‹ Traité du Saint-EspritChapitre 15 sur 106 · SECONDE CRÉATION DU SAINT-ESPRIT, NOTRE-SEIGNEUR · texte numérisé non relu

SECONDE CRÉATION DU SAINT-ESPRIT, NOTRE-SEIGNEUR

But final des œuvres de Dieu etMe rincarnation. — Formation de YHomme- Dieu» — Premier acte de sa vie publique, la prédication de la pénitence. — Le Saint-Esprit lui-même forme le divin prédicateur. — Pourquoi il descend sur lui en forme de colombe. — Pourquoi il le conduit au désert — Lutte de l'Homme-Dieu contre Satan : modèle de toutes les luttes et prélude de toutes les victoires. — Toute la vie de rHomme-Dieu, prolongement da la lutte du désert. — Cette lutte toujours dirigée par le Saint-Esprit. — Dépendance continuelle de THomme-Dieu à l'égard du Saint-Esprit.

Une Vierge-Mère est la première création du Saint- Esprit, dans le Nouveau Testament : un Homme-Dieu est la seconde. L'ordre de la Rédemption demandait qu'il en fût ainsi. D'une femme et d'un homme coupables, Satan avait formé la Cité du mal; par un de ces harmonieux contrastes si fréquents dans les œuvres de la sagesse infinie, d'une femme et d'un homme parfaitement justes, le Saint-Esprit formera la Cité du bien. Nous connaissons la nouvelle Eve, il reste à étudier le nouvel Adam.

Diviniser l'homme est l'éternelle pensée de Dieu. Sataniser l'homme est Féternelle pensée de Tenfer. Diviniser, c'est unir; sataniser, c'est diviser : sur ces deux pôles opposés se balance le monde moral. Pour diviniser l'homme, le Verbe créateur a résolu de s'unir hypostatiquement la nature humaine. Homme-Dieu, il deviendra le principe de générations divinisées. Mais

qui lui donnera cette nature humaine qu'il n'a pas, et dont il a besoin? qui le fera Homme-Dieu? au Saint* Esprit est réservé ce chef-d'œuvre. Sans doute, il ne crée pas la divinité, mais il crée l'humanité et l'unit d'une union personnelle au Verbe incréé.

11 l'a créé non de ça substance, ce qui est monstrueusement absurde, mais par sa puissance. Il l'a créé de la chair la plus pure, la plus sainte, d'une vierge sans aucune tache de péché, ni actuel ni originel (1).

11 l'a créé en renouvelant le miracle de la création du premier Adam. D'une terre vierge et inanimée. Dieu forma le premier chef du genre humain. De la chair virginale d'une viei^e vivante, le Saint-Esprit forme le second. D'Adam vierge, Dieu forma la vierge Eve : pourquoi le Saint-Esprit n'aurait-il pas pu former d'une femme vierge un homme vierge? «Marie, dit saint Cyrille, rend la pareille à l'humanité. Eve naquit d'Adam seul : le Verbe naîtra de Marie seule (2). »

Le plus beau des enfants des hommes est formé. Trente ans il a vécu, ignoré du monde, sous l'aile de sa mère et sous la direction du Saint-Esprit. L'heure de sa mission publique a sonné. Descendu du ciel pour réunir l'homme à Dieu, son premier devoir est

(i) Opus ergo Spiritus VirgÎDis partus est. Dubitare ergo non possumus Spiritum treatorem, quem DomiDÎcœ cognoscimus iocarnationis auctorem. Quomodo ergo in utero babuit Maria ex Spiritu saDcto ? Si quasi ex substantia : ergo Spiritus io caruem et ossa contenus est 7 Non utique. Si quasi ex operatione et potestate ejus \irgo coocepit : quis neget Spiritum creatorem? S* Am6r., DeSpir. sancto, Hb. H, c. V. — In uno unius ejusdemque personœ Cbristo, créatam bominis naturam conjunxit increato Dei Verbo. Rupert,y De Spi* nu sancto, c. xiii.

(2) Reddidit igitur Maria gratiœ mutuum bujus officium*; et non €X7iro,8ed exipsa sola impollute ex Spiritu sancto virtuteque Dei Peperit. Catech.j xii.

de prêcher la pénitence; car la pénitence n'est que le retour de l'homme à Dieu. Afin d'autoriser ses leçons, il commence par se proclamer lui-même le* grand pénitent du monde. Sur les bords du Jourdain, Jean-Baptiste enrôle les multitudes sous l'étendard de la pénitence. Jésus s'y rend, et, aux yeux de tous les pécheurs assemblés , il reçoit le baptême de Jean. Ici reparaît le Saint-Esprit. Sous la forme mystérieuse' d'une colombe, il descend sur l'Homme^Dieu.' Principe de sa yie naturelle, guide de sa vie cachée, il sera l'inspirateur de sa vie publique (1):

Pourquoi Celui qui sera nuée lumineuse au Thabor, langues de feu au Cénacle, est-il colombe au Jourdain? Dans les œuvres de la sagesse infinie, tout est sagesse. Aussi, cette question à exercé les plus hautes intelligences chrétiennes de l'Orient et de l'Occident. « La colombe est choisie^ dit saint Chrysostôme, comme le symbole de la réconciliation de l'homme avec Dieu, et de la restauration universelle que le Saint-Esprit allait opérer par Jésus-Christ. Elle met le Nouveau Testament en regard de l'Ancien : à la figure elle fait succéder la réalité. La première colombe, avec son rameau d^olivier, annonce à Noé la cessation du déluge d'eau; la seconde, reposant sur la grande victime du monde, annonce la fin prochaine du déluge d'iniquités,(2). » , .

Dans la colombe du Jourdain, saint Bernard voit la douceur infinie du Rédempteur. Il est désigné par les deux êtres les .plus doux de la création ; l'agneau et la colombe. Jean-Baptiste l'appelle l'Agneau de Dieu, AgnusDei.Or^ pour indiquer l'Agneau de Dieu, rien ne

(1) S. Aug., De JVtnit., lib. XV, c. xxvi. (2)//i Gen., IX, 12.

convenait mieux que la colombe. Ce qu'est Tagneau parmi les quadrupèdes, la colombe l'est parmi les oiseïiux : de Tun et de l'autre, souveraine est l'innocence, souveraine la douceur, souveraine la simplicité. Quoi de plus étranger à toute malice que l'agneau et la colombe (1)? Dans ce double symbole, se révèle la mission de l'Homme-Dieu et tout l'esprit du christianisme.

Suivant Rupert, la colombe indique la divinité du Verbe fait chair. « Pourquoi, dit-il, une colombe et non une langue de feu? La flamme ou tel autre symbole pouvait désigner une infusion partielle du Saint- Espritj mais non la plénitude de ses dons. Or, en Jésus-Christ habite corporellement toute la plénitude de la divinité (2). La colombe tout entière, la colombe sans mutilation, se reposant sur lui, montrait qu'aucune grâce de l'Esprit sepliforme ne manquait au Verbe incarné ; qu'il était bien le Père de l'adoption, le Chef de tous les enfants de Dieu, et le grand Pontife du temps et de l'éternité (3). »

Saint Thomas trouve dans la colombe les sept qualités qui en font le symbole parfait du Saint-Esprit, descendu sur le baptisé du Jourdain. «La colombe, dit-il, habite sur le courant des eaux. Là, comme dans ua miroir, elle voit l'image de l'épervier qui plane dans l'air, et elle se met en sûreté : don de Sagesse. Elle montre un admirable instinct pour choisir, entre tous, les meilleurs grains de blé : don de Science. Elle nourrit les petits des autres oiseaux : don de Conseil. Elle

(1) Serm. i de Epiphan.

(2) iDhabitat in ipso omDis plenitudo divînitatis corporaliter. CoMI, 9.

(3) De Spirit. sancto, lib. I, c. xx.

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