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CHAPITRE XXI

(FIN DU PRÉCÉDENT

Existence des oracles divins et des oracles salaniques, prouvée par le fait des sacrifices. — Paroles d'fiusèbe. — Nouveau trait de parallélisme. — Le Saint-Esprit, oracle permanent de la Cité du bien ; Satan, oracle permanent de la Cité du mal. — Satan se sert de tout pour parler. — Il ne se contente pas du sacrifice du corps ; en haine du Verbe incarné, il veut le sacrifice de l'âme. — Il exige des infamies et des ignominies : preuves générales. — Quand il ne peut tuer l'homme, il le défigure. — Tendance générale de l'homme à se déformer physiquement. — Explication de ce phénomène. — Un seul peuple fait exception, et pourquoi.— Antre trait de parallélisme: pour faire l'homme à sa ressemblance, Dieu se montre à lui dans des tableaux et des statues. — Pour faire l'homme à sa ressemblance, Satan emploie le même moyen : ce que prêchent ses représentations.

A moins de nier toute certitude historique, les deux faits qu'on vient de lire sont écrasants pour les négateurs des oracles. Us le sont, non-seulement à cause de la gravité des auteurs qui les rapportent, mais encore par leur connexion avec une multitude d'autres faits, également certains. Pour conserver le moindre doute sur l'existence universelle des oracles démoniaques, et sur l'effrayante autorité de leurs ordres, il faut être arrivé à un parti pris de négation, qui touche à la stupidité.

Toute l'histoire du monde civilisé ne repose-t-elle pas sur la certitude d'un oracle satanique? Cent fois dans l'Écriture ne voyons-nous pas la consultation des oracles ? cent fois ces oracles ne demandent-ils pas

aux Juifs, comme aux Ghananéens, l'immolation de leurs fils et de leurs filles ? Qu'on cite une page de l'histoire profane qui n'affirme pas l'existence des oracles chez tous les peuples païens d'autrefois, qui nel'affirme encore chez tous les peuples païens d'aujourd'hui. Parmi les innombrables pratiques, ridicules, infâmes ou cruelles, qui souillent leur existence, en est-il une seule qu'ils ne rapportent à la prescription de leurs divinités ?

Sur ce point, si l'histoire confirme la raison, la foi, à son tour, explique l'histoire. Rival implacable du Verbe incarné, Satan veut être tenu pour Dieu. Le signe de la divinité, c'est le culte de latrie. L'acte suprême du culte de latrie, c'est le sacrifice. Le moyen d'obtenir le sacrifice, c'est de le commander. Le moyen de le commander, c'est l'oracle. Immuable dans le mal, Satan a toujours voulu se faire passer pour Dieu, il le voudra toujours. Donc il a toujours voulu, et toujours il voudra le sacrifice. Donc, sous un nom ou sous un autre, il y a toujours eu et il y aura toujours des oracles, partout où le singe de Dieu pourra exercer son empire. « Rien ne prouve mieux, dit Eusèbe, la haine des démons contre Dieu, que leur rage à se faire passer pour Dieux, en vue de lui enlever les hommages qui lui sont du?. Voilà pourquoi ils emploient les divinations et les oracles, afin d'attirer les hommes à eux, de les arracher au Dieu suprême et de les plonger dans l'abîme sans fond de l'impiété et de l'athéisme (1). »

Ce n'est pas seulement dans les choses de la religion et lorsqu'il s'agit du sacrifice, que le Roi de la Cité du

(1) Prœp. evang., lib. VII, c. xvi; voir aussi S. Th., i p. q. 115, art. 5 ad 3.

mal veut être consulté. Il le veut et il Test dans les choses de Tordre purement social et humain. C'est un nouveau trait au parallélisme déjà remarqué.

On sait qu'avant de rien commencer d'important, l'ancien peuple de Dieu avait ordre de consulter l'oracle du Seigneur : os Domini. L'Évangile n'a rien changé à cette prescription. Ne voyons-nous pas le nouveau peuple de Dieu, l'Église catholique, fidèle à implorer les lumières du Saint-Esprit, afin de savoir, dans les circonstances importantes, ce qu'il convient de faire et la manière de le faire? Tant qu'elles furent chrétiennes les nations del'Orient«t de l'Occident, ne s'adressèrentelles pas au souverain Pontife, oracle vivant du Saint- Esprit, 'pour lui demander des règles de conduite, en le priant de décider entre le vrai et le faux, entre le juste et l'injuste? Qu'est-ce que cela? sinon consulter l'oracle du Seigneur : os Domini. Dans leur vie privée , les catholiques eux-mêmes, qui ont conservé la foi aux rapports nécessaires du monde supérieur avec le monde inférieur, se montrent religieux observateurs de cette pratique. Qu'est-ce enfin que cela? sinon consulter l'oracle du Seigneur : os Domini.

Il est bien évident qu'un usage, si propre à obtenir la confiance et les hommages des hommes, Satan a dû le contrefaire à son profit : avant d'en avoir les preuves, on en a la certitude. Que voyons-nous, en effet, chez tous les peuples païens? des oracles qu'on va consulter sur les choses de la guerre et de la paix, sur les calamités publiques et sur les chagrins domestiques, sur les mariages, sur les entreprises commerciales et sur les maladies. Ces oracles sont tellement respectés, que les plus fiers généraux n'osent se mettre en campagne, sans les avoir interrogés. Ils sont tellement nombreux,

que Plutarque n'a pas craint d'écrire ce mot célèbre : « Il serait plus difficile de trouver une ville bâtie en l'air, qu'une ville sans oracles (1). » Pour tous les peuples de l'antiquité, l'existence des oracles sataniques était donc un article de foi et la base de la religion.

Quant à la manière dont ils se rendaient, si étrange qu'elle paraisse, elle n'a rien qui doive étonner, rien qui touche à la certitude du phénomène. Comme le corps est sous la puissance de l'âme, qui le fait mouvoir et parler; ainsi le monde matériel dans toutes ses parties est soumis au monde des esprits, et particulièrement des esprits mauvais qui en sont appelés les modérateurs et les gouverneurs : rectores mvndi tenebrarum harum.Dbs lors, pour rendre leurs oracles, tout leur est bon : un serpent ou un morceau de bois, comme dans l'Écriture; une table, comme on le voit dans Tertullien ; un homme ou une femme, comme on le voit dans l'Histoire Sainte et dans l'histoire profane; un chêne, comme on le voit dans Plutarque; une statue de bronze, comme la statue de Memnon; une fontaine, comme celle de Colophon ou- de Gastalie; une fève, un grain de froment, les entrailles d'un animal, une chèvre, un corbeau, comme où le voit dans Clément d'Alexandrie et dans vingt auteurs païens (2). « Rien, ajoute Porphyre, n'est plus évident, ni plus divin, ni plus dans la nature que ces oracles (3). »

(\ ) Voir aussi, Theatrum magnum vitœ humanœ, art. Oracula.

(2) Fascinationis veluti negotiationis sociœ habeantur caprae ad divin an du m in format se, nec non corvi illi, qoos ad responsa reddenda Domines (les médiums) erudiere. Exhort. ad Grœc, etc., etc.

(3) His, nihil evidentius, nihil aut cum divinitate, aut cum ipsamet natura conjunctius dici queat. Apud Euseb., Prœp. evang., lib. V, c. VIII.

Cependant, si abominable qu'il soit, le sacrifice du corps, tant de fois commandé par les oracles, ne suffit pas au démon. Sa haine en exige un autre plus abominable encore : c'est le sacrifice de l'âme. Gomme il inspire le premier, il inspire le second. Dans la Cité du bien, le but final du sacrifice, comme de toutes les pratiques religieuses, est de réparer ou de perfectionner dans l'âme l'image de Dieu, afin que, rendue semblable à son créateur, elle entre au moment de la mort en possession des félicités éternelles. Dépouiller l'âme de sa beauté native en la dépouillant de sa sainteté, c'est-à-dire effacer en elle jusqu'aux derniers vestiges de ressemblance avec Dieu, afin qu'au sortir de la vie elle devienne la victime éternelle de son corrupteur : tel est le but diamétralement contraire du Roi de la Cité du mal.

Avec la même tyrannie qu'il exige l'effusion du sang, il exige la profanation des âmes. Notre plume se refuse à décrire les hécatombes morales, accomplies par ses ordres sur tous les points du globe, ainsi que les circonstances révoltantes dont le prince des ténèbres les entoure. Ignominies et infamies : ces deux mots résument son culte public ou secret.

Ignominies. Voyez-vous Satan, maître de ces âmes immortelles, vivantes images du Verbe incarné, les forçant de se prosterner devant lui, non sous la figure d'un Séraphin, resplendissant de lumière et de beauté ; mais sous la figure de tout ce qu'il y a de plus laid et de plus repoussant dans la nature? Crocodile, taureau, chien, loup, bouc, serpent, animaux amphibies, animaux de terre et de mer, sous toutes ces formes il demande des hommages, et il les obtient. Cette longue galerie de monstruosités ne lui suffit pas. Afin d'entraîner

l'homme dans des ignominies plus profondes, il en invente une nouvelle.

Sous son inspiration, l'Orient etl'Occident, l'Egypte, la Grèce, Rome, t ou sf les lieux où legenre humain respire^ ont vu les villes et les campagnes, les temples et les habitations particulières, se peupler de figures monstrueuses, inconnues dans la nature. Êtres hideux, moitié femmes, et moitié poissons, moitié hommes et moitié chiens, femmes à la chevelure de serpents, hommes aux pieds de bouc, femmes à la tête de taureau, hommes à la tête de loup, serpents à la tête d'homme ou d'épervier, Magots et Bouddhas, ayant pour tête un pain de sucre, pour bouche un rictus épouvantable courant d'une oreille à l'autre, pour ventre un tonneau, tous dans des attitudes, ridicules, menaçantes ou cyniques : c'est à ces dieux, incarnation multiforme et long ricanement de l'Esprit malin, que l'homme tremblant devra offrir son encens et demander des faveurs.

Infamies : A quel prix l'encens sera-t-il reçu ? A quelles conditions les faveurs accordées? qu'on le demande aux mystères de Cérès, à Eleusis ; de la bonne déesse, à Rome; de Bacchus, en Étrurie; de Vénus, à Corinthe; d'Aslarlé, en Phénicie; de Mendès en Egypte; du temple de Gnide, de Delphes, de Claros, de Dodone, et de certains autres que nous nous abstenons de nommer : en un mot, qu'on le demande à tous les sanctuaires ténébreux, où, comme le tigre qui attend sa proie, Satan nuit et jour attend l'innocence, la pudeur, la vertu, et l'immole sans pitié, avec des raffinements d'infamie que le chrétien ne soupçonne plus et que le païen lui-même -n'aurait jamais inventés (1).

(i) Clem. Âlexand., Eihorlat. ad Grœcxei Euseb., Prœp. evang.,

Ce que Satan faisait chez tous les peuples païens, il le fit chez les Gnostiques, leurs héritiers : il le fait encore, quant au fond, parmi les sectaires modernes, soumis plus directement à son empire. Écoutons le récit de ce qui se passe, depuis longtemps, en Amérique, la terre classique des esprits frappeurs et des grands médiums. Dans le mois de septembre, lorsqu'on a recueilli les récoltes, les méthodistes ont l'habitude de tenir des réunions nocturnes, qui durent pendant toute une semaine. Une annonce est faite dans les journaux, afin que chaque fidèle soit dûment prévenu et puisse profiter des grâces, que X Esprit-Saint prodigue dans ces circonstances. On choisit un vaste emplacement au milieu des forêts ; le meeting a lieu en plein air et dans le silence de la nuit. On voit arriver les sectaires par toutes les voies et sur tous les véhicules imaginables : hommes, femmes, enfants, tous accourent au rendez-vous.

Le lieu du meeting est ordinairement en forme d'ovale. A une extrémité on construit l'estrade pour les prédicants ; ils sont toujours en nombre. Cette espèce ne manque malheureusement pas en Amérique. De chaque côté, en forme de fer à cheval, on dresse des tentes, et l'on place derrière les voitures et les chevaux. Tout autour, sur des poteaux, sont des lampes ou des torches qui jettent une lueur blafarde. Le centre est vide. C'est là que se tient le peuple pendant le meeting. Vers neuf ou dix heures du soir, au signal donné, les ministres montent sur l'estrade; le peuple accourt, se tient debout ou assis sur l'herbe.

Un ministre commence quelques prières, puis dé-

lib. IV, c. xvi. — M. deMirville, Pneumatologie, etc. T. III; deuxième Mémoire, p. 346 et suiv.

clame un petit speech : c'est le préambule. Plusieurs autres se succèdent et cherchent à réchauffer l'enthousiasme. Bientôt la scène s'anime et prend un étrange aspect. Un des ministres entonne d'une voix lente et grave un chant populaire; la foule accompagne sur tous les tons : puis le ministre grossit la voix et va toujours crescendo y en accompagnant son chant des gestes les plus excentriques. La Sibylle n'était pas plus tourmentée sur son trépied. On chante et on déclame tour à tour, et l'excitation et l'enthousiasme augmentent.

Cela dure des heures entières; l'excitation va toujours en augmentant et finit par arriver à un point dont il est impossible de donner une idée. Entre autres exclamations qu'on entend retentir, citons celle-ci : Dans la Nouvelle Jérusalem, nous aurons du café sans argent et du vieux vin. Alléluia!

Bientôt toute cette foule qui remplit l'enceinte se mêle, se heurte, le tout au milieu des cris, des danses, des gémissements et des éclats de rire. L'esprit vient! l'esprit vient ! Oui, il vient en effet ; mais ce doit être un esprit infernal, à voir ces contorsions, à entendre ces hurlements. C'est alors un pêle-mêle, un tohu-bohu digne de petites-maisons. Les hommes se frappent la poitrine, se balancent comme des magots chinois, ou exécutent des évolutions comme des derviches. Les femmes se roulent parterre, les cheveux épars. Les jeunes filles se sentent soulever dans les airs et sont en effet transportées par une force surnaturelle.

Cependant les ministres, qui semblent livrés à la même folie, continuent de chanter et de se démener comme des possédés : c'est une confusion complète, un chaos au loin la pudeur, la morale, tout est pur

pour ces énergumènes. Dieu pardonne tout. Honte et infamie sur les chefs aveugles d'un peuple aveugle !.•.. Les étoiles du firmament répandent une douce clarté sur cet affreux tableau ; parfois le vent mugit dans la forêt, et les torches font apparaître les hommes comme des ombres. La nuit se passe de la sorte. Le matin, toute cette foule est étendue inerte, épuisée, harassée. Le jour est donné au repos, et la nuit suivante on recommence (1). Voilà ce qui se fait dans la secte puritaine des méthodistes : qui oserait raconter ce qui a lieu chez les Mormons?

Nous sommes donc en droit de le répéter : Poursuivre le Verbe incarné dans l'homme son frère et son image; le poursuivre en singeant tous les moyens divinement établis pour le sauver; le poursuivre sans relâche et sur tous les points du globe ; le poursuivre d'une haine qui va jusqu'au meurtre du corps et de l'âme : telle est l'unique occupation du Roi de la Cité du mal.

S'il n'atteint pas toujours ce dernier résultat, toujours il y tend : quand il ne lui est pas donné de détruire l'image du Verbe, il la défigure. A défaut d'une victoire complète, il ambitionne un succès partiel. Ce lumineux principe de la philosophie chrétienne nous conduit en présence d'un fait très-remarquable, jusqu'ici peu remarqué en lui-même, et nullement étudié dans sa cause. Nous voulons parler de la tendance générale de l'homme à se défigurer. Nous dirions universelle, si un seul peuple, que nous nommerons bientôt, ne faisait exception! Avant de nous occuper de la cause, constatons le phénomène.

(1) Histoire d'un meeting de 1863, Extraits des journaux américains.

La manie de se défigurer ou de se déformer physiquement se trouve partout. Inutile d'ajouter qu'elle est particulière à l'homme ; quel qu'il soit, l'animal en est exempt. Si nous parcourons les différentes parties du globe, nous trouvons partout, à toutes les époques et sur une vaste échelle, les déformations suivantes : déformation des pieds, par la compression; déformation des jambes et des cuisses, par des ligatures; déformation de la taille, par le corsage ; déformation de la poitrine et des. bras, par le tatouage ; autre déformation de la poitrine, des bras, des jambes et du dos, par de hideuses excrois— sances de chair, provenant d'incisions faites au moyen de coquillages; déformation des ongles, par la coloration; déformation des doigts, par l'amputation de la première phalange.

Déformation du menton, par l'épilation ; déformation de la bouche, par le percement de la lèvre inférieure; déformation des joues, parle percement et par la coloration ; déformation du nez, par l'aplatissement de l'une ou de l'autre extrémité, par le percement de la cloison, ou l'allongement exagéré, provenant d'une compression verticale des parois; déformation des oreilles, au moyen dépendants qui les allongent jusqu'à l'épaule ; déformation des yeux, par la coloration ou par la pression de l'os frontal, qui les fait sortir de leur orbite; déformation du front par des caractères obscènes, gravés en rouge avec le bois de sandal ; déformation du crâne, sous l'action de compressions variées qui lui font prendre tour à tour la forme conique, pointue, bombée, ronde, trilobée, aplati'e, carrée. Voilà le phénomène (1).

(J) Pour les autorités et le nom des peuples, voir l'ouvrage du docteur-médecin L. A. Gosse de Genève, intitulé : Essai sur les dé-

Quel esprit suggère à l'homme qu'il n'est pas bien, tel que Dieu Ta fait? D'où lui vient cette impérieuse manie de déformer, dans sa personne, l'ouvrage du Clréateur? Donner pour cause la jalousie des uns, la coquetterie des autres, ce n'est pas résoudre la difficulté : c'est la reculer. Il s'agit de savoir quel principe inspire cette jalousie brutale, cette coquetterie repoussante ; pourquoi l'une et l'autre procèdent par la déformation, c'est-à-dire en sens inverse de la beauté, et comment elles se trouvent sur tous les points du globe. Si l'on veut ne pas se payer de mots et avoir le secret de l'énigme, il faut se rappeler deux choses également certaines : la première, que l'homme a été fait, dans son corps et dans son âme, à l'image du Verbe incarné ; la seconde, que le but de tous les efforts de Satan, est de faire disparaître de l'homme l'image du Verbe incarné, afin de le former à la sienne. Ces deux vérités incontestables conduisent logiquement à la conclusion suivante : La tendance générale de l'homme à se défigurer, est l'effet d'une manœuvre satanique. Plusieurs faits, dont le sens n'est pas équivoque, viennent confirmer cette conclusion.

1° Certains peuples reconnaissent positivement dans ces déformations l'influence de leurs dieux. « Quant aux femmes australiennes, écrit un missionnaire, c'est moins le goût de la parure que l'idée d'un sacrifice religieux, qui les porte à se mutiler. Lorsqu'elles sont encore en bas âge, on leur lie le bout du petit doigt de la main gauche, avec des fils de toile d'araignée ; la circulation du sang se trouvant ainsi interrompue, on arrache au boutde quelques jours la première phalange,

formations artificielles du crâne. Paris, 1855 ; Annales de la Propagation de la Foi, n. 98, p. 75.

qu'on dédie au serpent boa, aux poissons ou auxkanguroos (I). »

Il en est de même de la déformation frontale par la coloration. Son caractère d'obscénité révoltante accuse une autre cause, que la jalousie de l'homme ou la coquetterie de la femme.

2° La partie du corps le plus universellement et le plus profondément déformée, c'est le cerveau. D'où vient cette préférence ? Au point de vue de l'action démoniaque, il est facile d'en comprendre le motif. Le cerveau est le principal instrument de l'âme. L'altérer, c'est altérer tout l'homme. Or, cette déformation a pour résultat d'entraver le développement des facultés intellectuelles, de favoriser les passions brutales et de dégrader l'homme au niveau de la bête (2).

3° Parmi tous les peuples, un seul peuple, mêlé à tous les peuples, échappe à cette tendance, c'est le peuple juif. Investi d'une mission providentielle, dont la lettre de créance est son identité, il faut qu'il soit éternellement reconnu pour juif, et Satan n'a pas la permission de le défigurer. « Comme exempte de la déformation, je citerai cette petite nation juive, qui a joué un rôle si remarquable dans l'humanité, et dont le type s'est conservé pur dès les temps les plus reculés (3). »

4° Plus les nations se trouvent étrangères à l'influence du christianisme ou du Saint-Esprit, plus la tendance à la déformation est générale ; au contraire, plus elles sont chrétiennes, plus elle diminue. » En parlant des habitants de la Colombie, M. Duflot de Mofras fait re-

(1) Annales, etc., n. 98, p. 75.

(2) Gosse, p. 149, 150. — Sur plusieurs points de la France et de l'Europe, la déformation frontale a lieu encore aujourd'hui. Ibid.

marquer [que là où le catholicisme s'est introduit, la déformation a cessé (1). » Elle disparaît complètement chez les vrais catholiques, les saints, les prêtres, les religieux et les religieuses.

Déformer l'homme, afin d'effacer en lui l'image de Dieu, ce n'est pas assez : nous avons ajouté qu'à tout prix, Satan veut le faire à la sienne. Ici encore vient s'ajouter un nouveau trait au parallélisme constant, que nous avons observé.

Dans la Cité du bien l'image de Dieu la plus éloquente et la plus populaire, c'est le crucifix. Donc le crucifix est l'image de l'homme ici-bas. Mortification universelle de la chair et des sens, empire absolu de l'âme sur le corps, dévouement sans bornes, détachement des choses temporelles, résignation, douceur, humilité, a spiration constante vers les réalités de la vie future : voilà tout l'homme. Voilà le crucifix. De là, cette définition de la vie, donnée par le concile de Trente : La vie chrétienne est une pénitence continuelle, vit a christiana, perpétua pœrtitentia.

Par ses images, le Roi de la Cité du mal définit aussi la vie ; mais il la définit à sa manière. Pas une des innombrables statues, sous lesquelles il se présente aux hommages des hommes, qui ne soit un appel à certaine passion. Plusieurs fois nous avons visité les galeries de Florence, les musées de Rome et deNaples et les ruines de Pompéi. Nous avons vu les dieux del'Océanie ; d'autres ont vu, pour nous, les temples du Thibet, les pagodes de l'Inde et de la Chine. Or, les milliers d'images, emblèmes, statues, antiques et modernes, qui encombrent ces lieux, si différents d'âge et de destination, ré-

(1) Gosse, p. 9.

pètent, chacun à sa manière, le mot séduisant qui perdit l'homme au paradis terrestre : Jouis ; c'est-à-dire, oublie tes destinées, oublie le but delà vie, adore ton corps, méprise ton âme, dégrade-toi, déforme-toi; qua l'image du crucifix s'efface de ton front, de tes pensées et de tes actes, afin que tu sois l'image de celui que tu adores, la bête.

On pourrait facilement continuer, sous le rapport religieux, l'histoire parallèle des deux Cités ; mais il est temps d'esquisser leur histoire sous le rapport, non moins instructif, de Tordre social.

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