‹ Traité du Saint-EspritChapitre 30 sur 106 · CHAPITRE XXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIII

^' (suite du précédent.)

U nombre dix: ses mystères. — Limite infranchissable des nombres. — AjoDté aa nombre quarante, te qu'il signifie. — Preuves, dans l'emploi du nombre cinquante. — Multiplié par trois, sa belle signification. — Onze, nombre du désordre. — Preuves. — Raison du nombre soixante-dix fois sept fois. — Sept, nombre très-mystérieux. — Ses applications. — Comme tout le reste de l'univers, le chrétien est fait avec nombre. — Il est fait 9vec le nombre sept et le nombre dix. — Beau passage de saint Augustin.

Le nombre quarante représente le temps avec ses divisions, ses successions, ses pénibles labeurs et ses luttes ^ïxcessantes. Mais le temps n'est quele commencement de ^^ vie, et pour le chrétien le vestibule de l'éternité bien- Heureuse. Quel nombre viendrarappeleràThomme cette "^érité consolante? Le nombre dix ajouté au nombre Quarante. Pas plus que les autres calculs sacrés, cette addition n'a rien d'arbitraire. Les plus grands génies en Ont reconnu la profonde justesse. Suivant saint Thomas, le nombre dix est le signe de la perfection. Pourquoi? t^arce qu'il est la première et l'infrfimchissable limite des nombres. Au delà de dix, les nombres ne continuent pas, mais ils recommencent par un (1). »

Ainsi, en toutes choses, lorsqu'on est arrivé à la pér-

(1) Décima est perfectionis signum, eo quod denarius est quodammodo Dumerus perfeclus, quasi piiiiius limes numerorum, ultra quem nuineri non procédant, sed reiierantur ab uno. 2*, 2«, q. 87, art. 1, cor.; et p. m, q. 31, art. 8, cor»

fection, on ne continue pas, on recommence. L'horloger, par exemple, qui a fait une montre parfaite, ne continue pas d'y travailler, il en recommence une autre. Le fait du nombre dix, comme limite des nombres, est de tous les pays et de tous les temps. Quelle preme plus évidente qu'il n'est ni arbitraire, ni d'invention humaine? Il faut donc reconnaître qu'il est mystérieusement divin, et divinement mystérieux.

De là vient, au jugement des Pères, que dans l'Écriture le Saint-Esprit l'emploie si souvent, pour marquer la perfection en bien comme en mal. Au nom d'Isaac, Abraham envoie son serviteur Éliézer, avec dix chameaux chargés de présents, demander une épouse pour son fils : c'est le vrai Isaac, cherchant l'Église, la vraie Rébecca,et lui offrant comme cadeaux de noces^ ses dix commandements, principe de sa déification. Dix frères de Joseph vont chercher du blé en Egypte: c'est l'universalité des hommes demandant le pain d^ vie au véritable Joseph. Moïse reçoit de Dieu dix préceptes, ni plus ni moins : c'est la perfection de la. loi.

Dix chandeliers d'or brillent au temple de Jérusalem : perfection de la lumière qui par les dix commandements éclaire l'Église, temple auguste dont celui d^ Jérusalem n'était que la figure. Le psaltérion de David a dix cordes : perfection de la louange. Dix lépreux se présentent à Notre-Seigneur : c'est tout le genre humain malade, implorant sa guérison. Le princo de l'Évangile distribue dix pièces de monnaie à ses serviteurs, pour les faire valoir pendant son absence : dix commandements sont donnés à tous les hommes pour les pratiquer et arriver à la perfection. La bête de l'Apocalypse a dix cornes : symbole de sa terrible puissance ; et dix

diadèmes sur la tête : signe de Timmense étendue de son empire.

Pris seul et en lui-même, le nombre dix, limite infranchissable des nombre^, est donc le signe de la perfection. Si on l'ajoute au nombre quarante, il conserve la même signification, mais elle devient plus évidente ^t s'applique à un ordre de choses plus élevé. Quarante 6t dix font cinquante : ce nombre marque la réunion du temps et de l'éternité. Laissons parler saint Augustin : «Lie nombre quarante est la mesure du temps : époque de sueurs, de larmes, de travail, dé souffrance et de douloureux, pèlerinage dans le désert de. la vie. Mais lorsque nous aurons bien accompli le nombre quarante, en marchant dans la voie des dix commandements, nous recevons le denier promis aux bons ouvriers. Ainsi, au nombre quarante bien rempli, ajoutez la récompense du denier, composé de dix, et vous aurez le nombre claquante. C'est la mystérieuse figure de l'Église du ciel, où Dieu seral<>ué, sans interruption, aux siècles des siècles.

« Ces hymnes éternels, ces joies pures que nul ne pourra nous ravir, nous n'en jouissons pas encore. Néanmoins, nous en prenons un avant-goût, lorsque, pendant les cinquante jours qui suivent la résurrection du Sau-^ ^eup, nous nous abstenons déjeuner et faisons retentir partout le joyeux alléluia (1). »

Toute l'Écriture confirme de la manière la plus éclatante l'explication de l'illustre docteur. L'arche, séjour de tout ce qui doit échapper à la mort, a cinquante coudées de large, et le tabernacle, image de l'Églisepar laquelle seront sauvés tous les élus, a cinquante anneaux

{{) Enarrat,, in p<î. 150, t. IV, p. ii, p. 24H, 2412; sor. 23?., c. xr, t. I, p. I, p. 1521 ; /éZ., ser. 2ilO, c. vi, p. 1342.

310 TRAITÉ DU feÀINt-^ESPKlT.

pour fermer les courtines de pourpre qui ^'enveloppent; Au moment de leur départ, les Hébreux captifs en É^te^ immolent Tagneau pascal. Ils marchent quarante jours — ■ dans le désert, et après dix jours de halte au piedMrf^5 Sinaï, par conséquent cinquante jours après leur dé— — livrance, ils reçoivent la loi de crainte, écrite par Dieu^ai

lui-même sur des tables de pierre et apportée de la mon^ >

tagne par Moïse. Arrive la nouvelle alliance. Le Fils d^^ Dieu, le vrai agneau pascal, est immolé, et cinquant^s' jours après, la loi de charité est donnée au monde par li^3 Saint-Esprit lui-même, qui Técrit dans les cœurs. '

La Pentecôte, c'est-à-dire la cinquantaine judaïque ^ gage de bonheur pour la synagogue, la Pentecôte chrétienne, gage de bonheur pour TÉglise, et Tune comme Tautre figure engage du bonheur de la Jérusalem future ! Cette mystérieuse concordance des nombres ravit d'adniiration le grand évêque d*Hippone. « Qui ne ]pré— férerait, s'écrie-t-il,la joie que causent les mystères de ces nomibres sacrés, lorsqu'ils resplendissent de l'éclat de la saine doctrine, à tous les empires du monde même les plus florissants? Ne vous semble-t-il pas que les deux Testaments, comme les deux séraphins du tabernacle, chantent éternellement les louanges du Très— Haut et se répondent en disant : Saint, saint, saint est le Seigneur Dieu des armées (1). »

Le nombre cinquante, formé de dix et de quarante, renferme un autre mystère d'une ravissante beauté • magnœ. significationis ^ comme dit encore saint Augustin. Le Rédempteur du monde ordonne aux apôtres de jeter leur filet à la droite de la barque. Ils obéissent et ils ramènent cent anj^wan/^-Zm^ gros poissons. Encore un coup, pourquoi ce nombre, et non pas un autre?

(1) Epist,, class. II, c. XVI, t. U, p. i, p. 208.

Quelle en est la signification ; car il en a une, attendu qu'il est déterminé par la Sagesse infinie? « Tous les hommes, continue saint Augustin, sont appelés parla Trinité, afin de vivre saintement le temps de la vie, représenté par le nombre quarante, et de recevoir la récompense marquée par le nombre dix. Or, le nombre cinquante, multiplié par trois, forme cent cinquante. Ajoutez le divin multiplicateur, la très-sainte Trinité, tonquam multiplicaverit eum Trinitas, et vous avez cent cinquante-trois, qui est le nombre des poissons trouvés dans le filet, nombre parfait qui comprend la totalité des saints (1). »

Tels sont les nombres, ou les proportions géométriques, d'après lesquels a été faite, et dans lesquels est i*eiifermée, la plus grande œuvre de Dieu : le salut du genre humain. Mais par quels moyens les hommes par- Wonnent-ils au salut? ces moyens reposent-ils sur des ^ombres ? quels sont ces nombres ? Tout le monde con- *ïaît la parole du Verbe rédempteur : Si vous voulez ^ntrer dans la vie, gardez les commandements. Or, i^s commandements sont au nombre de dix. Pour être ^u nombre des élus, il faut donc se tenir dans le nombre ^ix, comme dans un château fort, c'est-à-dire que les ^ix commandements doivent être la limite de nos pensées et de nos actions.

Mais de lui-même, l'homme ne peut accomplir les ^ix commandements ; il a besoin de la grâce. Qui la flonne? l'Esprit aux sept dons. Ainsi, pour faire un

(!) Quia in nomine Trinitatis vocali sunt omnes, ut in quadragenario numéro bene vivant et denarium accipiant, ipsum quinquagenarium ter multiplica, et 6unt centum quinquaginta. Adde ipsum mysterium Trinitatis, fiunt cenlum quinquaginta très, qui piscîum numerus in dextra inventus est : in quo tamen numéro innumerabiiia sunt millia sanclorum. Ser. 252, c. xi, ubisuprà.

saint, il faut deux choses : les dix commandements et les sept dons du Saint-Esprit. Le salut repose donc sur le nombre dix et sur le nombre sept. Est-il étonnant que le chef-d'œuvre de la sagesse infinie repose sur le nombre, puisque les plus humbles créatures, le moucheron et le brin d'herbe, ont été faites avec nombre, poids et mesure?

On vient de voir que le nombre dix et le nombre sept réunis forment et comprennent tous les élus, c*est-à* dire tous ceux qui accomplissent la loi avec l'aide du Saint-Esprit. Saint Augustin le montre plus clairement encore. « En effet, dit-il, si vous additionnez dix et sept, en ajoutant les uns aux autres les chiffres qui les composent, vous arrivez à cent cinquante-trois, et vous avez, comme il a été expliqué plus haut, la multitude innombrable des saints, m^,rqués par les cent cinquante-trois poissons (1).

(1) Lex habet decem prœcepta : Spiritus autem gratiœ, per quam solam lex impletur, septiformis legitur... Decem ergo etseptem tenent omnes pertinentes ad vitam sBternam, id est legem implentes per gratiam Spiritus... Si computes ab uno ad decem et septemfiunt centum quinquaginta très, et invenies numerum sacrum fidelium atque sanctorum in cœlestibus cum Domino futurorum. S, Aug,, ser. 248, c. iv, t. V, p. i, p. 1499. Voici l'opération :

Si l'ordre moral, la vertu, la sainteté, reposent sur le lombre dix combiné avec le nombre sept, il en résulte {06 le signe du désordre moral ou du péché, c'est le Qombre onze, et la totalité du désordre moral ou du péché, le même nombre multiplié par sept. Expliquons ce nouveau théorème de la géométrie divine. Puisque le nombredix marque la perfection de la vertu sur la terre et de la béatitude dans le ciel, le nombre onze doit nécessairement indiquer le péché. Qu'est-ce, en effet, que le péché? c'est une transgression de la loi. Comme son nom le dit. la transgression a lieu lorsqu'on sort de la limite du devoir, marquée par le nombre dix. Or, en sortant de dix, le premier nombre qu'on rencontre inîailliblemenl, c'est onze (1).

Aussi, dans l'Évangile, le nombre onze n*est jamais multiplié par dix, mais par sept. Pourquoi n'est-il pas multiplié par dix ? parce que dix est le signe de la perfection et qu'il comprend la Triuité, représentée par trois; ôl l'homme, représenté par sept, à cause de l'âme avec ^ trois facultés et du corps avec ses quatre éléments. Or, la transgression ne peut appartenir à la Trinité. Pour multiplier onze, signe du péché, reste donc sept, à cause des péchés de l'âme et du corps. Les péchés de i*âme sont la profanation de ses trois facultés, comme les péchés du corps sont la profanation de ses quatre éléments.

Ce simple mot de la langue des nombres révèle, au grandjour,le sens, généralementincompris, des menaces

(1) Lex enlm per decem, peccatum per undecim. Quare peccatom per uDdecim 7 Quia transgressio deuarii est ut eas ad undenarium. lu iege aulem modus (ixus est; transgressio autem peccatum est. Jaui ubi Irausgrcderis dcnarium ad undenarium venis. S,Aug,^ ser. 83, c. vi, l. V, p. i, p. 645.

tant de fois répétées dans Amos. Parlant par Toi^ane du prophète, Dieu dit : « Si Damas commet trois et quatre crimes, je ne lui pardonnerai pas. Si Gaza commet trois et quatre crimes, je ne lui pardonnerai pas. Si Tyr commet trois et quatre crimes,, je ne lui pardonnerai pas. Si Edom commet trois et quatre crimes, je ne lui pardonnerai pas. Si les fils d'Ammon commettent trois'et quatre crimes, je ne leur pardonnerai pas (1). » Pourquoi le Seigneur pardonnera-t-il un et deux et ne pardonnera-t-il pas trois et quatre? parce que trois et quatre, composant le nombre sept, marquent la transgression totale de la loi et la révolte complète de l'homme, composé d'une âme et d'un corps.

Ainsi, onze multiplié' par sept marque la totalité de la transgression et la dernière limite du péché. Est-il besoin de répéter que ce mystérieux calcul n'a rien d'arbitraire ? C'est la vérité môme qui l'emploie et qui nous en donne la signification. Pierre a reçu le pouvoir de remettre et de retenir tous les péchés. Il demande au divin Maître combien de fois il devra pardonner. Sans attendre la réponse, il s'empresse d'ajouter : Jusqu'à sept fois? Non jusqu'à sept fois, reprend Notre-Seigneur; mais jusqu'à soixante-dix fois sept fois (2).

A moins d'accuser la Sagesse éternelle d'avoir parlé au hasard, il faut bien convenir que ce nombre a sa raison d'être . Quelle est cette raison , et pou rquoi ce nombre et non pas un autre? Moins eût été trop peu, plus eût été inutile. Moins eût été trop peu, puisque tous les péchés sont rémissibles et qu'on en obtient le pardon toutes les fois qu'on le demande avec sincérité. Plus eût été inutile, puisque soixante-dix fois sept fois indique

(1) Amos, c. I, 3-13.

(2)i/a«/i.,xviii, 21,22.

Tuniversalité des péchés, ainsi que nous Tâvons ^u, et la perpétuité de la rémission, ainsi que nous allons le vtiir;

En effet, un nouveau trait de lumière nous révèle la signification du nombre soixante- dix-sept, en faisant briller dans toute sa splendeur, l'adorable sagesse qui a tout disposé avec nombre. Saint Luc, traçant la généalogie du Rédempteur, compte en tout soixante-dix-sept générations. Ainsi, dans les conseils éternels, la descente du Fils de Dieu sur la terre a eu lieu au moment précis où soixante-<iix-sept générations de pécheurs s'étaient écoulées, afin de montrer, par ce nombre mystérieux, qu'il était venu pour effacer l'universalité des péchés, commis par le genre humain (1 ) .

Nous avons expliqué le nombre sept combiné avec les nombres dix et onze, il reste à l'expliquer pris isolément. De tous les nombres sacrés, sept est, au jugement des Pères de l'Église, ces incomparables interprètes de l'Écriture, un de ceux qui renferment les plus nombreux et les plus profonds mystères : en voici quelques-uns. Composé de trois, signe de la Trinité, et de quatre, signe du temps, le nombre sept représente le Créateur et la créature (2). 11 les représente et dans leurs caractères généraux et dans leur nature intime, c'est-à-dire dans leur totalité. Totalité de l'homme, composé d'une âme avec trois facultés : mémoire, entendement, volonté; et d'un corps avec les quatre éléments et les quatre qualités de la matière : longueur, largeur, hauteur et profondeur. Totalité de Dieu, la Sagesse septiforme qui a

(1) s. Aug. ser. 83, c. iv, t. V, p. i, p. 644.

(2) Septeaarius numerus indicat creaturam, quia sex diebusDeus operatus est et septimo ab operibus quievit. S. Aug,, ser. 252, c. x, yhi suprà.

créé le monde, qui le conserve et qui le sanctifie (1).

Or, le Créateur et la créature comprennent tout ce qui est. Le nombre sept est donc la formule complète des êtres. Il exprime non-seulement le fini et Tinfini, mais encore la différence qui les distingue et les rapports qui les unissent. L'un est immuable, indivisible; l'autre, changeant et divisible; l'un est principe, l'autre effet (2).

Dans sa signification naturelle, le nombre sept est donc une protestation permanente contre tous, les systèmes erronés du panthéisme ou de Téteniité de la matière et du rationalisme ou de l'indépendance de rhomme. Avec l'universalité des êtres, le nombre sept marque encore la totalité du temps. Rien de plus clair, puisque sept jours allant et revenant sans interruption composent les mois, les années et les siècles (3).

Des significations fondamentales du nombre sept, résultent les applications si fréquentes que le Saint-Esprit en fait dans l'Écriture. Ces applications deviennent autant de révélations, riches d'enseignements et resplendissantes de beautés. Ainsi, dans le but de repeupler le monde, Dieu ordonne à Noé de faire entrer dans l'arche sept paires d'animaux purs. Lorsque tout €st prêt pour la vengeance, il accorde encore sept jours de répit aux coupables. Quand les eaux du déluge ont diminué, Noé attend sept jours avant de lâcher une

(1) Spiritus sanctus in Scripturis septenario praecipue numéro commendatur. S. Aug.,E narrât., in Fs.50,t. iV, p. ii, p. 241 i, 24i2.

(2) Septenarius numerus quo universitatis significalio sœpe figuratur, qui etiam Ecclesise tribuitur propter instar universitatis. S. Aug. episUy class. 2, t. II, p. i, p. 196.

(3) Et quare septies pro eo quod est semper ponalur, certissima ratio est: septem quippe diebus venienlibus et redcunlibus, lotum volvilur tempus. /d., ser. 114, t. V, p. i, p. 822.

seconde fois la colombe, puis sept autres jours avant de la lâcher une troisième fois.

Pour jurer son alliance solennelle avec Abimelech , Abraham immolé sept agneaux. Jacob sert sept ans pour obtenir Rachel : image du vrai Jacob travaillant pendant les sept âges du monde pour conquérir la vraie Rachel, TÉglise son épouse. Les épis pleins et les vaches grasses, symbole de la pleine abondance de TÉgypte, sont au nombre de sept. Les funérailles de Jacob durent septjours: éloquente représentation de la vie de l'homme duis la vallée dés larmes. Les Juifs mangent le pain azyme pendant septjours, durant lesquels le pain levé doit être exclu de leurs maisons sous peine de mort : mortification complète du corps et de Tâme pour entrer en communication avec Dieu par la manducation de Tagneau pascal.

Le chandelier du tabernacle a sept branches : chaleur et lumière universelle de TEsprit aux sept dons. Les mains des prêtres doivent être consacrées pendant septjours. Avant de recevoir la victime, l'autel doit être purifié pendant sept jours et aspergé sept fois. La purification des souillures dure sept jours. Aux trois fôtes solennelles, le peuple juif, type de tous les autres, doit offrir sept agneaux. Sept semaines d'années forment le lubilé . Sept nations ennemies occupent la terre promise. Ce n'est qu'après les avoir anéanties que les Juifs seront les paisibles possesseurs de la terre de bénédiction : belle figure des sept péchés capitaux, dont la destruction peut seule nous mettre en possession de la paix de la conscience et de la béatitude éternelle.

Si, comme on n'en saurait douter, le nombre sept n'est pas employé arbitrairement dans les mystères de la vraie religion, il faut s'attendre à voir le démon s'en

servir souvent dans les pratiques de son culte (1). Or, ce grand singe de Dieu, plus instruit que nous des profonds mystères du nombre sept, veut que ses prêtres ne deviennent tels qu'en immolant sept béliers. Afin de réussir dans ses évocations, Balaam ordonne à Balac d'élever sept autels, et il veut pour victimes sept veaux et sept agneaux. Aujourd'hui encore, sept ablutions de l'idole forment le rit sacré de Tadoration solennelle chez les Indiens.

Constamment les sept agneaux reviennent dans tous les sacrifices : double image et de la totalité des péchés et de l'efficacité toute-puissante du sang de l'agneau véritable pour les effacer. Ainsi, pour apaiser le Seigneur terriblement irrité, Ézéchias fait immoler sept taureaux , sept béliers , sept boucs et sept agneaux- Au retour de la captivité, afin d'expier tous lespéchésde la nation, on immole soixante-dix-sept agneaux. Purifié, Israël peut marcher contre ses ennemis qui fuiront devant lui par sept chemins : déroute complète.

Comme le Saint-Esprit est Tâme du monde et que son influence septiforrae se fait sentir à toute créature, pour l'éclairer, la purifier, la glorifier, le nombre. sept lui appartient d'une manière particulière. Il forme, on peut le dire, la proportion géométrique de toutes ses opérations. De là vient l'usage si fréquent qui en est fait dans l'Ancien et dans le Nouveau Testament.

Sept prêtres, avec sept trompettes, font tomber les murs de Jéricho : les sept dons du Saint-Esprit ren-

(1) Les pythagoriciens appelaient le nombre sept le nombre vénàrable^ venerabilis numertMS. Apud Serrarium Bibl,, c. xii, q. 7. — Varron nous apprend que nul autre n*était plus sacré chez leâ païens : M. Varro in primo librorum qui inscribantur HebdomadeSj Tel D( ima^mi6u5, septenarii numeri vîrtutes pofestalesque mu I tas variasque dicit. AuL GelL^ Itb. Ul, c. x*

TRAITÉ DU SAINT-ESPRIT. 3f9

versant l'empire du démon. Dans les sept tresses de ses cheveux réside la force de Samson : les sept dons du Saint-Esprit, force du chrétien, martyr de la guerre ou martyr de la paix. Sept chœurs de musique accompagnent Tarche d'alliance dans sa marche triomphale, et David chante les louanges de Dieu sept fois le jour : hymnes éternels des saints, réunis autour de Dieu, et sauvés par les sept dons du Saint-Esprit.

Sept ans sont employés à la construction du temple : l'église bâtie par l'Esprit aux sept dons, pendant toute la durée du septénaire, qu'on appelle le temps. Sept conseillers dirigent le roi de Perse, qui envoie Esdras reconstruire le temple de Jérusalem : les sept dons du Saint- Esprit reposant sur Noti e-Seigneur, envoyé par son Père pour reconstruire le véritable temple de la véritable Jérusalem. Sept anges sont debout devant le trône de Dieu, et sept colonnes soutiennent Je palais delà Sagesse : deux figures également transparentes des sept dons du Saiot-Esprit, soutiens de TÉglise et principes des adorations éternelles. Sept yeux sont gravés sur la pierre angulaire des murs de Jérusalem : sept dons du Saint- Esprit sur Notre-Seigneur, pierre angulaire de l'Église du temps et de l'Église de Téternité. Sept bergers conduiront le divin bercail, lorsque le Rédempteur Taura formé : sept dons du Saint-Esprit conducteurs des habitants de la Cité du bien.

Sept années de folie et d'habitation parmi les bêtes, sont infligées à Nabuchodonosor : punition adéquate des sept péchés capitaux. Sept lions sont dans la fosse où est jeté Daniel : sept péchés capitaux autour du chrétien dans la vallée des larmes. L'Évangile nomme sept mauvais démons : sept e>prits des péchés capitaux. Sept pains nourrissent quatre mille hommes dans le désert :

les sept dons du SaipUËsprit, nourriture spirituelle du monde entier (1 ) . Dirigés par le Saint-Esprit, les apôtres établissent sept diacres : universalité des œuvres de charité spirituelle et corporelle.

Saint Jean adresse l'Apocalypse à sept églises : nombre de la totalité. Le Fils de Dieu lui apparaît dans le ciel environné de sept chandeliers d'or : les sept dons du Saint-Esprit rayonnant du Verbe incarné. La grande bête a sept tèles- et sept yeux : sept péchés capitaux, avec leur redoutable puissance sur le monde physique et sur le monde mora] . Sept anges sonnent successivement de la trompette : sept tonnerres se font entendre, et, avant d'expirer, le mondé coupable est frappé de sept plaies : terribles prophéties de Tuniversalité des signes de mort et des fléaux réservés aux derniers jours.

Il est temps de terminer cetle esquisse de la science des nombres et d'en faire l'application directe au chrétien. 11 est la construction du Saint-Esprit, et nous connaissons les riches matériaux dont il se compose. Dépendants d'un architecte infiniment habile, ces matériaux, nul n'en peut douter, ont été mis en œuvre d'après un plan préconçu ; tout plan repose sur des calculs, sur des proportions , par conséquent sur des nombres. Une pareille vérité est incontestable. D'un© part, l'univers entier dépose qu'il a été fait avec nombre, poids et mesure, c'est-à-dire dans des proportions géométriques d'une précision et d'une harmonie parfaites. D'autre part, le chrétien est le chef-d'œuvre du

(1) Septem panes significant septiformem operationem Spiritus sajQCti ; quatuor millia hominum, Ecclesiam sub quatuor evaogeliisconstitutam. Septem sporlse fragmentorum perfectionem Ecclesiœ, hoc enim numéro bsepissime perfectio commendaiur. S. Aug., ser. 95, n. 2^ p. 728*

Saint-Esprit ; il faut en conclure à fortiori que des calculs admirables de justesse ont présidé à sa construction.

Quels sont les calculs, ou mieux, les nombres spéciaux d'après lesquels a été bâti le chrétien, sur lesquels il repose, qui sont comme la charpente de l'édifice, et la mesure de ses proportions? Le chrétien a été fait avec les deux nombres les plus sacrés, le nombre sept et le nombre diXi Par eux il subsiste ; le monde finira lorsque la somme de ces deux nombres mystérieux, combinés ensemble et multipliés par la Trinité, sera complète. Rappelons en preuve le beau passage de saint Augustin : « L'Esprit, auteur des dons sanctificateurs, est désigné par le nombre sept, et Dieu, auteur du décalogue, par le nombre dix. Pour faire un chrétien, il faut réunir ces deux choses. Si vous avez la loi, sans le Saint-Esprit, vous n'accomplirez pas ce qui est commandé. Mais lorsque, aidé de l'Esprit aux sept dons, vous aurez conformé votre vie au décalogue, vous serez bâti et vous appartiendrez au nombre dix-sept. Appartenant à ce nombre, vous vous élevez, en additioDriant, au nombre cent cinquante-trois. Arrive le jugement, et vous serez à la droite pour être couronné, non à la gauche pour être condainné (1). »

(!) Serm. 250, c. vu et vni, t. V, p. I, p. 1502, 1503.

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