‹ Traité du Saint-Esprit (volume 2)Chapitre 16 sur 55 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

(autre suite du précédent.)

Nouveau trait de parallélisme entre la Cité du bien [et la Cité du mal. — Comme les bons anges, des démons sont députés à chaque nation, à chaque ville, à chaque homme, à chaque créature. — Remarquables passages de Platon, de Plu tarque, de Pausanias, de Lampride, deMacrobe : évocations des généraux romains. — Nom mystérieux de Rome. — Nature et étendue de Faction des démons. — Preuves : l'Écriture, la théologie, l'enseignement de l'Église. — Le Rituel et le Pontifical. — La raison. — Ils peuvent semettre en rapport direct avec l'homme. — Les pactes, les évocations. — Le bois qui s'anime et qui parle. — Important témoignage de Tertullien.

« Il paraît par les saintes Lettres, dit Bossu et, que Satan et les anges montent et descendent. Ils montent, dit saint Bernard (1), par l'orgueil, et ils descendent contre nous par l'envie : Ascendit studio vanitatis, descendit livore malignitatis. Ils ont entrepris de monter, lorsqu'ils ont suivi celui qui a dit : Ascendant, je m'élèverai et je me/endrai égal au Très-Haut. Mais leur audace étant repoussée, ils sont descendus, pleins de rage et de désespoir, comme dit saint Jean dans l'Apocalypse : 0 terre ! ô mer ! malheur à vous, parce que le diable descend à vous, plein d'une grande colère : Vœ terrœ et mari, quia descendit diabolus ad vos, habens iram magnam (2). »

En effet, par un nouveau trait de parallélisme et qui

(4) In Ps. Qui habitat., Ser. xii, n.2.

(2) Apoc, xn, 12. — Bossuet, Ser. sur les SS. anges.

n'est pas le moins redoutable, Faction générale des démons s'individualise comme celle des bons anges. Dans son infinie bonté, Dieu a donné à chaque royaume, à chaque ville, à chaque homme un ange tutélaire, chargé de veiller sur eux et de les diriger vers leur fin dernière, qui est l'amour éternel du Verbe incarné. De môme, dans son implacable malice, Satan députe à chaque nation, à chaque ville, à chaque homme, dès qu'ils existent, un démon particulier, chargé de les pervertir et de les associer à sa haine du Verbe incarné (1).

Fondée sur le parallélisme rigoureux des deux Cités, cette délégation satanique est un fait d'histoire univers selle. Les païens en avaient une pleine connaissance. Non-seulement ils savaient qu'à chaque ville, à chaque armée, à chaque peuple présidaient des divinités particulières; ils savaient déplus qu'on pouvait, au moyen de certaines formules mystérieuses, évoquer ces dieux et les attirer dans le camp ennemi. Delà, les usages dont nous allons parler.

Chez les différents peuples de l'Orient et de l'Occident, on enchaînait les statues des dieux, afin que l'évocatioi* ne pût les tirer de leur sanctuaire et leur faire abandonner le royaume ou la ville placés sous leur protection. « Les statues de Dédale, dit Platon, sont enchaînées. Quand elles ne le sont pas, elles s'ébranlent et se sauvent; quand elles le sont, le Dieu demeure à sa place (2). »

(i) Sicut enim cuilibet homini a nalivitate assignatur a Dco angélus bonus ad custodiam ; ita eidem a Lucifero angélus malus ad tentationem. Et sicut cuilibet regno assignatur a Deo angélus bonus ad tutelam, quasi prœses; ita eidem a Lucifero assignatur angélus malus prœses, qui regni statum turbet et evertat. Corn, a Lap., in Dan., x, 13.

(2) Dœdali signa nisi religata fuerunt, abire et fugam arripere;

Pausanias rapporte qu'il y avait à Sparte une trèsvieille statue de Mars, attachée par les pieds. « En rattachant ainsi, dit le grave historien, les Spartiates avaient voulu avoir ce dieu pour défenseur perpétuel de leurs personnes et de leur république, et, le prenant comme à leurs gages, l'empêcher de jamais déserter leur cause (1). » Ces faits et beaucoup d'autres du même genre prouvent que les païens croyaient à la puissance de l'évocation. Ils ne se trompaient pas. C'était la contre-façon anticipée des statues chrétiennes qui ont changé de place. « On vit, dit Lampride, dans le Forum, les pas des dieux qui s'en allaient (2). »

Et Plutarque : « Les Tyriens s'empressèrent d'attacher leurs dieux. . . , lorsque Alexandre vint assiéger leur ville. En effet, un grand nombre d'habitants crurent entendre, en songe, Apollon disant : Ce qui se fait dans la ville me déplaît , et je veux aller chez Alexandre. C'est pourquoi, agissant à son égard, comme à l'égard d'un transfuge qui veut passer à l'ennemi, ils enchaînèrent la statue colossale du dieu, la clouèrent à la base, en l'appelant lui-même Alexandriste (3). » Sur cette croyance universelle est fondée la conduite de Balac, appelant Balaam pour maudire Israël ; et ce mot, moitié juif et moitié païen, de l'historien Josèphe : « Quelque temps avant la ruine de Jérusalem, dit-il, on entendit dans le temple une voix qui disait : Sortons d'ici ; Migremus hinc (4).

ubi vero revincta sunt, consistera. In Menone, apud., Philipp. Came- Tar.y Médit, hist., pars, h, c. ix, p. 31, édit. Francof., 1650.

(1) Ibid., c. x, p. 37,

(2) Visa sunt vestigia deorum in Foro exeuntia. In Commod.

(3) In Alexand.

(4) Môme coutume d'enchaîner les dieux en Amérique. Camer. ubi supra.

Il était également connu que les dieux demeuraient immobiles et l'évocation sans effet, si Ton ne prononçait le nom propre, le nom mystérieux de la ville ou du lieu dont on voulait les faire sortir (1).

Cette tradition, commune à l'Orient et à l'Occident, se résume dans un double fait qui illumine toute une face de l'histoire romaine. Macrobe rapporte ce vers de Virgile : « Ils sortirent tous de leurs sanctuaires et de leurs autels abandonnés, les dieux tutélaires de cet empire. » Puis il ajoute : « C'est tout ensemble du fond de la plus haute antiquité romaine et du secret, des mystères les plus cachés, qu'est sortie cette parole. En effet, il est constant que toutes les villes sont sous la garde de quelque dieu ; et la coutume des Romains, coutume secrète et inconnue du vulgaire, est, lorsqu'ils assiègent une Tille dont ils ont l'espoir de s'emparer, d'en évoquer, au moyen d'un charme, carmen, les dieux tutélaires. Sans cela, ou ils ne croiraient pas pouvoir prendre la ville, ou ils regarderaient comme un crime d'en faire les dieux prisonniers. Voilà pourquoi les Romains eux-mêmes ont voulu et que la divinité protectrice de Rome, et le nom mystérieux de leur ville fussent, complètement inconnus, même des plus savants. L'évocation qu'ils avaient faite souvent contre leurs ennemis, ils ne voulaient pas qu'une indiscrétion permît à personne au monde de la faire contre eux (2) . »

(1) Spiritus enim nunquamejiciuatur, nisi nomea loci proprium audiant... et hoc pacto nulla unquam spirituum (Romœ) evocatio fieri potuit. Camer., ibid., c. x, p. 37.

(2) Excessere omnes, adytis arisque relictis, Di quibus imperium hoc steterat.

Et de vetustissimo Romanorum more Jet de occultissimis sacris vox ista prolata est. Constat enim omnes urbes in alicujus dei esse tutela, moremque Romanorum arcanum et multis ignotum

Le vrai nom, le nom mystérieux de Rome, n'était pas Rome : c'était Valentia, nom à peine connu de quelques initiés, à qui il était défendu sous peine de mort de le révéler. Varron, Pline, Solin, nous apprennent qu'un tribun du peuple, Valérius Soranus, l'ayant un jour prononcé, fut immédiatement mis en croix (1).

« Quant à la formule d'évocation, continue Macrobe, la voici telle que je l'ai, trouvée dans le livre cinquième* des Choses cachées, de Sammonicus Serenus. Lui — même déclare l'avoir puisée dans un très-ancien livre d'un certain Furius. Lorsque le siège est formé, l& général romain prononce ce charme évocateur des dieux : « Dieu ou déesse, qui que tu sois, protecteur de ce peuple et de cette ville ; toi surtout à qui la garde de ce peuple et de cette ville a été spécialement confiée, je vous prie, je vous honore, je vous conjure de déserter ce peuple et cette ville ; d'abandonner leurs terres, leurs temples, leurs sacrifices, leurs habitations et de vous en éloigner ; d'oublier ce peuple et cette ville et de répandre sur eux la crainte et l'épouvante ; après être sortis, de venir à Rome, chez moi et chez les miens, et de donner vos préférences et vos faveurs à notre pays, à nos temples, à nos sacrifices, à notre ville; d'être désormais mes protecteurs, ceux du peuple ro-

fuisse, ut, cum obsiderent urbem hostium eamque jam capi posse confiderent, certo carminé evocarent tutelares deos : quod aut aliter urbem capi posse non crederent, aut, si posset, nefas œslimarent deos habere captivos. Nam propterea ipsi Romani et deum in eujus tutela urbis Roma est, et ipsius urbis latinum nomen ignotum esse voluerunt... Ipsius vero urbis nomen eliam doctissimis ignotum est, caventibus Romanis ne, quod saepe adversus urbes hostium fecisse se noverant, idem ipsi quoque hostili evocatione paterentur, si tutelœ suœ nomen divulgaretur. Saturn., lib. III, c. u.

(I) Pierius, In hieroqL, lib. XXXVI., opud.Camerar., pars, n, c. iv, p. 31.

main et de mes soldats, de manière à ce que nous en ayons la preuve certaine. Si vous le faites ainsi, je vous voue des temples et des jeux. »

« En prononçant ces paroles, on offrait des victimes et on interrogeait leurs entrailles sur le succès de l'évocation (1). »

Après la formule d'évocation venait la formule de dévouement. Elle avait pour but de livrer aux dieux ennemis la ville ou l'armée, privée par l'évocation, de ses dieux tutélaires. Plus solennelle que la première, elle était réservée exclusivement aux dictateurs et aux commandants en chef des grands corps d'armée (2).

(i) Est autem carmen hujusmodi, quo dii evocarrtur cum oppugnatione civitas cingitur : Si. Deys, Si. Dea. est. cvi. popolvs. civitasqve. (ici le nom de la ville) est. in. tvtela. te. qve. maxime, ille.

QVI. VRBIS. HVJVS. POPOLI. QVE. TVTELAM. RECEPIST1. PRECOR. VENEROR. QVE. VENIAM. QVE. A. VOB1S. PETO. VT. VOS. POPOLVM. CIVTTATEM. QVE. DKSERATIS. LOCA. TEMPLA. SACRA. VRBEM. QVE. EOVRVM. REL1NQVATIS. AB- SQVE. BIS. ABEATIS. El. QVE. POPOLO. CI VIT ATI. QVE. METVM. FORM1DINEM. OBLIVIONEM. INJICIATIS. PRODITI. QVE. RûMAM. AD. ME. MEOS. QVE. VE- NIATIS. NOSTRA. QVE. VOB1S. LOCA. TEMPLA. SACRA. VRBS. ACCEPTIOR. PROBATIOR. QVE. SIT. MIHI. QVE. POPOLO. QVE. ROMANO. MILIT1BVS. QVE. MEIS. PBAEPOSITI. SITIS. VT. SCIAMVS. INTELLIGAMVS. QVE. SI. 1TA. FECE-

arris. voveo. vobis. templa. lvdos. qve. factvrvm. Macrob. , SaturnaL lib. III, c ix.

(2) Eq voici le texte : Dis. pater. ve. jovis. mânes, sive. vos. qvo.

-ALIO. NOMINE. FAS. EST. NOMINARE. VT. OMNES. ILLAM. VRBEM. (le nOUl

de la ville), exercitvm. qve. qvem- ego. me. sentio. dicere. fvga. for-

MIDINE. TERRORE. QVE. COMPLEATIS. QVI. QVE. ADVERSVM. LEGIONES. EXER- CITVM. EOS. HOSTES. EOS. QVE. HOM1NES. VRBES. A GROS. QVE. EORVM. ET. QVI. IN. HIS. LOCIS. REGIONIBVS. QVE. AGRIS. VRBIBVS. VE. HABITANT. ABDVCATIS. LVMINE. SVPERO. PRI VETIS. EXERCITVM. QVE. HOSTIVM. VRBES. AGROS. QVE.

EORVM. QVOS. ME. SENTIO. DICERE. VTI. VOS. EA8. VRBES. AGROS. QVE. CA-

PITA. AETATES. QVE. EORVM. DEVOTAS. CONSECRATAS. QVE. HABEATIS. 1LLIS.

LEGIBVS. QVIBVS. «QVANDO. QVE. SVNT. MAXIME. HOSTES. DEVOTI. EOS. QVE.

EGO. VICARIOS. PRO. ME. F1DE. MAGISTRATV. QVE. MEO. PRO. POPOLO. RO- I. 15

« Dans les temps anciens, ajoute Macrobe, voici les villes que je trouve dévouées de cette manière : Tonies, Frégelles, Gabies, Véies, Fidène, en Italie; à Fétranger, outre Garthageet Corihthe^ une foule d'armées et de villes ennemies, dans les Gaules, daûs les Espagne*, en Afrique, chez les Maures, et chez les autres tions (1). » '

Ainsi, la première opération d'un général romain, quel que fftt son nom, Paul-Émile, César ou Pompée., en mettant le siège devant une ville, ou sur le point de livrer bataillé, était d'appeler à lui les dieux: protecteurs de l'armée ou de la ville ennemie. Que diront beaucoup de bacheliers en apprenant ce fait, que dix années d'études païennes leur laissent ignorer? Ils souriront peutrêtre. Mais rire d'un fait n'est pas le détruire. Or, la croyance à la délégation spéciale des démons est Un fait qui a pour témoins , pendant mille ans, les Camille, les Fabius, les Scipion, les Paul- Émile, les Marcellus, les César. Ici le rire sied d'autant moins, qu'il ne s'agit ni des Pères de l'Église, ni des saints, ni des hommes du moyen âge, à là foi simple et ndive ; il s'agit d'hommes que les lettrés regardent comme dés êtres presque surhumains, par le sérieux du caractère, par la solidité de la raison, par la maturité des conseils, par la supériorité des talents mi-.

Ajoutons que l'usage de cette évocation décisive

MANO. EXERCITIBVS. LEGIONIBVS. QVE. NOSTRIS. DO. DEVOVEO. VT. ME. ME A 11. QV£.' FIDEM. IMPERIVM.. QVE» LEGIONES. EXERCITVM. QVE. NOSTRVM. QVI. IN. H1S. REBVS. GKRYND1S. SVNIV BENE. SALVOS. SIVERITIS. ESSE, SI. HAEC. 1TA. FAX1TJS. VT. EGO. SCTAM. SENTIAM. INTELUGAM. QVE. TVNC QVISQVIS. HOC. VOTVM. FAXIT. VBI. VBI. FAXIT. BECTE. FACTVM. ESTO. OV1BVS. ATBIS. TRI- BVS. MATER. TE. QVE. JYPITER. OBTESIÛR. MoCTOb., Sdtumal., LUI, C. IX.

(1) Ibid.

ne venait pas d'eux. Les oracles les plus mystérieux rayaient révélé; toute l'antiquité l'avait pratiqué avec une fidélité constante. D'ailleurs, en y réfléchissant, on voit que cette évocation rentrait à merveille dans la destinée de Rome païenne. Satan voulait Rome pour capitale. Or, qui veut la fin veut les moyens. Il est donc très-naturel qu'il ait enseigné aux Romains la manière de désarmer leurs ennemis, c'est-à-dire de les destituer du secours des démons, que lui-même leur avait délégués. Tous les démons subalternes ne devaient-rils pas céder devant les ordres de leur roi ; et, en cédant, contribuer à la formation de son .empire?

Que les Romains aient reconnu l'efficacité de cette évocation, toute leur histoire le démontre. Sans cela, tous leur* grands hommes l'auraient-ils si constamment et si mystérieusement pratiquée? Auraient-ils invariablement attribué leurs victoires à la supériorité des dieux de Rome? Auraient-ils,, sous peine de mort, défendu de révéler le nom du dieu protecteur de leur cité? Par une exception unique dans l'histoire, auraient-ils religieusement apporté à Rome, logé dans des temples somptueux, honoré par des sacrifices et par les jeux du cirque ou de l'amphithéftre, les dieux des nations vaincues? Que faisaient les généraux victorieux par toutes ces démonstrations, autrement inexplicables ? Ils accomplissaient leurs vœux ; ils remerciaient de leur complaisance les dieux des nations vaincues ; ils payaient la dette du peuple romain. Celui-ci ne l'ignorait pas. Le fait était si connu, que le poëte le plus populaire de l'empire, interprétant la foi commune, remerciait publiquement Jupiter Capitolin, dont la puissance souveraine avait évoqué les

dieux des ennemis et donné la victoire à son peuple (1). Voilà pour les démons députés aux villes et aux royaumes. La délégation de quelqu'un de ces êtres malfaisants à chaque homme en particulier n'est ni moins certaine ni moins connue des païens. « Les démons, dit Jamblique, ont un chef qui préside à la génération. A chaque homme il envoie son démon particulier. A peine investi de sa mission, celui-ci découvre à son client et le culte qu'il demande, et son nom, et la manière de l'appeler. Tel est l'ordre qui règne parmi les démons (2). » Ainsi, le démon familier de Pythagore, de Numa, de Socrate, de Virgile et de tant d'autres, dont parle l'histoire, n'est pas une exception. C'est un fait qui n'a d'exceptionnel que l'éclat plus marqué dont il est environné. Par lui-même il révèle l'existence d'un système général, connu du paganisme: comme sur les flancs du Vésuve, la fumarole brûlante annonce avec certitude le voisinage caché du volcan.

L'enseignement de Jamblique est confirmé par un curieux témoignage de Tertullien. « Tous les biens apportés en naissant, dit ce Père, le même démon qui les envia dans l'origine, les obscurcit maintenant et les corrompt, soit afin de nous en cacher la cause, ou de nous empêcher d'en faire l'usage convenable. En effet, quel est l'homme à qui ne soit pas attaché un défi) (Virgilius) ut, prœter evocationem, etiam vim devotionis ostenderet, in qua praecipue Jupiter, ut diximus, invocatur, ait : ...Férus omnia Jupiter Argos, Transtulit. Macrob*, SaturnaL, 1. III, c. ix. (2) Quare et in dœmonibus unus quidam dux eorum, qui circa generationem obtinet principatum. Dsemonem* suum ad unumquemque demittit. Postquam igitur adest unicuique suus, tune et congru u m sibi cuitum pandit, nomenque suum modumque invocations suse proprium patefacit. Hic est ordo dœmonum. De myst. jEgypt.,?. 471.

mon, oiseleur des âmes en embuscade sur le seuil, même de la vie, ou appelé par toutes les superstitions qui accompagnent l'enfantement ? Tous ont l'idolâtrie pour sage-femme : Omnes idololatriâ obstetrice noscuntur.

a C'est elle qui enveloppe le ventre des mères de bandelettes fabriquées chez les idoles, et qui consacre leurs enfants aux démons. C'est elle qui, pendant l'enfantement, fait offrir les gémissements à Lucine et à Diane. C'est elle qui, pendant toute la semaine, fait brûler de l'encens sur l'autel du Génie de l'enfant : Junon pour les filles, Génie pour les garçons. C'est elle qui, le dernier jour, fait écrire les destins de l'enfant et sous quelle constellation il est né, afin de connaître son avenir. C'est elle qui, dès la première déposition de l'enfant sur la terre, fait un sacrifice à la déesse Statina.

« Quel est ensuite le père ou la mère qui ne voue pas aux dieux un cheveu ou toute la jeune chevelure de son fils, qui n'en fait pas un sacrifice pour satisfaire sa dévotion particulière, ou celle de sa famille, ou celle de sa race, ou celle du pays auquel il appartient ? C'est ainsi qu'un démon s'empara de Socrate encore enfant, et que des Génies, qui est le nom des démons, sont députés à tous les hommes : Sic et omnibus gémi deputantur, quod dœmonum nomen est (1). »

L'ange gardien de chaque homme, de chaque royaume, de chaque province, de chaque communauté, n'est pas envoyé au hasard par le Roi de la Cité du bien ; il est choisi en vue des besoins particuliers de l'individu ou de l'être collectif confié à sa sollicitude.

(0 De anima, c xxxix.

C'est ainsi que dans un État bien ordonné, on n'élève pas aux emplois publics des hommes incapables d'en remplir les devoirs. On les donne à cetfx qui présentent les capacités nécessaires &li succès 4e leur mission. Avec une habileté infernale, ici encore Satan contrefait la Sagesse éternelle. Sans doute il ne possède pas, comme Dieu, le pouvoir de lire au fond des cœurs ; mais il amille moyens de connaître, parles signes extérieurs, les dispositions bonnes ou mauvaises de chaque homme, le fort et le faible de chaque peuple; et il députe à l'un et à l'autre le démon qu'il faut pour les perdre.

Il en a de tous les caractères et de toutes les aptitudes, de manière à fomenter chaque passion et surtout là passion dominante. L'Écriture est effrayante, lorsqu'elle en donne la nomenclature. Elle nomïfce, entre autres, les Esprits de divination ou pythoniques, Spiritus divinationis, séducteurs du monde, révélateurs de secrets et diseurs d'oracles. Les Esprits de jalousie, Spiritus zelotypiœ, qui jettent dans les âmes les sentiments de Cain contre Abel, ou des Juifs contre Notre- Seigneur. Les Esprits de méchanceté, Spiritus nequam, qui inspirent toutes les noirceurs. Les Esprits de mensonge, Spiritus mendacii, maîtres de l'hypocrisie, riégateurs audacieux de la vérité connue, aujourd'hui plus nombreux et plus puissants que jamais.

Les Esprits des tempêtes,* Spiritus procellarum, à qui le monde est redevable des ouragans, des trombes, des grêles, des naufrages et des bouleversements physiques, si fréquents surtout dans l'histoire moderne. Les Esprits de vengeance, Spiritus ad vindictam, qui, substituant la loi de haine à la loi de charité, allument les guerres, provoquent les rixes et conduisent à l'assassinat sous toutes les formes. Les Esprits de fornication,

Spirùus fornicationis, qui font de l'innocence leur mets favori. Les Esprits immondes, Spir\tus immundu$, dont l'étude consiste à effacer o&ns l'homme jusqu'aux derniers vestiges de l'image du Verbe incarné, en le faisant descendre au-dessous de la bête. Des Esprits de maladie, Spvritus infirmùatis, qui affligent l'homme dans son corps, pendant que leurs confrères tuent son âme ou la déchirent de blessures»

Fondée sur le texte sacré, toute la tradition est unanime à proclamer l'existence de cette guerre individuelle et incessante des Esprits de ténèbres contre chaque homme et contre chaque créature. Un des témoins les plus compétents, saint Antoine, disait: « Comme, dans une armée, tous les soldats ne combattent pas de la même façon ni avec les mêmes armes.; ainsi, parmi les démons, les rôles sont partagés . Leur malice prend toutes les formes : autant de vertus, autant de genres d'attaques (1). »

Serenus ajoute : « Nous devons savoir que tous les démons n'inspirent pas aux hommes les mêmes pas-* sions ; mais chaque démon est chargé d'en inspirer une en particulier. Les uns se plaisent dans les immodesties et les souillures de la volupté ; les autres, dans les blasphèmes. Ceux-ci sont enclins à la colère et à la fureur; ceux-là aiment la sombre tristesse. Il en est qui préfèrent la bonne chère et l'orgueil. Chacun travaille à jeter son vice favori dans le cœur de l'homme.

« Qu'il y ait dans les esprits immondes autant de passions qu'il y en a dans les hommes, la preuve n'est pas douteuse. L'Écriture ne nomme-t-elle pas les défi) Diversa et partita dœmonum nequitia est... atque omnes pro virium facultate di versa corUra singulas causas seu virtutes sumpsere cer lamina. S. Athan., in Vil. S. Anton.

mons qui allument les feux du libertinage et de la luxure, lorsqu'elle dit : L 'esprit de fornication les séduisit, et ils forniquèrent loin de Dieu? Ne parle-t-elle pas également de démons du jour et de démons de la nuit? Ne signale-t-elle pas parmi eux une variété qu'il serait trop long de faire connaître en détail? Rappelons seulement ceci : il en est que les Prophètes nomment centaures, lamies, oiseaux de nuit, autruches, hérissons. Les Psaumes en désignent d'autres sous les noms d'aspics et de basilics. L'Évangile en appelle d'autres lions, dragons, scorpions, princes de l'air. €roire que ces noms divers sont donnés au hasard et sans motif serait une erreur. Par les qualités de ces bêtes plus ou moins redoutables, le Saint-Esprit a voulu nous marquer, dans leur variété infinie, la férocité et la rage des démons (1). »

La même guerre s'étend à toutes les parties du monde visible et à chacune des créatures qui le composent. C'est encore un fait de croyance universelle, fondé sur le parallélisme des deux Cités. Ennemi implacable du Verbe, Satan le poursuit dans tous ses ouvrages. Partout où le Roi de la Cité du bien a placé un de ses anges pour conserver et ennoblir, le Roi de la Cité du mal envoie un de ses satellites pour détruire et corrompre. De là vient que l'antagonisme est dans toutes les parties de la création, et qu'on peut en toute assurance affirmer des mauvais anges ce que les Pères de l'Église, saint Augustin en particulier, disent des

(4) Quae vocabula non sine causa nec fortuite* indita illis debemus accipere, sed significatione istarum fer arum, quae apùd nos vel minus noxiœ, vel magis perniciôsœ sunt, illorum ferocitates rabiesque distingui. Collât. VII, c. xvu; et Collât. XXXII.— En quel sens toutes les passions se trouvent dans les démons, voir S. Thomas, i p., q. lxiii, art. 2, corp.

bons anges : Il n'y a pas de créature visible en ce monde, qui n'ait un démon spécialement délégué pour la tenir captive, pour la souiller et la rendre hostile au Verbe incarné, et nuisible à l'homme : Unaquœque r esvisibilis in hoc mundo angelicam potes tatem habet sibi prœposùam.

Cette lutte générale et individuelle, ou, pour mieux dire, corps à corps, de Satan et de ses anges, contre le Verbe incarné et contré chacune de ses œuvres, est affirmée de la manière la plus authentique par l'Épouse du Verbe lui-même, la sainte Église catholique, mattresse infaillible de la vérité. L'affaiblissement progressif de la foi sur ce point fondamental ne nous permet pas de taire des enseignements aussi graves qu'ils sont oubliés. Dépositaire de tous les mystères du inonde moral et de toutes les traditions vraies de l'hirmanité, la mère des nations civilisées n'a rien de plus à cœur que de tenir toujours présentes à l'esprit de ses enfants les redoutables vérités dont une Providence attentive avait pris soin de conserver la connaissance, même aux peuples païens.

« Autrefois, nous dit-elle par la bouche des Pères, les démons trompaient les hommes en prenant différentes formes ; et, se tenant au bord des fontaines et des fleuves, dans les bois et sur les rochers, ils surprenaient par leurs prestiges les mortels insensés. Mais depuis la venue du Verbe divin, leurs artifices sont impuissants, le signa de la croix suffit pour démasquer toutes leurs fourberies (1). » Signaler la présence de ces êtres malfaisants, là ne se borne pas la sollicitude de l'Église. Grâce à la puissance qui lui a été

(1) Saint Atharuylib. de Incarnat. Ver bi; voir aussi Origène et saint Aug.j etc., cités plus haut.

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