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rétonnement causé à tous les vieux docteurs de la loi par les questions et les réponses de cet enfant de douze ans? Mais comme le soleil devient plus éclatant à mesure qu'il avance sur l'horizon , avQC les années le don de Science brille dans Jésus, d'une splendeur nouvelle. A la fête des Tabernacles, il monte à Jérusalem. Devant la foule réunie dans le temple il enseigne sa doctrine. L'admiration éclate de toutes parts et se traduit par ces mots : Comment sait-il les Écritures, puisqu'il ne les a point apprises?
Peut-on mieux proclamer le don de Science?
Continuant de descendre les degrés de Téchelle mystérieuse, le Verbe rédempteur arrive au don de PiiU. Personne n'ignore ce que révèlent les touchantes paraboles du bon Samaritain ; du père de famille qui ooniio à son festin les pauvres, les infirmes, les aveugles et les boiteux; de la drachme et de la brebis perdues.
Mais la parabole de l'enfant prodigue, n'est-elle pas l'inimitable chef-d'œuvre du don de Piété?
Enfin, nous touchons au don de Crainte. Parce qu'il marque au genre humain le premier pas qu'il doit faire pour s'élever à Dieu, ce don paraît le dernier et dans les derniers moments du divin Maître. Il est conunele vestige encore chaud, dans lequel l'homme doit commencer par mettre le pied. Ce vestige inefTaçable est empreint au jardin des Olives. Voyez -vous le Fort d'Israël, saisi tout à coup de crainte, d'ennui et de ' tristesse, tombant à genoux et disant: Père, s'il est possible, que ce calice passe loin de mes lèvres? Le voyez- vous dans les frissons de l'agonie, couvert d'une sueur de sang et réduit, pour ne pas succomber, à accepter le secours d'un ange consolateur?
A la crainte mortelle, ajoutez la soumission la plus
respectueuse et la plus entière aux ordres paternels, et dites si jamais le don de Crainte s'est révélé avec une pareille perfection {,\)\
V Nous orienter dans l'exercice des dons du Saint- Esprit. Nous connaissons les degrés par lesquels le Verbe divin est descendu du sommet des collines étemelles, jusqu'au fond de la vallée des pleurs. Afin d'accomplir le mouvement contraire, quels sont ceux que nous devons suivre ? Le savoir est pour nous d'un intérêt capital. C'est par les dons du Saint-Esprit que le Verbe a sauvé l'homme et créé un monde nouveau (2).
Image du Verbe et petit monde^ c'est par les mômes dons, et par eux uniquement^ que le chrétien peut et doit se* sauver et faire de lui un monde nouveau. Sous sa main sont les moyens de succès. Comment les mettre en œuvre? Devant ses yeux est l'échelle à gravir. Avoir la prétention de s'élever de prime saut, jusqu'à l'échelon supérieur serait folie. Il faut donc commencer par poser le pied sur le plus bas. Ce dernier échelon, nous l'avons TU, c'est la crainte. Le Sauveur nous y attend et nous donne la main. Le même Esprit qui l'a fait descendre jusque-là, commence par nous élever aussi jusque-là. Telle est sa première opération.
Écoutons saint Bernard. « C'est avec raison, dit-il, que la crainte de Dieu est appelée le commencement de la sagesse. En effet, Dieu commence à se faire goûter à Tâme, lorsqu'il lui apprend à craindre et non à savoir : car craindre, c'est goûter : Timor ^sapor est. Or, le goût rend sage, comme la science rend savant. Craignez-vous la justice et la puissance de Dieu ? vous goûtez Dieu juste et puissant. Sagesse vient de saveur. Voilà pour-
(1) Voir Bupert, De Spir, sancLy lib. I, c. xxi.
(2) Lut, IV, 17 ; Hehr., ix, 14.
quoi la crainte, commencement de la sagesse, réfmi dans les profondeurs de l'être, une sapeur multiple qui régénère toute la famille intérieure de râme^ piûrifie son royaume, le pacifie et le sanctifie (1 ) . »
L'affirmation du grand mystique est d'autant plus vraie, que le don de Crainte ne produit pas la crainte servile, mais la crainte filiale : crainte respectueuse, résignée et confiante , semblable à celle de rHomme- Dieu au jardin de Gethsémani.
La crainte est donc le premier degré de notre ascen^ sionvers Dieu, la première condition de notre rachat, la première loi de notre régénération. L'Église le sait. Elle; qui n'ignore aucun des secrets de l'ordre moral, commence toujours le salut de ses enfants par la crainte. A ses* yeux, le trayail dé régénération ou de création nouvelle imposé à l'homme, se divise en trois périodes qu'elle nomme la vie purgativey la vie illuminàtive et la vie contemplative. A chacune correspondent quelques-uns des dons du Saint-Esprit. La crainte est le premier fondement de la vie purgative, et la vie purgative est le commencement de la régénération.
Aussi, lisez tous les auteurs ascétiques, ces officiers du génie dans la guerre spirituelle : pas un qçi né^donne aux plans d'attaque et de défense la crainte pour premier centre d'opérations. Écoutez tous les prédicateurs, de retraites et de missions, ces capitaines expérimentés qui font manœuvrer toutes les forces spirituelles, contre les puissances ennemies du salut : pas un qui ne commence la bataille sans mettre en avant les fins dernières deJ'homme, sources éternelles de la crainte.
Interprètes du Saint-Esprit, les uns et les autres ne
(1) Serm. 23 in Cantic.
font qu'appliquer la loi immuable, gui pose la crainte Domme principe de la sagesse. Par Torgane infaillible iu concile de Trente, TEsprit sanctificateur décrit luimême la manière dont il opère la justification des pécheurs. ^La crainte de la justice de Dieu leur donne le branle; dé la crainte ils passent à la considération de Ifl: miséricorde ; cette considération les conduit à la coiifianee que Dieu leur pardonnera en vue des mérites de^son Fils. Alors ils commencent àTaimercomme gpiirce de toute justice, et à détester leurs péchés (1).
Il est donc bien établi que c'est par le don de<;rainte qjQe l'homme se met en contact avec la sagesse éternelle, et qu'il commence l'œuvre de sa nouvelle création. Cette création, chef-d'œuvre des sept dons du Saint- Eq^rit, fut, comme toutes les œuvres de la grâce, figurée dans la création du monde matériel. De même que le premier jour de la semaine primitive,appelle le second et le second le troisième, jusqu'au dernier ; ainsi le premier don du Saint-Esprit, mis en œuvre, conduit au second, et celui-ci à tous les autres, jusqu'au septième. In sagesse, qui est le repos parfait. Arrivé là, l'homme peut dire, comme Dieu lui-môme, en contemplant son ouvrage : Il vit tout ce qu'il avait fait, et il le trouva très-bien (2). Comme nous avons expliqué ailleurs la suite de cet admirable travail, nous n'y reviendrons pas.
3* Effets généraux des dons du Saint-Esprit sur le genre humain. De Notre-Seigneur les dons du Saint-
(i)Se8s. IV, c. Ti.
(2) A timoré usque ad sapientiam quœ sept! ma est in donis et al- Uma, per gradus tenditur et pervenitur. Hœc sapientia ultima et samma est ; quia hac habita animus placatus tranquillusque perfraitur et delectatur in ea. Ergo ultima est, in qua est consammalio. 5. Aug., De docir. christ., c. vu.
Esprit font un Dieu-hemme. Du chrétien ils font un homme-Dieu. La première chose que les apôtres, organes du Saint-Esprit, prêchent aux représentants du genre humain^ réunis sur la place du Cénacle, c'est la pénitence : Pomtentiam agite. Or, la pénitence est inséparable du don de crainte. Par ce don, unie au. Verbe incarné, Thumanité ne tarde pas à recevoir de sa plénitude, de la plénitude de sa Piété, de la plénitude de sa Science, de la plénitude de sa Force, de la plénitude de son Conseil, de la plénitude de son Intelligence, de la plénitude de sa Sagesse. Nous en recevons suivant la capacité de nos âmes et la mesure de notre fidélité. En lui est la source, en nous le ruisseau ; en lui le foyer, en nous Tétincelle ; en lui l'Esprit aux sept dons dans toute leur abondance, en nous une partie de cette abondance. Voilà pourquoi, remarque saint Ghrysostôine, le prophète ne dit pas : Je donne mon Esprit ^ mais : Je répandrai de mon Esprit sur toute chair (1).
Et pourtant, voyez ce que produit dans le monde cette goutte de grâce, cette étincelle du Saint-Esprit ! « La terre entière en reçoit Tinfluence, en éprouve la commotion. Tombée d'abord sur la Palestine, elle gagne TÉgypte, la Phénicie,la Syrie, laCilicie, l'Euphrate, la Mésopotamie, la Cappadoce, la Galatie, la Scythie, la Thrace, la Grèce, la Gaule, l'Italie, toute la Libye, l'Europe, l'Asie et même l'Océan. Qu'est-il besoin d'un plus long discours? Autant de terre que le soleil éclaire, autant cette grâce en parcourt, et cette grâce et cette étincelle du Saint-Esprit remplit le monde de science. Par elle s'accomplissent les miracles, par elle les péchés
{{) Propterea non dixit, do Spiritum, sed effundam de Spirito meo super omnem carnem. Exposit.,\n Ps. 44, n. 2, opp. t. V, p.i, p. 195.
sont remis. Toutefois, cette grâce étendue à tant de régions n'est qu'une partie et un arrhe du Don lui-même. // a déposé dans nos cœurs, dit l'Apôtre, une arrhe de r Esprit, c'est-à-dire de son opération, car l'Esprit ne se divise pas.
« Que dire de la source? A F un est donné par r Esprit le discours de la sagesse; à F autre le discours de la science par le même Esprit ; à F autre la foi, à Vautre la grâce des guérisons ; à l autre le don des miracles par le même Esprit ; à F autre la prophétie ; à F autre le discernement des esprits; à F autre le don des langries. Tous ces dons, la grâce reçue au baptême les étend à toutes les nations. Voilà ce que fait une goutte du Saint-Esprit. Que ce soit une goutte seulement, le prophète le déclare en disant : Je répandrai de mon Esprit. Voyez donc quelle est la puissante fécondité de la grâce du Saint-Esprit, qui, depuis si longtemps, suflfit au monde entier, et qui, ne connaissant ni frontières ni diminution, comble le genre humain d'ineffables richesses, sans s'appauvrir elle-même (1).»
Avant l'illustre patriarche de Gonstantinople, le grand TertuUien avait célébré la rapide déification du genre humain par l'Esprit aux sept dons. Pour lui, ce miracle était la preuve irréfutable de la divinité du Verbe fait chair, de qui le monde avait reçu l'Esprit régénérateur. (( Les apôtres, dit-il dans son magnifique langage, furent les porte-voix du Saint-Esprit, et leurs paroles ont retenti à tous les échos de l'univers. A
(I) Hœc autem omnia facit stilla Spiritus... Considéra ergo quam 9it omni ex parte sufficiens gratia Spiritus, quœ universc orbi terramm tanto tempore suflicit, et neque circumscribitur^ nec consumitur, sed omnes quidem implet opibus et gratia : ipsa vero minime consumitur. Ubisuprà.
qui foutes les nations du globe ont-elles jamais cru? Au Christ, et au Christ seul. C'est devant lui que toutes les portes des villes se sont ouvertes, devant lui que toutes les serrures se sont brisées et que les valves.d'airain ont roulé sur leurs gonds, pour lui donner passage. Sans doute ces miracles appartiennent à Tordre moral, et il faut les entendre en ce sens que les cœurs des habitants de. la terre, assiégés, fermés, possédés par le démon, ont été délivrés et ouverts par la foi du Christ. Mais ces miracles n'en sont pas moins réels, puisque dans tons les lieux habite aujourd'hui le peuple chrétien. Or, qui peut étendre son règne à l'univers entier, si ce n'est le Christ, Fils de Dieu, annoncé comme devant régner éternellement sur toutes les nations ?
« Salopion a régné, mais dans les frontières delà Judée, depuis Dan jusqu'à B^rsabée. Darius a régné sur les Babyloniens et les Perses^ mais non au delà. Pharaon a régné sur les Égyptiens, mais seulement sur eux. Nabuchodonosor a régné depuis l'Indé jusqu'à l'Ethiopie; plus loin, son empire était inconnu. Alexandre le Macédonien a régné, mais sur une partie de l'Asie seulement. Que dirai-je des Romains ? Ils entourent leur empirQ de stations mîjifaires, et à ces barrières vivantes finit leur puissance. Quant au Christ, son royaume et son nom s'étendent partout. Partout il est cru, partout adoré, partout il commande, se donnant à tous sans acception de personne, pour tous égal, pour tous roi, pour tous juge, pour tous Dieu et Seigneur. Affirme tout cela sans hésiter, puisque tu le vois de les yeux (1). »
(1) Christi aulem regnum et nomen ubique porrigilur, ubique creditur, ab omnibus gentibus supra enumeratis colilur, ubique régnât^ ubique adoratur^ omnibus ubique tribuitur œqualiter. . . omnibus sequalis^ omnibus rex, omnibus judex^ omnibus Deus et Oomi-
Frappé du même spectacle, saint Grégoire s'écrie : <( L'Esprit invisible s'est rendu visible dans ses serviteurs. Leurs miracles prouvent sa présence. Personne ne peut fixer le disque éblouissant du soleil à son lever; mais nous pouvons voir le sommet des montagnes qu'il dore de ses feux et nous savons qu'il est sur l'horizon. Puisque nous ne pouvons contempler en lui-même le Soleil de justice, voyons les montagnes qu'il fait resplendir de sa lumière, les saints apôtres dont les vertus et les miracjas jpnencent à la terre entière le lever du divin Sol«|jiL S'il est invisible en lui-même, nous voyons les moiitagnes qu'il éclaire. La vertu de la Divinité en ellemême, c'est le soleil dans le ciel ; la vertu de la Divinité dans les hommes, c'est le soleil sur la terre. Contemplons done le soleil sur la terre, puisque nous ne pouvons le contempler dans le ci^ (!)• »
I^e . genre . humain, tiré .de la barbarie païenne , . et , établi dans la pleine lumière de l'Évangile : tels sont les effets généraux, des àfins du Saint-Esprit. DisQnsT46 en passant, devant ce fait toujours ancien et toujours nouveau, que sont les objections de l'incrédule contre le christianisme ? Ce que sont les raisonnements de l'a^eugle-né contre l'existence du soleil, ce que sont les pttroles de l'insensé contre la certitude dos axiomes de géométrie. Comment ce grand fait s'est-il accompli dans rhumanité? Gomme il s'accomplit dans chaque homme. Il a^tiommencé parle don de crainte, qui luimême a appelé tous lef autres.
DUS. Nec dubites credere quod asseyeras^ cum videamus fieri. Lib. adv. JudœoSy c. vu.
(1) Virtusenim Divinitatis in se, quasi sol in cœlo est; virtusDivinitaUs in hominibus, sol in terra. Solem ergo jusliliœ intueamur in terra, quem yidere non possumus in cœlo. Homil, xxx in Evang,
Que proche Jean-Baptiste, le précurseur de la lumière ? La crainte. « Faites de dignes fruits de pénitence. Déjà la cognée est mise à la racine de l'arbre : tout arbre qui ne porte pas de bons fruits sera coupé et jeté au feu (1). «Et Pierre, le premier interprète du Rédempteur devant les Juifs :« Faites pénitence et que chacun de vous soit baptisé au nom de Jésus-Christ, en rémission de vos péchés , et tous receyrez le don du Saint-Esprit (2).» Et Paul, son apôtre devant les gentils : «Dieu annonce maintenant aux hommes que tous, en tous lieux, fassent pénitence (3). » Ainsi, partout le don de crainte en première ligne. Le commencement de la sagesse, c'est la crainte : telle est la loi immuable de la rédemption.
Par la raison contraire, la perte de la crainte est le commencement de la ruine. Comment le monde chrétien secoue-t-il le joug du christianisme? comment arrive-t-il môme à ce degré d'aberration, de nier l'évidence des faits évangéliques? En perdant les dons du Saint-Esprit. Dans quel ordre les perd-il? Dans le même ordre où il les reçoit. Le premier perdu, comme le premier reçu, c'est la crainte.
Que penser d'une époque qui n'a plus la crainte de Dieu? Les dons du Saint-Esprit étant inséparables, une époque qui perd la crainte de Dieu, est une époque qui perd là sagesse, qui perd l'intelligence, qui perd le conseil, qui perd la force de la vertu. C'est une époque qui se trouve livrée aux sept esprits contraires, à l'esprit d'orgueil, à l'esprit d'avarice, à l'esprit de luxure, à l'esprit d'iniquité sous tous les noms et sous
(1) Luc, in, 8.
(2) Ac^, II, 38.
(3) Act,, XVII, 30.
toutes les formes. Où va-t-elle? Comment s'étonner de ce que nous voyons ? comment ne pas pressentir ce que nous verrons? Si la crainte est le commencement de la sagesse, l'absence de crainte est le commencement de la folie. Ici, la folie est le prélude du crime sans remords chez les individus, et de catastrophes sans nom pour les peuples. S'il ne veut pas périr, que le monde revienne donc à la crainte : c'est la première loi de sa conservation, la première condition de son bonheur (1).
(1) Titneat Dominum omnis terra... Beatus vir qui timet Domi- Dum.Ps. 32 et IIK