LE DON DE CRAINTE
Les sept dons da saint-Esprit opposés aux sept péchés capitaux. — ^unineux aperçu. — Ce qu'est le don de crainte. — Ses effets : respect de Dien, horreur du péché. — Sa nécessité ; il nous donne la liberté en nous dâi- Trant de la crainte servile. — De la crainte mondaine. — De la crainte chamelle. — Il nous arme contre Tesprit d'orgueil. — Ce qu'est rorgueil et ce qu'il produit.
Lorsqu'il fait connaître à la terre les dons du Saint- Esprit, Isaïe ne les appelle pas Dons^ mais Esprits. Saint Thomas nous a montré la parfaite justesse de ce langage. Il prouve que les dons du Saint-Esprit sont comme le souffle permanent de TEsprit septiforme, qui met en mouvement toutes les vertus et toutes les puissances de Fâme. Un des derniers représentants de la grande théologie du moyen âge, saint Antonin, conserve la même dénomination. « Les sept dons du Saint-Esprit, dit cet illustre docteur, sont les sept Esprits envoyés par toute la terre contre les sept Esprits mauvais dont parle l'Évangile. L esprit de crainte chasse TEsprit d'orgueil. L'esprit de piété chasse l'esprit d'envie. L'esprit de science chasse l'esprit de colère. L'esprit de conseil chasse l'esprit d'avarice. L'esprit de force chasse l'esprit de paresse. L'esprit d'intelligence chasse l'esprit de gourmandise. L'esprit de sagesse chasse l'esprit de luxure (1). »
(i) Hœc dona sunt septem Spiritus miss! in omnem terram contra septem Spiritus nequam, de quibus dicitur. Matth., xii. — ... Donum
Ce lumineux aperçu nous découvre et la nature intime des sept dons du Saint-Esprit, et le rôle nécessaire, qu'ils remplissent, et la place immense qu'ils occupent dans l'œuvre de la rédemption humaine. D'un seul mot, le saint archevêque révôleet justifie tout le plan de notre ouvrage. En effe*, deux esprits opposés se disputent lempire du monde. Quoi qu'il fasse, l'homme vit nécessairement sous Tempire du bon ou du Mauvais esprit. Jésus-Christ, ou Bélial : il n'y a pas de ikiiliëu. Telles sont les vérités, fondements de toute philosbphie, lumière de toute histoire, que nous ne cessons de démontrer. Or, suivant la révélation du Verbe lui--même, le mauvais Esprit, Satan, marche accompagné de sept autres esprits plus méchants que lui. Ce^ esprits) nous sont connus et par leurs noms et par leurs» œuvres.
•.Par leurs noms, la langue catholique Jeà^ appelle : l'esprit d'orgueil, l'esprit d'avarice, l'esprit de luxure, l'egprit de gourmandise, l'esprit d'envie, Tesprit de co-^ lère, l'esprit de paresse. i j
Par leurs œuvres, ils sont les inspirateurs et les fauteurs de tous les péchés, de tous les désordres privés et publicisi, de ton tes les hontes, de toutes les bassessésV pat* conséquent la cause incessante de tous les maux du monde. Qui de nous n'a pas été en butte à leurs attaques? qui, plus d'une fois, n'a pas senti leur maligne influence? Cruels, rusés, infatigables, nuit et jour ils nous assiègent et nous harcèlent .Abandonné àlui-mëme, il est évident que l'homme est trop faible pour soutenir
timoris expellit superbiam... donum pietatis expellit spiritum invi* diœ... Spiritus scientise repellit spiritum irœ... Spiritus consiiii fugat spiritum avaritiae... Spiritus fortitudinis illuminât spiritum tristem accidiœ... Spiritus intellectus removet spiritum gulœ... Spiritus sapientiœ obruit spiritum luxuriœ... Summ, theolog., iv p., tit. X, c. i, §4.
la lutte : témoin Thistoire des particuliers et des peuples qui se soustraient à Tinfluence du Saint-Esprit.
Aussi, un des dogmes les plus consolants de la religion est c^îui qui nous montre TEsprit du bien, venant au secours de l'homme avec sept esprits, ou sept puissances opposées aux sept forces de l'Esprit du mal. Ces sept esprits auxiliaires nous sont également connus par leurs noms et par leurs œuvres.
Par leurs noms, ils s'appellent : l'esprit de crainte de Dieu, l'esprit de conseil, l'esprit de sagesse, l'esprit d'intelligence, l'esprit de piété, l'esprit de science et l'esprit de force.
Par leurs œuvres, ils sont les inspirateurs de toutes les vertus publiques et privées, les promoteurs de tous les dévouements, de tout ce qui honore et embeUit l'humanité, par conséquent la cause incessante de tous les biens du monde (1). Pour tout redire en deux mots, le genre humain est un grand Lazare, frappé de sept blessures mortelles; un soldat débile, nuit et jour aux prises avec sept ennemis formidables. L'Esprit aux sept dons devient Tinfaillible médecin du Lazare, en lui apportant les sept remèdes exigés par ses plaies ; l'auxiliaire victorieux du soldat, en mettant à sa disposition sept forces divines opposées aux sept forces infernales. En dessinant avec cette netteté la condition de l'homme ici-bas, la théologie catholique, qui est aussi la vraie philosophie , peut-elle donner une intelligence plus claire des sept dons du Saint-Esprit, en faire mieux sentir Tabsolue nécessité et inspirer aux nations comme aux particuliers une crainte plus sérieuse de les perdre?
Il reste à expliquer chacun de ces dons merveilleux
(1) Neque eDim est uUum omnino doDum absque Spiritu sancto ad creaturaiD perveniens. S. Basil, , De Spir, sancU, p. 66.
en lui-même et dans son opposition spéciale à l'un des péchés capitaux. Le premier qui se présente, c'est la crainte. Afin d'en donner une connaissance pratique, nous allons répondre à trois questions. Qu'est-ce que le don de crainte? quels en sont les e£Eets ? quelle en est la nécessité?
1** Qu'est-ce que Je don de crainte? La crainte est un don du Saint-Esprit qui nous fait craindre Dieu^ comme un père, et fuir le péché parce qu'il lui déplaît (1). Cette crainte précieuse n'est ni la crainte servile, ni la crainte mondaine, ni la crainte charnelle; elle en est la transformation et le perfectionnement. Quoique Dieu en soit l'objet, elle n'est pas contraire à l'espérance. L'espérance a un double objet, le bonheur futur et les moyens d'y parvenir. Double aussi est l'objet de la crainte : le mal que l'homme redoute, et ce qui peut l'occasionner. Dans le premier cas. Dieu, étant la bonté infinie, ne peut être l'objet de la crainte; dans le second, il peut l'être. En efTet, il peut, à cause de nos fautes, nous punir et nous séparer de lui pendant Téternité. En ce sens, Dieu peut et doit être craint. Tel est le don de crainte en lui-même. Le voici dans ses rapports avec Tâme.
Dans les sept jours de la création, les docteurs de l'Église ont vu la figure des sept dons du Saint-Esprit. Gomme chaque jour de la semaine primitive, le Verbe faisait sortir des éléments, préparés par le Saint-Esprit, une nouvelle créature ; ainsi, dans la semaine qu'on ap-
(1) Timor filialis est donum Spiritus Bancli^ a gratia in voluntate floens, quo quis dispoDitur ad prompte et faciliter sequendum molionem Spiritus sancti, qua movet aliquem ut ex amore revereatur Deum taoquam Patrem^ ettimeat illum offeudere atque ab eo separari. Viguier, imttï., etc., c. xm^ 416.
pelle la vie, chaque âon du Saint-Esprit embellit le monde moral, Thomme, d'une nouvelle merveille. A l'arrivée de chaque don dû Saint-Esprit dans une ftmidV on peut en toute vérité appliquer la parolç du prbpfa^ : Vous enverrez votre esprit, et tout sera créé, et-vons renouvellerez la face de la terre. Ainsi, poto l'hômmè comme pour le monde, la venue du souffle divin esf tine heure solennelle de création et de régénération. Justî-^ fions cette hélle harmonie et commençons parle donide crainte.
L'homme déchu est tellement enfoncé dans les sens^ qu'il passe à côté des plus hautes vérités de rotvire moral sans les voir, ou , s'il les eïitrevoit, il en est à-pdne touché. Mais lorsque l'esprit de ctainte de Dieu descend en lui, il se passe dans son âme quelque chose qui-resh semble à un coup de tonnerre dans une nuit obscure. Ce coup, qui fait tout trembler^ est précédé d'uH éClâir qui déchire les noirs nuages et éclaire l'hôrizoliJ Ainsi en est-il dans le cœur de l'homme, lorsque l'Esprit de crainte de Dieu y fait son entrée. Lumière soudaine, il dissipe les ténèbres et montre dans leur clarté la grandeur de Dieu et la laideur du péché. Force, il produit dans Tâme une commotion qui Tébranle profondément. « 11 regarde la terre, dit le prophète, et il la fait trembler (1). » Cette terre est le cœur de l'homme. De cette terre, soudainement illuminée et vivement ébranlée, on voit sortir, comme deux plantes immortelles, un profond respect pour Dieu et une horreur extrême du péché. Nous allons les connaître en étudiant la seconde question.
2"" Quels sont les effets du don de crainte de Dieu?
[{) Ps. 103.
Comme il vient d'être indiqué, le don de crainte produit deux e£rets : le respect pour Dieu et l'horreur du péché (1).
Respect pour Dieu : non pas respect ordinaire, respect de raison plutôt que de cœur, mais respect profond, universel, pratique. Aux yeux de l'âme, remplie de l'esprit de crainte. Dieu seul est grand. Devant sa majesté disparaît toute majesté; devant son autorité, toute autorité ; devant ses droits, tout droit ; devant son service, tout service; devant sa parole, toute parole; devant ses promesses, toute promesse ; devant ses menaces, toute menace; devant ses jugements, tout jugement.
Cette majesté infinie, elle ne la contemple pas seulement en elle-même, elle la voit réfléchie dans toutes les puissances établies de Dieu : puissances religieuses et puissances sociales, puissance paternelle et puissance civile; puissances supérieures et puissances inférieures. Elle la voit dans tout ce qui porte le cachet divin : l'homme et le monde.
Delà, respect de TÉglise, respect des saintes Écritures, respect de la tradition, respect des cérémonies, des temples, des jours et des choses de Dieu. Respect de l'Ame et de chacune de ses facultés ; respect du corps et de chacun de ses sens; respect du prochain, de sa foi, de ses mœurs, de sa vie, de sa réputation, de ses biens, de sa faiblesse, de sa pauvreté, respect de sa vieillesse, de sa supériorité et de ses droits acquis.
Respect des créatures. Pour Vélève du chrême^ alumnus chrismaiis^ toutes sont sacrées ; toutes viennent
(1) Et sic habet (donum timoris) duos actus et per consequeos duo objecta actus suDt timere et revereri. Objectum primum est malum culpœ. Secundum est bonitas et diguitas Patris. Vig.^ ubi suprà.