‹ Traité du Saint-Esprit (volume 2)Chapitre 23 sur 55 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

(AUTRE SUITE DU PRÉCÉDENT

Nouveau trait de parallélisme entre la religion de la Cité du bien et la religion de la Cité du mal : la manducation de la victime. — L'anthropophagie : sa cause. — Lettre d'un missionnaire d'Afrique : histoire d'un sacrifice humain avec manducation de la victime. — Autres témoignages. — L'anthropophagie chez les anciens : preuves. — Autre trait de parallélisme : le sacrifice commandé par Dieu et par Satan. — Preuves de raison. — Témoignage d'Eusèbe. — Tyrannie de Satan pour obtenir des victimes humaines : passages de Denys d'Halicarnasse et de Diodore de Sicile.

Ce n'est pas seulement dans l'institution du sacrifice, que le roi de la Cité du mal contrefait le roi de la Cité du bien : il le singe encore dans les circonstances qui l'accompagnent et dans l'inspiration mystérieuse qui le commande.

On connaît les purifications, les abstinences, les préparations qui, dans la Cité de Dieu, ont toujours précédé l'offrande du sacrifice. On connaît également les transports de joie, les chants, les danses, la musique sacrée, qui l'accompagnaient chez l'ancien peuple de Dieu, ainsi que l'allégresse et la pompe dont le peuple nouveau l'accompagne dans les grandes solennités.

Inutile de prouver que tout cela se retrouve intact, bien que défiguré, dans la Cité du mal. Le fait est connu de quiconque a la plus légère notion de l'antiquité païenne (1). 11 en est un autre qui nous semble

(1) Voir entre autres Theatrum magnum vitœ humanœ, art. Sacerdotes.

demander une explication particulière. De toutes les conditions du sacrifice, la plus universelle , parce qu'elle est la plus importante, est la participation à la victime par la maûdu cation. On a vu que cette manducation est matérielle, morale ou figurative. A l'imitation du vrai Dieu, Satan la veut pour lui-même. Comme il exige des victimes humaines, souvent il exige de ses adorateurs la participation à l'abominable sacrifice, par une manducation réelle. De là, l'anthropophagie.

Que l'anthropophagie, engénéral, soit due à une inspiration satanique, il est, ce nous semble, facile de le prouver par un raisonnement péremptoire. L'anthropophagie est un fait. Tout fait a une cause. La cause de l'anthropophagie est naturelle ou surnaturelle.

Naturelle, si elle se trouve dans les instincts de la nature ou daiis les lumières de la raison. Or, les instincts de la nature portent si peu l'homme à manger l'homme, que, dans une ville assiégée, par exemple, ou sur un bâtiment privé de tout moyen de subsistance, ce n'est qu'à la dernière extrémité, et avec une répugnance extrême, que l'homme se décide, pour sauver sa vie, à se nourrir de la chair de son semblable.

Dans ses lumières, la raison ne trouve rien qui cûvût mande, qui approuve, à plus forte raison, qui gloriôe une pareille action. Que dis-je? c'est à peine si elle parvient à l'excuser. Ainsi personne qui n'éprouve un sçjir timent d'horreur en lisant dans l'histoire les faits , heureusement assez rares d'antropophagie, alors même qu'ils semblent commandés par les circonstances. On plaint, on déplore : mais applaudir, jamais.

Si la cause de l'anthropophagie n'est pas naturelle, elle est donc surnaturelle. Il y a deux surnaturels, le surnaturel divin, et le surnaturel satanique. Est-ce

dans le premier que nous trouvons la cause de l'anthropophagie ? Évidemment non, Dieu la condamne. A moins d'admettre un effet sans cause, il reste donc à l'attribuer au second, c'est-à-dire à l'éternel ennemi de l'homme. C'est lui, en effet, etluiseul, dont l'infernale malice pervertit tous les instincts de la nature, éteint toutes les lumières de la raison, au point de faire trouver à l'homme son plaisir, dans un acte qui est le renversement complet de toutes les lois divines et humaines.

Nous reviendrons sur ce fait. Pour le moment, nous devons nous occuper de l'anthropophagie, considérée comme appendice obligé du sacrifice. « L'antiquité nous la montre pratiquée chez les Bassares, peuple de Libye.» «Ils avaient, dit Porphyre, imité les sacrifices desTauriens, et mangaient la chair des hommes sacrifiés. Qui ne sait qu'après ces odieux repas, ils entraient en fureur contre eux-mêmes, se mordant mutuellement, et qu'ils ne cessèrent de se nourrir de sang, que quand ceux qui les premiers (les démons) avaient introduit ces sortes de sacrifices, eurent détruit leur race (1). »

Sous la même forme, on l'a trouvée chez la plupart des sauvages du nouveau monde; elle se pratique encore dans l'Océanie et dans l'Afrique centrale. Forcé de nous restreindre, nous n'en rapporterons qu'un seul exemple. Le 18 octobre 1861 , un de nos missionnaires, venu à Paris , après douze ans de séjour sur la côte occidentale d'Afrique, nous disait et .plus tard, voulait bien nous écrire ce qui sqit :

« C'était au mois de septembre 1850. J'étais moi- Ci) De abstin., lib. II, i, 56, ediU Didot, p. 45.

même sur les lieux où se fit le sacrifice dont je viens vous parler. Il est à remarquer que ce n'est pas ici un fait isolé, mais ces sortes de sacrifices sont d'un usage très-fréquent.

« La victime était un beau jeune homme, pris dans une peuplade voisine. Pendant quinze jours, il fut attaché par les pieds et par les mains à un tronc d'arbre, au milieu des cases du village. Sachant le sort quil'attendait, ce malheureux fit, pendant la nuit du quatorzième au quinzième jour, un suprême effort pour se dégager de ses liens.: il y réussit. Éperdu, il arrive avant le jour à un poste français. Personne n'entendant sa langue, il fut pris pour un esclave fugitif ; et on le livra sans difficulté aux nègres qui, s'étant mis à sa poursuite, ne tardèrent pas à le réclamer. Reconduit au village, le sacrifice fut décidé pour le jour même, qui était un vendredi : il eut lieu de la manière accoutumée.

« La victime est garrottée et assise sur une pierre, en guise d'autel, au centre d'une grande place. Autour de la place, des marmites pleines d'eau sont placées sur des foyers. Une .musique bruyante, accompagnée de nombreux tamtams, occupe une des extrémités de la place, et attend le signal. La population du village et des villages voisins, souvent au nombre de trois à quatre mille personnes, revêtues de leurs habits de fête, se range en cercle autour de la victime. C'est en petit les amphithéâtres des Romains,

« Au signal donné, la musique, les tamtams, les vociférations de la foule remplissent l'air d'un bruit infernal : c'est l'annonce du sacrifice. Les sacrificateurs s approchent de la victime, armés de mauvais couteaux, et commencent leur atroce ministère. Suivant les rites,

la victime doit être dépecée toute vivante, et par les articulations. On commence par la main droite qu'on détache du bras, en coupant l'articulation du poignet. De là, on passe au pied gauche, qu'on coupe au-dessous de la cheville ; puis, on vient à la main gauche, et au pied droit. Des poignets on passe aux coudes, des coudes aux genoux, des genoux aux épaules, des épaules aux cuisses, toujours en alternant, jusqu'à ce qu'il ne reste que le tronc, surmonté de la tête. Ainsi fut immolé mon malheureux jeune homme.

« A mesure qu'ils tombent, les membres delà victime sont portés dans les chaudières pleines d'eau bouillante. On termine l'opération en tranchant, ou mieux en sciant la tête qui est jetée au milieu de la place. Alors commence un spectacle, dont rien ne saurait donner même une faible idée. Les spectateurs semblent saisis d'une fureur diabolique. Au son d'une musique affreusement discordante, au bruit de vociférations inhumaines, les femmes échevelées, les hommes défigurés par je ne sais quelle ivresse magique, se livrent à des danses ou plutôt à des contorsions effrayantes. La ronde infernale n'a d'autre règle que l'obligation, pour chaque danseur, de donner, en dansant et sans s'arrêter, un coup de pied à la tête de la victime, qu'on fait ainsi rouler sur tous les points de la place ; et de saisir avec un couteau, en passant près des chaudières, un morceau de chair, mangé avec la voracité du tigré. Ils croient par là apaiser le fétiche en courroux. »

Sous une forme palliée, l'anthropophagie religieuse se manifeste dans les festins qui suivent la victoire. L'homme comprend si bien qu'il est dirigé par des êtres supérieurs à lui, que, sans distinction de races, de climats ou de civilisation, tous les peuples célèbrent

n'apparaissent plus que comme des sauvages lettrés. Y a-t-il chez les cannibales rien de plus atroce, de plus abominable ou de plus abject, que la plupart des coutumes religieuses , politiques ou civiles des Romains? Y voit-on une luxure plus effrénée, une cruauté plus infâme, un culte plus stupide? Quelle différence même de forme peut-on signaler entre le Fétiche et le dieu Lare? Quelle différence entre le chef de horde anthropophage qui mange son ennemi vaincu, et le patricien qui achète des vaincus pour qu'ils se combattent et se tuent dans les festins (i) ? »

On le voit, entre les circonstances qui accompagnent le sacrifice dans la Cité du bien, comme dans la Cité du mal, le parallélisme est complet. Il ne Test pas moins dans l'inspiration mystérieuse qui le commande. Nous avons montré que, à aucun point de vue, l'idée du sacrifice ne se trouve logiquement dans la nature humaine. Elle y est pourtant; elle y est partout; elle y est dès l'origine du monde. Elle vient donc du dehors. Les faits confirment le raisonnement.

Que disent les Annales de la Cité du bien, l'Ancien et le Nouveau Testament ? Dans l'immense variété de sacrifices offerts sous la loi mosaïque, elles vous disent qu'il n'en est pas un, dont l'ordre ne soit venu d'un oracle divin. Elles vous disent que, dans la loi évangélique, l'auguste sacrifice, substitué à tous les sacrifices, est une révélation divine. Dieu a parlé, et l'homme sacrifie. Voilà ce qui se passe dans la Cité du bien.

Pour une raison analogue, la même chose a lieu dans la Cité du mal. Satan a parlé, et l'homme sacrifie. Sa parole est d'autant plus certaine, que l'homme sa-

(1) Parfum de Rome. — Le sot païen.

crifie son semblable. 11 le sacrifie sur tous les points du globe, la parole de Satan est donc universelle. 11 le sacrifie malgré les répugnances les plus vives de la nature, la parole de Satan est donc absolue, menaçante. Il le sacrifie partout où le vrai Dieu n'est pas adoré : le Juif lui-même, aussitôt qu'il abandonne Jéhovah, tombe dans Moloch et lui sacrifie ses fils et ses fi J les. Le sacrifice humain n est donc ni l'effet de l'imagination, ni le résultat d'une déduction logique, ni une affaire de race, de climat, d'époque, de civilisation ou de circonstances locales : c'est une affaire de culte. Ainsi, dans la Cité du mal, comme dans la Cité du bien, tout sacrifice repose sur un oracle : ici encore, l'histoire consacre la logique (1).

<( Les sacrifices humains, dit Eusèbe, doivent être attribués aux esprits impurs qui ont conjuré notre perte. Ce n'est pas notre voix, c'est celle de ceux qui ne partagent pas nos croyances qui va rendre hommage à la vérité. C'est elle qui accuse hautement la perversité des temps qui nous ont précédés, où la superstition des malheureux humains, évidemment aiguillonnée et

(1) On a prétendu expliquer le sacrifice humain en disant : « L'homme s'est imaginé que plus la victime était noble, plus elle était agréable à la Divinité. Ce raisonnement a donné lieu au sacrifice humain. » L'homme s'est imaginé! voilà qui est bientôt dit. Ce raisonnement ou plutôt cette imagination suppose que l'idée du sacrifice est naturelle à l'homme. Or, cela est faux, ainsi que nous l'avons prouvé. L'homme n'a pu imaginer le sacrifice d'un poulet : comment a-t-il imaginé le sacrifice de son semblable ? L'homme s'est imaginé ! mais, quand lui est venue cette imagination ? comment se trouve-t-elle chez tous les peuples qui n'adorent pas le vrai Dieu V comment ne se trouve-t-elle que là? comment disparaît-elle avec le culte du grand Homicide? L'homme s'est imaginé 1 il n'y a d'imaginaire en tout ceci que le raisonnement de ceux qui, par ignorance ou par peur du surnaturel, ont imaginé une pareille explication.

inspirée par les démons, était venue au point d'abjurer tous les sentiments naturels, en croyant apaiser les puissances impures, par l'effusion du sang des êtres les plus chers et par d'innombrables victimes humaines. Le père immolait au démon son fils unique ; la mère, sa fille adorée ; les proches égorgeaient leurs proches; les citoyens, leurs concitoyens et leurs commensaux, dans les villes et dans les campagnes. Transformant en une férocité inouïe les sentiments de la nature, ils montraient évidemment qu'une frénésie démoniaque s'était emparée d'eux. L'histoire grecque et barbare en offre d'innombrables exemples (1). »

La voix dont parle Eusèbe, est celle des auteurs païens. Après en avoir appelé un grand nombre, il ajoute : « Je vais encore citer un autre témoin de la férocité sanguinaire de ces démons, ennemis de Dieu et des hommes : c'est Denys d'Halicarnasse, écrivain très-versé dans l'histoire romaine, qu'il a toute embrassée dans un ouvrage fait avec le plus grand soin. Les Pélasges, dit-il, restèrent peu de temps en Italie, grâce aux dieux qui veillaient sur les Aborigènes. Avant la destruction des villes, la terre était ruinée par la sécheresse , aucun fruit n'arrivait à maturité sur les arbres. Les blés qui parvenaient à germer et à fleurir, ne pouvaient atteindre l'époque où l'épi se forme. Le fourrage ne suffisait plus à la nourriture du bétail. Les eaux perdaient leur salubrité ; et, parmi les fontaines, les unes tarissaient pendant l'été, les autres, à per-r pétuité.

« Un sort pareil frappait les animaux domestiques et les hommes. Ils périssaient avant de naître, ou peu

(i) Prœp* evang., lib. IV, c. xv.

après leur naissance. Si quelques-uns échappaient à la mort, ils étaient atteints d'infirmités ou de difformités de toute espèce. Pour comble de maux, les générations parvenues à leur entier développement, étaient en proie à des maladies et à des mortalités, qui dépassaient tous les calculs de probabilité.

« Dans cette extrémité, les Pélasges consultèrent les oracles pour savoir quels dieux leur envoyaient ces calamités, pour quelles transgressions, et enfin par quels actes religieux ils pouvaient en espérer la cessation. Le dieu rendit cet oracle : « En recevant les biens que vous aviez sollicités, vous n'avez pas rendu ce que vous aviez fait vœu d'offrir ; mais vous retenez le plus précieux. » En effet, les Pélasges avaient fait vœu d'offrir en sacrifice à Jupiter, à Apollon et aux Cabires, la dîme de tous leurs produits.

« Lorsque cet oracle leur fut rapporté, ils ne purent en comprendre le sens. Dans cette perplexité, un de leurs vieillards dit : Vous êtes dans une erreur complète, si vous pensez que les dieux vous font d'injustes répétitions. Il est vrai, vous avez donné fidèlement les prémices de vos richesses (1) ; mais la part de la génération humaine, la plus précieuse de toutes pour les dieux, est encore due. Si vous payez cette dette, les dieux seront apaisés et vous rendront leur faveur.

« Les uns considérèrent cette solution comme parfaitement raisonnable ; les autres, comme un piège. En conséquence, on proposa de consulter le dieu pour savoir si, en effet, il lui convenait de recevoir la dîme des hommes. Us députent donc une seconde fois des ministres sacrés, et le dieu répondit d'une manière af-

(I) Offrande des prémices et des dîmes: autre irait de parallélisme.

firmative. Bientôt les difficultés s'élevèrent entre eux sur la manière de payer ce tribut. La dissension eut lieu, d'abord, entre les chefs des villes ; ensuite, elle éclata parmi tous les citoyens, qui soupçonnaient leurs magistrats. Des villes entières furent détruites; une partie des habitants déserta le pays, ne pouvant supporter la perte des êtres qui leur étaient le plus chers et la présence de ceux qui les avaient immolés. Cependant, les magistrats continuèrent d'exiger rigoureusement le tribut, partie pour être agréables aux dieux, partie dans la crainte d'être accusés d'avoir dissimulé des victimes, jusqu'à ce qu'enfin la race des Pélasges, trouvant son existence intolérable, se dispersa dans des régions lointaines (1). »

A ce témoignage, contentons-nous d'ajouter celui d'un autre historien non moins grave. « Après la mort d'Alexandre de Macédoine et du vivant du premier Ptolémée, écrit Diodore de Sicile, les Carthaginois furent assiégés par Agathocle, tyran de Sicile. Se voyant réduits à l'extrémité, ils soupçonnèrent Saturne de leur être contraire. Leur soupçon se fondait sur ce que, dans les temps antérieurs, ayant coutume d'immoler à ce dieu les enfants des meilleures familles, plus tard ils en avaient fait acheter clandestinement qu'ils élevaient pour être sacrifiés. Une enquête eut lieu, et on découvrit que plusieurs des enfants immolés avaient été supposés.

« Prenant ce fait en considération, et voyant les ennemis campés sous leurs murs, ils furent saisis d'une terreur religieuse, pour avoir négligé de rendre les honneurs traditionnels à leurs dieux. Afin de réparer

(1) Multœ propterea migrationes, quoe Pelasgum gentem varias in terras, longe laleque deportarunt. Dion. Halyc, lib. I.

au plus tôt cette omission, ils choisirent, par la voix des suffrages, deux cents enfants des meilleures familles, qu'ils immolèrent dans un sacrifice solennel. Ensuite, ceux que le peuple accusait d'avoir fraudé les dieux, s'exécutèrent deux-mêmes, en offrant spontanément leurs enfants. Il y en eut environ trois cents (1). »

La terrible puissance qui exigeait le sacrifice des enfants, commandait toutes lès autres pratiques sanglantes ou obscènes des cultes païens. Écoutons un autre révélateur non suspect de l'abominable mystère. « Les fêtes, dit Porphyre, les immolations, les jours néfastes et consacrés au deuil, qu'on célèbre en dévorant des viandes crues, en se déchirant les membres, en s'imposant des macérations, en chantant et en faisant des choses obscènes, avec des clameurs, des agitations de tête violentes et des mouvements impétueux, ne s'adressent à aucun dieu, mais aux démons, pour détourner leur colère et comme un adoucissement à la trèsancienne coutume de leur immoler des victimes humaines.

« A l'égard de ces sacrifices, on ne peut ni admettre que les dieux les. aient exigés, ni supposer que des rois ou des généraux les aient offerts spontanément, soit en livrant leurs propres enfants à d'autres pour les sacrifier, soit en les dévouant et les immolant euxmêmes. Ils voulaient se mettre à l'abri des colères et des emportements d'êtres terribles et malfaisants, ou assouvir les amours frénétiques de ces puissances vicieuses, qui, le voulant, ne pouvaient s'unir corporel-

(1) Primum quideni eximios communibusque lectos suffragiis adolescentes, omnino ducentos, publiée immolarunt. Deinde vero alii prœterea, qui violai œ religionis suspecti vu! go essent, ultro sese ac sponte obtulerunt, trecentis haud pauciores. Lib. XX.

lement à leurs victimes. Comme Hercule assiégeant ÛËchalie pour l'amour d'une jeune vierge, ainsi les démons forts et violents, voulant jouir d'une âme, encore embarrassée dans les liens du corps, envoient aux villes des pestes et des stérilités, font naître des guerres et des divisions intestines, jusqu'à ce qu'ils aient obtenu l'objet de leur passion (1). »

Gomme le sacrifice lui-même, le mode du sacrifice était prescrit par les oracles. Rien ne prouve mieux la présence de l'Esprit infernal, que la manière dont s'accomplissait le meurtre abominable de tout ce que l'homme a de plus cher. Il existait à Garthage une statue colossale de Saturne , en airain. Elle avait les mains étendues et inclinées vers la terre. A ses pieds était un gouffre plein de feu. L'enfant placé sur les bras de l'idole, n'étant retenu par rien, glissait dans le gouffre, où il était consumé au bruit des chants et des instruments de musique (2). Sous des noms différents, cette statue homicide existait en Orient et en Occident, chez les Juifs et chez les Gaulois.

(i> Et quemadmodum CEchaliam Hercules virginis amore commotus obsedit, ita sœvi plerumque ac truculenti daemones, human» aniroœ corporis ad hue vinculis impeditœ consortium expetentes, pestilentiam, annonaeque penuriam civitaiibus immittunt, easque bellis ac seditionibus infestas habent, donec optatis amoribus poiiantur. Âpud Euseb., Prœp. evang., lib. IV, c. îv.

(2) Diod. Sicul., ibid., etc., etc.

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