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DÉVELOPPEMENT DU CHRÉTIEN

Bémeats de la formation délflque : les sacrements, les yertns, les dons, les ])éatitudes, les fruits du Saint-Esprit. -^ Raison des sacrements; place qu'ils occupent dans le plan de notre déification. — Us donnent, conservent et fortifient la Yle divine. — Raison des vertus : elles sont Tépanouissement de la vie divine. — Principe d'où elles découlent : grâce sanctifiante et grâce gratuitement donnée. — Les dons, leur raison d*étre et leur but. — Les dons conduisent aux béatitudes : ce qu'elles sont — Les béatitudes font goûter les fruits. — Les fruits du temps conduisent au fruit de l'éternité. — Calculs admirables d'après lesquels ces éléments sont mis en œuvre.

Le chrétien reçoit la vie dans Teau du baptême : tel est le premier article de la foi catholique et la quatrième création du Saint-Esprit dans le Nouveau Testament. La vie du chrétien , c'est la grâce. La grâce est le trésor de toutes les richesses. Avec elle et par elle, nous possédons toutes les vertus surnaturelles infuses, intellectuelles et morales; les trois vertus théologales, les quatre vertus cardinales, mères de toutes les autres ; le Saint-Esprit lui-même en personne avec tous ses dons.

Cela étant, quemanque-t-il au chrétien? Tout ce qui manque à l'enfant qui vient de naître. Fils de pauvre ou fils de roi, il manque à Tenfant les moyens de conserver la vie dont il est en possession. Ainsi du chrétien. Possesseur d*une vie divine, il lui manque les moyens de la conserver et de la perfectionner. Voyons avec quelle

libéralité le Saint-Esprit a pourvu aux besoins de son enfant.

Nous touchons aux ineffables mystères de la grâce. Devant nous va se révéler tout le système d'éducation ou plutôt de déification, mis en œuvre par le Saint-Esprit pour conduire le chrétien jusqu'à la ressemblance parfaite avec son îfrère aîné, le Verbe fait chair. Ce magnifique système renferme les sacrements, les vertus, les dons, les béatitudes et les fruits. Disposés avec une sagesse merveilleuse, ces moyens conservateurs et déificafeurs se superposent, s'enchaînent, se prêtent nn mutuel concours et font du développement du chrétien le chef-d'oéùvre du Saint-Esprit, son ouvrage propre ou, comme dit saint Paul, la construction de Dieu : Iki œdificaizo esiis.

Etd'abord, il ne suffitpas d'avoirlavie, il faut la conserver et la développer. Tel est le but des sacrements. « Les sacrements de la nouvelle loi, dit saint Thomas, sont institués pour une double fin : guérir les maladies de Tâme, et lui donner la force d'accomplir les actes de la vie chrétienne. Sans doute la grâce, considérée «n général, perfectionne l'essence de Tâme, en lui donnant une certaine similîtude.avécrêtré divin. Or, de l'essence de l'âme découlent ses puissances. Il en réâulte qu'en perfectionnant l'essence de l'âme, la grâce communique à ses puissances de nouvelles perfections. Ces perfections, appelées v^/t/^ et dûns^ les rendent capables de leurs fonctions particulières ; mais ce n'est point assez.

« Il y a dans la vie chrétienne certains actes spéciauS) pour lesquels un effet particulier de grâce est nécessaire. Les sacrements sont établis en vue de ces actes spéciaux, afin de communiquer au chrétien le se-

cours particulier dont il a besoin pour; les accomplir. Ainsi, comiine les vertus et les dons ajoutent quelque chose à la grâce, considérée en général, de même la Ifrâce sacramentelle ajoute à la grâce, en général, aux mAns et aux dons une force divine en rapport avec chaque sacroment (1). »

Les sacrements sont établis pour guérir les' maladies deTàme; mais comment atteignent-ils leur but? Le Itaptôme est établi contre le manque de vils divine ; la confirmation» contre la faiblesse naturelle aux enfants ; FeDcharistie, contre les mauvais penchants du cœur; la ptoiteuce^icontre le péché mortel ou la perte de la vie dinûe ; rexirême*onction, contre les restes des péchés et les langueurs de l'âme; Tordre, contre l'ignorance et la dissolution de la société chrétienne; le mariage, contre la concupiscence personnelle et contre l'extinction de l'Église qui ferait la cessation de là vie divine sur la terre (2). Voilà bien Tensemble le plus complet desi remèdes préservatifs et curatifs de toutes les maladies de l'âme, y compris la mort elle-même. Qui l'a conçu, qui l'a établi, qui lui donne l'efficacité? Le Saint- Esprit. .

Ce n'est que la moitié de son œuvre^ Il reste à déve- 3r la vie divine. Comme la vie naturelle, la vie

(1) Sacramënta novœ legis ad duo ordiaantur, videlicet : ad reiQedium contra t>ecc8tum et ad perficieDdam aaimam in his qug& Pertioent ad eultum Dei secundum ritum cbristiaD® vit», ill p., ^.63, art. 1, corp. — Ita gralla sacramentalis addit super gratiam (^ommuniter dictam et super virtutes et dona, quoddam divinum autilium ad consequendum sacramenti finem. Id,, art. 2, corp,

(2) Baptismus est directe contra culpam origînalem : pœniten- ^i&, contra culpam actualem mortalem; extrema unctio, contra cul- P&mYenialem; ordo, contra iguorantiam; matrimonium, contra conçu piscentiam; eucharistia, contra maiitiam; confirmatio, contra infirmilatem.Corw. Vaur., 1368, c. i, et 5. Th., lll p., q. 65, art. i^corp^

surnaturelle se développe par les actes. Quels sont les actes spéciaux de la vie chrétienne, pour lesquels la grftce des sacrements est indispensable? En vertu de l'admirable uniformité qui règne entre Tordre spirituel rt Tordre matériel, ces actes sont au nombre de sept et correspondent à autant d'actes analogues de la vie corporelle. DansTordre naturel, il faut que Thomme naisse, qu'il se fortifie, qu'il se nourrisse, qu'il se guérisse, qu'il entretienne sa santé, qu'il devienne membre de la société, soit pour la diriger, soit pour la conserver.

De même, dans Tordre surnaturel, il faut que le chrétien vive en fils de Dieu. La grâce propre du baptême lui donne et la naissance divine et Tesprit du christianisme. « La miséricorde de Dieu nous a sauvés, dit TÂpôtre, par le bain de la régénération et la rénovation du Saint-Esprit, qu'il a répandu en nous avec abondance par Jésus-Christ notre sauveur (1). » Il faut qu'il acquière les forces convenables pour supporter le labeur du devoir et soutenir les combats de la vertu. La confirmation lui communique le Saint-Esprit, comme prin^ cipe de force. Delà cette parole de Notre-Seigneurà ses disciples déjà baptisés : « Je vais vous envoyer TEspril promis par le Père. Demeurez donc dans la ville jusqu'2 ce que vous soyez revêtus de la force d'en haut {2), » l! faut qu'il se nourrisse d'une nourriture en rapport avei sa vie divine. L'eucharistie lui donne cette nourriture « Je suis le pain vivant descendu du ciel, dit le Verbi incarné. Si vous ne mangez la chair du Fils de l'homme et si vous ne buvez son sang, vous n'aurez point la vi^ en vous (3). »

•(l)Adri7., 111,5, 6.

(2) Luc,, XXIV, 49.

(Z)Joan.f VI, 51-54.

Naître, croître et entretenir sa vie suffirait à Thomme, si, corporellement et spirituellement, il possédait une vie impassible. Mais, comme il est sujet à des maladies graves et fréquentes, il a besoin de remèdes. S'il perd la santé, la pénitence la lui rend, suivant cette parole : «Guérissez mon âme, parce que j'ai péché. Les péchés, seront remis à qui vous les remettrez (1). » Ses forces sont-elles altérées par des langueurs et des infirmités; il en retrouve la plénitude dansTextrême-onction. Ce sacrement purifie Thomme des restes du péché, le fortifie dans le dernier combat et le prépare à entrer en possession de la gloire éternelle. /< Si quelqu'un d'entre vous est malade, dit saint Jacques, qu'il appelle le prêtre. Leprêtre priera sur lui, lui fera les onctions, et les péchés qui peuvent lui rester seront remis (2). »

Dans les cinq premiers sacrements, le chrétien trouve toutes les ressources nécessaires aux actes de la vie individuelle. Être social, il faut qu'il accomplisse les devoirs de la société dont il est membre. Les deux derniers sacrements lui en fournissent les moyens. Deux choses sont essentielles à toute société : la direction et la conservation. Il faut des hommes publics chargés de conduire les autres. Le sacrement de l'ordre donne des ministres à F Église et des guides aux fidèles. «Les prêtres, dit l'Âpôtre, sont tirés du milieu du peuple, afin d'offrir des sacrifices non-seulement pour eux , mais pour tous (3). » 11 faut des familles pour perpétuer la société. En consacrant Tunion des époux,. le sacrement de mariage leur apporte les grâces nécessaires pour accomplir chrétiennement leur devoirs, perpétuer TÉ-

(1) Ps. 40. — Joan.^ tx, Î3.

(2) Jac, V, i4.

(d)Hebr.,y, 1,2.

282 TRAITÉ DU SAUrr-ESPRIT.

glise et peupler le ciel. De lace mot de saint Paul : « Le mariage est un grand sacrement daBs Jésus-Christ é dansTÉglise (1). »

Par ce qui précède on Yoit tout ensra^ible la raison d'être de chaque sacrement et la place qu'il occupe dans le plan de notre développement di?in^ Comme le baptême, tous nous communiquent la grAce, par conséquent le Saint-Esprit, qui en est inséftàrable; mais dans chaque sacrement cette communication a*ti& bot spécial, en rapport avec les besoins de notre w spirituelle. Il en résulte que, par la grâce multifortniB des sacrements, le Saint-flsprit donne aiï chrétien la lie divine avec les moyens de la conserver et d'en faire ies actes. Ainsi est accomplie la première partie de la mission du Verbe incarné qui diseût : Je suis venu pour qu'ils aient la vie : Ego vent ut viiam /ud^eant. Comment s'accomplit la seconde : et pour qu'ils l'aient plus abondamment, et ut abundantius habeant î

11 est écrit que le' Fils unique de Dieu croissait en ftge et en sagesse devant Dieu et devant les hommes; ainsi le chrétien son frère doit suivre le même progrès. Dans le plan divin le développement de la vie dé la grâce doit aller, de degrés en degrés, s'épanouir dans la vie de la gloire : Gratta inchoatio glorïœ. Là même elle ne s'arrêtera point. Au contraire, elle montera ince^ samment de perfections en perfections, de félicités en félicités, pendant lés siècles des siècles. Par quels moyens l'Esprit vivificateur procurcr-t-il ces ascensions du temps, prélude des ascensions de l'éternité? En activant le germe de vie divine qu'il a mis en nous, de manière à lui faire donner tout ce qu'il peut donner. Or,

(1) Eph.^ y, 32. El S. Th.^ m p., q. 65, art. i, corp.

nous l'ayons vu, la grâce est un principe divin qui agit sur r^ssence même de Tâme et sur toutes ses puissances. Principe d'une force et d'une fécondité incalculable,, il produit dans l'homme des effets multiples, suriiunaains; théandriques.

 raison de la double destination de l'homme, la grâce $b divise en <ieu:x grandes espèces. Le chrétien n'est pas un être isolé, mais un être social : plus social, s'il' est permis de le dire,' que tous les autres hommes, puisqu'il appartient à la société universelle, dont le but est de faire du genre humain un seul peuple de frères. Sans doute, il devra travailler à sa déification personnelle : ^'est la première loi de son être. •^Mais, enfant dé l'âglise, il devra aussi^ dans les li- Qîites de sa vocation, travailler à la gloire de sa mère et à la déification de ses frères. C'est une nouvelle loi à laquelle il ne peut se soustraire. Elle est tellement impérieuse, que, quoi qu'il fasse, tout homme est nécessairement mediùm : médium du Verbe sanctificateur, «u médium de Satan corrupteur. De là, deux sortes de grâces, on deux applications de la grâce : la grâce sanctifiante et la grâce gratuite.

Sur ce principe fondamental écoutons l'Ange de l'école. « Toutes les œuvres de Dieu, dit saint Thomas, sont fondées dans l'ordre. Or, c'est une loi de l'ordre universel que certaines créatures soient ramenées à Dieu par le moyen d'autres créatures. La grâce, ayant pour but de ramener l'homme à Dieu, suit les lois de Tordre, c'est-à-dire qu'elle reconduit à Dieu certains hommes, par le moyen d'autres hommes. De là, deux sortes de grâces. La première, qui unit l'homme à Dieu, s'appelle grâce, gratum faciens^ parce qu'elle nous rend agréables à Dieu. La seconde, au moyen de la-

quelle rhomme aide son frère à venir à Dieu, s àppdle graiia gratis data, parce qu'elle n'a pas pour but la sanctification personnelle de celui qui la reçoit, et qu'elle ne lui est point donnée en vue de ses mérites (1). »

De cette source unique de la grâce, divisée en deux fleuves intarissables, sortent toutes les merveilles da monde chrétien, merveilles de vertus privées, qui. ont Dieu et les anges pour témoins ; merveilles de vertus éclatantes, qui ont le genre humain pour admirateur ; vertus privées, brillante famille de perfections qui, se complétant les unes les autres, conduisent le chrétien au plus haut point de ressemblance avec Dieu (2) ; ver* tus publiques qui font resplendir sur le front de l'Église l'incommunicable cachet de la vérité ; vertus publiques et privées dont vit, sans le savoir, le monde lui-même; car il vit du Saint-Esprit et de lui seul. Présentons en raccourci le tableau de toutes ces merveilles. Mieux que tout le reste, il nous fera saisir l'ensemble des éléments dont se compose notre génération divine et Tordre parfait dans lequel ils se coordonnent.

Le comte de Maistre dit que le corps humain apparaît plus merveilleux encore sur la table de dissection, que dans les plus belles attitudes de la vie. Ainsi du chrétien. L'anatomie de ce chef-d'œuvre du Saint- Esprit nous le montre plus admirable, parce qu'elle met à découvert, dans ses opérations mystérieuses, la sagesse de l'ouvrier qui l'a formé.

Voici, d après les maîtres de la science, un essai

(1) SecuQdum hoc igitur duplex est gratia. Uoa quidem^ per quam ipse homo Deo conjuDgitur, quee vocatur gratia gratum faciens. Alil vero, per quam uqus homo cooperatur «Iteri ad hoc quod ad Deam reducatur. I, H, q. 111^ art. \, corp.

(2) Conc. Trid., sess. vi, c. 7.

d'autopsie catholique ; ou, si on veut, l'indication des degrés de l'échelle mystérieuse par laquelle Thomme monte de la terre au ciel, et de fils d'Adam devient fils de Dieu.

Par le baptême le Saint-Esprit communique à l'âme hyie surnaturelle. Par les autres sacrements il la fortifie et la conserve.

Mais, comme le grain de blé n'est confié au sein de la terre que pour s'épanouit* en moissons; de même, l'élément surnaturel n'est déposé dans l'âme que pour se manifester par des habitudes surnaturelles, ces habitudes s'appellent vertus. Ainsi que les sacrements, les vertus sont au nombre de sept. Trois théologales, et quatre cardinales.

Aux vertus s'ajoutent les dons. Inspirations permanentes du Saint-Esprit, ils perfectionnent les vertus en leur communiquant une nouvelle impulsion, une énergie plus soutenue, une tendance plus élevée. On en compte sept. Ils forment, dit un concile, les sept grandes sanctifications du chrétien (1).

Aidé de ces puissants moyens, le chrétien est en état de croire comme il convient les articles du symbole, et de pratiquer les préceptes du décalogue, ce qui est le but de la vie et le principe de la gloire. Remarquons en passant, avec le concile déjà cité, que le symbole se divise naturellement en sept articles relatifs à la sainte Trinité, et sept relatifs au Fils de Dieu fait homme. De in6me les dix préceptes du décalogue se rapportent aux ^pt vertus théologales et cardinales.

Arrivé à la perfection de la vie divine, il reste au

(1) Hsec dona, juxta sacras scripturas, consimiliter septemesse asserimus, quasi seplem sanctificatiooes fidelium menlium. Conc. W., c. 1.

286 TRAITÉ DU SÂlNT-ESPHITi

chrétjbsn à. s'y maintenir j De lui-même, il en etft incapable. Sa faiblesse naturelle, jointe aux attaques incessantes de ses ennemis, l'expose continuellement à déchoir. La grâce que nous a^ons vue se manifester en vertus et en dons 3e manifeste ici e^ fpières^:L&8 sept demandes de Toraison dominicale correspondent aux sept dons du Saint-Esprit. Toutes les fois que nous prononçons l'adorable prière, nous demandons la conservation et Taccroissement de ces dons divins. Afin de la rendre efficace, le Sain trEsprit lui-même la dit dans Tâme du chrétien, par des gémissements inénarrables.

Conservés et fortifiés par la prière, les sept douB da Saint-Esprit deviennent entre les mains di^ . chrétiien des armes de précision contre ses ennemis. Satauinpns attaque avec sept atmes qu'on appelle les sept péebés capitaux. Les sept dons du> Saint-^Esprit en forment l'opposition adéquate.

En livrant avec courage les nobles combats, de la vertu, le chrétien se maintient dans l'ordre. Vordre }ui procure la paix avec Dieu, avec ses frères et avec ^aimême. Cette paix donne naissance aux sej^t àéatitudefi

Enfin, des bons travaux glorieux est le frui^^, smyant le mot de l'Écriture : Bonorum emm laborum glonosuf est fructus (1). Or, comme il n'y -a p^ de meilleurs travaux que ceux qui s'accomplissent dans le vaste champ de la vie spirituelle, à ces nobles labeurs cor^ respondent les douze fruits du Saint-^Esprit. Ces fruit» délicieux donnent à l'âme qui s'en nourrit un ava^tgoûtde celui qui les renferme tous, le fruit de la vie éternelle : Fructus in vitam œtemam.

({) Sap.jïu, 15.

Vienne la fin du temps, et le chrétien, déifié par le Saiat-Ëspmt^ entre en possession de ce fruit incomparable, dont la vue, lé goût, la jouissance l'inondera de délices indicibles ; car ce fruit sera Dieu lui-même YQ, goûté, possédé sans crainte, par un amour sans limites (1).

Toutefois^ nous ne connaissons encore que les effets de la grâce sanctifici^nte, principe de la déification personnelle du chrétien. Pour donner une idée complète des trésors répandus par le Saint-Esprit dans Tâme baptisée, il faut montrer les effets delà grâce gratuite. Être social et enfant de l'Église, le chrétien, nous le répétons, doit travailler à la gloire de sa mère et à la déification de ses frères. Dans ce but, trois choses sont iD()ispensables : connaître à fond les vérités chrétiennes, afin- d'en instruire les autres; être en état de les prouver, sans quoi l'enseignement serait inefficace; avoir le taJbat de les exprimer, pour faire goûter la doctrine (2). '

(1) Nous signalons ici la répétition fréquente du nombre sept dans les éléments de notre sanctification. Plus tard., nous essayerons de donner la raison de cette répétition mystérieuse. Articuli Syrnboli pertinentes ad deitatem suntseptem... Articuli autem adnaturam a Filio Oei ^umptan^, sunt septem... Yirtutes theologicœ cum cardinalibus , totidem. Sacramenta Ëcclesise , totidem. Dona Spiritus sufcti, totidem. Petitionesin dominica oratione contentée, totidem. Beatitudines, totidem. Yitia capitalia, totidem. Conc. Vavar.j c. i. -^ Sur le nombre douze^ qui mesure les fruits du Saint-Esprit, il faut remarquer deux choses : la première, dans TÉcriture sainte, le nombre douze indique la perfection absolue. La seconde, chaque don ^yant plusieurs actes, le nombre des fruits surpasse nécessairement celui des dons. Pour n'en citer qu'un exemple : du don de piété sortent les sept œuvres de miséricorde corporelle, et les sept œuvres de miséricorde spirituelle: ce qui constitue la perfection de la cbariié.

1*2) S. Th.y !• 2», q. m, art. 4, corp.

Tels sont les effets de la grâce gratuite. Us comprennent, comme la fin comprend les moyens, toust les dons extérieurs énumérés par saint Paul. « A chacun, dit-il, est donnée la manifestation du Saint-Esprit pour Futilité des autres. A l'un, le discours de la sagesse; à Tautre, le discours de la science; à celui-ci, la foi; à celui-là, la grâce desguérisons; àTun, l'opération des miracles ; à Tautre, la prophétie ; à Tautre, le discernement des esprits; à l'autre, les différents genres de langues; à l'autre, l'interprétation des discours (1). »

Communs à tous les chrétiens, car tous doivent travailler au salut de leurs frères, ces dons leur sont communiqués dans des proportions différentes, suivant la vocation de chacun. D'abord, le don d'enseigner la vérité. Il suppose une connaissance de la religion supérieure à celle qui suffit pour le salut. Delà, la /(», c'est-à-dire tout ensemble une vue claire et une certitude inébranlable des choses invisibles, principe de l'enseignement catholique. Il faut, de plus, connaître les principales conséquences de ces principes. De là le (&" cours de la sagesse ^ qui est la connaissance étendue des choses divines. Il faut posséder, en outre, une grande abondance de faits et d'exemples, souvent nécessaires pour démontrer les causes. De là, le discours de h science^ qui est la connaissance des choses humaines, attendu que le monde invisible se révèle à nos yeux par le monde visible.

Ensuite, le don de prouver. Dans les choses qui sont du domaine de la raison, la preuve de la doctrine enseignée se fait parle raisonnement. Dans les choses de l'ordre surnaturel, par des moyens réservés à la puis- Ci) I Cor.f XII, 7, iO.

sance divine. Ces moyeas sont des miracles ou des prophéties. Contrairement à toutes les lois de la nature^ rendre la santé aux malades, la vie aux morts : miracle. De là, la grâce des guérisons. Manifester la toute-puissance de I>ieu, en arrêtant le soleil, par exemple, ou en divisant les eaux de la mer : miracle. De là, la grâce h prodiges. A ces preuves de la toute-puissance de Dieu sur le monde matériel doit quelquefois se joindre la preuve de sa connaissance infinie du monde moral. De là, la grâce de la prophétie, qui est la connaissance des futurs contingents. De là encore, la grâce du discer*nement des esprits, qui est la connaissance des secrets les plus cachés du cœur.

Enfin, le don de communiquer. Il peut être envisagé sous un double aspect : le premier, au point de vue de la langue dans laquelle le docteur de la vérité doit parler, et de la manière dont il doit parler. De là, le don des langues et la grâce du discours. Le second, au point de vue du sens des choses qu'il doit dire. Delà, Idi grâce de f interprétation des discours, qui apprend la vraie signification des mots d'une langue étrangère (1) .

Tel est le rapide tableau de la formation du chrétien par le Saint-Esprit. Nous demandons au philosophe, quel qu'il soit, si, dans ses investigations, il a jamais trouvé, si, dans ses méditations, il a jamais conçu rien d'aussi magnifique, d'aussi complet et de mieux lié que cet ensemble de moyens, par lesquels le principe divin se développe en chacun de nous, et par lesquels nous le développons nous-mêmes dans les autres, jusqu'à la mesure du Verbe incarné dans son âge parfait ? Quand on songe que, malgré toutes ces perfections, le chrétien

(1) Voir 5. TA., iS 2«, q. Hl, art. 4, corp.

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