‹ Traité du paysage. Traduit pour la première fois en français, in-extenso sur le Codex VaticanusChapitre 7 sur 46 · PLAFOND DE LA SALLE DELLE ASSE A MILAN · texte numérisé non relu

PLAFOND DE LA SALLE DELLE ASSE A MILAN

; (Palazzo Sforza.)

DOCPATSACTE,

Il a paru nécessaire pour que le Traité du Paysage fut complet, de donner le XIX° chapitre du Traité de la peinture en manière d'introduction : d'autant plus qu'il contient nombre de passages importants, pris des manuscrits du maître, .et qui ne sont pas dans le Codex Vaticanus.

7135. — Le corps de la terre ressemble à celui des animaux, tissé par les ramifications des veines, toutes raccordées entre elles, constituées pour la nourriture, et à la vivification de la planète, comme une de ses créatures. | |

714. — Rien ne naït, là où il n’y a pas de vie sensitive, végétative et rationnelle : les plumes poussent sur les oiseaux et changent chaque année; les poils poussent et changent sur le corps des animaux, sauf en certaines parties comme la moustache des lions, des chats et similaires; l'herbe dans les

713. — Il découvrit la nature en étudiant la science, et l’observation du naturaliste le fit paysagiste. En présence d’observations, de détails utiles à qui pratique, oiseux à qui n’est que contemplateur, il n’y a pas lieu à de longs commentaires, mais à souligner d’étonnantes expressions comme « l’air se meut comme un fleuve » (728), le vent est semblable à l’eau (729). La perspective aérienne le préoccupe en premier, et c’est la plus poétique impression que puisse donner le paysage, c’est celle du lointain. Plus un cadre contient d'espace sensible à l'œil, plus le tableau est réalisé, car il est plein d’air, et c’est l’air qu’il importe de rendre.

L'école qui a voulu s’attaquer à la lumière, ne pouvait pas aboutir. Quiconque a voyagé en Orient a constaté que la pleine lumière aboutit à un gris intense et irritant, sans beauté, et qu’il n’y a qu’une façon de mettre du soleil sur une toile, c’est de circonscrire son rayon entre des ombres fortes. Un rai de soleil passant dans l’écartement d’une tente sera intense parce qu’il sera exalté par la pénombre ambiante.

prés et les feuilles sur les arbres, chaque année, se renouvellent en grande partie. Nous pourrons dire que la nature a une âme végétative et que sa chair est le sol, et ses os les ordres d’agrégations des roches qui se développent en montagnes; et ses tendons sont les tufs; son sang, les veines de l’eau; le lac de sang qui se trouve autour du cœur est la mer océane; notre respiration et l'élévation et l’abaissement du sang par les poumons, par le pouls, est, comme sur la terre, le flux et le reflux de la mer; la chaleur de l’âme du monde est le feu infus dans la terre, résidence de l’âme végétative qui en divers lieux s’exhale en eaux thermales, en mines de soufre, en volcans, à Mont Gibello de Sicile et à plusieurs autres endroits. |

715. — Écris comment les nuages se composent et comment ils se résolvent et quelle cause élève les vapeurs de l'eau dans l'air, et la cause des brouillards et-de l’air épaissi; décris de même les régions de l’air et la cause des neiges et des grêles et du resserrement de l’eau se durcissant en glace, les nouvelles figures de neige se formant en l'air, et les arbres, et le nouvel aspect de leurs feuilles dans les pays froids, et les rochers de glace et de givre qui composent de nouvelles figures d’herbes, ce givre faisant comme une rosée disposée à nourrir les susdites feuilles.

716. — La campagne paraît souvent plus grande ou plus petite qu’elle n’est; cela vient des couches d’air entre l'œil et l'horizon, et qu’il est grossier ou subtil.

Entre des horizons également lointains, celui qui se verra à travers l’air le plus épais paraîtra le plus éloigné; et celui qui apparaîtra à travers un air pur, paraîtra le plus proche.

Des objets de grandeurs inégales, vus à des distances égales, paraïtront égaux; si l’air qui est entre l’œil et ces grandeurs inégales a la même disposition d'épaisseur que les grandeurs entre elles, c’est-à-dire si l’air le plus grossier se trouve entre la moindre grandeur, la perspective des couleurs le prouve, en faisant une montagne petite au compas plus

grande qu’une colline proche de l’œil, de même qu'on voit un doigt près de l’œil couvrir une montagne, laquelle est éloignée.

717. — Les édifices des villes aperçus à travers le brouillard ou dans un air épaissi par les fumées et autres vapeurs, seront d'autant moins sensibles qu'ils seront moins élevés. Au contraire, on les distinguera mieux d’une grande hauteur.

L'air est d'autant plus épais qu'il est plus bas, et d'autant plus épuré et subtil qu’il est plus haut. La tour AF vue par l'œil N dans un air épais BF qui se divise en quatre degrés d'autant plus épais qu'ils sont plus près de terre. Moins il y a d’air entre l’œil et son objet, moins la couleur de cet objet participe à la couleur de l’air. Il s’ensuit que plus il y aura d’air entre l’œil et l’objet, plus l’objet participera à la couleur de l’air. Soit l’œil N, où concourent les cinq espèces d’air des A BCDE parties de la tour AF.

Si l'air était de même épaisseur, il y aurait la même proportion entre la couleur de l’air au pied de la tour et à sa partie B, qu’il y a de longueurentre la ligne MF et la ligne BS. La proposition précédente suppose que l'air n’est point uniforme ni également épais partout, mais d’autant plus grossier qu'il est plus bas; il faut donc nécessairement que les proportions des couleurs dont l’air prendra sa teinte aux diverses élévations de la tour BCF, excèdent la proportion des lignes, |

4 DOPAYSAGE;

parce que la ligne MF, outre qu'elle est plus longue que la ligne SB, passe encore par un air dont l'épaisseur est inégale par degrés uniformes.

718. — Les rayons du soleil passant au travers de quelque échappée de vide qui se rencontreentre les diverses épaisseurs des nues, illuminent les endroits par où ils passent, éclairent même les ténèbres et colorent de leur éclat les lieux obscurs qui sont derrière eux, et les obscurités qui restent se découvrent entre les séparations de ces rayons du soleil.

719. — Plus près de la terre ou de l’eau, l’air est plus grossier : cela prouve qu’une chose pesante s'élève moins qu'une chose légère : d’où il faut conclure par la règle des contraires qu’une chose légère s'élève davantage qu'une chose pesante.

720. — La partie d’un bâtiment qui se trouvera dans un air plus épais, se verra moins qu'aucune autre dans un air plus subtil, qui elle, au contraire, frappera le regard. Donc si on suppose que l’œil N regarde la tour AD, il verra les parties confuses selon qu'elles sont proches de la terre, et distinctes à mesure qu'elles seront plus éloignées.

721. — Les arbres et les plantes qui sont le plus ramifiés de subtils rameaux, doivent avoir des ombres moins obscures que les arbres et les plantes qui auront de plus grandes feuilles, accumulant plus d'ombre.

722. — Toute branche et tout fruit naït sur le bourgeon de sa feuille, laquelle lui sert de mère pour lui procurer l'eau de la terre et l’humidité de la rosée, qui tombe la nuit du ciel, et souvent elle le garantit de la trop grande chaleur des rayons solaires. Donc, toi, peintre, qui n’as pas cette règle pour échapper à la critique des connaisseurs, sois fervent à copier toute chose naturelle, ne dédaigne pas l'étude comme font les avides du gain.

7235. — Parmi les verdures de la campagne de même qualité, celle des plantes et des arbres paraîtra plus obscure que celle des prés. | |

724. — Plus la verdure sera obscure, plus elle approchera du bleu, parce que le bleu est composé de clair et d’obscur vus au lointain.

La véritable couleur des superficies polies et luisantes est bien difficile à discerner, tels les prés et les feuilles d'arbres qui prennent la couleur où frappe le soleil ou que l’air éclaire, de sorte que la partie frappée ne montre pas sa couleur naturelle.

Au contraire, la superficie moins polie et moins plane laisse voir sa vraie couleur.

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