NAISSANCE DU CHRÉTIEN, LE BAPTÊME
L*eau est la matière du baptême. — Ce que c'est que Teau : mère da monde, sang de la nature. ^ Paroles des Pères et de saint Pierre. — Tradition païenne. — L'eau est une mère bonne et féconde. — Rôle de Teau dans l'ordre moral. — Honneurs rendus à l'eau. — L'eau corrompue par le démon. — Pourquoi l'eau est l'élément du baptême. — Passages de saint Chrysostome et de Tertullien. — Contrefaçon satanique. — Preuves de Tefflcacité surnaturelle de l'eau du baptême.
Nous connaissons la réalité et Texcellence de notre génération divine, mais où s'accomplit-elle? Dans la vie du chrétien, il y a une heure solennelle entre toutes, heure unique, heure de gloire et de bénédictions éternelles : c'est l'heure du baptême. Alors s'opère un miracle plus grand que la création du ciel et de la terre : le fils de l'homme devient le fils de Dieu. Faut-il s'étonner si, chaque fois que ce prodige se renouvelle, les trompettes de l'Église militante, les cloches, éclatent en sons joyeux pour l'annoncer au ciel et à la lerre? Fautil s'étonner si le plus grand roi du plus beau royaume signait non pas le nom de sa famille, mais celui du lieu où il avait reçu le baptême, et s'appelait Louis de Poissy? Faut-il s'étonner si chaque année nos pères célébraient par une fête solennelle, appelée Pâque annotine^ l'anniversaire de leur divine naissance? Non; rien de tout cela ne doit étonner. Ce qui étonne et afflige, c'est de voir le plus grand jour de la vie, devenu,
pour la plupart des chrétiens d'aujourd'hui, un jour somme un autre.
Que, dans les eaux du baptême, l'homme devienne anfant de Dieu, c'est une vérité de foi. « Quiconque, dit le Verbe incarné, ne renaît pas de l'eau et du Saint- Esprit, ne peut entrer dans le royaume de Dieu (1). » Et le saint Concile de Trente, interprète infaillible du Maître : « La cause instrumentale de la sanctification, c'est le sacrement de baptême (2). » Ici reparaît avec un éclat nouveau l'action créatrice du Saint-Esprit, et la profonde harmonie que Dieu a mise entre le monde delà nature et le monde de la grâce. Puisque le sujet nous y conduit, parlons de ces mystères aujourd'hui si peu admirés et pourtant si dignes de l'être.
L'eau est la matière du baptême. Pourquoi l'eau et non pas un autre élément? L'incertitude cessera avec la réponse à cette question : Qu'est-ce que l'eau? Parmi tant de loisirs perdus, nous est-il jamais arrivé d'en consacrer un seul, si court qu'il soit, à chercher quel est cet élément le plus ami de Thomme, cette belle et bienfaisante créature dont nous faisons un si fréquent usage? Une fois du moins essayons cette étude. En nous révélant la cause pour laquelle Dieu emploie l'eau dans la plus magnifique de ses œuvres, elle nous inspirera de nobles pensées et de nobles sentiments.
L'eau est la mère du monde et le sang de la naturei A la définir ainsi nous sommes autorisé, comme nous le verrons bientôt, par le plus savant des géologues, saint Pierre, le prince des apôtres. Ayant appris la
{{)Joan., 111,3.
(2) JustificatioDis causa instrumentalis item, sacramentum Bap- Usmi; quod est sacramentum fidei, sine qua nuiii unquam contigit justificatio. Sess. vi, c. vu et c. iv.
géologie à l'école même du Créateur, nul mieux que lui ne connaît Forigine des choses. L'eau est la mère du monde, si de son sein et de sa substance sont sortis la terre et les cieux. Qr, voici ce que nous lisons en tête de la Genèse : « Dans le principe, Dieu créa le ciel et la terre ; et la terre était sans consistance et sans forme, et les ténèbres étaient sur la face de l'abîme. »
La matière primitive lancée dans l'espace par le Verbe créateur formait une masse informe à l'état liquide. La terre, qui en était une partie intégrante, subissait la condition commune. Eau non condensée, elle était, comme dit l'Écriture, sans consistance et sans forme déterminée. «Cette matière informe, ditsaint Augustin, que Dieu tira du néant fut d'abord appelée ciel et terre. Et il est^iit : Au commencement Dieu fit le ckl et la terre. Non que cela fût déjà, mais parce qu'il pouvait être : car il est écrit que le ciel fut fait. C'est ainsi que, lorsque nous considérons la graine d'un arbre, nous disons que là sont les racines, le tronc, les branches, les feuilles et les fruits, non que déjà ces choses soient; mais parce qu'elles doivent être. Dans le même sens il a été dit : Au commencement Dieu fit le ciel et la terre^ bien que la matière du ciel et de la terre fût encore à l'état de cahos. Mais, parce que de ce cahos devaient avec certitude sortir le ciel et la terre, déjà la matière elle-même était appelée le ciel et la terre (1). »
Écoutons maintenant le Prince des apôtres. De son temps, il y avait comme aujourd'hui des Renan, des Proudhon, des Quinet, des Strauss, petits écoliers du petit Épicure, qui niaient la création du monde, son libre gouvernement par la Providence, et sa destruction
(1) De Gen, contr. Munich*^ lib. I, c. vn^ opp» 1. 1^ p. 1052^ edit. noviss.
finale. Saint Pierre répond : « Ces moqueurs ignorent, le YQulant bien, que le ciel et la terre n'ont pas toujours existé ; mais qu'au commencement ils furent tirés de l'eau , qu'ils subsistent par l'eau et qu'ils doivent leur consistance au Verbe divin (1). » Ainsi le ciel et la terre, avec tout ce qu'ils renferment de créatures matérielles, ont été formés de l'eau, à laquelle le Verbe créateur a donné, en la condensant, une forme arrêtée et maintenue dans un état permanent.
Chez les Pères et les commentateurs l'interprétation des paroles de lapôtre est invariable. En première ligne nous trouvons le pape saint Clément, disciple de saint Pierre, qui assure la tenir de la bouche de son auguste maître. « Je vais vous apprendre, me disait Pierre, comment et par qui le monde a été fait. Au commencement Dieu fit le ciel et la terre, comme un seul édifice. L'eau qui occupait le monde, Dieu la condensa comme une glace, la rendit solide comme le cristal : elle forma le firmament qui enveloppe tout l'espace compris entre le ciel et la terre (2). » On le voit, il n'est question que de l'eau comme matière élémentaire. Dieu l'a séparée en deux parts : l'une réduite à l'état concret forme la terre; l'autre tenue en suspension dans le vide s'appelle le firmament, et forme autour de la terrecomme
(1) Latet enim eos hoc volentes quod, cœli erant prius et terra de aqua et per aquam, consistens Verbo Dei. H Petr., m, 5. — Bien qu'au singulier, le mot consistens, affermi, se rapporte également aa ciel et à la terre, les Hébreux ayant coutume de faire accorder l'adjectif avec le dernier substantif.
(2) Repetamus... quomodo velaquo factus sit mundus... In principio cam fecisset Deus cœlum etterram tanquam domum unam... aqua, quœ erat intra mundum... quasi gelu concreta et crystallo soUdata distenditur, et hujusmodi firmamento velut intercluduntur média cœli ac terrse spalia. Recognit,, lib. I, c. xxvi et xxvii.
une couronne de cristal, émaîUée de diamants (1).
OEcuménius parle comme saint Clément. « Le ciel et la terre, dit-il, ont été faits de Teau. Le ciel n'est que l'eau vaporisée ou à l'état aériforme, et la terre, Teaa solidifiée ou à l'état concret (2). » Saint Augustin n'est pas moins explicite. « Au commencement, les cieux ef la terre furent faits de l'eau et par l'eau. Il n'y a donc rien d'absurde à dire que la matière primitive, c'est l'eau ; car tout ce qui naît sur la terre, les animaux, les herbes et les êtres semblables, doivent à l'eau leur formation et leur nourriture (3). »
Tel est le sentiment des autres docteurs (4), auquel le troisième verset de la Genèse vient donner, il nous semble, une éclatante confirmation. Et l* Esprit de Dieu se portait sur les eaux. Pourquoi l'Écriture ne dit-elle pas : Sur le ciel et sur la terre y qu'elle vient de nommer, et de nommer seuls? N'est-ce pas évidemment parce qu'ils existaient à l'état d'eau, et que l'eau était l'élément générateur de l'un et de l'autre ?
Le souvenir de la primitive origine des êtres matériels ne s'était pas entièrement perdu chez les païens. DeTOrient, berceau de la tradition, il avait passé en Occident. La première école philosophique de la Grèce, celle de Thaïes, posait en principe que l'eau avait donné nais-
(1) \ o\r Fabricîus, Théologie de Veau, liv. II, c. i.
(2) Sicut cœlo et terra ex aqua constitulis... nam aer ex aquarum exhalatione^ terra ex eorum concretione consistit. ^i II Petr., III, 5.
(3) Cœli erant olim et terra de aqua et per aquam. De civit. Dei, lib. XX, c. xviii. — Propterea vero non absurde eliam aqua dicta est ista materia, quia omnia quse in terra nascuntur, sive animalia, sire arbores^ vel herbse, et alia similia, ab humore inciplunt formari et nutriri. De Gen. contr. Manich., lib. I, c. vir, p. 1053.
(4) Voir Corn, a Lap,, in Eccles.y xxix, 28.
sance d tout ce que nous voyons (1). Le plus savant des naturalistes romains, Pline écrit : « L'eau est la reine de tout, elle conserve la terre, elle tue le feu, elle monte en haut et possède l'empire du ciel. En tombant, elle donne naissance à tout ce que produit la terre. Prodige de la naturel Si on considère comment naissent les moissons, comment vivent les arbres et les plantes, comment Feau monte dans le ciel et comment elle en descend pour donner la vie aux herbes, on confessera avec vérité que la terre doit tout à Teau (2). »
Festus et d'autres grammairiens païens donnent au mot aqua^ eau, une étymologie qui signifie mère de tout (3).
A l'enseignement de la tradition universelle, la chimie, quand elle sera plus avancée, viendra, nous n'en doutons pas, ajouter l'autorité de ses expériences. Au lieu de cinquante corps simples, elle reconnaîtra qu'un seul élément a suffi au Créateur pour former tout ce que nous voyons. Or, cet élément primitif, c'est l'eau. Telle est déjà l'opinion d'une partie du monde savant (4).
(i) Aquam principem rébus creandis dixere. Auson,, De Lud, Sapient.
(2) Hoc elementum omnibus imperat. Terras servant aquœ, flammas necant, scandunt in sublime, et cœlum quoque sibi vindicant... Eœdem catlentes omnium terra nascentium causa fiunt, prorsus mirabiii natura, si quis velit reputare ut fruges gignantur, arbores fruticesque vivant, in cœlum migrare aquas, animamque etiam herbis vitalem inde déferre : jusia confessione, omnes quoque vires aquarum esse bénéficia. Hist. nat., lib. XXXI, ci, édit. in-8, Paris, 1827.
(3) Aqoa, a qua juvamur ; vel ut alii, a qua omnia ; quia ex aqua cœli, aer, cseteraque omnia creata sunt. Corn, a Lap., in Joan., IV, 9.
(4) L'eau, appelée eu chimie protoxyde d'hydrogène, se compose de deux gaz indécomposables, l'hydrogène et Toxygène, principes vitaux de tout ce qui existe.
258 I^AITÉ DO fiAUflT-^fintlT.
Comme r^enfaût sort dusciiè 6t de la^sabfitanoe de «a ;mère, la icrôation matérielLe est 4amc isoiiia de ïma. Moisi les cieux^et la tereeet toul ce que produit lattesre sont £l6 ou :petîts-fîls de 1 eau : Ex agua letper ^nfuam. j^uelie féconde ! queUe ^admirable mèrei quelle bële et nonibneuse lauaille! Promenons nos orf^rds ^r l'iaimense irariété d'apbres, de y^gétMX^ de plantes, d'herbes, die fleurs et de fruits, daofi lesquels wl ne^t iqu*admirer le plus, ou l'utilité de leur bois et de kur feuillage, la ricb^se de leurs couleurs, la^naoieuseté de leurs formes, l'odeur exquise de leurs parfams, ou leurs propriétés .médicinales. Ce n'est pas toutefeis la plus belle partie des enfants de l'eau. D*elle iracare iSont nés lies poissons, dont la grosseur ou la petitesse, la forme et la structure, les industries et les moyens d'attaque et de défeiuse nous étonnent également.
Quelqu^ediose de plusgracîeux et eocore M plus brillant. Lesoiseauxsont frères des poissons. Par Ja gentil- , lesse de Jeurs formes, la vivacité de leurs allure&, l'éclat, »la magqiiiicence et la variété de leur pluoàage, la sûreté de leur instinct et l'harmonie de leurs chants; ces charmantes créatures offrent un spectacle qu'on ne se lasse pas d'admirer. Encore mieux : c'est de la terre que le chef-d'œuvre de la création matérielle, ndtre corps, est sorti, comme la lerre elle-même est sortie de l'eau. Si donc la terre, est notre mère l^au est notre grand' mère. Tout homme ei^t né d'elle : Initium viêœ homxà jqçua (l).
Le Créateur, qui a fait naître la terre del'eau, a voulu que cette ^fîUe, quelque fût son âge, reposât comme un petit enfant sur le sein de sa mère. // a fondé k
archiep. Salernit.
TRAITÉ DU SAmX-BSPRIT. 259
terre sur F eau : super maria fimdamt eam^ dit le projdiète (i). C'est d'eau qui lui sert de point d'appui, de •lourrice et de berceau. En effet, la [conservation des filses n'est que leur création continuée; cela signifie qu'ils virent des mêmes éléments dont ils sont formés. Si dans Feau est l'élément générateur des êtres matériels, elle doit jouerun rôle souverain dans leur conservation. Or, c'est un fait que l'eau entre dans tous les aliments; qu'elle est le remède direct à une foule de maladies et qu'elle sert de véhicule à la plupart des médicaments.
Gomme dans les œuvres de Dieu tout est fait pour riostruction de l'homme, saint Ambroise traduit la leçon qui nous est donnée par l'étroite et indissoluble union de la terre et de l'eau. « Voyez, dit-il, quelle bonne mère est l'eau, elle nourrit ce qu'elle enfanteet ne s'en sépare jamais. Et toi, ô homme, tu as enseigné Tabandon des enfants par leurs parents, les séparations, les haines, les offenses, apprends de l'eau quels liens intimes doivent unir les parents et les enfants (2) . »
Apprenons encore combien grands doivent être notre humUifté et notre détachement des créatures. Qu'est-ce ique notre corps? De l'eau figée. Que sont les animaux, Ibs plantes, la terre, toutes les créatures matérielles ? fte l'eau figée. Et pour un peu d'eau figée nous aurions de l'orgueil, et nous perdrions notre âme faite à l'image de Bien !
L'eau n'est pas seulement la mère du monde, elle est encore le sang de la nature. Le sang est nécessaire à la vie du corps ; l'eau n'est pas moins nécessaire à la
J[l) Pa. 23.
(2) Quam bona mater éit aqua^ considéra. . • disce ergo ab aqua qus sit et parentum fiiiorum necessitudo. 'Hexœm», lib. y, c« nr«
vie de l'univers. Dans le corps humain, le sang a ses réservoirs. Il en sort pour alimenter tous nos membres; il y revient pour se rafraîchir, il en repart pour continuer avec succès ses indispensables fonctions. Même . chose dans le grand corps de la nature. Les mers sans fond, les vastes cavités des montagnes sont les rése^ voirs de son sang. Par un mouvement non interrompu de départ et de retour, Teau sans cesse rafraîchie, purifiée, remplie de toutes ses qualités natives, continue de faire épanouir la vie de la nature en mille productions variées, dont la succession régulière n'est pas le caractère le moins admirable.
C'est la sagesse infinie qui fait sortir le sang de ses réservoirs, qui le divise, qui le dirige par cent canaux, de différentes grandeurs, suivant les besoins de chaque organe. Dans la nature, la même sagesse préside à la distribution des eaux. Au temps voulu, elle en ouvre les grands réservoirs ; elle en divise la masse, lui montre les canaux par où elle doit couler pour arroser, rafraîchir, entretenir partout la beauté et la vie. Parmi ces canaux, les uns, comme les fleuves, sont les artères du grand corps de la nature ; les autres, comme les rivières, les ruisseaux, les fontaines, les infiltrations souterraines, sont les veines, les fibres, les vaisseaux capillaires, par oti l'eau pénètre dans les plus menues parcelles de terre, comme le sang dans les extrémités les plus faibles de nos organes et les plus éloignés du centre. Il est d'expérience qu'on trouve de l'eau partout. Sur ce point, les puits artésiens sont venus, comme toutes les autres découvertes, donner raison aux enseignements de la théologie. Que serait-ce si l'homme possédait une science plus complète, ou s'il disposait d'instruments plus parfaits?
Telle est la précision avec laquelle Dieu mesure la quantité de sang qui doit entrer dans chaque vaisseau, la rapidité ou la lenteur avec laquelle il doit couler, gu'il n'y a jamais, à moins d'une cause étrangère, ni un engorgement ni une perturbation dans Torganisme. \vec un art non moins merveilleux le Créateur lui- DDiême se fait gloire d'avoir mesuré et équilibré les eaux lans le corps de la nature, de telle sorte que chaque partie en reçoit la quantité convenable, « C'est moi qui ai mis l'eau dans la balance ; qui suis le législateur des pluies et le conducteur des tempêtes retentissantes (1) . »
Mais si l'homme vient à mériter quelque grave punition, l'ordre est suspendu. Comme dans la famille la mfere se charge de corriger l'enfant coupable : l'eau vwige le Père céleste outragé. Ordre lui est donné de se resserrer dans ses réservoirs et de faire languir la terre avec ses productions, ou de tomber en masses désastreuses qui noient la première, altèrent les secondes et forcent le pécheur à crier merci.
Il est donc vrai de dire avec un auteur païen : « L'eau est l'élément le plus ami de l'homme; nul autre ne nous procure autant d'avantages; sans Feau, rien ne pourrait naître, ni se conserver, ni être accommodé à nos usages (2). » Ajoutons, avec Eusèbe, que de tous les éléments l'eau est celui qui semble rendre le plus de gloire aux attributs de Dieu. Les fleuves et les rivières qui coulent sans cesse en si grande abondance font connaître la magnificence du Créateur. Les fontaines inë-
(1) Aquas appendit in mensura. Quaado ponebat pluviis legem, etTiamproceUis sonantibus. «/b6, xxviiiy 25, 26.
(2) Nalla ex omnibus rébus tantas babere videtur ad usum re- ^m nécessitâtes quantas aqua... sine aqua nec corpus animalium ïïec ulla cibi virtus potest nascl, nec tueri, nec parari. Vitruv., lib. VUI, c. IV.
2dî TRAITÉ DU SMNT^ESPRIT-
puisabIe8^,quL nuit et jouv souvdent dei ahtmetcaohés à l'œil humain, mcmUrent la bonté dut Dieuiq»! las al»* mentd. La grandeur de sa. puissax^ce: se^ réfvèle pat b masse immaise de» eaux nenlèrmées ^ma Fabîme des océans, et parla8flotiaodaKnetix4iui;.s'^if«)rt jnsqit'aiu nuesv fonA peur à lax tente, mais qnitiema^ent bciserlear orgueil contre ub gnaîn de sable (i)\r
Telle? est Ueaii en eiUs^mème et dans Fbrdro* natareL N'est-il paajuste qu'à/ raison darôle!soiD?erain danteHe est honorée, elle cbanbe la gloire de Bsen et que rhonura,. s'associant à sa mère, Taide à payer ladette de la reewr naissance 7 Aussi,, dans Ib cantique où il invoque toutes le» créabures» à exalter^ à snperexalter leur auteur, te prophète, après s'être; adressé aux angesy glmeox habitants du; monde supérieur, passe à la création înttt^ rieure et appelle immédiatement l'eau sa mère touJDQfs féconde. Benedicite aqucs^ omnes quœ super eœlos siml' Dominai-
De là les honneurs rendus à Feiu. C'est un foit peu remarqué et pourtant d'autant plus digne de l'être, qw'il est universel : tous les peuples policés de l'Orient et de rOccident, juifs, païens^ou chrétiens, ont mis une partie de leur gloireà orner les fontaines. Ils ont voulu>qae leur mère, en armant chez eux, fût reçue non dans des vaisseaux de pierre ou de bois grossièrement travaillés, mais dans dès vasques et des bassins de marbre, de bronze, de porphyre, richement ornés de sculptures et de bas-reliefs^ Les eaux ne débouchent point par des orifices simples et sans art : gracieux et variés sont leuis chemins. Elles sortent tour à tour du bec d'un oiseau, de la gueute d'un lion ou de la bouche de tout autre
(1) DeLaud. Constant., p. 605.
TRJunrÉ: bit SiMMTi'WSFRrr. 269^
créoliireetnnQtiB, et le bcait de leur chvtev doux oa n^ teutiamit^ fèmne mi cesiari qui est, Mifantrexpree^* sieBiduL Prophète, lé battement de mains dés^eaux: FbëmtM^pimident manu.
^inltne) Gom|)drit nrieax le eabedeseauxque les deux pkB^nrsmdsipenqdes de l'antiquité, les Jtiifs elles Ro^ mains. Les acqueducs de SaloiBa» étaîent d'une magoi** fieanee incroyable, d'une grandeur et d'une largeur qui parattraient&bulenses, siles preuves écrites et matériel^^ les nelapendaient incontestable. Jamais les Césars n'entroeni dane Borne avec autant de pompe que les eaux appelées à l'embellissement de la lille étemeUe* C'est sur dès arcs dei triomphe de dix et de quinze lieues de longueur qu'arrivaient, comme des reines, les magni* fiqne&feanxPanlineetVii^nale^ dont l'abondance et la pureté fcmt encore: de Rome actuelle la ville aux belles foataôaês^ Nos acqueducs, écrivait Pline^ sont les merveilles du: monde : wdns miracula (1).
Faat-il êtra* étonné si le grand singe de Dieu, Satan^ ml enofAré de cette vénération instinctive^ pour les e3i£5 et la faut tourner à son profit. Afin de corrompre rimmnpie ebde ikire insulter Dieu par la plus belle doses cpéfiturSB, il s'est acharné à profaner les^ eaux et les fon^ taines : les premières furent peuplées d'une foulede divinités impures; des secondes il a fait un spectadede luboicité.. Sortant de la bouche ou de la cooque de si^ rèttes^ëè naiades,, de t2riioa8, e'estr-àMltre de démons provocateurs, les fontaines, redeveoiies païennes, ne chwtent plus tes attributs du Créateur, mAt^lesinfemies de) Satan, de ses anges et de son^ culte (2). L'étannement redouble,, ou phitM la scieace se déte-
0)Lib. XXXVI, c.xv.
(2) Voir Corn, a Lap., in ZacK^ xiv, 6; et Cani., iv, 1^»
loppe, quand on considère le rôle important de l'eau dans Tordre moral. Quel élément a plus souvent «end aux merveilles du Tout-Puissant ! Le déluge, le passage de la mer Rouge, le rocher d'Oreb, le passage do Jourdain, le culte mosaïque avec ses nombreuses cérémonies, dont Teau forme presque toujours u©e partie intégrante, ne témoignent-ils pas que Teau est Télémént préféré du Créateur? Combien de fois le Verbe incarné Ta fait servir à ses mystères et à ses miracles : il serait long de le dire. Citons un seul fait. Au seuil de sa vie publique, il veut manifester sa divinité avec un éclat irrésistible. Son premier miracle sera comme sa lettre de créance. Pour Topérer, quel élément emploiet-il? L'eau.
« Chose remarquable, dit à ce sujet le savant Fabricius, le changement de Teau en vin aux noces de Cana, le Verbe créateur continue de lopérer tous les jours, avec un luxe de variétés devant lequel on tombe à genoux. Il fait si bien unir Feau avec la vertu du cep de la vigne, que les raisins se remplissent non d'eau, mais d'un jus délicieux. Qui pourrait compter tant d'espèces de vins, tant de sortes d'autres jus, d'huiles et de fruits succulents, en quoi l'eau se change au contact des vertus renfermées dans leurs semences (1)? » Si la miraculeuse transformation de l'eau s'accomplit au contact d'un élément créé, pourquoi ne pourrait-elle pas s'accomplir à l'ordre immédiat de celui qui a créé l'eau et l'élément transformateur ?
11 était nécessaire de faire connaître l'excellence naturelle de l'eau, en montrant ce qu'elle est dans le monde physique, pour avoir la raison du choix constant
(\) Théologie de l'eau, lib.I, c. iv.
que Dieu en fait, dès Forigine, comme élément des plus grandes choses dans le monde moral. Or, ces anciennes merveilles n'étaient que le prélude d'une merveille plus grande encore. Nous voulons parler de la naissance du chrétien ràFeauen revient Thonneur. Unique, incomparable, immortel, cet honneur met en évidence une des plus ravissantes harmonies des œuvres divines et ne forme pas la moindre preuve que Teau est bien Télément générateur de toutes choses. Nous le verrons au chapitre suivant. Ce n'est donc pas parce qu'elle se trouve partoujt, mais bien parce qu'elle est profondément mystérieuse, que l'eau a été choisie pour l'élément du baptême.