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continue, ou ne se renouvelle qu’à certaines époques, lorsque le cheval entre en exercice, ou hien après qu’il a exercé un certain temps. Ces anciennes claudications, légères ou fortes , peuvent sigualer diverses maladies et tenir à des causes apparentes ou occultes. Ainsi, l’encastelure, le resserrement des talons, les cercles à la paroi , les quartiers déprimés , les tumeurs osseuses à la couronne, sont autant d’altérations patentes, susceptibles d’irriter le tissù réticulaire , de rendre la marche pénible et irrégulière. Parmi les causes latentes, on doit comprendre les petites exostoses placées sous les tendons , certaines excroissances intérreures de la muraille , les tuméfactions et nodus des tendons fléchisseurs, l’afl’aiblissement du ligament latéral antérieur du pied , enfin les tiraillemeus et fatigues des parties tendineuses ou ligamenteuses.
Notre dessein n'est pas de donner ici l’histoire détaillée des vieilles boiteries, qui ont leur siège dans le pied ou dans les autres parties de la région digitéc; nous ne pourrions d’ailleurs que rapporter ce qu’ont écrit sur ce sujet Chaberl et Fromage, dans le Supplément au Cours d'agriculture de Rozier. Le but priucipal de cet article est d indiquer une opération
chirurgicale , vantée par les Anglais comme un moyen thérapeutique très-eflicace dans certaines claudications. Cette opération , désignée sous le nom de névrotomie, et sur laquelle ont écrit plusieurs vétérinaires français (i), consiste dans la section ouïe retranchement d’une partie des nerfs latéraux du pied, et tend à diminuer la sensibilité des parties, à affaiblir la douleur, à rendre conséquemment la marche moins embarrassée, sans détruire cependant la cause occasionelle.
L’opération dont il s’agit s’exécute soit audessus, soit en bas du boulet. Nous verrons plus loin que l’on n’est pas plus d’accord sur le point où il serait préférable de la pratiquer que sur les cas qui peuvent la requérir des deux côtés ou ne l’exigent que d’un seul. Quel que soit l’endroit où l’on se propose d’exécuter la résection du nerf, le manuel opératoire est toujours le même; il consiste à faire d’abord à
(0 N.— F. Girard. — Recueil de médecine vétérinaire , anncc t8?-4> page 44^ et suiv.
M. Huzard fils. — Journal de médecine, vétérinaire et comparée , année 1826, page 253 et suiv,
M. Berger. — Journal pratique de médecine vétérinaire, année 1828, page 57 et Suiv
la peau une incision d’environ un pouce et demi de long , en face et dans la direction du nerf, dont nous avons donné la description, page on détache ensuite et l’on enlève avec précaution le tissu lamineux sous-jacent, de manière à découvrir le vaisseau et le nerf accolés ensemble; l’on soulève celui-ci avec une pince à dissection , et l’on passe par-dessous une aiguille à suture ou tout autre instrument quelconque, afin de pouvoir plus facilement le tirer en dehors, 1 isoler du vaisseau et en retrancher une longueur d’environ un demi-pouce. L’opération ainsi efiectuée , 1 on procède immédiatement au pansement de la plaie, dont on rapproche les bords par l’application d’un emplâtre adhésif , que 1 on contient en place avec une ligature ou quelque autre bande qne ce soit, et 1 on fait relever le cheval. On indique aussi des points de suture pour opérer l’union des lèvres de la plaie; mais je n entrevois pas la nécessité dé ces moyens pour une incision aussi simple et qui n’a guère qu’un pouce d’étendue.
L auteur de la dissertation insérée dans le Recueil de médecine vétérinaire pour 1824, et rédigée sur des notes que je tenais de M. Sewell, dit expressément que ce professeur regarde la névrotomie comme plus convenable
au-dessus du boulet, et M. Goodwin partage cette opinion. Si j’ai bien compris M. Berger, qui vit opérer M. Sewell, les 17 et 18 juillet 1826, au College vétérinaire de Londres,. Je même professeur serait aujourd’hui dans l’usage de faire l’opération au-dessus du boulet pour le coté externe, et au-dessous pour le côté interne. L’incision pratiquée au-dessus du boulet comprend tout le gros cordon, qui descend au pied et donne successivement plusieurs divisions collatérales; tandis que la névrotomie
faite au-dessous de l’articulation du paturon
»■ . • 1 % avec le canon n’entraîne la section que de la
branche postérieure qui accompagne l’artère ; la branche antérieure qui fournit des ramifications préplialangiennes reste intacte, et le nerf latéral n’est pas coupé en totalité.
M. Berger répète, d’après l’auteur de X Analyse des Leçons élémentaires de M. Petxivall sur l’Art vétérinaire (1), qu’il est essentiel de savoir choisir les sujets sur lesquels la névrotomie peut être suivie de succès. Mais -il ue nous apprend pas quels sont ces sujets de choix; il se, borne à transcrire de l’analyse précitée, '{.rte l’opération convient dans toute espèce de toilerie
.(1 ), Recueil de médecine vétérinaire pour ■
chronique flu pied ou de lu couronne, à l’exception de celles qui proviennent des pieds plais et combles. Il ajoute cependant une réflexion que je me dispenserai de transcrire, parce que , loin d’éclaircir la question , elle ne fait que la rendre plus incertaine. La traduction de l'ouvrage de M. Goodwin ne renferme pas plus de détails particuliers sur les circonstances qui peu vent requérir ou faire rejeter la névrotomie. Si, comme le dit M. Percivall, la résection des nerfs latéraux convient pour toutes les boiteries chroniques du pied, à l’exception seulement de celles qui sont occasionées par la déviation delà sole, il devient inutile de recommander si expressément le. choix des sujets. N’est-ce pas aussi affaiblir l'assertion de M. Percivall et jeter de la défaveur sur lès succès de l’opéralion , en publiant que M. Sewell et quelques autres vétérinaires anglais île soumettent le cheval à la névrotomie qu’à la dernière extrémité, cl •qué lorsque toutçs les autres ressources de lâ chirurgie ont été épuisées? L’aveu de M. Huzard fils est absolument conforme au rapport verbal que vient de nous faire M. Bay, ve'té-
ont eu lieu de faire les mêmes* remarquas pu
College vétérinaire de Londres, et d’y voir des chevaux encore boiteux après avoir subi la névrotomie.
Je me borne à ces considérations sur une opération qui offre encore beaucoup d’incertitudes , mais que je n’ai pas dû omettre dans un ouvrage spécialement consacré au pied. Je ne me permettrai aucune réflexion particulière : tous les raisonnemens et les plus belles théories doivent échouer contre les faits nombreux rapportés en faveur de la névrotomie. J’ai indiqué l’état de nos connaissances sur ce moyen thérapeutique, j’en ai fait connaître l’application, dès lors ma tâche se trouve remplie.
§ 22. La chute du sabot.
Cet accident , toujours funeste , peüt être l’effet d’une violence extérieure, de laquelle résultent le décollement subit et la Séparation complète de l’ongle d’avec les parties molles , ou bien être le résultat d’une maladie grave , telle que la fourbure , etc. ; dans le premier cas, il y a arrachement du sabot, par suite d’efforts brusques et violens que font les animaux pour se cramponner sur le pavé ou sur les pierres , d’autres fois potir retirer leur
pied engagé entre des corps durs ou dans que cavité quelconque. Nous rapporterons à l’appui de cette assertion les observations suivantes.
Le i g janvier 1808, un cheval attelé à une voiture publique, allant de Paris à Rouen -, tomba subitement sur le derrière, en glissant: dans l’effort qu’il fit pour se relever et suivre le mouvement de la voiture, les deux sabots de derrière se détachèrent et ne restèrent fixés à la couronne que par une portion de peau.
Le 23 mars 1822, un autre cheval attelé à une charrette , et passant dans une rue de Paris, se laissa prendre le pied sous la roue d’une grosse voiture chargée de farine. En cherchant à se débarrasser, il laissa son sabot engagé sous la roue, et retira Son pied tout ensanglanté.
Je n’ajouterai plus qu’un fait, que l’on m’a rapporté comme exact, et qui a été observé, en 1824, sur un mulet attelé à une voiture de roulier : en montant une montagne rapide et pavée, l’animal, quoique alongé sur les traits, reçut un violent coup de fouet, manœuvre barbare et trop ordinaire des charretiers. Cette impression inattendue l’excita à un tel effort , qu’en se cramponnant de nouveau , il se des-
sabota (i) île l’un des pieds de derrière, et périt victime de la brutalité de son conducteur.
Le décollement complet du sabot par suite de fourbure, étant le produit d’un travail morbide, ne s’effectue jamais d’une manière subite; ce mode de terminaison d'une affection primitive est toujours précédé de plusieurs phénomènes, qui se succèdent avec plus ou moins de rapidité, et que nous avons suffisamment expliqués à l’article de la fourbure.
La chute du sabot doit être considérée, dans tous les cas, comme un accident très-grave, non-seulement parce qu’elle peut entraîner la mort du sujet, mais parce qu’il devient le plus souvent impossible d’obtenir une régénération assez parfaite de l’ongle, pour que le cheval puisse rendre de nouveaux services. L’accident est-il une conséquence de l’inflammation des parties contenues, nous conseillons de ne point entreprendre la cure. En supposant même qu’il soit possible d’éviter le développement de la gangrène , les altérations qu’ont éprouvées les tissus intérieurs s’opposeront à la reproduction d’une bonne corne ; le sabot sera défectueux ,
(i) Terme vulgaire, mais qïii exprime parfaitement l’ac-
tion par laquelle l'animal se dépouille de tout son ongle.
eut relie utlra diverses compressions ; et l'animal sera impropre à tout service, si l’on en excepte la reproduction de l’espèce. Quand, au contraire, la chute de l’ongle est occasionée par un violent effort, et qu’il n’y a qu’arracliement sans lésions sensibles du tissu réticulaire, il ne faut pas désespérer de la guérison de l’animal ; mais le traitement est toujours fort long, et par conséquent dispendieux.
Le premier appareil à appliquer au pied dessaboté par arrachement de l’ongle doit se composer d’étoupes sèches ; on place d’abord une forte couche de plumasseaux, disposés méthodiquement les uns sur les autres, et que l’on fixe avec quelques tours de bande ou ligature; l’on met ensuite une seconde couche d’étoupes, sur laquelle l’on passe aussi des tours de ligature, et l’on enveloppe le tout d’une toile, que l’on assujettit fortement autour du paturon. Ce premier appareil , ayant pour but d’arrêter l’hémorrhagie, devra rester en place assez de temps pour que les vaisseaux puissent se resserrer. Le cheval, auquel on fera une forte litière , sera tenu au régime le plus sévèrg et n’aura pouf toute nourriture, jusqu’à ce que la fièvre de réaction soit apaisée, que de l’eau
blanche et de la menue paille. En procédant au deuxième pansement, dès le lendemain ou seulement le surlendemain du premier, l’on se servira d’eau tiède pour imbiber et détacher successivement les étoupes qui pourront s’être collées par le dessèchement du sang. Si , après avoir ôté quelques plumasseaux , on s’aperçoit que l’hémorrhagie n’est pas complètement supprimée, il faut appliquer de nouvelles étoupes sur les anciennes, rétablir comme il convient l’appareil , et attendre au lendemain pour essayer de l’enlever sans effusion de sang. La partie malade , étant débarrassée des étoupes du premier appareil , sera immédiatement pansée de nouveau et de la même manière que la première fois ; seulement les premiers plumasseaux seront chargés de substances grasses, comme l’onguent populéum, susceptibles d’assouplir les tissus et de solliciter la pousse de la corne. Ce mode de pansement sera renouvelé tous les jours, jusqu’à ce que la nouvelle couche d'ongle ait acquis une certaine consistance; il deviendra alors moins fréquent et d’autant plus rare , que le sabot prendra plus de force. Dans les premiers temps, on aura la précaution de ne pas laisser les parties vives découvertes et exposées à l’action de l’air, qui
est capable de les irriter et de contrarier la guérison. Après chaque application des étoupes, on aura aussi l’attention de graisser toute la couronne, même le paturon, afin de favoriser la régénération du sabot. Si l’état du pouls indique une évacuation sanguine, la saignée sera pratiquée à la jugulaire et renouvelée suivant les besoins. Il importe également d’entretenir constamment la souplesse des parties , jusqu’au rétablissement presque complet du sabot, qui peut devenir défectueux par la moindre influence fâcheuse.
Ces exemples de régénération parfaite de l’ongle sont en général très-rares, parce que les propriétaires font ordinairement sacrifier les animaux dessabotés, et que les vétérinaires ont par cela même peu d’occasions de suivre le traitement de ces sortes d’accidens. Parmi le petit nombre de cures en ce genre, nous n’en citerons qu’une seule, obtenue, en 1818, par M. Bouley jeune, vétérinaire distingué à Paris. Un cheval appartenant à M. Renaült, cultivateur à Yvry, département de la Seine , eut le sabot arrâché en cherchant à débarrasser son pied pris sous la roue d’nne grosse voiture.
M. Bouley, appelé. le jour même, employa les moyens ci-dessus prescrits, et ses soins furent
couronnés d’un plein succès. Au bout de six mois, l’animal se trouva en état de labourer, quelques mois plus lard il ne boitait plus; il travaillait comme les autres chevaux, son sabot ne laissait apercevoir aucune trace d’altération et ne présentait aucune différence d’avec le pied opposé.
§ a3. Le déchirement des ligamens articulaires et tendineux.
Ces sortes de lésions , en général moins' graves que la chute du sabot , peuvent cependant avoir les suites les plus fâcheuses , estropier le cheval et devenir incurables. Parfois elles dépendent d’un corps vulnérant , qui pénètre le pied et s’enfonce profondément; d’autres fois elles sont occasionées par un ulcère rongeant dont on ne borne pas les progrès; • elles peuvent aussi être une suite d’opérations pratiquées sans précautions ou sans connaissances anatomiques. Ainsi, les clous de rue pénétrans atteignent souvent le tendon perforant, le traversent même et l’offensent plus ou moins. 11 est d’observation constante que, dans quelques cas de plaies ulcéreuses, la matière attaque et détruit soit en totalité, soit en partie, les ligamens articulaires contre lesquels
elle séjourne (i). Les chicots, qui atteignent les chevaux de chasse, traversent parfois les talons et vont blesser les tendons fléchisseurs. Si le perforant est très-endommagé et que le cheval continue à marcher vivement, le déchirement du tendon ne tarde pas à devenir complet. Cet accident, signalé par Lafosse, peut se guérir avec du temps et des soins; mais il exige la dessolure, que cet auteur considère comme indispensable. Le tendon s’exfolie, s’accole à l’os de la couronue, finit par se souder avec lui et par y contracter de nouveaux points d’implantation.
§ 24. Les fractures de l'os du pied.
Elles sont rares, toujours fort graves, et le plus souvent funestes au cheval, dans lequel elles surviennent et dont elles occasionent l’abatage. Ces solutions de continuité ne se font distinguer ni par la crépitation des pièces os r seuses, ni par l’altération dans les formes de la partie, et elles 11e donnent d’autres signes pathognomoniques que la persistance deladouleur
(1) Feu Moreau, vétérinaire; à Paris, a eu oeçasion d’oli-
, server la chute du petit sésanioïde , détaché des parties en-
vironnantes, au troisième pansement d'une plaie.
et delà chaleur dans toute l'étendue du pied. Elles se font toujours de haut en bas, partagent le plus ordinairement l’os en deux parties presque toujours inégalés, et elles sont le plus souvent incomplètes. Comme le sabot tient ces parties fracturées dans un contact permanent, elles finissent par se réunir intimement, et l’os se rétablit avec le temps dans son intégrité.
Pour favoriser la formation du cal, lui donner la liberté de s’étendre, il convient de dessoler le pied , de panser et de gouverner la plaie comràe dans la dessolure simple, pratiquée à la suite d’un clou de rue. On doit aussi avoir soin d’entretenir la souplesse de l’ongle par le moyen des corps gras ou mucilagineux; on peut même, avant l’opération , râper et amincir la corne de la paroi, de manière à ce qu’elle puisse se prêter elle-même au travail qui s’établit dans l’os fracturé. Après avoir subi ce genre d’altération, la muraille ne doit pas demeurer exposée à l’action de l’air , qui la dessécherait promptement, la resserrerait et compliquerait d’autant la maladie principale. Il importe donc de tenir la partie toujours couverte de corps gras, dont on enduira aussi la couronne.
En général , ces accidens sont long-temps à guérir j mais, avec des soins bien suivis et bien
entendus, ils finissent par se dissiper complètement ; le cheval redevient droit et aussi solide sur ce pied qu’avant la fracture. Après la dessolure , on tient l’animal en repos sur une bonne litière, et pendant tout le temps nécessaire pour que la soudure puisse être bien consolidée et que la marche ne produise pas une nouvelle désunion des parties (i). Lorsque l’on juge les pièces fracturées assez fortement réunies pour que l’on n’ait pas à craindre cette nouvelle séparation , l’on soumet le cheval à une promenade, que l’on augmente de jour eu jour, et l’on finit par le mettre au labour, d’où on ne le retire que lorsqu’il ne boite que très-légèrement. Dans tous les os quelconques , la formation du cal donne toujours lieu à un calus plus ou moins grand , et qui dépend d’une matière , osseuse accumulée autour des pièces fracturées. Cette callosité de l’os du pied comprime le vif, l’irrite, y entretient une douleur qui fait boiter le cheval ; elle produit cet effet jusqu’à ce que , par le travail établi dans la partie, elle se soit détruite, et que l’os lui-même ait repris son intégrité première.
(i) Lafosse dit que l’on doit tenir le cheval en repos et
sans le faire marcher pendant su semaines.