HISTOIRE SOCIALE DES DEUX CITÉS
Parallélisme des deux Cités dans l'ordre social. — Pour constituer la Cité du bien à l'état social, le Saint-Esprit lui-donne lui-même ses lois par le ministère de Moïse. — Les fondateurs des peuples païens reçoivent leurs lois du Roi de la Cité du mal. — Témoignage de Porphyre. — Les peuples du haut Orient reçoivent leurs lois du dieu serpent à tête d'épervier. — Lycurgue reçoit celles de Sparte du serpent Python. — Numa celles de Rome de Tantique serpent, sous la figure de la nymphe Égérie. — Rome fondée par l'inspiration directe du démon : passage de Plutarque. — Les lois de Rome, dignes de Satan par leur immoralité : passage de Varron et de saint Augustin.
Le parallélisme des deux Cités, dont nous venons de présenter une légère esquisse dans Tordre religieux, se retrouve dans Tordre social : il ne peut en être autrement. Par la nature même des choses, la religion a été, chez tous les peuples, elle sera toujours Tâme de la société : elle inspire ses lois, donne la forme à ses institutions et règle ses mœurs. Elle la domine et lui donne l'impulsion, comme Tâme elle-même domine le corps, dont elle met en mouvement tous les organes. Or, dans la Cité du bien, le Saint-Esprit, est, sans conteste, le maître de la religion. Cette royauté religieuse lui assure donc, au moins indirectement, la royauté sociale. Il y a plus : elle lui est acquise par des moyens directs.
Ouvrons Thistoire. Laissant de côté les temps primitifs, nous arrivons àTépoque où, la race fidèle étant assez nombreuse pour sortir deTétat domestique, Dieu la
fait passer à l'état de nation. Rien de plus solennel que la manière dont il consacre cette nouvelle existence de l'humanité. Le souverain législateur veut que la Cité du bien sache que sa constitution et ses lois sont descendues du ciel, et que jamais elle ne l'oublie.
Au sommet du Sinaï, où lui-même est présent, enveloppé de redoutables ténèbres, il appelle Moïse. Dans un long tête-à-tête, il lui communique «es pensées. S'abaissant jusqu'aux derniers détails dés règlements et des ordonnances, qui doivent donner à la nation sa forme politique, civile et domestique, il ne laisse rien à l'arbitraire de l'homme. Afin que, dans la suite des temps, nul ne soit tenté de substituer, en un point quelconque, sa volonté à la volonté divine, la charte est gravée par le Saint-Esprit lui-même sur des tables de pierre. Conservées avec soin, interrogées avec respect , ces tables seront l'oracle de la nation et la source de sa vie. Ainsi, dans l'ordre social comme dans l'ordre religieux, la Cité du bien sera, suivant toute l'étendue du mot, la Cité du Saint-Esprit. A l'exclusion de tout autre, il en sera le Dieu et le roi, le roi régnant et gouvernant,
En Opposition à la Cité du bien, Satan bâtit la Cité du mal. Voyons avec quelle fidélité ce singe éternel emploie, pour élever son édifice, les moyens que Dieu a employés pour construire le sien. C'est au sommet du Sinaï, que Moïse reçoit de Dieu lui-même la constitution des Hébreux. Comme contrefaçon de ce grand événement, Satan veut que les premiers fondateurs des empires,'dont se compose la Cité du mal, soient en commerce intime avec lui. C'est lui-même qui se réserve de dicter leurs constitutions et leurs lois. Il veut qu'on le sache, afin qu'on les respecte, non comme une élucu-
bration humaine, mais comme une inspiration divine.
Nous voyons, en effet, les premiers législateurs des peuples païens affirmer d'une voix unanime, que leurs lois sont descendues du ciel et que c'est de la bouche même des dieux qu'ils les ont reçues. Qui a le droit de leur donner un démenti? Après ce que nous savons des inspirations religieuses de Satan, comment nier la possibilité de ses inspirations sociales ? Qui peut plus peut moins. D'ailleurs, les faits trahissent la cause. D'où viennent les crimes légaux qui souillent tous les codes païens, sans exception? Quel esprit autorisa, commanda même le divorce, la polygamie, le meurtre de l'enfant et de l'esclave, les cruautés à l'égard du débiteur et du prisonnier de guerre? Qui érigea la raison du plus fort en droit des gens? Qui inscrivit sur les tables d'airain du Capitole, la longue nomenclature d'iniquités civiles et politiques, dont le nom seul fait encore rougir? Si ce n'est pas le Saint-Esprit, c'est le mauvais Esprit. En politique, comme en religion, il n'y a pour l'homme que ces deux sources d'inspirations. Mais écoutons l'histoire.
Les plus anciennes traditions nous apprennent que, dans l'Orient, en Perse, en Phénicie, en Egypte, dans tous les lieux voisins du paradis terrestre, le démon sous la forme du serpent, se faisait adorer non-seulement comme le Dieu suprême, mais comme le Prince des législateurs, la source du droit et de la justice. « Les Phéniciens elles Égyptiens, dit Porphyre, ont divinisé le dragon et le serpent... Les premiers l'appellent Agathodémon, le bon génie, et les seconds le nomment Kneph. Ils lui ajoutent une tête d'épervier, à cause de l'énergie de cet oiseau. Épéis, le plus savant de leurs hiérophantes, dit mot à mot ce qui suit : « La
première et la plus éminente divinité est le serpent avec la tête d'épervier. Plein de grâce, lorsqu'il ouvre les yeux, il remplit de lumière toute l'étendue de la terre; s'il vient à les fermer, les ténèbres se font (1). »
Ainsi, dans Tordre social comme dans Tordre religieux, toute lumière vient du dieu serpent, le plus grand des dieux. L'antique législateur des Perses, Zoroastre, est encore plus explicite. « Zoroastre le mage, continue Sanchoniathon, dans le saint rituel des Perses, s'exprime en ces termes : « Le dieu à la tête d'épervier est le prince de toutes choses, immortel, éternel, sans commencement, indivisible, sans pareil, règle de tout bien, incorruptible, Texcellent des excellents, le plus sublime penseur des penseurs, le père des lois, de Téquité et de la justice, ne devant sa science qu'à lui seul, universel, parfait, sage, seul inventeur des forces mystérieuses de la nature (2). »
Quittons le haut Orient, berceau de toutes les granit) Taautus quidem draconis serpentiumque naturse divinitatem aliquam tribuebat ; quam ejus opinionem Phœnices et ^Egyptii postea comprobarunt... atque illud animal Phœnices Bonum Dœmonem, jEgyptii vero Cnephum similiter nuncuparunt, eidem#caput accipitris, ob prœcipuam quam dam hujus volucris agendi vim, addiderunt. Quin etiam Epeis ille, qui summus ab iis sacrorum interpres et scriba nominatur... sic ad verbum allegorice rem istam exposuit: Unus omnium maxime divinus erat serpens ille, qui accipitris formam prse se ferebat, idemque aspectu jucundissimus : quippe enim, ubi oculos aperuisset, continuo primigeniœ suae regionisloca omnia luce complebat : sin autem conniveret, illico tenebrœ succedebant. Porphyr ex Sanchoniat. ApudEuseb., Prœp. evang., lib. I, c. x.
(2) At vero Zoroastres magus in sacro Persicorum riluum commentario, hœc totidem verbis habet : Deus autem est accipitris capite, Princeps omnium, expers interitus, sempitemus, sine or tu, sine partibus, maxime dissimilis, omnis boni modérai or, integerrimus, bonorum optimus, prudentiumprudentissimus. Legum, œquitatisac justitïœ parens, se tantum prœceptore doctus, naturalis, perfectus, sapiens, et sacrse vis physicae unus inveutor. Ibid.
des traditions, et descendons dans la Grèce. Lorsque Lycurgue veut se faire législateur, c'est au même dieu, c'est-à-dire au serpent, qu'il va demander les fameuses lois de Lacédémone. Il se rend à Delphes, lieu célèbre dans le monde entier par son oracle. A peine Lycurgue a touché le seuil du temple, que le serpent Python (1) lui dit par l'organe de sa prêtresse. « Tu viens, ô Lycurgue, dans mon temple engraissé par les victimes, toi, l'ami de Jupiter et de tous les habitants de l'Olympe. T'appellerai-je un dieu ou un homme? j'hésite ; mais j'espère plutôt que tu es un dieu. Tu viens me demander de sages lois pour tes concitoyens : je te les donnerai volontiers (2). »
Qu'on nous pardonne de profaner les noms : Delphes est le Sinaï de l'antique serpent, séducteur du genre humain; Lycurgue est son Moïse. Sparte et les autres républiques de la Grèce, Rome elle-même, qui empruntèrent à Lacédémone une partie de leurs lois, forment son peuple. De retour à Sparte, Lycurgue fait conserver précieusement l'oracle de Delphes dans les
(i) Comme le serpent oriental, le serpent Python est un être sans analogue dans la nature; il est représenté comme un monstre énorme, un prodige effrayant. Ovide l'appelle le grand Python, Serpent inconnu, la terreur des peuples. Quoique tué en apparence par Apollon, c'était toujours lui qui, sous le nom d'Apollon, rendait les oracles. Ovide, Métam., liv. 1, v. 438.
(2) Quoniam ex iis Pythii oraculis, quae Graecorum omnium vocibus maxime celebrantur, unum etiam illud est, quod Lycurgo sese consulenti Pythiam edidisse ferunt, his verbis comprehensum :
Tu modo nostra subis in pinguia templa, Lycurge, Omnibus o Su péris, Superum o carissime Patri, Te divumne, hominemve vocent oracula nostra, Ambigîmus : Divum, ut spes est, dixisse licebit, JEqua tuis nos jura rogas; damus illa libenter.
Porphyr. apub Euseb.} lib. V, c. xxvn.
archives sacrées de la ville, comme Moïse lui-même les tables de la loi dans l'arche d'alliance (1 ) . La parodie est complète. Telle est, au rapport des païens eux-mêmes, l'origine d'une législation, que depuis la Renaissance les chrétiens font admirer à leurs enfants!
Dans la Vie de Thésée, fondateur d'Athènes, Plutarque a soin de remarquer que ce législateur ne manqua pas, lui aussi, de prendre les conseils du serpent Python. Mais laissons la Grèce, et venons à Rome. Voici la ville mystérieuse qui, par l'accroissement irrésistible de sa puissance, absorbera la plus grande partie du monde, et de tous les empires fondés par Satan, ne formera qu'un seul empire, dont elle sera la capitale. Quelle fut sur la fondation de Rome l'influence du serpent législateur? Il est facile de prévoir qu'elle doit être ici plus marquée que partout ailleurs : la prévision n'est pas chimérique.
Avant même qu'elle existe, Satan commence par déclarer que cette ville sera la sienne, et il en prend possession delà manière la plus solennelle. Par ses ordres, des prêtres initiés à ses plus secrets mystères, sont mandés de Toscane, pour accomplir les cérémonies avec lesquelles doit être fondée la future capitale de son empire. « Romulus, dit Plutarque, dans le vieux français d'Amyot, ayant enterré son frère, se mita bâtir et à fonder sa ville, envoyant quérir des hommes en la Toscane, qui lui nommèrent et enseignèrent de point en point toutes les cérémonies qu'il avait à y observer, selon les formulaires qu'ils en ont, ni plus ni moins que si c'était quelque mystère ou quelque sacrifice.
) Voir Plutarque^ Disc, contre Colotès, c. xvir.
rilÂTTÉ DU SAINT-ESPRIT. 349
<it premièrement une fosse ronde, au
lignant, s'appelle Comitium^ dedans la-
ul des prémices de toutes les choses ;
Ht aussi un peu de terre d'où chacun
m et mêlèrent le tout ensemble: cette
cérémonies s'appelle le Monde. A l'entour
•, ils tracèrent lepourpris de la ville qu'ils
ir, ni plus ni moins que qui décriroit un
i four d'un centre.
il, le fondateur de la ville prend une charnelle il attache un soc de fer, et y attelle un * une vache, et lui-même conduisant la charl1 en tour du pou rp ris, fait un profond sillon , rai le suivent ont la charge de renverser au ■*e la ville, les mottes de terre que le soc de la ^enlève, et n'en laisser pas une tournée au de- *u lieu où ils ont pensé faire une porte, ils ôtent ^et portent la charrue, en laissant un espace de ^ non labouré. D'où vient que les Romains estifoute l'enceinte des murailles sainte et sacrée, té les portes. Pour que si elles eussent été sacrées etifiées, on eût fait conscience d'apporter dedans importer hors de la ville par îcelles, aucunes r nécessaires à la vie de l'homme, qui toutefois ne as pures (1). »
le fut la fondation pleine de superstitions satar de la ville de Rome. Et les Romains de la Renée n'ont pas rougi d'en célébrer l'anniversaire i fêtes religieuses !
tomulus est le fondateur de la ville matérielle, r son successeur, est regardé, avec raison, comme
Ude Romulus, c n.
le fondateur delà Cité morale. Satan ne pouvait mieux choisir. Nous disons choisir, car c'est par la grâce de Satan lui-même que Numa fut roi de Rome. Avant de rapporter à ceux qui l'ignorent ce fait très-significatif, il est bon de faire connaître les antécédents de Numa. « Après la mort de sa femme, écrit Plutarque, Numa laissant la demeure de la ville, aima à se tenir aux champs, et aller tout seul se promenant, par les bois et par les prés sacrés aux dieux, et à mener une vie solitaire es lieux écartés de la compagnie des hommes. Dont procéda, à mon avis, ce qu'on dit de lui et delà déesse, que ce n'étoit point pour aucun ennui , ni pour aucune mélancolie, que Numa se] retiroit de la conversation des hommes, mais parce qu'il avoit essayé d'une autre plus sainte et plus vénérable compagnie, lui ayant la nymphe et déesse Égérie tant fait d'honneur que de le recevoir à mari (1). »
Quoi qu'il en soit de ce mariage et d'autres semblables dont , au rapport du même Plutarque , la haute antiquité admettait la réalité (2), il demeure que le premier législateur de Rome eut, comme les deux oracles de la philosophie païenne, Socrate et Pythagore, son démon familier. Nous allons voir qu'à ce commerce ténébreux, Numa dut sa royauté et Rome ses lois.
Écoutons encore Plutarque. « Numa ayant accepté le royaume, après avoir sacrifié aux dieux, se mit en marche pour aller à Rome. A donc lui furent apportées les marques et enseignes de la dignité royale, mais lui-même commanda qu'on attendît encore, disant
(1) Vie de Numa, c. m.
(2) Voir dans saint Augustin et dans tous les grands théologiens la question de incubis.
qu'il falloit premièrement qu'il fût confirmé roi par les dieux. Il prit les devins et les prêtres, avec lesquels il monta au Capitole, et là le principal des devins le tourna vers le midi, ayant la face voilée, et se tint debout derrière lui, en lui tenant la main droite sur la tête, et faisant prière aux dieux qu'il leur plût, par le vol des oiseaux, et autres indices, déclarer leur volonté touchant cette élection , jetant sa vue de tous côtés, au plus loin qu'elle sepouvoit étendre. Il y avoit cependant un silence merveilleux sur la place, encore que tout le peuple en nombre infini y fût assemblé, attendant avec grande dévotion qu'elle seroit l'issue de cette divination, jusqu'à ce qu'il leur apparût à main droite des oiseaux de bon présage, qui confirmèrent l'élection. Et alors Numa vêtant la robe royale, descendit du Capitole dessus la place, où tout le peuple le reçut avec grandes clameurs de joie, comme le plus saint et le mieux aimé des dieux que l'on eût su élire (1). »
Roi par la grâce du démon, Numa devint, comme Lycurgue, comme Thésée, comme les autres fondateurs des empires païens, législateur sous l'inspiration du même Esprit. Déjà les rudiments de législation que Romulus avait donnés aux Romains sortaient de la même source. Très-habile dans le commerce avec les démons, optimus augur, comme l'appelle Cicéron, il en avait composé une partie ; le reste, il l'avait emprunté des Grecs, qui, nous l'avons vu, en étaient redevables au serpent législateur (2).
Mais pour Rome, sa ville de prédilection et la future
(1) Vie de Numa, c. vi.
(2) Ferias solemnesque conventus et statas a laboribus vacation es, ac caetera idgenus ex optimis quibusque Grœcorum ho mi nu m rilibus iastituil. Dion. Halyc, Antiquit. rom., lib. XI, in Romul.
capitale de son empire, une inspiration indirecte ne suffisait pas à Satan. Lui-même en personne voulut dicter ses lois : Numa fut son Moïse. Ce personnage, que nous appuierions aujourd'hui un médium, pratiquait ouvertement Thydromancie. Connu de toute antiquité et tant de fois condamné par l'Église, ce genre de magie consiste à faire sur l'eau dormante ou courante, des invocations et des cercles concentriques, au milieu desquels apparaît le démon sous une forme visible, et rendant des oracles (1). Apulée rapporte ce fait célèbre d'hydromancie. «Je me souviens, dit-il, d'avoir lu dans Varron, philosophe d'une grande érudition et historien d'une grande exactitude, que les habitants de Tralles, inquiets du succès de la guerre contre Mithridate, eurent recours à la magie. Un enfant parut dans l'eau qui, le visage tourné vers une image de Mercure, leur annonça en cent soixante vers ce qui devait arriver (2) . » Tel fut le moyen employé par le législateur de Rome.
« Numa, écrit saint Augustin, qui n*avait pour inspirateur ni un prophète de Dieu, ni un bon ange, recourut à l'hydromancie (3). » Il se rendaitau bord d'une
(i)Delrio, Disquisit. magie, lib. IV, c. xi, sect. 3.
(2) Apolog., p. 301 .
(3) Nam et ipse Numa, ad quem nu 11 us Dei propheta, nulius sanctus angélus mittebatur, hydromantiam facere compulsus est, ut in aqua videret imagines deorum, vel potius luditicationes daemonum, a quibus audiret quid in sacris constituere atque observare deberet. Quod genus divinationis idem Varro a Persis dicit allatum, quo et
' ipsum Numam, et postea Pythagoram philosophum usum fuisse commémorât: ubi adhibito sanguine etiaminferos scisci tari... bis tamen artibus didicit sacra illa Pompilius, quorum sacrorum facta prodidit: quarum causarum proditos libros senatus incendit. Quidmihi ergo, Varro, illorum sacrorum alias nescio quas causas velut pbysicas interpretatur ; quales si libri illi habuissent, non utique arsissent. De civ. Dei, lib. VU, c. xxxv.
fontaine solitaire qu'on montre encore et faisait les pratiques d'usage. Alors, sous la figure d'une jeune fille, qui prenait le nom d'Égérie, le démon lui dictait les différents articles de la constitution religieuse et civile de Rome, et lui en expliquait les motifs. Or, les motifs de ce code, devenu, par les conquêtes des Romains, comme l'évangile de l'antiquité, étaient d'une nature telle, que Numa, tout roi qu'il était, n'osa jamais les faire connaître.
A cette crainte humaine se joignait une crainte divine, qui jeta le royal médium dans la plus grande perplexité.. D'une part, en publiant les infamies que le Serpent lui avait dictées, il craignait de rendre exécrable, aux païens eux-mêmes, la théologie civile des Romains; d'autre part, il n'osait les anéantir, redoutant la vengeance de celui auquel il s'était livré. 11 prit donc le parti de faire enterrer près de son tombeau ce monument d'obscénité. Mais un laboureur, passant avec sa eharrue, le fit sortir de terre. Il le porta au préteur, qui le soumit au sénat, et le sénat ordonna de le brûler.
Telle fut la respectable origine de la législation religieuse et civile de Rome. Les choses utiles et sensées qu'elle renferme sont une ruse de celui qui ne dit, quelquefois, la vérité que pour mieux tromper (1).
(I) De civ. Deii lib. VII, c. xxxiv otxxxv.