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lions étrangères aux bienfaits de TÉvangile. Elle apprend à rhomme à se respecter lui-même, son âme et ses droits, son corps et les siens, sa vie, sa mort et jusqu'à sa tombe. Elle lui apprend, enfin, à respecter les créatures, en les gouvernant avec équité, c'est-à-dire conformément à leur fin; en esprit de dépendance, comme un bien d'autrni; avec crainte, comme devant rendre compte de Fusage qu'il en aura fait. Qu'on imagine ce que deviendrait le monde, sous l'empire de la justice surnaturelle !
La troisième vertu cardinale, c'est la force. Sans elle la prudence et la justice seraient des lettres mortes. Ce n'est pas assez d'avoir la connaissance du bien, ni même la volonté, il faut en avoir le courage. Le courage est fils de la force. La force est une vertu qui tient ïâM en équilibre entre V audace et la crainte. L'audacieux pèche par excès, le méticuleux par défaut, le fort tient le milieu entre l'un et l'autre (1). La force a un double rôle, actif et passif. Actif, en face du devoir elle brave les dangers ; passif, à l'adversité elle oppose la patience.
La magnanimité ou la grandeur d'âme, la confiance, le sang-froid, la constance, la persévérance, la résignation, l'activité, sont filles de la force. ïouté cette famille, surnaturalisée par la grâce, élève le caractère de l'homme à son plus haut degré de noblesse, en même temps qu'elle enfante dans la vie privée, comme dans la vie publique, les actes admirables qu'on cesse d'admirer depuis que le Saint-Esprit, répandu sur le monde, lésa rendus si communs. Est-il besoin d'ajouter que, à raison des circonstances présentes, la force doit être la grande vertu des chrétiens? force héroïque pour résis-
(1) Fortitudo est mediocritas inter audaciam et timorem constituta. Apuà Ferraris, Biblioih., etc., art. Virtus, n. 120.
ter aux attaques exceptionnelles dont ils sont l'objet ; force pour souffrir les outrages inouïs, prodigués à tout ce qu'ils ont de plus sacré et de plus cher.
La quatrième vertu cardinale est la tempérance. Cest une vertu qui règle l'usage du boire et du manger^ jtd réprime la concupiscence^ et modère les plaisirs des ms (1). Comme ses trois sœurs, la tempérance est mère d'une noble et nombreuse famille. La sobriété, l'abstinence, la chasteté, la continence, la virginité, la pudeur, la modestie, la clémence, l'humilité, l'amabilité, sont ses filles. Qu'elles vivent dans un homme, et cet homme devient le type du beau moral, la personnification de Tordre.
Éclairée par la prudence, réglée parla justice, soutenue par la force, l'âme commande au corps, et son commandement, exécuté avec exactitude, éloigne tout ce qui dégrade la nature humaine. Loin de l'homme tempérant, la gourmandise, l'ivrognerie, la crapule, l'impureté, la folle prodigalité, le luxe ruineux, les plaisirs séducteurs; en un mot, le honteux esclavage de l'esprit sous le despotisme de la chair.
Telle est la quatrième vertu à laquelle le Saint-Esprit communique, par la confirmation, unenouvelle énergie. Nous laissons à dire si la tempérance, dans toutes ses applications, est une vertu nécessaire au chrétien moderne, condamné à vivre au milieu d'un monde constitué tout entier sur l'intempérance.
Bien qu'il soit fort difficile, en beaucoup de cas, de distinguer le naturel et le surnaturel, la raison et la
(i) Temperantia est virtus refreenaos ac moderans inordinalos ippetitus et conçu pisceDtias^ ac voluptates corporis, quibus pr&*ser- Um gQstus et tactus afficitur circa esculenta, poculeata et venerea. ^«rram, ubi suprà, n. 130.
grâce, ce double moteur des actes humaios comme parle saint Thomas; néanmoins la distinction est réelle. Constamment admise par la théologie catholique, elle est fondée sur le principe incontestable d'une double vie dans le chrétien. Vie purement naturelle, comme créature, destinée à une fin naturelle,et pourvue des moyens d*y parvenir. Vie surnaturelle, comme fils adoptif de Dieu, destiné à une fin surnaturelle et pourvu des moyens de l'atteindre; vie surnaturelle, impérieusement obligatoire, pour tous les hommes dans Tordre actuel de la Providence.
Il en résulte que la prudence, la justice, la force, la tempérance, sont aussi des vertus natu^elles^ infuses; mais, entre la prudence, la justice, la force, la tempérance naturelles, et la prudence, la justice, la force, la tempérance surnaturelles, grande est la différence. Différence dans le principe : les premières procèdent de la raison; les secondes, de la grâce. Différence dans le but : les premières nous mettent en rapports naturels et purement humains avec leur objet ; les secondes en rapports surnaturels et divins. Différence dans Tefficacité : les premières sont inutiles au salut; les secondes nous y conduisent. Différence dans leur dignité : les premières se règlent d'après les lumières de la raison, les secondes, d après les lumières du Saint-Esprit. Les premières font Thonnête homme; les secondes, k chrétien. Or, entre Thonnête homme et le chrétien, est toute la différence qui sépare Tinsecte qui rampe, el l'oiseau qui vole.
Un seul trait nous en fait juger. La tempérance naturelle ou philosophique, par exemple, se borne à réprimer la concupiscence du boire et du manger, de manière à ptévenir tout excès capable de nuire à la
santé et de troubler la raison ; c'est le terre à terre de la vertu. La tempérance surnaturelle va plus loin. Elle conduit Thomme à châtier son corps et à le réduire en servitude par l'abstinence du boire, du manger et de ce qui peut flatter les sens. C'est la vérité de la vertu, l'affermissement de Tordre, par la subordination complète de la chair à l'esprit, et de l'esprit à Dieu. Il en est de même des autres vertus (1).
La différence entre les vertus naturelles et les vertus surnaturelles nous est connue. Mais en quoi ces dernières diffèrent-elles des dons du Saint-Esprit? Cette question est, sans contredit, une des plus importantes que nous ayons à traiter. Nettement résolue, elle jette une grande lumière sur la nature des opérations successives*, par lesquelles le Saint-Esprit développe en nous Têtre divin ; montre l'enchaînement qui les unit sans les confondre, et fait ressortir avec éclat l'action nécessaire de chacune. Les chapitres suivants seront consacrés à l'étude de ce merveilleux travail, dont la connaissance appellera sur nos lèvres Texclamation du Prophète : « Admirable est Dieu dans ses saints, et il est saint dans toutes ses œuvres (2). »
0) 5. Th,, !• 2«, q. 03, art. 4, corp. [%) Ps. 67-68.