et à un curé un clocher, s'applique exactement à l'impression de la nature qui ressemble fort à celle de la musique, par son caractère indéfini et subjectif.
On ne forme pas des artistes : on ne fait que des ouvriers, c’est-à-dire des hommes capables d'exprimer leur sensibilité par un procédé déterminé.
La plus vive imagination ne dispense pas de connaître la perspective : mais le meilleur des perspecteurs est rarement un artiste.
Ce sont les grands maîtres qui furent de grands paysagistes : Léonard, Giorgione, Titien, Corrège : et pour n’en citer que deux de notre dix-neuvième siècle, Delacroix et Puvis de Chavannes.
Professionnellement, les Hollandais n’ont pas d'égaux; un Jacob Ruysdaël pourraît être appelé le Raphaël du paysage. Il a peint l'air et l’espace incomparablement; il en fait des personnages héroïques : mais c’est une opération d'autant de génie que les conceptions méta-
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physiques de Poussin : et quoique le paysage soit la dernière étape de l'évolution artistique, on a tort de croire que ce genre n’exige point d'études, et que le cheid'œuvre y soit plus fréquent et plus aisé que dans l'art des fables et des histoires.
Cliché Fumagalli.