‹ Traité du Saint-EspritChapitre 29 sur 106 · LÈS NOMBRES · texte numérisé non relu

LÈS NOMBRES

Importance et dignité de la science des nombres. — Sans le nombre, runivcn serait le chaos et l'homme une brute. — Dieu et l'homme font touta?ec le nombre. — Les nombres sont les lois de Tordre universel, les proportiions géométriques d'après lesquelles et dans lesquelles tout a été fait. •«* Les nombres sacrés. — Principaux nombres sacrés. — Le nombre trois, ses significations. — Son emploi dans Tordre physique et dans Tordre moral.— Le nombre quatre, sa signification et son emploi, -r Ses multiples, doue et quarante. — Les grandes vérités qu'ils enseignent. ^

La science des nombres, qu'il ne faut pas confondre avec Tart du calcul, n*est pas une science imaginaire. Qui oserait taxer ainsi une science qui fut, dès la plus haute antiquité, Tobjet de Tétude et de Tadmiralion des vrais philosophes. Un des plus grands génies qui aient paru dans le monde, saint Augustin, la cultivait avec une sorte de passion. Cette ardeur même était pour lui le thermomètre du savoir et le signe du génie. «A mesure, dit-il, que Thomme savant et l'homme d'étude se dégagent de la matérialité qui les enveloppe, plus ils voient clairement le nombre et la sagesse, et plus ils chérissent Tun etTautre (1). »

Ces paroles de Tillustre docteur signifient qu'aux

(1) Docti et studiosi^ quanto remotiores sunt a labe terrena, tanto magis et numerum et sapientiam in ipsa veritate contuentur et utrumque carum habent. De lib. arbitr., lib. II, c. xi^ d. 31, 32> opp* t. I, p. 2, p. 875-976.

yeux du génie épuré, les nombres, formant la partie la plus élevée de la sâence humaine, sont les bases de Tonivers, les lois qui présidente sa conservation. Fait par eux, par eux il subsiste, à eux il doit toute sa beauté. « Regardez,, continue le grand évêque, le ciel, la terre, la mer et tout ce qu'ils renferment ; ce qui brille audessus de votre tête, ou qui rampe à vos pieds^ ou qui vole dans l'air, ou qui nage dans les eaux. Toutes ces choses sont belles, parce qu'elles ont des nombres ; ôtezles nombres, elles perdent à l'instant la beautéet la vie (1).»

^en de plus vrai. Otez le nombre du firmament, et vous avez le choc et la ruine des astres. Otez le nombre de la terre, de la mer^ des éléments, de toutes les créatures, vous n'avez plus ni ordre, ni harmonie, ni existence, puisque Tordre, l'harmonie^ l'existence, reposent essentiellement sur des nombres, c'est-à-dire sur des proportions calculées avec précision. A la place, qu'avons-nous? Le chaos. Entre l'ordre et le chaos, entre la beauté et la laideur, entre la vie et la mort, entre Tharmonie et le désaccord, c'est le nombre seul qui constitue la différence.

SI les ouvrages de Dieu reposent sur le nombre, les OQvrages.de l'homme, image de Dieu, reposent aussi sur le nombre. Tout ouvrier, tout artiste a devant les yeux de .^esprit un nombre, c'est-à-dire un ensemble de proportions auquel il conforme son ouvrage. Son intelligence travaille, sa main se fatigue, ses instruments se meuvent jusqu'à ce que l'ouvrage extérieur, sans cesse regardé à la lumière intérieure du nombre, arrive à la perfection et satisfasse l'esprit, juge interne, ^ui contemple le nombre, modèle de l'ouvrage.

(1) S. Aug.y De Ub. arhUr,^ ubi suprà, p. 982.

N'y parvient-il pas? vous avez une œuvre imparfaite. S'en écarte-t-ii entièrement? vous avez une chose monstrueuse, une chose sans nom, pafce qu'elle est sans nombre. Otez, par exemple, le nombre d'une composition musicale, vous aurez des sons discordants, des cris confus. « Le nombre, dit le comte de Maistre, est la barrière évidente entre la brute et nous... Dieu nous a donné le nombre, et c'est par le nombre qu'il se prouve à nous, comme c'est par le nombre que l'homme se prouve à son semblable. Otez le nombre, vous ôtez les arts, les sciences, la parole, et, par conséquent, Fintelligence. Ramenez-le, avec lui reparaissent ses deux filles célestes, l'harmonie et la beauté. Le cri devient chant ^ le bruit reçoit le rhythme, le saut est danse, la force s'appelle dynamique et les traces sont des figures. »

Non-seulement les ouvrages de l'homme reposent, comme ceux de Dieu, sur le nombre, mais ils sont faits avec le nombre. Voyez ce qui met en mouvement les membres de l'ouvrier, c'est le nombre; car ils se meuvent en cadence. Si vous rapportez au plaisir le mouvement cadencé de ses membres, vous avez la danse. Cherchez maintenantj'ce qui plaît dans la danse. Le nombre répondra : C'est moi. Contemplez la beauté des formes dans le corps : qui la constitue? Les nombres qui demeurent fixés dans l'espace. La beauté du mouvement dans le corps, à quoi est-elle due? Aux nombres qui se meuvent dans le temps. Il en est ainsi de tous les ouvrages de l'homme, comme de tous les ouvrages de Dieu. Le nombre et le nombre seul leur donne l'être et la beauté (1).

(1) (Sapienlia) dédit numéros omnibus rebus^ etiam infioiis. S. Jug., ubi suprà, p. 976. — Toile numerum in rébus omnibus, et omnia pereunt. Adime sseculo computum^ et cuncta ignorantia

On le voit, la science des nombres renferme les lois de Tordre universel, ainsi que la révélation des plus profonds mystères. C'est donc ajuste titre que les plus beaux génies s*en sont préoccupés. Si, dans les temps modernes, elle est tombée en oubli, il faut l'attribuer à la faiblesse de la raison, conséquence inévitable du dépérissement de la foi. Le monde est plein de chiffreurs, nous n'avons plus de mathématiciens. On méprise la science des nombres, parce que, réduite à Tart matériel du calcul, elle est à la portée de tous. Quant à la vraie science des nombres, à la philosophie des nombres, en un mot, à la mathématique divine, on la dédaigne ; attendu qu'elle n'a pas une application immédiate aux intérêts de la vie animale et qu'elle ne peut être que le partage d'un petit nombre (1).

Chercher la science des nombres, n'est donc pas poursuivre une chimère. Mais qu'est-ce donc que le nombre? Les nombres sont dans le temps et dans l'espace, mais ils ne sont ni le temps ni l'espace. Les nombres sont infinis, immuables, éternels. 11 n'y a pas de puissance humaine qui puisse changer Tordre des nombres ou en violer l'essence. Qui peut, par exemple, faire que le nombre qui suit un ne soit pas deux, ou que le nombre trois soit divisible en deux parties égales (2)? Qu'est-ce donc que le nombre ? « Si vous voulez le savoir, ré-

cœca complectitur. Nec differre potest a cœleris aninaalibus, qui calculi nescit rationem. Rupert, De operib. sanctissimœ Trinitatis, lib. LXII ; De SpiriL sanct., lib. VII, c. xiv.

(4) Multos novi numerarios et numeratores, vel si quo alio nomine TOcaDdi sunt, qui summe ac mirahiiiter computant : sapientes autem per paucos. S. Aug,, ubisuprà, p. 975.

(2) Ergo œternosesse (numéros) non negas. Imo fateor. S. Aug., De Musica, opp. 1. 1, p. ii, p. 870; Id., De morib. Manich.y c. XL, opp. t. I, p. II, p. 1170 ; De civ. Dei, lib. Xll, c. xvni.

pond saint Augustin, éleyez-vous au-dessus des ouvrages de Dieu, dans lesquels le nombre resplendit de toutes parts. Élevez- Yous. au-dessus deTâme humaine, qui a en elle la vue intérieure du nombre. Allez jusqu'à Dieu ; là, dans le sanctuaire intime de la Sagesse elle-même, vous verrez le nombre éternel, type et source de tous les nombres. Mais la Sagesse elle-même existe-t-elle parle nombre, ou consiste-t-elle dans le nombre ? Je n*ose rien affirmer (1). »

Une chose est certaine : si le nombre, dans son essence, n'est pas la sagesse elle-même, réalisé dans les œuvres de Dieu il en est l'expression la plus parfaite. Une autre chose est également certaine : il y a des nombres, surtout dans l'Écriture sainte, qui sont sacrés et pleins de mystères (2). La tradition de tous les siècles est unanipie sur ce point. Sacrés, c'est Dieu: lui-même qui tes a fixés; pleins de mystères, ils sont les lois vénérables de l'ordre moral et l'expression des rapports intimes entre l'homme et les créatures, entre Dieu et l'homme, entre le temps et l'éternité. A ce double titre, ils sont dignes d'un profond respect et d'une ardente étude (2).

Quels sont ces nombres mystérieux et sacrés? On en compte une multitude. Dans la seule construction du Tabernacle, saint Augustin en signaleplus de vingt, qui tous sont pleins de mystères (3). Il nous suffira d'en

{\) ... SapienUam existere a numéro, aut consistore in numéro, non ausim dicere. De liber, arbitr., ubi suprà, p. 976.

(2) Numéros in Scripluris esse sacralissimos et mysleriorum plenissimos, ex quibusdam quos inde nosse potuimus, dignissime credimus. S. Aug.y Quœst. in Gen., c. cliu^ opp. t. III, p. 657.

(3) Magnum mysterium figuratum est, quando jussum est tabernaculum fabricari. Multa ibi numerosa dicta sunt in magno sacra' mento. Serm. 83, c. vi, opp. t. V, p. i, p. 645. — S. Th.^ 2* 2« , q« 87, art. I, corp.

étudier quelques-uns. Les plus remarquables sont : le nombre troiSy le nombre quatre^ le nombre sept, le nombre dix^ le nombre douze et leurs multiples.

Tant dans l'Ancien que dans le Nouveau Testament, le nombre trois revient plus de 359 fois; le nombre quatre, 165 fois; le nombre sept, 347 fois; le nombre dix, 239 fois; le nombre douze, 177 fois; le nombre quarante, 152 fois, et le nombre cinquante, 61 fois.

Sionfaitattentionquedetousles livres connus, la Bible est le seul qui indique constamment et avec une précision, minutieuse en apparence, les nombres des choses, des mesures et des années ; que la Bible est Fouvrage de la sagesse infinie ; que rien n'y est inutile ; que tout y est mystère et vérité ; que Dieu a tout fait avec nombre : comment ne pas reconnaître dans cette répétition étonnante l'intention marquée de nous instruire? Mais que nous enseignent les nombres sacrés ?

.Suivant les Pères et saint Augustin en particulier, le nombre trois nous enseigne la sainte Trinité. En Dieu, il y. a upité, trinité, indivisibilité. Le nombre trois est un et ipdi visible; pour le partager , il faut le fractionner^ c'est-à-dire le rompre et le détruire. De Dieu viennent tous les êtres. Du nombre trois, unité primordiale, découlent tous les nombres. Le Dieu un et trois a gravé sou cachet sur toutes ses œuvres. De là cet axiome de la philosophie traditionnelle : Toutes choses sont un et trois : Porro omnia unum sunt et tria.

Révélateur du Dieu Créateur, rédempteur et sanctificateurj^ le nombre trois se trouve presque à chaque page de l'Écriture. Bien mieux, le Dieu un et trois, Créateur, Rédempteur et Sanctificateur, a tout fait, il fait tout encore avec le nombre trois. Dans Tordre physique, par le nombre trois le monde est tiré du néant.

Nous voyons le Père qui crée ; le principe ou le Fils par lequel il crée ; le Saint-Esprit qui féconde le chaos. Par le nombre trois, le monde est sauvé. Noé, qui doit le repeupler, a trois fils : trinité terrestre, image frappante de la trinité créatrice.

Dans Tordre moral, toute Texistence du peuple juif^ figure de tous les peuples, porte sur le nombre trois. Sa naissance dans Isaac a lieu par le nombre trois. Pour Tannoncer à Abraham, trois personnages mystérieux apparaissent au patriarche qui n'en adore qu'un seul. Trois mesures de farine sont employées à faire leur repas. La délivrance de TÉgypte se fait par le nombre trois. Moïse, sauveur du peuple, est caché par sa mère pendant trois mois. Les Hébreux demandent à Pharaon la permission dè]s*enfoncer dans le désert pendant trois jours.

La religion est établie sur le nombre trois. Chaque année Israël doit célébrer trois grandes solennités, dans Tunique temple de Jérusalem. Constamment il est prescrit d'offrir dans les sacrifices trois mesures de farine. Trois rangs de pierres polies supportent le parvis intérieur du temple de Salomon, trois rangs de pierres sciée» le grand parvis. La mer d'airain repose sur trois bœufs tournés à Torient, trois à Toccident, trois au midi, trois au septentrion : trinité qui supporte tout, qui est partout, qui voit tout.

La société, avec les divers événements qui la caractérisent, est réglée par le nombre trois. Ainsi, trois villes de refuge sont en deçà du Jourdain et trois au delà- Les espions de Josué se cachent trois jours dans les montagnes voisines de Jéricho. La prise de la ville et la conquête de la Palestine sont le résultat de cette retraite mystérieuse.

TRAITÉ bV SAINT-ESPRIT. 299

Par le nombre trois s'accomplissent les miracles consolateurs ou libérateurs de la nation sainte. Pour la combler dé bénédictions abondantes, Tarche demeure trois mois dans la maison d'Obédédom. Élie se penche trois fois sur Tenfant de la veuve de Sarepta, afin de le rappeler à la vie. Avant d'être favorisé de ses grandes révélations, Daniel doit jeûner trois semaines de jours, et trois fois le jour se tourner vers Jérusalem pour adorer. Afin de forcer Nabuchodonosor à confesser publiquement le vrai Dieu, trois enfants sont jetés dans la fournaise. Un séjour miraculeux de trois jours dans les entrailles d'un monstre marin doit servir de lettre de créance à Jonas et préparer la conversion de Ninive. Avant de se présenter à Assuérus, Esther ordonne aux Juifs trois jours de jeûne. Elle est obéie, et, contre toute attente, Israël, sauvé de l'extermination, devient libre de rentrer dans la terre de ses pères.

Ces traits épars signalent le rôle continuel et souverain du nombre trois dans l'ancien monde. Non moins comportante est la place qu'il tient dans le monde nouveau. L'incarnation du Verbe est comme la création du ftionde régénéré. L'auguste mystère s'accomplit par le Nombre trois. Le Père couvreMarie, de son ombre toute- Puissante; le Saint-Esprit forme l'humanité du Fils ; le Verbe s'incarne. Faut-il manifester le mystère régénérateur et faire connaître le Fils de Marie pour le Père du monde nouveau : le nombre trois reparaît avec éclat sur les bords du Jourdain. Le Verbe est baptisé, le Père le proclame son Fils, le Saint-Esprit descend sous la forme d'une colombe.

Dans le cours de sa vie mortelle, le Rédempteur aura besoin de confirmer sa mission. Qui lui rendra témoignage au ciel et sur la terre, devant les anges et devant

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les hommes? Le nombre trois. Le Christ est la vérité, dit saint Jean, et il y en a trois gui lui rendent témoir gnage au ciel : le Père, le Verbe et le Saint-Esprit ; et il y en a trois qui lui rendent témpignage sur la terre : l'esprit, Teau et le sang (1). Au Thabor, il veut manifester sa divinité : trois apôtres lui servent.de témoins. Au jardin des Olives, il doit montrer dans toute sa réalité la nature humaine : trois apôtres encore lui servent de témoins, et ces mêmes disciples pourront affirmer devant Tunivers entier qu'il est Dieu et homme tout ensemble. Enfin Theure est venue où il doit sauver le monde par son sang. C est par le nombre trois que s'accomplira le mystère. Jésus demeure trois heures sur la croix et trois jours dans le tombeau.

Comment Thumanité participera-t-elle aux mérites du Rédempteur, et de fille d'Adam deviendra-t-elle fiUd de Dieu? Par le nombre trois. C'est au nom du Dieu un et trois que le monde nouveau prendra naissance dans les eaux baptismales, comme le monde ancien l'avait prise au nom du même nombre, dans les eaux primitives. Ces eaux régénératrices, qui les fera connaître aux nations? Le nombre trois. Pierre est à Césarée : le vase mystérieux, qui lui annonce la ruine du mur qui sépare le juif et le gentil, descend trois fois du ciel, et trois hommes viennent chercher le pécheur Galiléen, pour le prier de baptiser les incirconcis. Le monde est né, mais il faut qu'il vive. Il vivra du nombre trois. La foi, l'espérance, la charité, seront son aliment divin ^jusqu'à la fin de son pèlerinage. Son éternelle demeure devra ses perfections mystérieuses au nombre trois. La Jérusalem céleste a trois portes à l'orient, trois à l'occident, trois au midi, trois au septentrion.

(1) I Joan.y V, 7, 8.

Pourquoi dans ces exemples, etdans cent autres qu'on peut citer, le nombre t»ois et non pas le nombre quatre, cinq, six, ou huit? Nul ne peut dire que ce nombre est arbitraire ou forcé. Librement employé par une sagesse infinie, il renferme donc un mystère. Ce mystère, nous TaVons indiqué : le nombre trois est le signe révélateur de la Trinité. Employé dans les œuvres capitales du Tout-Puissant, la création, la rédemption, la glorification, il apprend à Thomme créé, racheté, glorifié, de qui il est Touvrage, sur quel type il a été formé et à qui il doit rendre gloire.

Si humble qu'elle soit, toute créature porte gravé sur elle le nombre trois, afin d'annoncer à tous, par ce cachet iiidélébile, quel est son auteur et son propriétaire. Ainsi que le cerf de César, dont le collier portait écrit : J appartiens à César ^ ne me touchez pas; la plante, comme l'animal, dit à Thomme : J'appartiens ^u Dieu un et trois., respectez-moi (I).

Passons au nombre quatre. En se manifestant au dehors, la sainte Trinité produit les êtres créés, le *^inps et l'espace. C'est ce que représente le nombre Quatre, qui suit immédiatement le nombre trois et qui ^H procède. A la différence du nombre trois, le nombre ^Xiatre est divisible. Telle est la condition 'du temps et ^es choses du temps. Néanmoins, comme il y a du trois ^ans chaque créature, il y a aussi dans chaque créature Quelque chose d'indivisible etdlmmuable : c'est l'être. lie là vient que, si tout périt, rien n'est anéanti. Parles quatre unités dont il se compose, le nombre quatre reï^résente la matière, composée de quatre qualités : hauteur, longueur, largeur et profondeur ; le monde,

(i) Ternarius vero numerus Patrem et Filium et Spiritum sanctum insinuât, 5^ Aug., Serm. 252, c. x, 1. 1, p. I, p. 1521,

divisé en quatre points cardinaux; le temps, form^ d'années dont chacune se décompose en quatre saisons. Le nombre quatre est donc la mesure et la lo des choses créées.

Au jugement des Pères, cette signification du nom: bre quatre, simple ou multiplié, est invariable dan rÉcriture. « Si le nombre trois est le signe de Téter nité, le signe de Dieu en trois personnes et de l'âme e: trois facultés, le nombre quatre, dit saint Augustin, e« le signe du temps et de la matière. Signe du temps Tannée dont se composent les siècles se divise en quati parties : le printemps, Tété, Tautomne, Thiver. Cetl division n'est nullement arbitraire, attendu qu'ell marque des changements palpables dans la nature L'Écriture compte aussi quatre vents, sur Taile des quels se répandent, aux quatre coins du monde, et le graines des plantes, et la semence évangélique (I). j

Admirons comment le nombre quatre complète Ten seignement du nombre trois. Révélateur de la Trinitée de Téternité, le nombre trois dit à Thomme que Diet seul est indivisible, immuable, éternel. Signe de fe créature et du temps, le nombre quatre lui dit quek temps et tout ce qui est du temps est .divisible, changeant, périssable; que la terre est un lieu de passage; que nous y sommes voyageurs et que la vie est une marche incessante vers l'immuable (2).

Ce qu'il enseigne par lui-même, le nombre quatre continue de Tenseigner par ses multiples. Fécondé pai

(1) In quaterDario numéro est insigne temporum, etc. 5er.252 c. X, t. I^ p. I^ p. i52i. — Manifestum est ad corpus quaternariuD^ Dumerum pertinere, propter elementa notissima quibus cooslft^* Enarrat. inps. 6, t. IV, p. I, p. 32.

(2) Le temps, cette image mobile de rimmobile éternité.

le nombre trois il arrive à douze. Parmi tous les nombres, douze est un des plus sacrés. 11 représente la création tout entière, le temps, l'espace, vivifiée par la sainte Trinité et appelée à la déification. Au jour du jugement, dit le Verbe créateur, rédempteur et sanctificateur, douze çiéges seront préparés pour les douze apôtres, appelés à juger les douze tribus d'Israël.

« Que signifient ces douze sièges, demande saint Augustin ? Pourquoi le nombre douze et non pas un autre ? Le monde se divise en quatre parties, suivant les quatre points cardinaux. De cesquatreparties,leshabitants sont appelés, perfectionnés et sanctifiés par la sainte Trinité. Comme trois fois quatre font douze, vous voyez pourquoi les saints appartiennent au monde entier, et pourquoi il y aura douze sièges préparés aux douze juges des douze tribus d'Israël. En effet,, d'une part, les douze tribus d'Israël représentent non-seulement l'universalité du peuple juif, mais de tous les peuples; d'autre part, les douze juges représentent l'universalité des saints, venus des quatre parties du monde et appelés à juger des pécheurs, venus aussi des quatre parties du monde. Ainsi, parle nombre douze sont représentés tous les hommes, juges et jugés, rassemblés des quatre parties du monde devant le tribunal de l'Hommebieu (1). »..

Combien de fois, dans son mystérieux, mais éloquent langage, le nombre douze rappelle ces grands dogmes de la création des hommes par la sainte Trinité, de leur vocation au baptême par la sainte Trinité et du compte qu'ils auront à rendre, au dernier jour, des trois facultés de leur âme qui en font Timage de la sainte Wité ! Nous les voyons écrits dans les douze fils de

(i) Enarrat. inps. 49, c. x, l. IV, p. 640,

Jacob; dans les douze tribus d'Israël; dans les douze fontaines du désert, où se désaltèrent les Israélites, pèlerins de la terre promise : dans les douze pierre précieuses du rational, sur lesquelles est gravé leïion des douze tribus ; dans les douze mortiers d or pour l service du tabernacle ; dans les douze burettes d'argee pour les libations; dans les douze explorateurs de Mofe et dans les douze pierres déposées au fond du Jourdain

Nous les trouvons plus clairs encore dans les doua apôtres ; dans les douze corbeilles pleines des fragment des pains miraculeux, et dans là célèbre vision de sait Pierre. « Le chef de T Église universelle, dit saint An gustin, vit un vase semblable à un linceul descendâi du ciel, soutenu par les quatre coins et dans lequel ie trouvaient des animaux de toute espèce. La vision ei lieu trois fois. Ce vase soutenu par les quatre angle était la figure du monde divisé en quatre parties, et qi devait être appelé tout entier à TÉvangile. Voilà poui quoi quatre Évangiles ont été écrits. Ce vase qui descen trois fois du ciel marque la recommandation que ] Fils de Dieu fit à ses apôtres, de baptiser toutes 1^ nations au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprî

«De là aussi, le nombre de douze apôtres. Cenombi n'est nullement arbitraire. Que dis-je?il est tellemei sacré, qu*il fallut le compléter après l'apostasie € Judas. Mais pourquoi douze apôtres, et rien que douz€ Parce que le monde, divisé en quatre parties, devait êti appelé à l'Évangile au nom de la sainte Trinité. Oi quatre multiplié par trois donne douze : nombre de Yt glise universelle, dans laquelle sont les juifs et les gen tils, figurés par les animaux de toute espèce, contenu dans le vase mystérieux (1). »

(1) Enarrat. inps. 103, t. IV, p. ii, p. 1640.

Les mêmes vérités proclamées par le nombre douze, nous les voyons encore dans les douze juges du monde ^ et nous les verrons resplendissantes d'un éclat nouveau dans les douze fondements en pierres précieuses et dans les douze portes de la Jérusalem future; dans les douze fruits de Tarbre de vie, enfin dans les douze étoiles qui composent au ciel Téternelle couronne de l'Église.

Ce n'est là, toutefois, qu'une partie des solennels enseignements donnés par le nombre quatre. Multiplié par le nombre dix, autre nombre sacré dont nous parleroDs bientôt, quel ensemble de lois admirables et de révélations fécondes il offre à la méditation des esprits attentifs ! « Le nombre quarante, dit saint Augustin, marque la durée du temps pendant lequel nous travaillons sur la terre (1). » Grand génie, que vous avez vu, et comme toute l'histoire vous rend témoi- )l

Énergiques figures de la vie de l'homme ici-bas ^ de ses travaux et de ses souffrances, les eaux du déluge ne cessent de tomber sur la terre, pendant quarante jours et quarante nuits. Le périlleux voyage des ^plorateurs de Moïse dure quarante jours. Moïse lui- ^ême jeûne quarante jours sur la ogiontagne, avant de ï^voir la loi. Peuple type de l'humanité, les Hébreux errent quarante ans dans le désert, avant de franchir le Jourdain. Pendant quarante jours, le géant Goliath î^^sulte le camp d'Israël : figure transparente du démon^ iûsultant r Église, pendant toute la durée de son pèlerinage. David règne quarante ans : image du vrai David ^ont le règne embrasse la totalité du temps.

Nourri d'un pain miraculeux, Élie jeûne quarante

(i) QuadrageDarius numeru3 tempus hoc significat, in quo laboïamus in sœculo. Stir. 252, c x, 1. 1, p. i, p. 1521 .

jours et quarante nuits, avant d'arriver au sommet d^ la montagne de Dieu : c'est le chrétien fortifié par 1^ grâce, en marche vers Téternité. Le douloureux som — meil d*Ézéchiel pour l'expiation des péchés de Juda. ^ dure quarante jours, durée totale de la vie chrétienne , définie par le concile de Trente, une pénitence perpétuelle. Quarante coudées forment la longueur du tem. — pie. Un sursis de quarante jours est accordé à Ninive : c'est le temps donné au genre humain pour se réhabi. — liter. Avant la prise de Jérusalem par Antiochus, d^s cavaliers et des chariots armés, traversent les airs peri.— dant quarante jours. Le grand pénitent du monde, 1« Verbe incarné, jeûne quarante jours; et après sa ré^ surrection il reste sur la terre, instruisant ses disciples , pendant quarante jours.

« Les trois grands jeûnes de quarante jours, contint:!^ saint Augustin, marquent toute la durée du monde ^t la condition de Thomme ici-bas. Moïse jeûnant qua-' rante jours, c'est le genre humain sous la loi; Élie jeûnant quarante jours, c'est le genre humain sous l^s prophètes; Notre-Seigneur jeûnant quarante jours, c'est le genre humain sous FÉvangile. Or, comme 1^ vie deThomme squs l'Évangile doit durer jusqu'à la fiii du temps, le jeûne de Notre-Seigneur a été perpétué par FÉglise, afin d'avoir toute sa signification. Voyez comme il est bien placé ! quel temps plus convenable pour nous rappeler notre condition terrestre, en jaùnant et nous mortifiant, que les jours voisins de la passion du Sauveur (1)? »

(1) In qua ergo parle anni congruentius observatio quadragesimœ constifueretur, oisi confini atque conligua dominicœ passionis?£/>«^« das. 2, c XV, t. Il, p. 1, p. 207 ; irf., ser. 51, c. xxn, t. V, p. h p. 429.

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