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CHAPITRE XVII

(fin du précédent.)

Nouveaux rapports entre l'Église et la sainte Vierge.— Marie remplie de tous les dons du Saint-Esprit : ainsi de TÉglise. — Marie est vierge et mère '■ l'Église est vierge et mère. — Le Saint-Esprit est inséparable de Marie: inséparable de rÉgiise. — Il protège, il inspire, il dirige Marie : Il fait tout cela pour l'Église. — Marie est un foyer de charité : l'Église un foyer de chanté. — Pour sauver le monde, Marie donne son Fils : l'Église, les siens.

L'histoire détaillée de la Pentecôte montre que la fondation de TÉglise est, comme la création de Marie, le chef-d'œuvre du Saint-Esprit. Entre ces deux merveilles, il y a d'autres analogies : nous allons les indiquer.

Marie est remplie de tous les dons du Saint-Esprit ; comme un diadème d'immortalité, ils brillent sur sa tête virginale (1). Ainsi de l'Église. Inséparable de ses dons, le Saint-Esprit les répand non avec mesure, mais suivant la capacité des vaisseaux qu'il rencontre. Création immédiate du Saint-Esprit, Marie, capacité complète ; l'Église, capacité complète. Donc, en Marie, plé-

(i) Il n'en faut pas excepter le don des langues. Maîtresse et cod* solatrice non-seulement des apôtres, mais de tous les fidèles, qui accouraient de toutes parts pour la voir et pour la consulter, il fallait bien qu'elle connût leurs langues pour les animer^ les instruire 6t épancher dans leur cœur son cœur maternel. l\ en faut dire autant de sainte Madeleine, présente au cénacle avec Marie, et, plus far^» apôtre de la Provence.

itude desdons du Saint-Esprit, plénitude des dons itérieurs, plénitude du don de sagesse et d'entendelent, plénitude du don de conseil et de force ; pléniiide du don de science et de piété ; plénitude du don e crainte de Dieu ; plénitude des dons extérieurs, plélitude du don des miracles et du don de prophétie, plénitude du don deguérison et du don des langues.

Gomme Thistoire en témoigne, tous les dons qu*il commujiique à l'auguste Mère du Verbe, le Saint-Esprit les communique à la mère du chrétien. Aujourd'hui, en face du cénacle, le ciel et la terre peuvent dire à FÉglise ce que l'archange disait à Marie : « Je vous salue, pleine de grâce, le Seigneur est avec vous, TOUS êtes bénie entre toutes les sociétés, et les êtres saints auxquels vous donnerez naissance seront appelés enfants de Dieu. Ne doutez pas; voyez comme la vertu du Très-Haut vous enveloppe de son ombre, et avec quelle magniBcence le Saint-Esprit descend sur vous.

«Vainqueur du Roi de la Cité du mal, le Verbe incarné accomplit ses promesses. Il s'est élevé dans les hauteurs, conduisant eh triomphe les démons enchaînés, et leurs captifs glorieuseisent rendus à la liberté. A Tinstar des anciens triomphateurs, il distribue aujourd'hui ses largesses. De ses mains divines coulent sur TOUS, non des talents d'or et des mines d'argent, mais les dons mêmes du Saint-Esprit, et entre tous celui des langues. Grâce à ce don nouveau, le Juif, devenu votre &ls et parlant son idiome maternel, fera retentir aux oreilles de tous les peuples les gloires du Verbe, et adorer des Romains celui qu'un de leurs proconsuls, Klate, fit mourir en croix (i). »

(l) 5. Maxim. y Serra, in Pentecost,^ versus On.

Marie est vierge, TÉglisçest vierge. Parmi toutes les prérogatives de Marie brille d'un éclat particulier sm inviolable virginité. L'Église est honorée de la même prérogative : elle est vierge et vierge immaculée. Dépositaire incorruptible du Verbe divin, elle est viei^e dans sa foi et vierge dans son amour. Ce qu elle était hier, elle Test aujourd'hui, elle le sera toujours : elle ne peut pas ne pas l'être. Est-ce que le Verbe et le Saint-Esprit n'ont pas promis solennellement d'être tous les jours avec elle, jusqu'à la fin du monde (l)î Une semblable promesse peut-elle faillir? Si dans la durée des siècles il était possible de trouver, je ne dis pas une heure^ mais une seconde, où la fille du Saint- Esprit aurait enseigné l'ombre d'une erreur, le règne de la vérité sur la terre serait fini.

En accusant l'Église romaine d'infidélité, les protestants ne s'apefrçoivent pas qu'ils posent en principe le scepticisme universel. Si l'Église s'est trompée, ou, comme ils disent, si elle s'est corrompue, que deviennent les assurances d'infaillibilité, données par Jésus-Christ? que devient la divinité même de Jésus- Christ? que devient le christianisme tout entier? que devient la vérité, quel que soit son nom? Comme Marie, l'Église est donc vierge, toujours vierge, et elle doit l'être. C'est même pour cela, uniquement pour cela, que, par un privilège dénié à toutes les sectes, elle est l'objet éternel de la haine du démon.

Vierge comme Marie, l'Église est mère commQ elle. « Votre chef, dit saint Augustin, est fils de Marie, et vous, vous êtes fils de l'Église ; car elle aussi est mère et vierge* Elle est mère, par les entrailles de sa charité ; vierge, ]^

(i) Malth.j TVfiM, 20; /oart., xiv, i6.

rinfégrité de sa foi. Elle enfante des peuples entiers, mais tous appartiennent à celui dont elle est le corps et FÉpouse : nouvelle ressemblance avec Marie, puisque, malgré la multiplicité, elle est mère de Tunité (1). »

Pour la naissance du Verbe, le Saint-Esprit survient en Marie : le sein de Tauguste Vierge est le sanctuaire du mystère. Au sang de Marie s'unit TEsprit-Saint, et le Verbe est conçu : mêmes éléments dans la formation des fils de l'Église. Ce que fut le sein de Marie pour Jésus, la fontaine baptismale J'est pour nous. DeTeau fécondée par le Saint-Esprit naît le chrétien : il ne peut naître autrement (2).

Au livre des Cantiques^ le divin Esprit parlant à sou épouselui dit : «Votre ventre est semblable àun monceau de froment environné de lis (3). » Fécondité et virginité : telles sont les deux prérogatives signifiées par l'expression prophétique. Le sein virginal de Marie fat un monceau de froment. Là, comme dans un grenier d'abondance, fut formé et renfermé le froment divin, froment doré et odorant, froment inaltérable et inépuisable qui, de générations en générations, se change en moissons d'élus, destinées aux greniers éternels du père de famille.

Le sein de TÉglise catholique aussi est un monceau de froment, dont la fécondité est inépuisable et la graine indestructible. Compter les étoiles du firmament ne serait pas plus difficile que de compter les hommes et

(1) Caput vestrum peperit Maria, vos Ecclesia. Nam ipsa quoque et mater et virgo est. Mater visceribus charitatis, virgo integritatc fidei et pietatis. Populos parit, sed uni us membra sunt^ cujus ipsa est corpus et conjux ; etiam ia hoc gerens illius virginis^ quia et in multis mater est unitatis. Serm, 142, n. 2.

(2)/oan.y 111,5.

(3) Venter tuus sicut acervus tritici vallatus liliis. CanUy vu, 2. n. 15

los peuples enfantés par l'Église à la vie de la vérité* Ni les armes des persécuteurs, ni leurs bûchers, ni leufs bêles féroces, ni Kivraie des hérétiques, ni les scàidales des pécheurs n*ont pu détruire le froment catho^ lique. Sur toute la face de la terre et jusqu'à la fin des temps, il se reproduira toujours le même. Plante £06* mopolite, ni la variété des climats, ni la différence de culture, ne le feront dégénérer : ce qui est écrit est écrit.

Cette inépuisable fécondité de l'Église n'est pas le signe le moins éclatant de sa céleste origine et de sa virginité perpétuelle. Si jamais TÉglise avait contracta avec le mensonge une alliance adultère, depuis long temps elle aurait cessé d'enfanter. Le Saint-Esprit seul est fécond. Toute société, comme toute âme qu'il abandonne, devient stérile : stérile, parce qu'elle a cessé d'être vierge. Voyez le protestantisme avec son activité fébrile, avec ses cargaisons de bibles, imprimées dans toutes les langues, avec les millions dépensés à répandre ses pamphlets ou à soudoyer ses agents : quel peuple a-t-il enfanté à Jésus-Christ? Mais pourquoi parler du protestantisme? son essence étant une négation, il ne saurait rien produire; s'il est fécond, ce n'est qu-eoi ruines. Ruines intellectuelles, ruines morales, ruines sociales : ces trois mots résument son histoire, et celle de toutes les hérésies passées et futures. (

Tournons nos regards vers l'Église orientale, triste sœur de FÉglise latine, et comme elle douée autrefois d'une glorieuse fécondité : depuis le schisme, qu'a-t-elle produit? Rien. A-t-elle planté la croix dans quelque région lointaine ? a-t-elle civilisé une seule peuplade de l'Asie ou de l'Amérique? a-t-elle favorisé le mouvement des sciences, ou accompli quelques-unes de ces œuvres qui laissent après elles un long sillon de gloire?

Non. Du moins, a-t-elle pu se défendre contre sa propre corruption? Non encore.

Victime de la simonie, du scandale et de l'intrusion, (jui la dévorent, comme les vers un cadavre, elle ^st tombée dans une ignorance prodigieuse et dans une mortelle atonie. Elle n'a eu ni un docteur célèbre, ni un concile digne de quelque attention. « Si on fait le parallèle du clergé grec avec le clergé latin, disait déjà Montesquieu ; si Ion compare la conduite des papes avec celle des patriarches de Constantinople, on verra des gens aussi sages que les autres étaient peu sensés. » La différence des deux Églises éclate dans l'expansion continuelle de forces et de vie de l'Église romaine et dans ses conquêtes sur tous les points du globe, tandis que l'Église grecque demeure immobile, resserrée dans les limites de la servitude et dépouillée du principe de fécondité, communiqué à la véritable épouse le jour de la Pentecôte.

Inséparable de Marie, le Saint-Esprit est inséparable derÉglise. Formée au cénacle, la mère du chrétien apparaît vivante le jour de la Pentecôte. Elle vit puisqu'elle possède le principe de son mouvement, le Saint-Esprit, qui se manifeste par des actes réservés à lui seul (1). « Au jour de la Pentecôte, dit saint Augustin, le Saint Esprit descendit comme une rosée sanctifiante sur les apôtres, ses temples vivants. Il n'est pas on visiteur passager, mais un consolateur perpétuel, un éternel habitant. Ce que le Verbe incarné avait dit de lui-DOiême à ses apôtres : Je suis avec vous tous les j^rs jusqu'à la fin du monde ^ il le dit du Saint-Esprit : U Paraclet que mon Père vous donnera^ demeurera tou-

(i) Dicimus animal vivere, cum iocipit ex se motum habere. ^. TA., 1 p., q. 18, art. i carp.

jours avec vous. Il fut donc présent aux fidèles, noi par la faveur de sa visite et de ses opérations, mais pai la présence même de sa majesté. Ces vases reçurent noi pas seulement Todeur du baume, mais le baume loi même, afin que son parfum remplît la terre entière e rendit les disciples des apôtres capables de la vie di Dieu même et participants de sa nature (1). »

Or, le Saint-Esprit demeure avec Marie pour la protéger, pour rinspirer, pour la diriger : en d'autre termes, pour la conserver jusqu'à la fin, pleine de grâce et type unique de beauté morale.

Il la protège : sans la protection spéciale du Saint- Esprit, comment Marie, pauvre et délicate, aurait-elle ainsi: que son jeune enfant, échappé à la fureur d'Hérode? L'Église est encore au berceau, et la raceimmo^ telle d'Hérode a juré sa mort. Trois armes meurtrière sont entre les mains de ses ennemis : la persécution l'hérésie, le scandale. Ces armes trouveront toujour des bras pour les manier; mais toujours elles s'émous seront contre la force, la sagesse, la constance surho maine, triple cuirasse dont le Saint-Esprit a revêti TÉglise.

Demeurez dans la solitude, lui avait dit, en la quit tant, le Verbe divin, n'engagez aucun combat, n al frontez aucun danger avant que vous soyez revêtue d la force d'en haut. C'est alors seulement que vous serc en état de me servir de témoin à Jérusalem, à Samari et jusqu'aux extrémités de la terre (2). Cette force in vincible est donnée. Viennent les juges et les bourreau de Jésus de Nazareth, viennent les Juifs et les gentik viennent les empereurs romains avec leur puissance

(i) Serm. \S^ de Temp.

(2) Act., 1, 8.

vienne, comme un seul homme, toute la vieille société furieuse de haine et folle de débauches : ils trouveront à qui parler. Animée du Saint-Esprit, la jeune société se rira de leurs menaces, bravera leurs supplices, et, s'enveloppant de miracles, leur jettera au front cette parole sans réplique : Mieux vaut obéir à Dieu qu aux hommes. Prêtez Toreille, après dix-huit siècles vous entendrez retentir, sur lous les points du globe, cette parole éternellement victorieuse des portes de l'enfer.

Le Saint-Esprit inspire Marie et il inspire TÉglise. A cause de la sublimité de son chant prophétique, Marie est appelée la Reine des prophètes. Si dans les prophètes l'inspiration fut un ruisseau, dans Marie elle fut un fleuve, une vaste mer. Il en est de même dansTÉglise. L'esprit de sagesse qui, dans la bouche des enfants ou des hommes du peuple, étonne les prétoires romains parTa-propos et la sublime simplicité de ses réponses, s'exprime, dans les assemblées de l'Église, par l'organe des pontifes avec une lucidité qui déconcerte Terreur et avec une autorité jusqu'alors inconnue.

Dès l'origine, de graves questions réunissent en concile les anciens pêcheurs de Galilée. Théologiens de premier ordre, et par conséquent philosophes éminents, ils discutent les points les plus difficiles avec une hauteur de raison, qui fait pâlir les séances si vantées du sénat et de l'aréopage. Les débats terminés, le concile envoieaux fidèles de l'Orientet de l'Occident sa décision, formulée comme jamais assemblée humaine n'osa formuler la sienne : // a paru bon au Saint-Esprit et à ^us : Visum est Spiritui sancto et nobts.

L'intelligence humaine placée sur la même ligne que Hatelligence divine ! L'homme partageant avec Dieu

rinfaillibilité doctrinale et la puissance judiciaire l Si le sublime n'est pas là, où le trouverez-vous ? Cette déification de Thomme par le Saint-Esprit n'a jamais cessé dans l'Église. En termes différents, mais avec la même assurance, tous les conciles généraux depuis dix^ huit siècles répètent la glorieuse formule : « Le très-saint universel et œcuménique concile (de Trente), légitimement assemblé par le Saint-Esprit, enseigne, statue, ordonne, défend. » Les conciles ont deux fois raison : d'une part, TEsprit de vérité est toujours avec eux (1); d'autre part, Fhistoire prouve que de toutes les sociétés l'Église est la seule qui n'ait rien à rétracter.

Le Saint-Esprit n'inspire pas seulement les paroles de Marie, il dirige encore ses pas. De Nazareth il la conduit à Bethléem, de Bethléem en Egypte, d'Egypte m Judée, de Judée en Galilée, à Jérusalem, au Calvaire, au cénacle. Même action sur l'Église. Toujours sensible dans la suite des âges, cette action est palpable aux premiers siècles. Le ministre de la puissante reine d'Ethiopie, venu adorer à Jérusalem, s'en retourne dans son pays : quelle noble conquête I Le Saint-Esprit parle au diacre Philippe, qui s'approche du ministre, monte sur son char, l'instruit et le baptise. En un clin d'œil,le môme diacre se trouve transporté par le même Esprit^ dans la ville d'Azot. Sa parole victorieuse retentit dans toutes les villes intermédiaires jusqu'à Césarée.

Faut-il appeler les gentils à la foi ? c'est le Saini* Esprit en personne qui choisit Pierre pour cette mis-^ sion et lui indique de point en point la manière de la. remplir. Le moment est venu de porter au loin 1^ "

(i) Joan.fXw, 16.

flambeau divin : qui désignera les ouvriers? qui les prendra par la main et les conduira, sans les quitter un instant, comme le précepteur conduit son disciple, Time, le corps? ce ne sera ni le Père ni le Fils, mais le Saint-Esprit. « Séparez-moi, dit-il, Paul et Barnabe pour l'œiifre à laquelle je les ai destinés (1), »

Un instant suivons les conquérants évangéliques, et nous verrons que tous leurs mouvements sont réglés par le Saint-Esprit lui-même. » Ayant traversé, dit l'historien sacré, la Phrygie et la Galatie, ils furent empêchés par le Saint-Esprit d annoncer la parole de Dieu en Asie (2). » Venus dans la Mysie, ils tentent d'entrer dans la Bythinie, mais le Saint-Esprit s'y oppose. La Macédoine leur est ouverte, et le Saint- Esprit les conduit dans la ville de Philippes, oîi saint Paul doit remporter un éclatant triomphe sur le démon, inspirateur d une jeune pythonisse. Athènes, Gorinthe, %faèse, les verront tour à tour, semant les miracles et multipliant les conquêtes.

Néanmoins ces hommes puissants obéissent en toutes

choses à l'Esprit de force et de sagesse. C'est lui qui

«vertii Paul de quitter Éphèse, de traverser rapidement

la Macédoine et TAchaie et de se rendre à Jérusalem;

ni les embûches de ses ennemis, ni les larmes de ses

chers disciples ne peuvent retarder sa marche. « Je

suis, dit-il lui-même, enchaîné par le Saint-Esprit qui

me conduit à Jérusalem. J'ignore ce qui doit m'ar-

river ; seulement, dans toutes les villes oti je passe, il me

fait annoncer que des chaînes et des tribulations m'at-

teodenl à Jérusalem, mais je ne crains rien de tout

c^; et je n'estime pas ma vie plus que moi, pourvu

(!) Ad., xiii, 2.

(2) Act., XVI, 6.

que je consomme ma course et le ministère de la parole que j'ai reçu du Seigneur Jésus (1). »

Nobles dispositions que Timminence du péril ne fera pas changer. « Bientôt, continue saint Luc, nous arrivâmes à Césarée, où nous demeurâmes quelques jours. Alors il vint de la Judée un prophète nommé Agabus. Prenant la ceinture de Paul, il s'en lia les pieds et les mains et dit : Voici ce que dit le Saint-Esprit : L'homme à qui est cette ceinture sera ainsi lié à Jérusalem par les Juifs, qui le livreront aux gentils. A ces mots, nous suppliâmes Paul de ne pas monter à Jérusalem. Mais il nous dit : « Pourquoi pleurez-vous et m'affligez-vous en pleurant? Non-seulement je suis prêt à être enchaîné, mais encore à mourir à Jérusalem pour le nom du Seigneur Jésus (2). »

La suite de l'histoire montre que Paul ne se démentit pas un instant ; elle montre encore la raison cachée de toutes les marches du grand apôtre et de toutes les persécutions auxquelles il est en butte. S'il est obligé de fuir d'Éphèse, s'il lui est défendu de s'arrêter en Bithynie, s'il lui est ordonné de traverser l'Asie au pas de course et de venir se faire saisir à Jérusalem, c'est que le Saint-Esprit a décidé de l'envoyer à Rome. Tombé auï mains des Juifs, il sera livré par eux aux Romains. Il déclinera le jugement du gouverneur Festus,en appellera à César, et cet appel le conduira dans la capitale de Satan, dont sa puissante parole doit ébranler les murailles.

Cette direction du Saint-Esprit qu'on trouve dans la vie des autres apôtres n'a jamais abandonné l'Église. Depuis la création, la sagesse infinie conduit le soleil

(1) Act,y XX, 22 et seqq.

(2) Act., XXI, ii et seqq.

comme par la main et lui indique chaque jour les lieux où il doit porter lalumière. Ainsi, depuis la régénération évangélique, le Saint-Esprit dirige TÉglise, le soleil du monde moral, et lui marque avec précision les peuples et les âmes qu'elle doit visiter ou abandonner. A cette action dicpctrice il faut attribuer le passage de la foi d'une nation à Tautre ; la conversion des peuples du Nord au moment du schisme oriental; la découverte de FAmérique, quarante ans après la renaissance du paganisme en Europe; Télan merveilleux de la propagation de la foi, dont nous sommes témoins, au moment où Tapostasie générale des sociétés modernes demande, pour réparer les pertes de l'Église, d'immenses compensations.

Terminons le parallélisme entre Marie et TÉglise par un nouveau trait, et qui n'est pas le moins touchant. Semblable à Marie par sa féconde virginité, TÉglise lui ressemble encore par l'amour maternel. Mère du Verbe incarné, Marie nourrit son Fils de son lait virginal, éere de cœlo pleno. Elle l'environne des plus tendres soins, lui prodigue les plus affectueuses caresses, le sauve de tous les dangers, partage toutes ses douleurs et ne le quitte même pas à la mort.

Mère du chrétien, l'Église le nourrit du lait virginal te sa doctrine. Pas une erreur, pas l'ombre d'une erreur qu'elle laisse pénétrer dans celte intelligence, faite pour la vérité, rien que pour la vérité. Elle est jalouse, elle est incessante, la sollicitude avec laquelle celte mère veille sur l'alimentation de ses enfants. Pour éloigner de leurs lèvres toute nourriture corrompue, elle trouve le courage de la lionne qui défend ses petits. Sut les Hérodes empoisonneurs ou assassins tombent ^es menaces et ses analhèmes. Heureux les chrétiens

s'ils avaient toujours compris le cœur de leur mère!

A mesure que son Fils avance en âge et que les luttes de la vie deviennent plus dangereuses, les précautions deTÉglise se multiplient. Si, malgré ses efforts, il vient à tomber, elle le relève, anime son courage, panse ses blessures, lui rend la santé et jusqu'au dernier moment redouble ses soins maternels, afin de le faire moHiir réconcilié avec son frère aîné, son juge et son rémunérateur. Des volumes ne suffiraient pas à redire ce qne, depuis le berceau jusqu'à la tombe et au delà, fait k mère des chrétiens pou rie corps et pour l'âme de seis enfants : imitation permanente des sollicitudes de Marie pour son fils bien-aimé.

Non seulement Marie a aimé son Fils, mais elle à aimé tous ceux qu'il aime. Or, il aime tons les hommes. Son amour ne connaît ni inconstance, ni froideur, ni limites de temps, de lieux ou de personnes : Ego Dominus et non mutor. Tel est l'amour de Marie. Pour le témoigner, elle a fait ce que jamais mère n'a fait : elle a livré son propre fils. En montrant à tous les siècles Jésus cloué à la croix, Marie peut dire : C'est ainsi que j'ai aimé le monde, jusqu'à lui donner mon fils unique. Comme il a fallu mon consentement pour l'incarnation du Verbe, il l'a fallu pour l'immolation de cette chère victime.

Mère du chrétien, l'Église est en droit de tenh le même langage. Sur tous les points du globe, devenu pour elle un immense Calvaire, elle montre les croix, les bûchers, leséchafauds,les chaudières? d'huilée bouillante, les cangues, les instruments de supplice, les bêtes des amphithéâtres, tous les mille genres de tortures et de morts, inventés par Satan, et depuis dixhuit siècles demeurés en permanence dans les difé-

rentes parties de la terre ; puis ses enfants les plus chers, crucifiés, brûlés, pendus, broyés, écartelés, torturés, depuis le même temps et sur la même étendue. A ce spectacle, empruntant le langage de Marie, elle dit aux anges et aux hommes : C'est ainsi que j'ai aimé le monde. Pour le sauver, j'ai donné et je donne encore mes fils les plus aimés, l'os de mes os, le sang de mon sang.

Ajouté à tant d'autres, ce dernier trait de ressemblance nous montre dans les annales de l'humanité deux mères, et deux seulement, Marie et l'Église, qui sacrifient leurs fils pour le salut du monde. 0 Marie! ô Église ! miracles inouïs de charité ! que celui qui ne vous aime pas, soit anathème.

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