CHAPITRE XII
(suite du précédent.)
Mtrie créée pour être Tépouse da Saint-Esprit — Demande en mariage. -< Consentement de la sainte Vierge. — Marie créée pour être la mère du Verbe! — Mystère de' nncamatiori. — Explication des paroles de Tange. — Marie c^éée peur être la basede la Cité du bien. ^Pourquoi Notre-Selgneur ne la conduit pas au ciel .avec lui. —Marie nourrice de l'Église,— institutrice des apôtres, — force des martyrs, — consolation des fidèles. — Après sa mort, Marie continue sa mission. — Deux tètes de Satan : Tidolàtrie et lliéréaie. — Marie lea écrase. — Guerre de Satan contre Marie,
Marie est créée, créée parle Saint-Esprit (1); créée chef-d'œuvre unique de la Puissance ipfinie. «Vers vous, lui crie saint Bernard, comme vers l'arche de Dieu, comme vers la cause et le centre des événements, comnie vers l'affaire de tous les siècles, negotium ommm sœculorum^ tournent leurs regards et les habitants des c^eux et les habitants de la terre, et ceux qui nous ont précédés, et nous qui passons, et ceux qui nous suivront, et les enfants de leurs enfants. Toute la création fixe les yeux sur vous, et c'est avec raison. De vous, en vous, par vous, la main bienfaisante du Tout-Puissànt a régénéré tout ce qu'elle avait créé (2). »
(1)*. Albert magn.f apud Dionys. Carth., De laudib. Virg,, lib. I,
CXUI.
(l) Merito in te respiciunt oculi omnis creaturœ, quia in te, et per le et de te benigna manus Omnipotentis quidquid creaverat^ recreavil. Ser. ii, de PentecosU
Le Créateur lui-même contemple son ouvrage avec des complaisances infinies. Marie est créée pour être Tépouse du Saint-Esprit et la mère du Verbe. Le mariage supposç le libre consentement des parties : voyons de quelle manière est sollicité celui de Tauguste vierge. Les trois personnes de la sainte Trinité envoient un ambassadeur, chargé de la demander en mariage. Étonnée de tant d'honneur, Marie se trouble; mais elle fait ses conditions et traite avec Dieu même d'égale à ^al. Je consentirai, dit-elle, à la condition de conserver intact le lis de ma virginité. Ainsi, une jeune fille de douze ans tient en ses mains le salut du monde. De sa volonté dépend l'accomplissement de l'œuvre à laquelle se rapportent, dès l'éternité, tous les divins conseils.
L'auguste Trinité paraît en suppliante devant Marie. Ineffable démarche! qui contient toute une révolution morale. La femme, jusqu'alors Têtre le plus abject, devient tout d'un coup l'être le plus respecté. Le genre humain aura-t-il un Sauveur? La réponse d'une fèmma en décidera. Marie réfléchit; en acceptant le double titr^ d'épouse du Saint-Esprit et de mère du Verbe, elle sait qu'elle accepte celui de reine des martyrs. Devant se^ yeux se déroule une longue suite de sanglantes et lugu — bres images : la crèche, la croix, le calvaire, seront pour elle, car ils seront pour son fils. « Consentez, consentez^ lui crie saint Augustin , ne retardez pas le salut du monde. L'ange vous a donné sa parole : vous resterez vierge, et vous serez mère ; vous aurez un fils, et votre virginité ne souffrira aucun dommage. Heureuse Marie ! tout le genre humain captif vous supplie de consentir. Le monde vous établit auprès de Dieu l'otage de sa foi. Ne tardez pas; répondez un mot à l'ambassadeur; consentez à de-
venir mère, engagez votre foi, et vous connaîtra la vertu dtt Tout-Puissant (1). »
Marie a incliné doucement sa tète virginale. Elle a dit : Je suis la servante du Seigneur, qu'il me soit fait suivant votre parole. Elle est épouse, elle est mère; et sa couronne ûuptiale est une couronne d*épines, et ses joieà maternelles sont le commencement d'un long martyre. En attendant, le monde est sauvé, sauvé par une femme ; et l'anathème, quarante fois séculaire, qui pesait sur la femme est levé pour toujours, car la femme désormais parait à la tête de tout bien.
Cependant le Saint-Esprit est survenu dans Marie, et Tétre saint qui naîtra d elle sera appelé le Fils de Dieu. Pourquoi le Fils de Dieu, et non le Fils du Saint-Esprit? Par la bouche des docteurs, la foi catholique répond : H ne sera pas appelé et il ne sera pas le Fils du Saint- Esprit, parce qu'il ne sera pas formé de la substance du Saint-Esprit. Sa chair sera la chair de Marie, et Marie sera sa mère ; mais, sa chair n'étant pas formée de la substance du Saint-Esprit, le Saint-Esprit ne sera pas son père. ,
Remarquons la précision merveilleuse du langage divin. L'ange ne dit pas : Usera appelé^ ou : Usera saint; mais il dit : Létre saint qui naîtra de vous^ sera appelé ie Fils de Dieu. En effet, celui que Marie conçoit était depuis longtemps; il était saint par essence et Fils de Dieu. 11 restait donc à l'appeler ce qu'il était, et en l'appelant à manifester qu'il était Fils de Dieu, non par adoption, mais par nature.
(1) Jam audisti quomodo fiet hoc; respoode nunc verbum. Vitam quid Iricas mundo?Noli morari, Virgo; nuncio feslinanter responde verbum, et suscipe filium; da fidem, et senti virtutem. Ser, xviii, de Sonet. — S. Bern.y Ser. m, sup. missus.
« L'ange ne dit pas : Le saint qui naîtra de vous, mais : La chose sainte , F être saint qui naîtra de vous. Vourquoiî Parce qu'un grand nombre sont appelés saints ou sanctifiés, mais il n'y a qu'une chose sainte, un être sainty la sainteté mêniie, d'où éniane' celle de tous les saintsi Cet être saint esb^le saint des ^ainti^ le Sik de Mamobd Étranger h la prévapioation<d!AdamY conçu par l'opérib* tion dujSaint-Esprit, né d'ilne-viergeisaiksjtache, il n^ eu besoin, ni à sa conception, ni à sa naissance, d'nna sanctification acfaîd<^ntélle, mais il: est saisi pai^ esseûi» et la sainteté même (1). » . r jV-
Voilà donc la jeune vierge de Juda^ devenir» l'époùse du Saint-Esprit, la fnère du Verbe, la parente i^ toutcl la TriniVè j cohsànguinea Trihitatis. Tant de gloire n'est pas pour elle seule. Comime Eve/ ètrAdarii furent kfi bases de la Cité] du mal, Marie et son Fils seront les bar ses de la Cité du bien, élevée sur la terre à sapins graadil perfection. Connue dans le monde entier souslenoib incommuniable à! Église catholique ^^eiie^vxQii^B cîlé reconnaît Marie pour sa mère et sa^ maîtresse. Aux Chi+î nois, aux Thibétains, aux sauvages d'aujourd'hilif comme aux|Grecs et aux barbares d'autrefois, qui lui demandent son origine, elle répond : Je suis fille do Verbe éternel conçu du Saint-Esprit et né de ia^vierge Marie : coneeptus de Spiritu sancto, natus ex Maria virgine. i'»l»
(t) ... ConcepU:^ îste. Spiritus sancti non generatio, se(| ^JV9rjBUJA est. Caro de carne Virginis, noa de ipsa erit substantia sancti Spiritus... Hoc sanctum est iste sanctus sanctorum, quem non in deliètb praîvaricationis Adse conceptum vel nalum sanctilas accidens sanctificavit, sed essentialiter sanctum, virgo incorrupta de Spiritu sancto conceph. Sic igilurmelius atque praestantius dictum est, ut dici de» buit : Quod enim nascetur ex te sanctum, vocabitur Filius Dei. iliipert,y De Spir. sanct,, lib. I, c. x.
Mère et maîtresse de l'Église, cette prérogative de Marie explique un mystère autrement inexplicable. Quand on connaît l'affection réciproque de Jésus et de Marie, on se demande avec étonnement, pourquoi le Sauveur .montant au ciel n'y conduit pas avec lui sa mère biennaimée? Plus que personne n'avait-elle pas partagé ses travaux, ses humiliations et ses souffrances? Qqî donc méritait mieux d'être associée àjses gloires et à ses joies? Pendant que lui-même, le meilleur des fils, va jouir d'nn bonheur sans mélange et sans fin, pourquoi laisse-t-il la plus tendre des mères dans les tristesses de l'exil? Les Justes dé l'Ancien Testament, qui forment son cortège, sont-ils de meilleure condition que Marie? Leurs désirs du ciel, plus vifs que les siens? Le bon larron lui-même monte au ciel, et Marie reste sur la terre ! Quel est le mystère d'une semblable conduite?
En retournant à son Père, Notre-Seigneur laissait l'Église au berceau. Petite et tendre enfant, elle avait besoin de kit et de soins maternels : il lui donne sa mère pour nourrice, ecce Filius tuus. Toujours dévouée, Marie accepte cette fonction qui prolongera son exil, et s'en acquitte avec une sollicitude ineffable. De ses prières^ de ses exemples, de ses leçons, elle nourrit la jeune épouse de son fils, comme elle avait nourri de son lait virginal l'époux de l'Église, pendant qu'il était enfant.
Ainsi que dans une maison, en l'absence ou après la mort du père, la mère prend soin de la famille et en fait les affaires; de même, le chef de l'Église ayant cessé d'être visiblement présent au milieu d'elle, c'est Marie qui le remplace (1). Voilà pourquoi les apôtres et les
(1) Hac enim de causa Christus matrem sibi superstitem esse voluit, at quasi sui vicaria, columen esset Ecclesise, doctrix apostolonimet consolatrix fidelium. Corn, a Lap,, in Act., v, 42. IL 10
disciples Tentourenl de leurs respects et de leur obéissance filiale. Cette mission de Marie explique sa présence au Cénacle avec les apôtres et ses prières continuelles pour leur obtenir le Saint-Esprit (1) .
Elle explique la fidélité des apôtres à la consulter dans les affaires importantes. Possédant à elle seule plus de grâces et de lumières que tout le collège apostolique, lorsque les organes du Verbe ont besoin d'un supplément d'instruction, ou d*un témoignage pour confirmer l'interprétation des Écritures, ils ont recours à celle qui, pendant neuf mois, fut le siège vivant de la sagesse, Sedes sapientiœ. De là vient que saint Bonaventure appelle Marie la maîtresse des maîtres, la maîtresse des Évangélistes (2).
Les beaux jours de la primitive Église nous la montrent dans l'exercice plénier de cette prérogative. Sa parole souveraine éclaircit tous les doutes, son autorité maternelle ramène toutes les divergences à l'unité. C'est elle qui, au concile de Jérusalem, tranche la question des observances légales : question délicate, vivement discutée, cause de troubles sérieux pour l'Église naissante et qui, même un instant, avait divisé Paul et Céphas. « Non pas, dit Rupert, que Marie ait présidé le concile; une pareille fonction ne convenait pas à
(1) Per Mariœ suspiria et orationes, repleli sunt apostoli Spirita saDCto. Dionys, Carthus,, lib. IV, De prœcon, B. M. V,
(2) Sacra Virgo Maria consilio et luce doclriiiie coUegio prsesidet apostolico; nibilque grave faciunt illi, quod non ejus consilio ductuque gérant. Lucius dexter,, PrœfecU Prœtor. Orient, , in Chron.^ ad an. \Chr. xxxiv. — (Apostoli) quidquid supplementi opus erat... vei testimonii ad confirmandos singulorum sensus, quos acceperant ab eodem Spiritu sancto... ex religioso ore tuo perceperunt. Rupert.^ ]ib. I, m Cant. — Magistra magistrorum etmagîstraevangellstaruin. S. Bonav.y in Psalt. Mar,
une femme, mais elle en avait dicté les décrets (1). » G*est elle qui, avant la dispersion des apôtres, ouvre sa bouche au milieu de l'assemblée des Saints et envoie, comme la rosée, les paroles de sa sagesse pour éclairer les princes de l'Église (2). Comment les apôtres et les disciples auraient *ils pu connaître, si la sainte Vierge ne les en avait instruits, les mystères de la sainte enfance et de la vie cachée de Notre- Seigneur? Quelle autre que la divine Mère pouvait leur raconter Fannonce du Précurseur, la visite de Gabriel et son entretien avec Marie, la visite à sainte Elisabeth, la sanctification de Jean -Baptiste dans le sein de sa mère, le cantique virginal, la naissance admirable de Jean-Baptiste et le cantique de Zacharie, la naissance du Sauveur, sa circoncision, sa présentation au Temple, le cantique et la prophétie de Siméon, l'arrivée des mages, la fuite en Egypte, le retour à Nazareth, l'enseignement de Jésus au Temple, sa soumission à ses parents et une foule d'autres particularités?
Où étaient les témoins de ces mystères, accomplis la plupart dans le secret de la vie domestique ? Qui les connaissait comme Marie? Elle seule pouvait les apprendre aux apôtres. Ceux-ci, à leur tour, en ont instruit le genre humain, en consignant dans l'Évangile le récit de l'auguste Mère. Saint Luc en particulier s'attache à décrire les premières circonstances de l'incarnation du Verbe. «J'ai écrit, dit-il, d'après le récit de
(1) Imo et illic et in cœteris agendis tu princeps, omnem solvisti qoestionem; ita tamea ut non ciamares... neque audiretur vox tua foris, quia, sicut ante nos dictum est, tu sola es Virgo, quœ univers&m bflereticam pravitatem interemisti. ïn Cant,, lib. I; ai Corn, a ^p.,inAct,, XV, 13.
(2) EccL, XV, 5. — Ps. civ, 2!.
(;eux qui ont yu de leurs yeux, dès le commencement^ et qui ont été les ministres du Verbe (1). » Sans doute il existait encore beaucoup de témoins' qui avaient assisté au commencement de laprédicatiooi du Sauveur, qui avaient vu ce qu'il faisait et entendu qe '^u^il disait ; mais jusqu'à sa trentième année, Mat<ie seulele savait^ seule elle pouvait le dire, puisqu'à l'époque où saint Luc écrivait, saint Joseph était mort >depuis^long^ temps (2). De là vient que saint Luc^ historié delà vie cachée, est appelé le secrétaire de la sainte Vterge; Notartm Virginis.
Ainsi, pour emprunter le langage de saint Hilttre, Marie seule apprit aux apôtres ce qui fut dès le commencement, ce qu!ell6 entendit, ce qu'elle vit de ses yeux. Ce qu'elle contempla,^ ce que ses mains touché* rent du Verbe de vie, ce qu'elle avait vu dans le secret, elle le manifesta publiquement. Ce que ses oreilles seules avaient entendu, elle Tannoaça sur les toits, afin que les prédicateurs apostoliques le fissent connaître au monde entier (3). » Quelle reconnaissance nous devons à Marie, ajoute Eusèbe Émissène, pour avoir gardé tant de vérités importantes, que nous n'aurions jamais sues sans elle : Nisi enim ipsa conservasset^ non eà hor beremus. »
De son côté, saint Bernard, sondant avec sa sagacité ordinaire les mystères de Jilarie, demande pourquoi l'archange Gabriel lui annonce l'état de sainte Élisa-
(1) Sicut tradiderunt, qui ab initio viderunt, et ministri fuerunt sermonis. Luc, i, 2.
(2) Avec la tradition la mieux fondée^ le pape Benoit XIII enseigne que saint Joseph mourut au commencement de la prédication de Notre-Seigneur. Serm^ liv, Marian,y p. 224, in-folio. Benevento>
(3) Can» X in Matlh.
beth? Il répond : « L'état de sainte Êlisabelli est manifesté à Marie, afin qu'étant informée tour à tour de larrivée du Précurseur et de l'arrivée du Verbe, elle connût le temps et Tordre des événements, de manière à pouvoir plus tard révéler aux apôtres et aux évangé- Kstes, la vérité dont elle avait été dès l'origine pleinement et divinement instruite (1). »
NoûHseulement Taùguste Mère nourrit la jeune Église» des plus doux et des plus importants mystères, elle la fortifie, la console et lui assure une glorieuse immortalité/ La Passion de son divin Fils ne doit pas finir au Calvaire. Là elle ne fait que commencer, pour se perpétuer dans les frères du Verbe incarné, sur tous les points du globe, jusqu'à la fin des siècles. Le jeune et courageux diacre Etienne, est arrêté, jugé, condamné à mort. Marie ne l'abandonne pas plus qu'elle n'avait abandonné son fils montant au Calvaire. Descendue au fond de la vallée de Josaphat, non loin du torrent de Cédron, oîi le jeune diacre doit être lapidé, la douce Vierge, accompagnée de saint Jean, se met à genoux et les prières de la Reine des martyrs obtiennent la palme de la victoire au premier des martyrs (2).
Le feu de la persécution s'allume de plus en plus : les apôtres ont besoin de conseils, les fidèles de consolations. Marie se fait toute à tous ; l'église de Jérusalem est une famille dont elle est la mère. Autour d'elle se réunissent ses enfants ; chacun lui expose ses douleurs et ses craintes. Nul ne la quitte sans être éclairé et
{{) Ideo conceptus Elizabelh Mariœ nuntiatus est, ul dum n une Salvatoris, nunc Pr œcursoris edocetur adventus, rerum lempus, et ordinem tenens, ipsameliuspostmodum scriptoribus ac prœdicato ribus Evangelii reseraret veritatera, quœ plene de omnibus a pri ncipio cœlitus fuerat instructa mysteriiî?. Hom, iv siip. Miss.
(2) Corn, a Lap., in Act., vu, 57.
consolé (1). Heureux entretiens! dont une heure s'achèterait au prix d une vie de quatre-vingts ans. Ce que saint Augustin dit de sa bonne mère^ doit à plus forte raison se dire de Marie : a Elle était, ô mon Dieu 1 la servante de vos serviteurs, elle prenait soin d'eux, comme si tous avaient été ses fils, et elle se prêtait à leurs désirs comme si de tous elle avait été la fille (2). »
La mission de consoler l'Église, de Tencourager, de la protéger, ne finit pas avec la vie mortelle de la sainte Vierge. Impérissable comme la parole qui en est le titre, elle durera autant que les siècles. Voilà votre enfant, ecce filzus iuusy lui dit le Sauveur mourant. Tant que cet enfant voyagera dans la terre d'exU, exposé aux attaques du prince de la Cité du mal, il aura besoin de vous : vous lui tiendrez lieu de mère. eccefilius tuus. La fidélité de Marie au divin mandat esl écrite dans toutes les pages de Thistoire.
D'une part, TÉglise n'hésite pas à lui faire hommage de la destruction de toutes les hérésies : cunctas hcereses sola interemisti inuniverso mundo. D'autre part. elle lui donne le nom glorieux de Secours des chrétiens Auxilium christianorum. Par les splendides sanctuairei élevés en son honneur sur tous les points du globe, pa: les manifestations enthousiastes de leur confiance filiale, de leur amour et de leur reconnaissance, les in dividus et les peuples répètent, depuis Torigine di christianisme, d'une voix que jamais l'impiété n<
(1) Miseris et afflictis illa condolebat coafflicta, neque segnite subveniebat, humilibus devota, qtiae et devotis devotius humiUare tur, omnium quidem operum pietatis apud fidèles ministra. S. Ignm martyr, Epist. apud Canis,, De Maria Beip.j lib. V, c. i.
(2) Erat serva servorum tuorum, o Domine... lia curam gessil quasi omnesgenuisset; ita servivit, quasi ab omnibus genita fuissel Confess,, lib. IX, c. ix.
pourra réduire au silence : Marie est le secours des chrétiens, la colonne de TÉglise, la terreur de Satan, Fespérance des désespérés, la consolatrice des affligés, la santé des malades, le salut du monde, la pierre angulaire de la Cité du bien.
La synagogue fait écho à TÉglise, et, par la bouche de ses docteurs, elle proclame les gloires, la puissance et les beautés de la Vierge de Juda. « C'est, disent-ils, par amour pour la Vierge immaculée que Dieu a créé le ciel. Non-seulement il Ta créé par amour pour elle, mais par amour pour elle il le conserve. Depuis longtemps, les crimes du monde l'auraient fait périr, si la puissante intercession de la douce Vierge ne l'avait sauvé (1). » Saint Bernard montre que la foi la plus orthodoxe ne trouve aucune exagération dans les paroles des rabbins, lorsqu'il s'écrie : « C'est pour Marie que toute l'Écriture a été faite; pour elle que tout l'univers a été créé. Pleine de grâce, c'est par elle que le genre humain a été racheté, le Verbe fait chair, Dieu humble et l'homme Dieu (2). »
Épouse du Saint-Esprit, Mère du Verbe, pierre angulaire de la Cité du bien, chef-d'œuvre de beauté intérieure et extérieure, Marie est la perle de Tunivers. Tant de glorieuses prérogatives sont-elles le dernier mot de sa création? Nullement. Par un privilège unique, Marie réunit en elle les deux gloires incompatibles de la femme, la virginité et la maternité. Vierge et mère,
(1) Amore intemeratae Virginis creavit Deus cœlum et terram. . . Non solum amore Virgiois conditus est mundus, sed etiam sustentatur, etc. R. OnkeloSy apud Cor, a Lap., in Prov., viii, 22.
(2) Propter banc omnis Scriptura fada est; propter hanc totus muDdus factus est; et hœc gratia Dei plena est: et per hanc homo redemptus est; Verbum Dei caro factum; Deus bumilis et bomo sublimis. Serm. v in Salve regina.
mystère de sainteté et mystère d'amour; mystère «de grâce, nde pudeuF, de timide modestie et mystère de courage et de dérouement sublime; lypé d^onefemiAe nouvelle, inconnue de Tancien monde ; souche éternellement féconde d'une glorieuse lignée^ de^ femiloes, vierges pat* leur pureté sans tache et mères par l'héroïsme, de leur charité : telle est Marie et telle elle devait être (1), : ..-i
Depuis la, prévarication primitîve/un anathèmesp^ cial pesait supla femme : il fallait qu'une femioe vltt le lever. Il le fallait afin que le Prince de la Cité du mal eût la honte id'être vaincu par celle-là mêmfe donfe.il s'était fait un instrument de victoire^ Il le fallait pour que la femme, principale cause delà ruine derhomme, le devint de son salut. Coupable messagère du déitaoïi, elle avait porté la mort à l'homme; bienfaisante messagère de Dieu, elle devait lui rapporter la vie (2)j Le genre humain le savait; toutes les traditions de l'ancien monde plaçaient la femme à la tête du mal; toutes les traditions du monde nouveau devront la placer à la tête du bien.
En se redisant les unes aux autres : Cest la femme qui est la came de tous nos malheurs (3), les générations antiques avaient accumulé sur la tête de la femme une masse de haine et de mépris, qui avait fait de l'ancienne compagne de l'homme le plus abject et le plus
(1) Unum in quo nec primam similem visa est nec habere sequeDtem,gaudia matris habens cum virginitatis honore, Mariœ pri- \ilegium est, non dabitur alteri. S. Bem,, Serm, iv in Assumpt .
(2) Per fœminam mors, per fœminam vita; per Evam interitus, per Mariam salus. S. Aug., De Symbol, ad catechum.y tract, m, § 4.
(3) A muliere initium faclum est peccati, et per illam omnes moriinur. Eccles,, xxv, 33.
disérable des êtres. En se répétant jusqu'au seuil de Fétemité : C'est à la femme que nous devons tem nos biens j les générations nouvelles environneront la femme d une vénération et d'une reconnaissance, qui en feront Têtre le plus respecté et le plus saintement aimé de tous ceux que Dieu a tirés du néant.
Vierge et mère, Marie est ce que fut la femme dans la pensée du Créateur : l'aide de l'homme, semblable à lui : Adjutorium simile sibi. Elle-même enfante des filles semblables à elle, mères comme elle, et mères dignes de ce nom ; vierges comme elle, et vierges dignes ,de ce nom. Comme Marie avait résumé en elle toutes les gloires des femmes bibliques, ses préparations et ses figures; ainsi elle communique ses qualités aux femmes évàngéliques,' sa continuation et son prolongement. Toutes sont ses filles ; mais quelles que soient leurs richesses et leurs beautés, Marie les surpasse toutes. Agnès est sa fille, Lucie est sa fille, Cécile est sa fille, Agathe est sa fille, Catherine est sa fille. Toutes ces vierges, toutes ces femmes resplendissantes de vertus, riches de mérites et de gloires, sont filles de Marie, mais elle les surpasse toutes (1).
11 faudrait parcourir les annales de tous les peuples catholiques, si Ton voulait nommer ces femmes nouvelles, glorieuses filles de Marie; ces mères de famille si grandes, si respectées, si chéries et si dévouées; ces vierges héroïques, fleurs gracieuses du jardin de l'Époux; abeilles infatigables qui, des vertus les plus rares, composent un baume souverain pour toutes les ma-
Regardez plutôt, et voyez tout ce que le monde doit
(1) S. Bonav.j in SpecuU, c. ii.
à la femme régénérée par Marie. Il lui doit la famille : et c'est à la famille que la société chrétienne est redeyable de toute sa supériorité. La femme est une puissance chrétienne. Cet élément de civilisation manquait au monde antique ; il manque encore au monde idolâtre ; et avec lui manque et manquera toujours la civilisation. Il lui doit la variété la plus touchante de services gratuits pour tous les besoins de Fâme et du corps. Il lui doit la conservation de ce qui reste de foi sur la terre. La première aux catacombes, la femme est la dernière au pied des autels. Il lui doit, aujourd'hui même, le spectacle peut-être le plus beau, mais à coup sûr le plus mystérieux qu'il ait jamais vu.
Jusqu'ici les femmes et les vierges catholiques, filles et sœurs de Marie, étaient restées dans l'intérieur du foyer domestique; jamais, du moins, elles n'avaient franchi, pour l'apostolat, les frontières du monde civilisé. Tout à coup l'Esprit du Cénacle s'est répandu sur elles. Son ardeur les anime, sa force les soutient. Transformées comme les apôtres, elles volent à la conquête des âmes. Timidité, délicatesse, préjugés, liens du sang, tout a disparu : la femme fait place à l'héroïne.
Comme ces graines légères, qu'aux jours d'autotnue lèvent promène dans toutes les directions, afin de donner naissance à des pépinières de fleurs et d'arbustes, elles vont, portées sur l'aile de la Providence, se reposeï aux quatre coins du monde. A leur vue, l'Arabe, le Chinois, le Musulman, le Sauvage, restent frappés de stupeur. Ils demandent naïvement si elles sont des femmes et non pas des anges descendus du ciel en ligm droite l Tant de vertus héroïques dans un sexe qu'ils n'ont jamais su que mépriser, est pour eux un mystère
palpable qui les dispose à croire tous les autres.
Marie, étant ce qu'elle est, faisant ce que nous savons et beaucoup plus encore, on peut prévoir à quel degré de puissance et de perfection son influence élèvera la Cité du bien. Mieux que Thomme, Satan l'avait compris. L'anathème primitif lui était toujours présent : lui, lorgueil incarné, avoir un jour la tête écrasée par une femme ! cette pensée monte sahainejusqu'au paroxysme. Pendant quatre mille ans, il se venge de la femme, en l'outrageant de toutes manières. Ce n'est pas assez; à tout prix il veut empêcher la victoire qu'il redoute.
La femme dont le pied lui brisera la tête sera Vierge et Mère de Dieu : il le sait. A faire méconnaître Marie et à paralyser son action salutaire sur le monde, il emploie tous ses artifices. Grand singe de Dieu, longtemps d'avance, il multiplie chez tous les peuples, les caricatures de l'auguste Vierge : «De peur, dit-il, que mon Ennemie ne soit reconnue et honorée comme la Mère de Dieu, j'inventerai une autre mère de Dieu. » Et dès la plus haute antiquité il invente Cybèle, la mère de tous les dieux, la femme du vieux Saturne, le plus ancien des dieux. Célèbre par toute la terre, son culte empêchera l'homme de faire aucun cas d'une autre mère de Dieu, plus récente et moins féconde. Une seule ne lui suffit pas. Toutes les anciennes mythologies de TOccident, comme toutes les mythologies actuelles de l'Orient, sont pleines de déesses mères de dieux.
« Sans doute que mon Ennemie fera parade de son enfant : l'orgueil d'une mère est de porter son enfant dans ses bras. Ce spectacle sera de nature à la faire aimer, elle et son Fils. » Et il invente Vénus, type de la beauté sensuelle ; entre ses bras, il lui met un fils, Cupidon, qui, avec ses flèches, allume l'amour dans tous
les cœurs. Le genre humain tout entier prendra le change et er^iire? que cette mère atec son enfant, n'est qu'uneiQO|iiedey^uset deCupidon. ;• ' '
« Où attribuera sans peine un grand crédit à mon ennemie sur te eœrir de Dieu. Lfe monde sera porté A Timplorer) et cette confianceaffermira son empiré;»» Étal invente Junon, la reine de TOlympe, puissante sur ie cœur de Jupiter, son époux, et le maître des dieus; •
« Mon Ennemie sera secourable aux petits, auk malheureux, aux personnes de son sexe. Ses sanctuaires serbnt assiégés par des multitudes qui viendront lui exposer leurs besoins de Tâme et du corps. L^gràc^ obtenues populariseront son culte, et le mien tombera peu à peu dans le mépris. » Afin que persôijne n'ait recours à Mairie, il invente Diane, déesse bienfaisante à tout le monde. Les bergers et lés villageois 1 invoqueront, parce qu'il sera reçu qu'elle préside aux forêts et aux montagnes. Les femmes enceintes auront recoursà elle, ainsi que les voyageurs de miit et ceux qui auront mal aux yeux, parce que, sous le nom de Lucine ou lumineuse, on croira qu'elle aide l'enfant à venir au jour, qu'elle dissipe les ténèbres et rend la vue aux aveugles (1).
La pensée satanique de discréditer Marie n'a pas vieilli. Un missionnaire écrit de l'Inde : « Mariamacovil est un gros bourg, voisin de Tanjaour. Ses maisons se groupent autour de l'énorme pagode de Mariamel^ fausse divinité, qui a donné son nom à la petite ville. Le démon, furieux contre Celle qui lui a écrasé la tête, a voulu travestir le culte de notre bonne Mère du ciel. Il a donc inspiré à ses prêtres d'imaginer une déesse qui
(I) Voir le Père d'Argentan, Grawleurs de la sainte Vierge, t. lïl, C. XXV, §41.
portât le nom de Marie, et de la présenter à leurs dupes comme une divinité malfaisante, quelon ne doit chercher qu'à apaiser pour lempêcher de faire du mal. Cet horrible blasphème contre la Mère de bonté est bien digne de l'enfer. Aussi ce bourg est-il un des boulevards du paganisme (1). »
En un mot, bied des siècles avant la naissance de Marip, Sataii remplit le monde païen d'un nombre infini de déesses et de demi-déesses, de Pallas, de Minerve, de Cérès, deProserpine et cent autres qui, toutes easeipble, forment une immense contre- façon de Marie, afin d'obscurcir sa gloire, comme une nuée de poussière cache la face du soleil.
Vains efforts! «La très-sainte Vierge,dit Euthymius, a brisé les autels des idoles, renversé les temples des gentils, fait tarir les torrents de sang chrétien répandus dans toutes les parties du oîonde (2). » Satan ne se tient pas pour battu. Au moyen des hérésies, il recommence la lutt^. Ici encore, ainsi que nous l'avons remarqué, tous ses efforts tendent à détruire le dogme du Verbe incarné, par conséquent, à détrôner Marie* Tentative désespérée 1 Toutes les fois que l'antique serpent lève la tête, il sent le pied virginal de Marie qui l'écrase ; car il faut que Tanathème divin ait éternellement son effet : Ipsa conter et caput tuum. Jusqu'à la fin de l'épreuye réservée à la race humaine, la lutte recommencera sous un nom ou sous un autre, avec la même honte pour Satan et la même gloire pour Marie.
(\) Annales de la sainte Enfance, n. 89, p. 4H, décemb. 1862. (2) CingùU Mar,