LA CONFIRMATION
Étude détaillée des. éléments dont se compose le chrétieD. — taconfinntion : place qu'elle occupe. •— Ce qu'elle dçnne de plus que le baptême.— Enseignement catholique :1e pape saint Melchiade; les conciles de Florence, et de Mayence. — Effets de la conflriâation : gràee' sanctifiante, gràee sacraoïentelle, caractère, accroissement^ des vertus, r- Dé^nitioa des habitudes. — Des vertus. — Vertus naturelles et surnaturelles; vertus infuses et vertus acquises. — Vertus cardinales. — Différences entre les vertus naturelles et les vertus surnaturelles.
Le chrétien peut maintenant s'admirer; mais il doit surtout se respecter : Agnosce^ o christiane, dignitatem tuam. Temple vivant du Saint-Esprit, il connaît et les précieux matériaux dont il est construit, et les nombres mystérieux d'après lesquels ils ont été employés. Mais une connaissance générale ne suffit pas. Il faut analyser avec détail chacun des éléments de cette création divine, incomparablement plus belle et plus digne de nos études que le monde physique avec toutes ses magnificences. Afin de rester dans les limites naturelles de notre sujet, nous ne parlerons ni des sacrements en général, ni du symbole, ni du décalogue, ni de Toraison dominicale, bien que toutes ces parties de la divine construction soient des dépendances et des effets de la grâce (1). La confirmation, les vertus, les dons, les béa-
(i ) Nous les avons expliqués dans le Catéchisme de Persévérance,
TRAITÉ DU SAmr-ESPRIT. 323
titudes, les fruits composent le domaine direct du Saint-Esprit. Tel est le champ, plus riche que toutes les mines de la Californie, qui s'ouvre à notre exploration.
Il est de foi qu'en nous donnant la grâce, les sacrements nous donnent le Saint-Esprit avec tous ses dons. S'ensuit-il que la confirmation soit inutile? Déjà nous avons répondu négativement, et donné la preuve sommaire de notre réponse. Il faut la développer et dire la (in spéciale, ou, si Ton veut, la raison d'être delà confirmation. «Les sacrements delà nouvelle loi, répéterons-nous avec saint Thomas, ne sont pas établis seulement pour remédier au péché et perfectionner la vie surnaturelle, mais encore pour produire des efiTets spéciaux de grâce. Ainsi, partout où un effet particulier de grâce se présente, là se trouve un sacrement (1). »
En venaot au monde, l'homme ne possède que la vie naturelle; il lui faut la vie surnaturelle. Le baptême la lui donne. Telle est la fin spéciale de ce sacrement. La faiblesse physique et morale est le propre de l'enfance. Si, avec l'âge, il ne fortifiait son corps et son Ame, l'homme ne deviendrait pas homme. Il en est de même du chrétien. La force lui est d'autant plus nécessaire, qu'il est né soldat. Destiné à des luttes incessantes, sa vie se définit : la guerre (2). L'antique Israël est sa vivante image. Des bords de la mer Rouge, tombeau de leur^ tyrans, les Hébreux traversent, en livrant de continuels combats, le désert qui. les sépare delà
(1) Sacramenta novse legis ordiDantur ad spéciales effectus gratifie; et ideo ubioccurrît aliquis^speeiniis effectus gratiœ^ ibiordinartur speciatle sacramentum. lU p., q. 71 , art. i, corp,
(2) MiJitia est vita hominis super terrain. t/o6, vu, 1«
terre promisê.iSept ;iiation& puissaptes leur en dispoleat ,li|)pobsft5âoa^ Ypilà le chriétim. . :i -| :• ' .^osti <d^ eaux* baptismales,: oîi il a été délivré, de l'esclavage du démon, il lui faut, pour arriver 4u ciel, sapatsie, traversera désert de la.vîç, lesdroiesàla main. La lutte» ne sëira paa contre <^s 0tr63 de^^hak; et 'de sangyi comme lui ; mfiis çoptro; des enoeipislûen autrement, redputablesv. les princç&.de Tair, .les sept ipuiss^es du mal. Évidemment il a, besoin d'iairmci^.et d'un mattre d!arines./ C'est dans la confirmation que le Saint-Esprit ^e. donne à lui comine tel. .
« Eb desccimdatit dans les. eau^ du baptême, dit le pape . saÎDit; A^elchiiBide , 1^ Saint-Esprit leur communique dans sa plénitpdç la grâce qui donpe l'inaocenee; dans la . confirmation , il apporte u^e augment^on ide gràce. Dans le baptême , nous sommejs régéiiérés i la vie; dans la confirmation, nous sommes préparés à la, lutte. Dans le baptême , nous sommes lavés; dans la confirmation, nou$ sommes, fortifiés (1)» »
Le vicaire de. Jéi^Hs- Christ est Técho fidèle du divin maître. A qui Notre-;Seigneur réseryç-t-il le miraculeux changement des apdtres en des hommes nouveau]^, et le changement non moins, admirable des fidèles en martyrç^ héroïques? N-'estyce pas au Saint-Esprit? Descendu directeme^^t du ciel sur les premiers, il se donne aux seconds par TiniposiUpn des . mains des apôtres, c'est-J^dire par I^ confirmation, (f le vais, disaitr-il aux. uns et aux autres, envoyer l'Esprit du
(1) Unde Melchiades Papa dicit : Spiritussanctus qui super aquas baptismi salutifero descendit lapsu, in fonte plenitudinem tribuit adinnocentiam; in confirmatione, augcnentum preestal ad gratiam. In baptismo regeneramur advitam; po$t baptismum confirmamor ad pugnam. In baplismo abluimur; post baplismum roboramar. Apud S. Th., m p., q. 71, art. 4, corp.
Père. Restez dans la ville jusqu'àce qoe vous soyez revêtus de la force d'en haut. Soyez sans mcpiiétode, c'est TEsprit-Saint lui-mênie qui parlera 'par votre bouche et qui vous donnera une éloquence si puissante, que vos adversaires n'auront rie» à répliquer (1).'>^*
Comïnô sônnom rindiquiei, la <iôibfirmation est donc le sacrement de la force. Qu'elle soit établie pour la communiquer au chrétien et faire délai un soldât généreux, l'âglise catholique n'a jamais ce«^é de i enseigner par ses conciles, et l'histoire de leprouvei^pàr des faits éclatants. De là, cette dérclarètion solennelle du concile de Florence, c'est-à-dire deTOi^iettt et de TOccident, réunis sous la pïiésidence du Saint-Esprit luimême : «L'effet du sacrement de confirmation est de donner le Saint-Esprit, comme principe de force^ ainsi qu'il fut doïiné aux apôtres le jour de la Pentecôte, afinqiïe le chrétien confes^ hardiment le nom de Jésus-Christ (2). »
Le concile de Màyence n'est pas moins explicité : « Suivantla promesse du Seigneur, le Saint-Esprit; que nous recevons au baptême poiir la purification du péché, se donne à nous dans la confirmation avec une augmentation de grâce, qui a pdur effet de nous prot%ér contre lès attaques de Satan; de nous éclairer afin de mieux comprendre les mystères de la foi ; de nous donner le courage de coifesserhardiment Jésus-Christ et de nfous fortifier contre les vices. Tous ces biens, le Seigneur a formellement promis dé les donner aux
(i) Joan.^ XX, 16. — Lue., xxiv, 49; xx, 15.
(2) Effectua autem confirmationis sacramenU est, quia in eo datur Spiritus sanctus ad robur, sîcut datas est apostolis in die Peutecostes; ut videlicet christianus audacter €bristi confiteatur nomen. Décret, ad Arm, - •
fidèles par le Saint-Esprit qu'il devait envoyer. Toutes ces promesses ont été accomplies sur les apôtres le jour de la Pentecôte, ainsi que leurs actes en offrent Téclatant témoign âge ( 1 ) . »
Chaque Jout encore elleà s'accomplissent sur les fidèles, dans les quatre parties du monde, par le sacrement de confirmation. La raison en est que le Saint- Esprit demeure toujours avec TÊglise et que ses faveurs, nécessaires pour la former, ne le sont pas moins pour la conserver. Or, en se communiquant par la confirmation, le Saint-Esprit opère plusieurs grandes merveilles dans le chrétien, sa créature privilégiée,
La première est une nouvelle infusion de ia grâce sanctifiante. « La mission ou la donation du Saint- Esprit, enseigne saint Thomas, n'a jamais lieu sans la grâce sanctifiante dont le Saiiit-^^Esprit lui-même est le principe. Il est donc manifeste que la grâce sanctifiante est communiquée par la confirmation. Dans le baptènie et dans la pénitence, cette grâce fait passer Thonmie de la mort à la vie. Dans les autres, et dans la confirmation en particulier, elle augmente, elle affermit la Tie déjà existante. Ce sacrement perfectionne l'effet du baptême et de la pénitence, en ce sens qu'il donne au pénitent une rémission plus parfaite de ses péchés. Si un adulte, par exemple, se trouve en état de péché, sans le savoir, ou même s'il n'est pas parfaitement contrit et qu'il s'approche de la confirmation de bonne foi, il reçoit par la grâce de ce sacrement la rémission de ses péchés (2).;)
La seconde est la grâce sacramentelle. Outre la grâce sanctifiante, chaque sacrement donne une grâce spé-
(i) Cenc. MogunU, 1549, c. xvn.
(2) \\\ p., q. 71, art. 7, corp. et ad 1.
ciale, en rapport avec le but du sacrement qui la confère : on l'appelle grâce sacramentelle. Dans le sacrement de confirmation, c'est une grâce de force. Ainsi, la grâce sacramentelle ajoute quelque chose à la grâce saitictifiante proprement- dite (1).
Dans la confirmation, elle ajoute la force, nécessaire au chrétien : force de mémoire, pour retenir, sans les oublier jamais, les grandes vérités catholiques, base et boussole de la vie; force d'entendement, pour comprendre la religion dans ses dogmes et dans ses préceptes, dans le détail de ses pratiques et dans son magnifique ensemble; dans ses bienfaits et dans son histoire, afin que toutes ces choses n'aient dans notre estime et dans notre adnûration ni supérieur ni rival. Force de volonté, pour tenir haut et ferme le drapeau catholique, malgré les désertions des faux frères, les persécutions du monde, les attaques incessantes de Fenfer et les sollicitations intérieures des penchants corrompus. Force de toutes les facultés, de manière à les armer et à les monter à la hauteur de la grande lutte, dont l'âme est l'enjeu et le ciel la récompense (2) .
La troisième est le caractère. En matière de sacrements, on appelle caractère un pouvoir spirituel destiné à faire certaines actions dans l'ordre du salut (3). Ce caractère est une grâce. Cette grâce est donnée dans le but de distinguer ceux qui la reçoivent de ceux qui ne la reçoivent pas. Toute grâce agit sur l'essence même de l'âme. Le caractère sacramentel est donc intérieur,
{{) Gratia sacramentalis addit, super gratiam gratum facientem communiter sumptam, aliquid effectivum specialis effectus ad quod ordinatur sacramentum. 5. Thom» ubi supra, ad 3.
(2) S. Th,, m p., q. 71, art. 1, ad 4, el art. 1, corp.
(3) Gharacter est quœdam spirituaKs potestas ad aliqaas sacras actioDes ordinata. S. Th.^ ibid.^ art. 5^ corp.
inhérent à Tâme et par conséquent inamissible.
De là vient que les sacrements qui rimprimenl ne peuvent être réitérés. « 11 y a trois sacrements, dit le concile de Florence, le baptême, la confirmation et Tordre, qui impriment dans Tâme un caractèM; c'està-dire un signe Spirituel, distinctif et indélébile. » Et le concile de Trente : « Si quelqu'un dit que dans les trois sacrements, le baptême, la confirmation et l'ordre, il n'est pas imprimé dans l'âme un signe spirituel et indélébile qui empêche de les réitérer, qu'il' soit anathème (1).» '
Le caractère étant une force, un pouvoir, il produit des effets réels, en rapport avec sa nature et le&besoins de l'homme. Ainsi, le caractère du baptême distingue le chrétien de l'infidèle, et lui Communique lout ensemble la force d'accomplir ce. qui est nécessaire à son salut personnel, et de confesser sa croyance ]^ar la ré* ception des autres sacrements auxquels il donne droit (2).
Mais il ne suffit pas de communiquer à l'homme la vie divine avec les moyens de la conserver, en-vivant solitairement. 11 faut, d'une part, que cette vie aille en se développant, comme la vie naturelle ; d'autre
(i) Tria sunt sacramenta, baptismus, confirmatio et ordo,^ qus& charaeterem^ id est, spirituale quoddam signuoi a csBteris distincti- Tum, imprimunl in anima indélébile. Conc. Florent, deetet.imion^ — Si quis dixerit in tribus sacramentis, baptismo. scilicet^ conflr* matione et ordine, non imprimi characterem in anima, hoc est signum quroddam spirituale et indélébile, unde ea iterari non possunt; analbema sit. Sess. vu, 7.
(2) In baplismo accipit bomo potestatem ad ea agenda, quœ ad propriam pertinent salutem^ proui scilicet secundum seipsumvifii. ... Baptizatus accipit potestatem spirilualem ad protestandam fidem per susceptionêm aliorum sacramentorum. S. Th., III p., q. Ti, art. 5, corp. et ad 2.
part, que le chrétien soit armé contre les dangers extérieurs, attendu que Thomme est fait pour vivre m sociétés Parle caractère qu'elle imprime, la confirmation satisfait à -toutes ces exigences. Du Chrétien elle fait un soldat. En lui elle augmente la vie de la grâce reçueau baptôtoe et l'élève à la perfection 1 11 en résulte que le confirmé peut faire, dans Tordre du salut, oertaines^ actions différentes de celles dont le baptême l'a rendu capable (!) .
Ces actions nouvelles sont en rapport avec la condition du <;hrétien, sorti de l'enfance, et au moment d'enta«r dans la grande mêlée qu'on appelle la vie sociale. Sans doute, la lutte contre les ennemis invisibles est la condition de toute âme baptisée, du jour où elle s'éveille à la raisoni Mais combattre les ennemis visibles de la foi ne commence que plus tard, dans l'adolescence et au sortir du foyer domestique. Ces ennemie sont les persécuteurs de la vérité : païens, impies, libertins, cotrupteùrs, blasphémateurs, hommes et femmes de toute condition, race innombrable, qui ne sont pas ou qui ne sont plus chrétiens, et qui ne veulent pas qu'on le soit. ^
Contre eux, le sacrement de confinnation revêt le chrétien de la force nécessaire pour soutenir noblement les combats eitéi^ieurs de la vertu. On le voit par l'exemple des apôtres. Ils ont reçu le baptême, et néanmoins ils se tiennent cachés dans le cénacle jusqu'au jour de la Pentecôte. Une fois confirmés, ils sortent de leur retraite et, sans craindre ni les hommes ni Tenfer,
(1) lu hoc sacramento datur plénitude Spirilus sancti ad robur tpirituale, quod competit perfectse setati. Hotuo autem cum ad per* fectam setatetn perveDerit, incipit jam commuaicare actiones suas ad alios; antea vero quasi siogulauter sibi ipsi viviL S, Th,y III p., q. 72, art. 12, corp.
ils annoncent partout la doctrine de leur maître. Ni les promesses, ni. les menaces, ni les coupSvniles chaînes, ni les prisons, ni les tortures, ni la mort, n'ébranlent leur courage. 11 en est de même des martyrs.
La quatrième est V accroissement des vertus. Pour comprendre cette nouvelle opération, il faut descendre avec le flambeau de la philosophie et de la foi, jusque dans les profondeurs de la nature de Thomme et du chrétien. Dans le chrétien il y a deux vies.: la vie humaine et la vie divine^ toutes deux se développent sur des lignes parallèles ; toutes deux, unies par des lois de conservation et par des rapports de similitude, aecusent l'unité de principe et l'unité de but.
Comme le chêne avec toute sa puissance de v^éta — tion, d'accroissement et de solidité, se trouve en genn^ dans le gland; ainsi, dans le germe de vie humainci, e^ dans le germe de vie divine, déposés en nous par le bap — tême, se trouvent eu principe les forces qui, plus tard ^ se manifesteront par des actes et s'épanouiront en habi — tudes, d'où dépendra le développement de l'homme et du chrétien.
Il n'est personne qui n'admire dans les plantes ce travail de végétation et d'accroissement : pourrionsnous le suivre avec moins d'intérêt dans notre double nature d'hommes et de chrétiens? En découvrir le secret dans le plus humble végétal, est la joie du savant et le triomphe de la science. Quel triomphe plus noble, quelle joie plus vive de le surprendre en nous-mêmes ! Le moyen d'arriver à ce résultat est de nous faire une idée juste de ce qu'on entend par habitudes et par vertus; par vertus infuses et par vertus acquises ; par vertus naturelles et par vertus surnaturelles.
On appelle habitude une disposition ou une qualité
de Fâme, bonne ou mauvaise. Elle est bonne si elle est conforme à la nature de l'être et à sa fin; mauvaise, si elle est contraire à l'une ou à l'autre. L'habitude, étant une force ou un principe d'action, donne lieu à des actes bons ou mauvais. Ainsi, l'habitude d'agir avec réflexion est bonne ; car elle est conforme à la nature de l'être raisonnable. Au contraire, l'habitude dexcéder dans le sommeil, dans le boire ou le manger, est mauvaise; car elle tend à mettre an-dessus ce qui doit être au*dessous, le corps au-dessus de Fâme (1).
La vertu est une habitude essentiellement bonne (2). Cettedéfinition montre toute la différence qui existe entre l'habitude proprement dite et la vertu. La première est lonneou mauvaise et porte au bien ou au înal. La seconde est essentiellement bonne et ne peut porter qu'au bien. De là, cette autre définition de saint Augustin : <c La vertu est une bonne qualité ou habitude de l'âme qui fait vivre bien, que nul ne peut employer à mal, et que Dieu a mise en nous, sans nous (3). »
Dans l'ordre purement naturel, on distingue les vertus infuses et les vertus acquises. Aux premières con-
(1) Habitua dicitur dispositio secundum quam bene vel maie disponitur dispositum aut secundum se aut ad aliud, ut sanitas babitus quidam est. El sic loquimur ou ne de babitu ; unde diceudum estquod bdbitus est qualitas. S. Th., i*, 2»^ q. 49, art. 4^ corp^-^Se^ cundum se, id est secundum suam naturam ; aut ad aliud, id est in ordine ad finem. Id.^ art. 3^ corp, ^- Habitus est actus quidam^ in quantum est qualitas ; et secundum boc potest esse principium operationis; sed est in potentia per respectum ad operationem: unde habitus dicitur actus primus, et operatio actus secundus. Id., id., ad 4.
(2) De ratioue virtutis buman» est quod sit habitus boni operati* vus. Id., q. 55, art. 4 et 3^ corp.
(3) Virtus est bona qualitas seu habitus mentis, qua recte vivitur et qua nullus maie utitur, et quam Oeus in nobis sine nobis opéralor. De lib» arbit., lib. XI^ c xviii.
\ient surtout la définition de saint Augustin', puisqu'il s'agit de vertus qui sont en nous, sansnous ; mais il est évident que par les actes souvent riéitéré^, 'Ces bonnes qualités acquièrent à la longue une grande énergie. Ainsi développées, elles s'appellent vertus •acquises; Pas plus ici qu'ailleurs, l'homme ne doit s'attribuer ce qui appartient à Dieu. Dans l'ordre naturel,^ comme dans l'ordre surnatui^l, c'est toujours sur un fond divin qu'il travaille. Les semences des vertus acquises sont en lui; sans lui. Son seul mérite est dians la culture qu'il donïié aux dons du Créateur. Et encore les actes qui résultent de sa coopération n'atteignent jamais la perfection du. principe d'où ils émanent : semblables au ruisseaiK. dont l'eau est toujours moins pure que celledela source même (1).
Procédant de principes purement naturels, c'est — à-dire n'étant que l'épanouissement de la vie humaine ^ les vertus naturelles infuses ou acquises ont poui* terme la perfection naturelle. Leur demander d'élever l'homme à une fin surnaturelle, c'est-à-dire de le conduire à la perfection de sa vre divine, serai! absurde. La raison en est, claire comme le jour. En toutes choses, les moyens doivent être proportionnés à la fin; donc le naturel ne peut produire le surnaturel. Cependant le surnaturel est la fin pour laquelle l'homme a été créé. Comment y parviendra-t-il? Avec sa lucidité ordinaire saint Thomas va nous donner la réponse.
« Il y a dansl'homme, dit le Docteur angélique, deux principes moteurs : l'un intérieur, c'est la raison^ l'autre extérieur, c'est Dieu (2). Lei)remier, générateur des ver-
(1) s. Th., 1«, 2», q. 63, art. 4, corp.; et art. 4, ad 3.
(2) in homine est duplex principium movens;uDuin quidemin-
tus purement humaines, met l'homme en état d'agir, 4ans bien des cas, conformément à la droiture et à l'équité naturelle. Mais cela ne suffît pas; l'homme est appelé à vivre d'une vie divine. De cette seconde vie, le Saint-Esprit lui-même est/ le principe. La grâce qu'il répand dans l'âme, au moment du baptême, est un élément divin; d>où procèdent des vertus surnaturelles, eomme les vertus naturelles procèdent de la raison ou de l'élément humain^ Ces yertus prennent le nom de vertus surnaturelles infuses. Elles ne sont pas la grâce, pas plus que les vertus naturelles ne sont la raison; pas plus que l'acte n'est la puissance : pas plus que l'effet n'est la^use (1). '
Eu égard à la vie divine qui est en nous et de laquelle BOUS devons vivre, afin d'arriver à notre fin dernière, ces vertus surnaturelles sont aussi et plus nécessaires que les vertus purement naturelles ou humaines. « La vertu, dit saint Thomas, perfectionne l'homme et le rend capable d'actes en rapport avec sa félicité. Or, il y a pour l'homme deux sortes de félicité ou de béatitude : l'une, proportionnée à ^a nature d'homme, et à laquelle il peut parvenir parles forces de sa nature, mais non sans le secours de Dieu, non tamen absque adjutorio divinq ; l'autre, supérieure à la nature, à laquelle l'homme ne peut parvenir que par des forces divines ; car elle est une certaine participation de la nature même de Dieu. Les éléments constitutifs de la naturehumaine, ne pouvant élever l'homme à cette seconde béatitude,
teriusy quod est ratio; aliud autem exterius, quod est Deus. 1% 2», q. 68, art. 4, eorp,
(<) Gratis reducitur adprimam gpeciem qualitalis (id estdispositionis) ; nec tamen est idem quod virtus, sed habitude quœdam^ quse prsesuppoDÎtur virtulibus infusis, sicut earum principium et radix. 5. Th., !•, 2«, q. i 10, arr. 3, ad 3.
il a fallu que Dieu surajoutât des éléments nouveaux, capables de conduire rhomme à la béatitude surnaturelle, comme les éléments naturels le conduisent à une béatitude naturelle <!).))
Tous ces éléments sont compris dans le mot grâce^ le plus profond,. sans contredit, et le plus beau delà langue religieuse. Or, en tête des vertus, nées de la grâce, sont les trois vertus théologales : la. foi, l'espérance et la charité. Premiers épanouissements de la vie divine, elles nous mettent, comme il conyient, en rapports surnaturels avec Dieu, notre fin dernière, et leur objet immédiat (2).
La foi déifie Tintelligence, mise en possession de certaines vérités surnaturelles que la lumière divine lui fait connaître. L'espérance déifie la volonté, en la di — rigeant vers la possession du bien surnaturel^ connu^ par la foi. La charité déifie le cœur, qu'elle pousse à^ l'uniou avec le bien surnaturel, connu parla foi et dé — siré par lespérance (3) .
Ce n'est pas seulement avec Dieu que le chrétien doit vivre dans des rapports surnaturels, c'est encore avec lui-même, avec ses semblables, avec la création tout
{{) s. Thom., I«, 2œ, q. 64, arU ^,çorp.
(2) Diciinlur Iheologicœ, lum quia habent Deum pro objecto, io quantum per eas recte ordinamur in Deum^ tunâ quia a solo Deo Dobis infundunlur; tum quia sola divina revelatione in sacra Scriptura hujusmodi virtutes traduntur. /d., id.
(3) Et primo quidcm, quantum, ad ictellectum adduntur homiDi quœdam principia supernatuialia, quœ divino lumine capiuntur; et hœcsunt crédibilia, de quibus est fides» Secundo vero est voluntas quœ ordinatur in illum finem et quantum ad motum intentio- Dis in ipsum tendentem, sicut in id quod est possibile consequi, quod pertinet ad spem. Et quantum àd unionem quumdani spiritualem, per'quam quodammodo transformatur inillum fiaetn , quod fit per charitatem. Id., id., art. 3, corp.
entière. Comment remplira-t-il cette obligation? Du principe vital surnaturel qui est en lui sortent nécessairement, comme un nouveau jet, les quatre grandes vertus morales : la prudence, la justice, la force, la tempérance.
Nous disons nécessairement; la raison en est que Dieu n'agit pas avec moins de perfection dans les ouvrages de la grâce, que dans les ouvrages de la nature. Or, dans les ouvrages de la nature on ne trouve pas un seul principe actif, qui ne soit accompagné des moyens Décessaires à Taccomplissement de ses actes propres* Ainsi, toutes les fois que Dieu crée un être quelconque, il le pourvoit des moyens de faire ce à quoi il est destiné. Mais il est de fait que la charité, prédisposant l'homme à sa fin dernière, est le principe de toutes les bonnes œuvres qui y conduisent. 11 faut donc qu'avec la charité soient infuses et que de la charité sortent toutes les vertus nécessaires à l'homme, pour accomplir ses devoirs, non-seulement envers le Créateur, mais envers la créature (1).
Les quatre vertus morales, étant comme le pivot sur lequel roulent les rapports de l'homme avec tout ce qui n'est pas Dieu, ont reçu le nom de vertus cardinales (2). C'est avec raison; par elles sont animées, dirigées, informées surnaturellement nos pensées, nos paroles, nos affections et nos actes, dans l'ordre domestique et dans l'ordre social. La première est la prudence, cette
(1) Viguier^ Instit,, etc., c. xiii, p. 408.
(2) Loco natuialium principiorum conferuntur nobis a Deo virtutes tbeologicae quibus ordinamur ad fi nem supernatu raient... Secundum quanidam inchoationem, quantum scilicet ad ipsum Deum immédiate : unde oportet quod par alias vii tules infusas perficiatur anima circa alias res, in ordine tamen ad Deum. S. Th., ia2®, q. 63, art. 3, corp.
mère des vértud morales, qui les dirige,, comme une mère dirige ses filles, se définît: Une vertu çtd, en toutes choses j nous fait, connaître et faire ce çui est horh nêtCyetfuir ce qui ne. V est pas (1). Cette définition, admise également par la philosophie et par la théologie, montre qu'il n'y a pas. de yertu morale «san^ la prudence. ' »> V
«En effet, dit saint Thomas, bien vivre y. e*est bien agir. 11 ne suffit pas de connaître ce qui est affaire, il faut connaître encore la manière de le faire; Ceci suppose le choix judicieux des moyens. A son tour, ce choix, ayant rapport à la fin qu'on veut atteindre^ suppose une fin honnête et les moyens convenables d'y parvenir. Toutes choses qui appartiennent à la prudence. Si vous les supprimez, il n'y a plus de vertuj La précipitation, l'ignorance, la passion, le caprice, deviennent le mobile des actions : la vertu môme sera vice^i Donc sans la prudence il n'y a pas de vertu possible (2). »
Apprenons de là quel royal cadeau le Saint-Esprit fait à l'âme, en lui donnant la prudence parlé baptême, et en la développant parlaconfirm^tion. Apprenons-le encore du besoin continuel que nous avons de cette vertu: elle s'applique à tout. Aussi on distingue la prudence personnelle, qui apprend à chacun la manière de remplir ses devoirs envers lui-même, envers son âme et envers son corps. La prudence domestique^ qui enseigne au père à diriger sa famille. La prudence joo/e%i^, quiap-
(1) Prudentia est recta agendorum ratio, seu virtus, qua in quo- ▼is occurrente Degotio, noscimus quid honestum sit, quidtorpe; seu quid agendum, nt hcnestum, et quid fugieDdum^ ut inhoneslum. Ferram, Biblioth,, etc., art. Virtus, n. 97.
(2) Unde virtus moraiis sine prudentia esse non polest. 1* 2*, q. 58, art. 4, corp, ; et q. S7,art. 5, corp.— Toile discretionem, et virtus vitium erit. S. Bernard.^ serm. iO super Cant.
prend aux rois à gouverDer les peuples, de manière à les conduire à la fin pour laquelle Dieu les a créés. La prudence législative^ à laquelle les législateurs doivent les lois équitables et les règlements salutaires.
Ennemie de la prudence de la chair, de Tastuce, du mensonge, de la fraude, de la sollicitude exagérée des choses temporelles, la prudence, fille de la grâce, est la gloire exclusive des habitants de la Cité du bien. Elle fait leur bonheur, et, si le monde actuel marche de révolutions en révolutions, si tout y est mécontentement, instabilité, fièvre d'or et fièvre de jouissances, il faut l'attribuer à la perte de la prudence chrétienne et au règne de 1$ prudence satanique.
La seconde vertu morale qui sort de la grâce, comme le fruit sort de Tarbre, et qui mûrit au soleil de la confirmation, c'est la justice. La Justice est une vertu qui fait rendre à chacun ce qui lui appartient (1) . Éclairée par la prudence, la justice surnaturelle respecte avant tout les droits de Dieu. Propriétaire incommutable de tout. Dieu a droit à tout et sur tout, par conséquent au culte intérieur et extérieur de l'homme et de la société. Ici, la justice se manifeste p^r la vertu de religion, qui comprend l'adoration, la prière, le sacrifice, le vœu et l'accomplissement fidèle des préceptes, relatifs au culte direct du Créateur.
Elle respecte les droits du prochain, riche ou pauvre, faible ou fort, inférieur ou supérieur. A elle le monde doit la fin de l'exploitation de l'homme par l'homme, du meurtre de l'enfant, de l'esclavage, du despotisme biutal, qui pesa sur tous les peuples avant la rédemption, et qui pèse encore sur toutes les na-
(1) Justitia est constaos et perpétua voluntas jus suum uoicuique tribuendi. Communis apud TheoL