II. ! l
ne déchire pas avec le bec : don d'Intelligence. Elle n a pas de fiel : don de Piété. Elle fait son nid dans les fentes des rochers : don de Force. Elle gémit au lieu de chanter : don de Crainte (1). »
Voyons resplendir dans le Verbe incarné toutes ces qualités de la divine colombe. Il habite sur le bord des fleuves des Ecritures, dont il possède la pleine intelligence. Là, il voit toutes les ruses passées, présentes et futures de Tennemi, ainsi que les moyens d'y échapper : don de Sagesse. Dans Timmense trésor des oracles divins, il choisit avec un merveilleux à-propos les armes de précision contre chaque tentation en particulier , les sentences les mieux appropriées aux circonstances des lieux, des temps et des personnes. On le voit par ses réponses au démon du désert, et aux docteurs du temple. On le voit par cette profonde connaissance des Écritures qui jetait dans l'étonnement ses heureux auditeurs : don de Science.
Il nourrit les étrangers, c'est-à-dire les gentils, substitués aux Juifs ingrats. Il les éclaire, les admet à son alliance et les comble de ses grâces : don de Conseil. II est loin d'imiter ThérétiqucArius, Fhérétique Pelage, l'hérétique Luther : oiseaux de proie au bec crochu, qui, s'abattant sur les Écritures, les déchirent par les interprétations du sens privé; et, des lambeaux qu'ils emportent se servent comme de haillons pour cacher leurs mensonges, tromper les faibles et perdre les âmes. Lui, l'élève de la colombe, il comprend l'Écriture dans son vrai sens ; il l'admet tout entière, et de chaque texte il fait jaillir un rayon lumineux, qui montre dans sa personne le Verbe rédempteur du genre humain : don d'Intelligence.
(l) m p., q. 39, art. G, corp.
Il n'a pas de fiel. L'infinie mansuétude de son âme devient transparente dans les paraboles du Samaritain, de la brebis perdue et de l'enfant prodigue. Lui-même pratiquant sa doctrine ne rend pas le mal pour le mal, ni rinjure pour Tinjure. Que dis-je? ce qui ne s'était jamais vu, ce quel'hommen aurait jamais rêvé : il prie pour ses bourreaux : don de Piété. Il fait son nid dans le rocher inébranlable de la confiance en Dieu, et celui de ses petits dans les plaies de son corps adorable : double asile inaccessible au serpent. Ses ennemis veulent le précipiter du haut d'une montagne : il passe tranquillement au milieu d'eux. Descendu dans les abîmes du tombeau, il en sort plein de vie. Partout, sur son passage, il fait fuir les démons, guérit les maladies et finit par enchaîner Satan, le Prince de ce monde : don de Force.
Sa vie est un long soupir. 11 marche humblement à la mort; il en éprouve toutes les horreurs, demande à genoux d'en être délivré; reçoit le secours d'un ange; et, enfin, sur la croix, prie et pleure en rendant son âme à son Père : don de Crainte (1).
Cependant, le nouvel Adam baptisé et confirmé, est initié à sa grande mission de conquérant, et revêtu de son impénétrable armure. Avec assurance, il peut marcher au combat. Le Saint-Esprit, qui l'anime, le pousse au désert (2).
Le démon l'y attend : David et Goliath sont en présence. Lucifer emploie toutes ses ruses, pour vaincre, ou du moins pour connaître ce mystérieux personnage dont l'austérité l'étonné et la sainteté l'inquiète. A
{{) Rupertj ubî suprà, c. xxi.
(2) C'est le désert de l'Arabie Pétrée, au delà de la mer Morte, non loiD des lieux où Jean baptisait.
i64 TRAITÉ DU SAINT-ESPRIT.
Tinutilité de ses attaques, il comj>rend qu'il a trouvé son maître. Cette première victoire de THomme-Dieu, prélude de toutes les autres, ébranle, jusque dans leurs fondements, les murs de la Cité du mal. Bientôt, par des brèches de plus en plus larges, les captifs de Satan pourront s'échappeî* et venir habiter la Cité du bien. A dater de ce moment, le christianisme avance, le paganismerecule : T histoire des temps modernes commence.
L'œuvre victorieuse qu'il a inaugurée au désert, le nouvel Adam vient la Continuer daiis les lieux habités. Toujours sous la conduite du Saint-Esprit, il parcourt les campagnes, les bourgades et les villes. « L'Esprit do Seigneur, dit-il lui-môme, est sur moi. Il m'a consacré par son onction pour évangéliser les pauvres ; pour guérir ceux qui ont le cœur brisé; pour annoncer aux captifs leur délivrance, et aux aveugles le recouvrement de la vue ; pour soulager les opprimés et prêcher l'année de grâce du Seigneur, et le jour de la justice(l). »
Plus loin, résumant en deux mots toute sa mission, il dit : « Le Fils de Thomme est venu pour détruire Fœuvredu diable (2). »
L'œuvre du diable, c'est la Cité du mal, avec ses institutions, ses lois, ses villes, ses armées, ses empereurs, ses philosophes, ses dieux, ses superstitions, ses erreurs, ses haines, son esclavage, ses ignominies intellectuelles et morales : Cité formidable, dont Rome^ maîtresse du monde, était alors la capitale.
Seul , le tout puissant roi de la Cité du bien peut réussir dans une pareille entreprise. Ce n'est qu'à coups de miracles d'un éclat éblouissant et d'une au—
(i) Lwc, IV, U, 20.
(2) In hoc apparuitFiîiusDei, ut dissoîvat opéra diaboli. I Joan., III- 8.
thenticité victorieuse, que peuvent tomber les forteresses de Satan, bâties sur des prestiges et protégées par des oracles en possession de la foi universelle. L'Esprit aux miracles se communique donc tout entier au Verbe ÎDcarné. Par la bouche d'isaïe, lui-même Tavait prédit : « Et sur lui reposera l'Esprit du Seigneur; esprit de sagesse et d'intelligence; esprit de conseil et de force; esprit de science et de piété. Et Tesprit de la crainte du Seigneur le remplira (1). »
A son tour, le Verbe incarné rapporte au Saint-Esprit toute la gloire du succès. S'il baptise, s'il chasse les démons, s'il enseigne la vérité, s'il donne le pouvoir de remettre les péchés : en d'autres termes, si, d'une main, il renverse la Cité du mal ; et, de l'autre, édifie la Cité du bien, c'est au nom, par la puissance, et comme lieutenant du Saint-Esprit (2).
Les vertus mômes qui brillent en lui et qui ravissent les peuples d'admiration, il se fait honneur de les devoir au Saint-Esprit et d'être lui-même Taccomplissement vivant de la parole d'Isaïe : «Voici mon serviteur, je l'ai choisi. C'est mon bien-aimé. En lui, j'ai mis toutes mes complaisances. Je placerai mon Esprit sur lui, et il annoncera la justice aux nations. Il ne contestera point; et nul n'entendra sa voix sur les places publiques. Il ne brisera point le roseau à moitié rompu. Il n'éteindra point la mèche encore fumante, jusqu'à ce qu'il ait assuré le triomphe de la justice, et les nations espéreront en lui (3). »
Arrive l'heure solennelle où il doit remporter sa dernière victoire et sauver le monde par son sang divin.