AR TP RS
n’atteindront les paysages naturels éclairés par le soleil, si ces tableaux ne sont pas éclairés par le soleil.
726. — L'air proche de la terre et de l’horizon est d’un bleu pâle, l'air qui en est éloigné d’un bleu foncé. J’ai fait voir dans mon traité de perspective qu’un corps pur et subtil est moins éclairé par le soleil et renvoie moins de lumière qu’un corps grossier et opaque. Or, l’air éloigné de la terre est plus subtil que celui qui en est rapproché : l’air qui en est rapproché, est plus vivement éclairé des rayons.
727. — La montagne distante de l’œil paraîtra d'un plus bel azur qui sera d’elle-même plus obscure, et la plus obscure sera plus haute et plus boisée, car, sous les grands arbres, il y a des arbrisseaux qui paraissent obscurs, le jour d’en haut
leur étant enlevé par les grands arbres; en outre, les arbres sauvages sont d’eux-mêmes d’autant plus sombres que les arbres cultivés; les chênes les bouleaux, les sapins, les cyprès, les pins, sont plus sombres que les oliviers et autres arbres fruitiers.
La lucidité qui s'interpose entre l’œil et un noir, sera plus subtile sur une haute cime et fera sombre le plus bel azur.
Une plante paraît moins détachée du fond quand le fond est d’une couleur similaire ; le contraire aura lieu si les couleurs sont contraires l’une à l’autre.
Dans un objet blanc, le côté le plus près du noir paraîtra plus blanc, et celui le plus éloigné moins blanc, et la partie du noir plus proche du blanc paraîtra plus obscure; le contraire arrivera si elle en est éloignée.
728. — L'air se meut comme un fleuve et entraine avec soi les nuages : ainsi l’eau courante entraîne toutes les choses flottantes.
729. — Le vent est en tout semblable à l’eau dans son mouvement.
730. — Dans tous ses mouvements, l’eau a une grande conformité avec l'air.
731. — L'oiseau se fait lourd ou léger dans l’air, selon sa volonté.
732. — Comme l’homme qui s'appuie avec les pieds et les reins entre deux parois de mur pour le ramonage des cheminées, ainsi fait l'oiseau avec la découpure de la pointe de ses ailes contre l’air où elles s'appuient..
733. — Il y a autant de travail à mouvoir l'air contre la chose immobile qu’à mouvoir la chose mobile contre l'air immobile.
754. — Le mouvement de l'oiseau se propage du bord antérieur de l’aile à son extrémité : ainsi, le marin d’un coup de barre change la direction du vaisseau.
735. — Dans l'éloignement, les premiers contours qui disparaissent sont ceux qui ont des couleurs semblables, sur-
tout si ces contours sont vis-à-vis les uns des autres : si un chêne est vis-à-vis d’un autre chêne semblable, l'éloignement augmentant, on ne discernera plus les contours des couleurs moyennes dont l’une sert de champ à l’autre, comme des arbres, des champs labourés, une muraille, des masures, des ruines, des montagnes ou des rochers. Enfin, dans un extrême éloignement, on perdra de vue l’objet le plus ordinairement visible, tels que les corps clairs et les corps obscurs mêlés ensemble.
736. — Entre les objets d’égale hauteur placés au-dessus de l'œil, celui qui sera le plus loin paraïtra le plus bas; et de plusieurs choses placées plus bas que l'œil, la plus proche paraîtra la plus basse, et celles qui sont parallèles sur les côtés, iront concourir au point de vue.
737. — Dans le lointain des paysages, les objets situés près des rivières et des mares paraissent moins que ceux qui en sont éloignés.
738. — Entre des corps d’égale épaisseur, les plus proches de l’œil paraïtront moins denses, et les plus éloignés très épais.