‹ Traité du Saint-EspritChapitre 34 sur 106 · II · texte numérisé non relu

II

Nécessaires comme principes généraux du mouvement surnaturel, les dons du Saint-Esprit le sont encore à plusieurs titres particuliers. Ils sont nécessaires pour connaître le bien, nécessaires pour lopérer, nécessaires pour éviter le mal : en sorte qu'ils sont tout à la fois lumière^ force et protection. D'où il résulte que les regarder comme un souffle infécond, comme une simple impulsion sans vertu propre, serait une erreur. On doit les tenir pour autant de perfections actives et vivifiantes ajoutées aux vertus et aux puissances de Tâme : Dom sunt quœdam hominis perfectiones (1).

Lumière : ils sont ^écessaires pour connaître le bien. Si perfectionnée qu elle soit par les vertus théologales et par les autres vertus infuses, la raison ne peut connaître tout ce qu'elle doit connaître, ni dissiper toutes les illusions dont elle peut être la victime, ni toutes les erreurs dans lesquelles elle peut tomber. Elle a besoin de celui dont la science est infinie et qui par sa présence la délivre de toute illusion, de toute folie, de toute ignorance, de toute inaptitude à connaître et à comprendre. Ce perfectionnement nécessaire est dû au Saint-Esprit et à ses dons (2).

Force : ils sont nécessaires pour opérer le bien. La

ordine ad ultimum finem^ quia semper indigeat moveri quodam superiori instinctu Spiritus sancti. S. Th,y uhi suprà,

(1) Ibid., art. 2, corp.

(2) RatioDÎ humanse non suot omnia coguita neque omnia possibilia, sive accipiatur ut perfecla perfectione naturali, sive accipia* tur ut perfecta theologicis virtutibus ; uude non potest quantum ad omoia repellere stultitiam et alia hujusmodi... Sed iUe cujus scientise et potestati omnia subsunt, sua molione ab omni stultitia et ignorantia et bebetudine et duritia et caeteris hujusmodi nos tutos reddit. Et ideo dona Spiritus sancli, quse faciunt nos bene sequentes inbtinctum ipsius^ dicuntur contra hujusmodi defectus. Id,, art. 2, ad 3.

grâce sanctifiante habituelle ne suffit pas pour nous faire opérer le bien, pas plus que le sang, principe de la vie, ne suffît pour nous faire vivre : il faut qu'il soit mis en circulation. Or, c'est le don du Saint-Espritq ui communique à la grâce habituelle l'impulsion qui la met en mouvement et la rend efficace. En ce sens, le doïi du Saint-Esprit est tout à la fois habituel et actuel. Habituel, il demeure dans l'âme en état de grâce. Actuel, il l'inspire, il l'aide, il la fortifie, il la pousse, suivant le besoin du moment, soit à pratiquer le bien, soit à résister au mal (1).

Protection : il nous défend contre nos ennemis. Le don ou l'opération du Saint-Esprit ne se borne pas à nous diriger et à nous fortifier, il nous protège. L'homme en état de grâce en a besoin pour être soutenu contre les assauts de l'ennemi. C'est pourquoi il doit dire toujours : Ne nous induisez pas en tentation. Mais aussi, avec la grâce sanctifiante et les dons du Saint-Esprit, le chrétien est un être parfait. Il n'a pas seulement la vie divine, il possède encore tous les moyens de la développer, toutes les armes pour la défendre. « Les vertus et les dons, ajoute saint Thomas, suffisent pour exclure les péchés et les vices, dans le présent et dans l'avenir, en ce sens qu'ils empêchent de les commettre. Quant aux fautes passées, l'homme en trouve le remède dans les sacrements (2). »

(1) Operatio Spiritus sancti quse nos movet et protegit, oon circumscribitur per effectum habitualis doni quod in nobis causât ; sed prseter hune effectum^ nos movet et protegit cum Pâtre et Filio. — Homo in gratia constitutus indiget divino auxilio ipsum dirigente et protegente contra tentationum impulsus. S. 1%., 1*, 2«, q. 109, art. 9, ad 2 et ad 3.

(2) Per virtutes et dona exclu duntur sufficienter vitia et peccata, quantum ad prœsens et futurum^ in quantum scilicet impeditur

356 TïlAITÉ DU SAINT-ES»fF.

Désarmais, il reste bien établi que les dons du Saîntr Esprit, soit oomme principes de mouvement surnaturel, soit comme éléments de lumière, de fopcO'et de défense, sont aussi nécessaires au salut que le mouvement à la vie, la chaleur à la sève, le vent au navire, lu vapeur à la locomotive. Mais sont-ils tous nécessaires, et néces*saires au même degré? Sans aucun doute.

«Parmi les dons du Saint-Esprit, dit la théologie catholique, la sagesse tient le premier rang, la crainte le dernier. Or, lune^ l'autre sont nécessaires au salut. Nul n est aimé de Dieu, dit TÉcriture, sinon celui qm habite avec la sagesse^ et nul ne peut être êcaswé sans la crainte. Donc les dons intermédiaires soat également nécessaires au salut : Ergo etiam aliadona metKa sunt necessaria ad salutèm (1). De plus, sans le Saint-Esprit, le salut est impossible. Or, le Saint-Esprit est iiH séparable de ses dons. Il est dans l'âme avec tous ses dons, ou il n'y est pas du tout. La conséquence est que les sept dons du Saint-Esprit sont nécessaires au salut d'une égale nécessité : Septem dona sunt necessaria ad salutem (2).»

homo per virtutes et doaa a peccando. Sed quantum ad prœterita peccata quse transeunt actu et permanent reatu adhibetur homisi remedium specialiter per sacramenta. S. TK, III p.» q« 62, art. ^ ad 2.

(i)5. 7%.,i, 2% q. 68, art. 4, (2)/6!rf., art. 3,adl.

Page 1