‹ Traité du Saint-EspritChapitre 41 sur 106 · LE DON DE SCIENCE · texte numérisé non relu

LE DON DE SCIENCE

Ce qa'est le don de science. — Il agit sur l'entendement — Différence entre le don de science, la foi et la science naturelle. — Paroles de Donoso Certes. — Le don de science fait discerner avec certitude le vrai du faux et préserve des sophismes de l'erreur. — Il agit sur la volonté, et nous préserve des fascinations mondaines. — Il développe et ennoblit toutes les sciences. — Paroles de Donoso Cortès. — Le don de science plus nécessaire aujourd'hui que jamais. — Opposé à l'esprit de colère. — Preuves de cette opposition. — Le don de science principe de paix universelle.

Amollir la dureté du cœur et lui communiquer une sensibilité exquise pour tout ce qu'il doit aimer; nous rendre finalement soumis et dévoués à l'égard de Dieu; fraternellement compatissants, doux, affables, indulgents à l'égard du prochain; tuer l'envie et la jalousie, éléments destructeurs du bonheur et de la concorde; former entre le ciel et la terre, comme entre tous les hommes, le grand lien social de la charité : tels sont les effets généraux du don de piété. Non moins précieux et non moins nécessaire est le don de science. Pour le prouver, il suffit de le faire connaître. De là, nos trois questions : Qu'est-ce que le don de science? Quels en sont les efifets? Quelle en est la nécessité?

l"* Qu'est-ce que le don de science? La science est un don du Saint-Esprit qui perfectionne le jugement^ et nous

fait discerner avec certitude le vrai du faux^ le bien du mal (1).

Nous disons qui perfectionne le jugement. Les dons de crainte et de piété agissent principalement sur la volonté. Aveugle de sa nature, la volonté réclame une direction, soit pour craindre, soit pour aimer. Elle ne peut la recevoir que de Tentendemenl. Mais notre entendement est enveloppé de ténèbres, sujet à mille illusions et sans cesse exposé à devenir victime de Terreur. Évidemment son premier besoin est une sérieuse aptitude à discerner le vrai du faux, aptitude qui, en nous faisant apprécier les choses à leur juste Valeur, fixe avec certitude la mesure de nos afiFections et de nos craintes. Qui satisfait à cette première nécessité ? Le don de science.

Ce don n'est ni la science divine elle-même, ni la foi, ni la science naturelle. 11 n'est pas la science divine, en ce sens qu'il apporte à l'âme la plénitude de toutes les connaissances. Mais, s'il n'est pas la science, il en est le moyen nécessaire. En effet, il communique à l'entendement une impulsion, une vigneur, une étendue, une aptitude qui le rend capable de connaître à la manière de Dieu lui-même, par une simple vue (2).

[{) (Donum scientiae) est habitus infusus, a graUa fluens, quo hômo a Spirita sancto movetur ad habendum certum et rectum judicium de his quse sunt fîdei, ad discernendum credenda a dod credendis, absque omni discursu per causas secundas sive créâtes, et quo habet certum judicium circa agenda, ut nuUo modo devieta ratione ju&iitiœ. Et hsec dicitur scieutia sanctorum, de qua Sapieutia, 10 : Justum deduxit Bominus per vias rectaSy et dédit Uli scientiam sanctorum, Vig,,c. xiii, p. 411.

(2) Diviua scieutia non est discursiva vel ratiociDativa, sed absoluta et simplex : cui similis est scieutia quse ponitur donum Spiritus sancti, cum sit quaedam parlicipata similitudo ipsius. S. Th,, 2* 2«, q. 9, art. 1, ad 1.

De là, une grande facilité d'apprendre et de raisonner la vérité. De là, un discernement sûr pour distinguer le vrai du faux, le certain de Tincertain, le solide de Timaginaire, le réel de ce qui n'est qu'apparent.

Il n'est pas la foi; mais il la perfectionne, comme tous les dons du Saint-Esprit perfectionnent les vertus théologales (1) . Par la foi, on connaît la vérité et on y adhère. Par le don de science, on connaît ,1a vérité plus clairement, on la raisonne plus sûrement, on l'affirme plus consciencieusement, rationabile obsequium, on la défend plus victorieusement, on la prêche plus efficacement. Le don de science nous fait parvenir à cette perfection par l'étude des choses créées, dont il forme une vaste synthèse, et comme une échelle de lumière qui nous élève jusqu'à Dieu. Pour le chrétien enrichi du don de science, l'univers est un livre écrit au dedans et au dehors. Au-dessous des corps et de leurs propriétés, audessous des proportions chimiques des éléments qui les composent, il voit ce qui se cache : Dieu, Dieu puissant, Dieu sage, Dieu bon, faisant tout avec nombre, poids et mesure, et dirigeant tout à une fin unique. Il entend ce qu'on n'entend pas, le concert harmonieux des êtres chantant, chacun à sa manière, les louanges de leur auteur (2).

Il n'est pas la science naturelle. Par le travail de sa raison, l'homme peut parvenir à juger avec certitude

(i) Omnia dona ad perfectionem theologicarum virtutum ordinantur. S. Th., 2* 2« q. 9, art. i, ad 3.

(2) Cum homo per res creatas Deum cognoscit, magis videtur hoc pertinere ad scientiam, ad quam pertinet formaliter. Ibid.^ art. 2, ad 3. — Lfber pnlcherrimus, inlus et foris depictus, est creaturarum universilas, in quo Dei perspicua habetur notilia... lot audientium audit Yoces quot creaiurarum intuetur species. S. Laurent, De casto connub,, c. xix.

Page 1