CHAPITRE XXIX
(SUITE DU PRÉCÉDENT
Action palpable du démon sur le monde ancien et sur le monde moderne. — Pratiques démoniaques renouvelées du paganisme. — Bulle de Sixte Y. — Le mal continue.— Manifestations éclatantes.— Affaiblissement général de la foi au démon.' — Cinq degrés dans l'envahissement satanique : le démon se rend familier. — Il se fait nier. — Réhabiliter. — Appeler comme Roi. — Invoquer comme Dieu. — Familiarité de notre époque avec le démon.. -~ II ne lui inspire plus ni crainte ni horreur. — Elle le nomme à tout propos par son vrai nom. — Nomenclature significative. — Elle* croit peu au* démon et encore moins à son influence sur l'homme et sur les créatures. — Conséquences.
Se faire adorer à la place du Verbe incarné : tel a toujours été le but de l'ange rebelle, tel îlA sera toujours. Il n'en connaît pas d'autre. L'histoire dit ses succès chez les peuples païens d'autrefois et chez les nations idolâtres d'aujourd'hui. Après avoir, par le rationalisme, le sensualisme, le césarîstoe et Tàntichiïstianisme, opéré le divorce aussi complet que possible de l'homme avec Dieu, il se présente pour rétablir le lien que lui-même a brisé. Fondé' sur la nature des choses, son succès, à moins d'un miracle, est infaillible. Quoi qu'il fasse, le monde inférieur ne peut se soustraire à l'influence du monde supérieur. S'il rompt avec le Roi delà Cité du bien, il tombe forcément sous l'empire du Roi de la Cité du mal. Dieu ttu le Diable : pas de milieu. ' ...
Entre l'homme, sa dupe et son esclave, et lui, son se-
ducteur el son tyran , le démon établit une foule de communications directes et palpables, contrefaçon permanente des communications du Verbe avec l'homme. Par mille moyens, que lui-même indique, il se fait adorer comme un Dieu, respecter comme un maître, chérir comme un bienfaiteur, consulter comme un oracle invoquer comme un protecteur, appeler comme un médecin, recevoir comme un ami, traiter comme un être inoffensif. Sur cet ensemble de faits permanents, universels, repose l'idolâtrie ancienne et moderne ; ou plutôt c'est l'idolâtrie elle-même.
Or, nous le répétons, Satan ne change ni ne vieillit. Ce qu'il était hier, il l'est aujourd'hui, il le sera demain. Singe éternel de Dieu, ennemi implacable du Verbe incarné, toujours il voudra le détrôner afin de régner à sa place. Si donc c'est bien lui que la Renaissance a ramené triomphant au sein de l'Europe chrétienne; si c'est bien le rationalisme, le sensualisme, lecésarisme, l'antichristianisme qui forment les grands caractères de l'époque moderne, nous devons nous attendre à retrouver le démon s'efforçant de se substituer matériellement au vrai Dieu , et, au surnaturel divin, d'opposer le surnaturel satanique, jusqu'à ce que le second supplante le premier. Pour inspirer à l'homme d'aujourd'hui les mêmes sentiments dont il avait pénétré l'homme d'autrefois, il doit nous apparaître environné de tout le cortège de consultations, d'oracles, de prestiges, de pratiques mystérieuses qui composaient son culte et assuraient son empire dans l'antiquité païenne : voyons si l'histoire confirme cette induction.
Jusqu'à la Renaissance et à la Réforme, sa fille aînée, la double autorité des lois canoniques et des lois civiles continuait de tenir enchaîné le père du mensonge, le
vaincu du Calvaire. C'est par exception seulement et sur une échelle restreinte qu'on le surprend exerçant son art ténébreux chez les peuples chrétiens du moyen âge. Rappelé par la Renaissance sous la forme de Dieu du beau, etparlaRéformesouslenom deDieu de la liberté, il reprend bientôt l'ancienne indépendance de ses allures.
En Italie, en Allemagne, en France, un grand nombre de renaissants, imitateurs des lettrés de Rome et de la Grèce, se livrent avec passion à l'étude et à la pratique des sciences occultes (1). Les principaux chefs du protestantisme se vantent de leurs colloques avec Satan (2). Sous des formes à peine modifiées, reparaissent toutes les superstitions de l'ancien paganisme : consultations, évocations, manifestations, oracles, prestiges, adorations vont se multipliant avec les négations de l'Évangile. Telle est la rapidité avec laquelle le culte de Satan envahit l'Europe, que l'Église s'en émeut. Par l'organe de Sixte V, grand esprit assurément, elle signale au monde épouvanté cette épidémie de l'idolâtrie renaissante et la frappe d'une condamnation solennelle.
Dans la fameuse bulle Cœli et terrœ Creator, sont énumérées, comme reparaissant au grand soleil du christianisme, la plupart des pratiques démoniaques usitées dans l'antiquité païenne, et dont Porphyre nous a laissé la longue nomenclature (3). L'immortel pontife nomme : l'astrologie, la géomancie, la chiromancie, la nécromancie, les sortilèges, les augures, les auspices, la divination par les dés, les grains de fro-
(\) Voir Des rapports de l'homme avec le démon, par M. Bizouard, t. III, liv. XI-XIV.
(2) Voir notre ouvrage La Révolution, etc., t. VI, IX, X.
(3) Dans Eu$eb.,Prœpar. Evang., lib. II, III, IV, V, VI.
ment et les fèves; les pactes avec les démons, dans le but de connaître Ta venir ou de satisfaire les passions; les charmes; les- oracles ou évocations i des esprits, interrogés et répondants; l'offrande d'encens, de sacrifices, de prières; les génuflexions, les prosternements, les cérémonies du culte; l'anneau et le miroir magique; les vases destinés à fixer les esprits et à en obtenir des réponses; les femmes sympathiques (nous disons somnambules et magnétisées), qui, mises en rapport avec le démon, obtiennent de lui la connaissance des choses cachées, passées op futures ,• Thydromancie, au moyen de vases pleins d'eau dans lesquels des hommes, et plus souvent des femmes, font apparaître des figures qui ren* dent des oracles. Il faut ajouter la pyromancie, la pédomancie, l'ornithomancie, l'oniromancie ou l'oracle par les songes, et d'autres pratiques, « restes impurs,' dit le pape, de l'ancienne idolâtrie vaincue par la croix (1).» Remarquons en passant que le Vicaire de Jésus- Christ signale la femme comme l'instrument préféré du démon. Inutile de rappeler que cette préférence se retrouve partout dans l'ancien paganisme, aussi bien que dans la moderne idolâtrie, en Afrique, dans l'Océanie et ailleurs. Aux raisons que nous en avons données, saint Thomas ajoute celle-ci : « Les démons, dit-il, répondent plus facilement à l'appel des vierges, afin de mieux tromper, en affectant de paraître aimer la pureté (2). »
(t) Quas pristinœ et antiquatœ, ac per crucis victoriam prostratte idololatriae reliquias retinentes, quibusdam auguriis, auspiciis, similibus sigais et vauis observationibus ad futurorum divinationem inteaduat. Constit. Cœliet terrœ, etc., an. 1586.
(2) Veniunt etiam facilius (daemones), cum a virginibus advoéantur, ut ex hoc in suœ divinitatis opinionem ho mi nés inducant, quasi munditiam ament, ut dicit S. Thomas. Viguier, xn, 92.
Quoiqu'il en soit, les personnes du sexe sont averties qu'un danger particulier les menace. Elles comprendront dès lors la nécessité de s'environner de vigilance, et surtout d'éviter toute participation à aucune pratique suspecte qui pourrait donner prise sur elles à leur implacable ennemi i '
De la bulle de Sixte V ressdrtent deux faits. D'une part, la multiplicité des pratiques démoniaques : on dirait une ébullition générale de l'Europe, fille dé la Renaissance, au souffle de l'esprit satanique; d'autre part, la persistance de ces honteux phénomènes. « Malgré tous les efforts de l'Église, ajoute le Pontife, on n'a pu parvenir à extirper ces superstitions, ces crimes, ces abtis. De jour en jour on découvre que tout en est plein, omniaplena esse (1). » C'est donc un fait acquis à l'histoire : un siècle après la Renaissance, les communications de SataD avec l'homme étaient redevenues, comme dans l'ancien paganisme, générales, perma-* nentes, indestructibles, et la puissance du démon s'étendait dans la Cité du bien jusqu'à des limites inconnues, omnia plena esse in dies detegantur.
» Le mal ne fut point arrêté par les défenses pontificales. LeRéarn, Loudun, Louviers, les pays du Nord, lesCévennes, le cimetière de Saint-Médard à Paris, et d'autres lieux, devenus successivement le théâtre de manifestations éclatantes, montrèrent que Satan demeurait maître d'une bonne partie de la place. Pour les esprits frivoles, ces phénomènes, furent des jengleries, et leur histoire des contes à dormir debout. Affirmé par quelques-uns,
(4) Non tamen crrorum prœdictorum extirpationi usque adeo provisum est, quia etiam... apud plurimos curiosius vigeant, cujn valde fréquenter, detectis diaboli insidiis... variarum superstitio- Tium omnia plena esse in dies detegantur. Ibid.
leur caractère démoniaque fut nié opiniâtrement par toute la secte incrédule. Au siècle de Voltaire, la négation s'étendit à tous les faits du même genre. Divinations, évocations, pactes, magie, possessions, sorcelleries, maléfices, il passa en principe que tout cela n'était qu'un tissu de rêveries. Cette négation audacieuse de l'histoire universelle produisit l'affaiblissement général de la foi au démon, à ses pratiques et à son influence.
Afin de ne pas se mettre en opposition avec l'Évangile et avec l'enseignement de l'Église, les plus catholiques disaient que, à la vérité, ces choses avaient eu lieu dans les anciens âges, mais qu'on n'en voyait plus d'exemples dans les temps modernes. «En effet, ajoutait la philosophie voltairienne, le démon, grâce au progrès des lumières, n'est plus qu'un être inactif et désarmé. Il est même reconnu que la plupart des faits que l'Église lui impute, sont le résultat des lois naturelles. Calomnié à plaisir par le moyen âge ignorant et crédule, il est bon désormais pour épouvanter les grand'mères et les petits enfants. »
Ainsi le démon faisait son œuvre et s'approchait du premier but de ses efforts. Quel est-il? bannir sa crainte du cœur de l'homme; la bannir afin de se rendre familier; se rendre familier, afin de faire mépriser les enseignements de l'Église et de jeter les armes antidémoniaques dont elle avait pourvu ses enfants. A-t-il réussi ? interrogeons l'histoire contemporaine.
Se rendre familier. Il se passe sous nos yeux un fait inconnu des peuples chrétiens. Ce fait est peu remarqué, et pourtant il nous semble mériter de l'être beaucoup; car il forme un des caractères les plus significatifs des temps actuels. Les siècles passés avaient horreur du
démon. Son vrai nom, le nom de Diable, n'était prononcé que rarement, avec une sorte d'hésitation et même de scrupule. Encore aujourd'hui, certaines populations, heureusement préservées de Y esprit moderne, ne l'articulent jamais. Quand elles ont à parler de Satan, elles disent : la vilaine bête. A part cette exception qui tend de jour en jour à disparaître, le nom du Diable est sur les lèvres de tous. On le prononce comme celui de la chose la plus indifférente. Il assaisonne les plaisanteries; il accentue les jurons; il sert de titre aux livres à la mode et de réclame aux pièces de théâtre. Les marchands eux-mêmes trouvent piquant de le prendre pour enseigne de leurs boutiques. On dirait que le moyen d'appeler les lecteurs ou d'attirer les clients, est d'employer un mot qui faisait horreur à nos pères.
Comme thermomètre de cet étrange progrès, qu'on nous permette de citer quelques exemples dont les plus anciens ne remontent guère au delà d'un quart de siècle.
Robert le Diable, — Programme de Robert le Diable,
— Chanson de Robert le Diable, — Légende de Robert le Diable, — Au plus malin de tous les Diables, — Au Bon Diable, — Au Diable galant, — Au Diable à quatre, — Aux Diablotins, — Au Diable vert, — Dieu et Diable, — Anges et Diables, — Un Ange et un Diable,
— Allez au Diable, — Le Diable du monde, — Harry le Diable, — Monsieur Béelzébuth, — Monsieur Satanas, — Le Diable et les Élections, — Le Diable à l'école, — Le Diable dans un bénitier, — Le Diable d'argent, — Le Diable de l'époque, — Au Diable la franchise, — Diable ou Femme.
Le Tictac du Moulin du Diable, — L'homme au Diable, -*- Le Diable en voyage, — Le Diable à Paris,
— Le Diable à Lyon, — Le Diable en province, — Le Diable aux champs, — Le Diable au moulin, — Le Diable dafitè les boudoirs, — Le Diable fourré partout,
— Satan, — Salanas, — Le Diable,— Les cinq cents Diables, — Le Diable vert, — • Le Diable rouge, — Les Pauvres Diables, -^- Les Diables roses, -^ Le Diable jaune, — Les Diables noirs, — Le Bon Petit Diable,
— Le Diable boiteux, — Le Diable achevai, — Le Diable médecin, — Le Diable amoureux, — -jLe Diable trompé, — Les Diables de Paris, « — Le Diable des Pyrénées.
Frère Diable, — Jean Diable, — Confession de Frère Diable, — Almanach du Diable, — Les Amours du Diable, — Mémoires du Diable, — Mémoires d!une Diablesse ; — La Science du Diable, — Les Secrets du Diable, — Les Aventures d'un Diablotin, — Le Secret du Diable, — Les Fourberies du Diable, — La Malice du Diable, — La Mare au Diable, — Le Morne au Diable, — La Part du Diable, — Les Pilules du Diable,
— La Maison du Diable, — Le Château du Diable,— La Taverne du Diable, — Le Puits du Diable, — Les Noms du Diable, — Les Amours du Diable, — Le Ménage du Diable, — Le Moulin du Diable, — Le Saut du Diable, — Le Cheval du Diable, — Le Chien du Diable, — La Cornemuse du Diable, — Le Valet du Diable, — La Chanteuse du Diable, — L'Argent du Diable, — Les Sous du Diable, — Le Tiroir du Diable,
— Le Soufflet du Diable, — Les Biblots du Diable, ~ Le Fils du Diable, — La Fille du Diable, — L'Héritier du Diable, — L'Étoiledu Diable, — Le Voyage du Diable, — La Chasse du Diable, — La Ronde du Diable,
— Les Trois Péchés du Diable, — Les Trois Baisers du Diable, — Le Souper du Diable, — Une Larme du
Diable, — L'Oreille du Diable, — La Main du Diable, — La Queue du Diable, — Portrait du Diable, — Physiologie du Diable.
Voilà, avec beaucoup d'autres, les titres d'ouvrages dont le dix-neuvième siècle énxaille, depuis vingt ans, les colonnes du Journal de la librairie française. Voilà les enseignes, avec portrait, que le grand et le petit commerce, placarde sur les murailles de nos villes : espèce de patronage à la mode sous lequel se placent les somptueux magasins de luxe comme la misérable échoppe du marchand d'allumettes.
Qu'on ne s'y trompe pas, ce fait nouveau a sa signification. « La révolution des choses, dit un vieil auteur, n'est . pas plus grande que celle des mots. » La popularité d'un mot est le signe de la popularité de l'idée. La facilité, la légèreté, l'indifférence avec laquelle on emploie de nos jours un nom jusqu'alors abhorré, dénote donc l'imprudente familiarité du monde actuel avec son plus dangereux ennemi, comme elle mesure la distance qui sépare nos idées des idées de nos pères.
Toutefois se rendre familier n'est que le premier succès ambitionné de Satan : se faire nier, en lui-même et dans ses opérations multiples, est le second. Se faire réhabiliter est le troisième. Se faire rappeler comme prince est le quatrième. Se faire adorer comme Dieu, est le cinquième. Nous allons le suivre dans ces différentes étapes de la route, dont le terme final est le rétablissement, sous une forme ou sous une autre, de l'ancien paganisme.
Se faire nier. Autrefois on croyait au démon, tel que la révélation le fait connaître, et on avait peur de lui. Pour nos aïeux, Satan n'était pas un être imaginaire,
une allégorie, un mythe; mais bien un être réel et personnel comme notre âme. Ce n'était pas un être inoffensif, impuissant ; mais bien un être essentiellement malfaisant, cause de notre ruine, jour et nuit nous tendant des pièges et doué d'une puissance redoutable sur l'homme et sur les créatures. Aussi la première frayeur de l'enfant, comme la dernière crainte du vieillard, c'était le démon. De là, l'usage universel, et religieusement observé, des préservatifs enseignés par l'Église contre ses attaques. De là encore, dans tous les codes de l'Europe, la peine de mort portée contre quiconque était convaincu d'avoir eu commerce avec cet ennemi-né du genre humain.
Aujourd'hui se manifestent des dispositions diamétralement contraires. On est effrayé de rencontrer, au sein des nations chrétiennes, une foule de personnes dont la foi au démon n'est plus catholique. Les unes le regardent comme un mythe, et son apparition au paradis terrestre sous la forme matérielle du serpent, comme une allégorie; d'autres, tout en admettant son existence personnelle, refusent de croire à son action sur l'homme et sur le monde. Il en est qui restreignent cette action dans certaines limites, tracées par leurraison, et n'admettent rien au delà. Beaucoup même ne l'acceptent que sous bénéfice d'inventaire, et, malgré des milliers de témoins, nient intrépidement ce qu'ils n'ont pas vu de leurs yeux.
Excepté quelques catholiques de vieille roche, personne ne recourt avec fidélité aux armes fournies par l'Église pour éloigner le prince des ténèbres. On ne parle plus de lui à l'enfance, ou bien on lui en parle légèrement, pour mémoire et comme d'un être à peu près suranné. L'homme fait et le vieillard, n'ayant au-
cunepeurde lui, sourient si vous leur manifestez la vôtre. Aux yeux de la loi, le commerce avec le démon ou n'a jamais existé, ou il n'existe plus, ou il n'est pas un délit. Delà, ce que nous voyons aujourd'hui, l'interprétation rationaliste de tous les faits démoniaques de l'Ancien et du Nouveau Testament, la négation de l'histoire universelle et le mépris des enseignements de l'Église sur l'ange déchu.
Pour avancer cette œuvre qui est la sienne, le démon se déguise sous tous les masques, joue tous les rôles, emprunte tous les noms. Dans les manifestations même qui révèlent avec le plus d'évidence son odieuse personnalité, il parvient à faire prendre le change. Tantôt, sous le nom de fluide nerveux, de fluide magnétique, de fluide spectral, il se donne pour un agent purement naturel. Tantôt il s'appelle seconde vue, et n'est qu'une simple faculté de l'âme. Ici, il se fait passer pour un bon ange et donne de pieux conseils. Ailleurs, c'est un esprit badin, qui plaisante, qui ricane, qui veut être traité comme un jouet ou comme tin vain épouvantail. D'autres fois, il devient l'âme d'un mort admiré ou chéri, et il usurpe la confiance. Beaucoup plus dangereuse que les autres, cette dernière transformation est aussi la plus commune : on sait qu'elle est la base même du Spiritisme.
Quel est, pour le Père du mensonge, le bénéfice de tous ces déguisements? Accomplir son œuvre sans en porter la responsabilité ; en d'autres termes , se faire nier. Rien de plus habile que son calcul. Quiconque nie Satan, nie le christianisme. Quiconque dénature Satan, dénature le christianisme. Quiconque plaisante de Satan, plaisante de l'Église, dont les prescriptions antidémoniaques ne sont plus que des superstitions de
bonne femme. Quiconque nie l'action malfaisante de Satan sur l'homme et sur les créatures, accuse le genre humain d'une aliénation mentale ,. soixante fois séculaire; et, déchirant les unes après les autres toutes les pages de l'histoire, arrive au doute universel.
Par tous les faits que nous venons de rappeler, Satan dit au monde actuel : N'aie pas peur de moi. Nous allons voir que le monde actuel répond : Je n'ai pas peur de toi.